DES FUMIERS ET DES ENGRAIS
En général, les fumiers à demi consommés que Ton est dans Tusage d'enterrer au pied des pêchers sont très préjudicables à l'arbre et à ses fruits ; ils font développer des pousses extraordinaires qui ne sont pas soutenues, et que fon est d'ailleurs forcé de réduire^ afin de maintenir la forme de l'arbre. Les fruits se ressentent d'une sève trop abondante, mal élaborée, et dont le cours est encore troublé parles nombreux retranchements que l'on ne peut se dispenser d'opérer en pleine végétation.
J'ai souvent eu occasion de remarquer les effets pernicieux du fumieremployé inconsidérément ; je citerai l'exemple récent d'un particulier qui, ayant eu à sa disposition une grande quantité de fumier, provenant d'un camp voisin de sa propriété, en avait fait garnir avec profusion le pied de ses espaliers ; il ajouta à cette faute celle de tailler aussi court que si les arbres n'eussent pas été fumés; aussi dès le mois de juin étaient-ils déjà couverts de gomme.
m liA POMONB FRAKSAISR.
quoique jasque alors ces arbres, âgés seulement de dix à douze ans , n'eussent donné aucun signe sensible de cette maladie. En général , on doit être très réservé dans l'emploi des fumiers, et attendre que les arbres en annoncent le besoin ; dans ce cas, les curures d'étang, de mares , de fossés, qui ont subi l'action de la gelée , ainsi que les terres légères et limoneuses déposées par les eaux , sont les meilleurs engrais que l'on puisse donner au pécher. À leur défaut, on pourra se servir de terreau neuf et bien consommé , que l'on répandra à la surface du terrain lorsque les fruits seront noués et le danger des geléesr passé; mais les amendements préférables à tons les engrais consistent à remplacer les terres de la surface des plates-bandes par des terres neuves ou des gazons consommés.
Les cultivateurs deMontreuil garnissent tous les deux ans le pied de leurs espaliers avec du fumier très vert; mais il reste étendu sur la superficie du sol pendant tout l'hiver et le reste de la campagne , et n'est enfoui qu'au printemps suivant. Ce mode a l'avantage , pour les terrains légers , de maintenir la fraicheur au pied des arbres, et d'empêcher aussi la terre de se scellery soit par les averses , *soit par le piétinement des ouvriers ; mais d'un autre côté il favorise la retraite des insectes, et souvent leur développement. On taillera plus long et l'on ébourgeonnera plus tard les arbres nouvellement fumés. Il ne faut pas perdre de vue que la végétation incessante du pécher a besoin d'être soutenue, mais jamais forcée; ainsi les engrais seront employés dans ce seul but et avec beaucoup de ménagements.