PLANTATION NEUVE DES VIGNES EN TBEILLES MENEES PAR CORDONS
Chaque pied be doit porter qu'an seul cordon de chaque côté. La distance la plus couYenabie à mettre entre les cordons est de 60 centimètres , et celle entre les ceps de 66 k 68 au plus, ainsi que le pratiquent les cultivateurs de Thomery, Les qualités de la terre peuvent modifier un peu ces dimensions. Si le mur est assez élevé pour recevoir cinq étages de cordons , les ceps ne seront qu'à 66 centim. de distance l'un de l'autre {voyez la fig. I, pi. 1^) , afin que la longueur de chaque bras ne soit que de 1 [mètre 39 cent. Avec moins de cordons, on pourra écarter les ceps Jusqu'à 66 cent. ; s'il n'y a que deux étages de cordons , et que l'on veuille conserver toujours entre les ceps cette même distance de 66 cent. , chaque tige n'aura qu'un seul bras de 1 mètre 33 cent, d'étendue , et tous les bras seront tournés du même côté.
Ce mode de plantation à la Thomery n'entraîne pas d'abord ia destruction des arbres qui sont contre les murs; on ne les arrache que lorsque la Jeune vigne est assez forte pour être couchée vers le mur et commencer à produire. £n conséquence, on ouvre, à 1 m. 33 c. en avant du mur, une tranchée , qui lui est parallèle, de 27 à 30 cent, de profondeur sur 46 de largeur. On place dans cette tranchée , sur de la terre meuble , et dans le sens de sa longueur, des crossettes bien choisies ayant environ 66 cent., que l'on arque vers l'extrémité , afin de la faire sortir au dessus du sol; la partie excédante sera taillée à deux yeux (1). La
(i) On ne doit pas coacber les crossettes en travers de la tranchée , afin de n'être pas obligé, lors da second coachage , de forcer ou de briser le premier coude.
LA pohoub FRANÇAm: n
tranchée sera eDsoîte remplie à demi avec de la terre neuve , sur laquelle on répandra un lit de foraier assez épais pour Gonseryer la frakheur des arrosements nécessaires au développement des racines. Si l'on remplissait entièrement la fouille , il se formerait au collet de la crossette des racines qui seraient inutiles, puisqu'elles se trouveraient détruites lors du second couchage; celui-ci s'exécutera aussitôt que les ceps auront pris assez de force et de consistance pour produire des jets vigoureux en état de gagner le mur (ce qui arrive ordinairement vers la troisième année de la plantation des crossettes).
Alors on défoncera le reste de la ptate-hande entre les crossettes et le mur; on arrachera les arbres qui y sont , ayant soin d'en retirer tontes les racines, de renouveler en partie les terres et de les fumer , leur donnant une pente assez rapide vers l'allée. La défonce étant terminée , on ouvrira vis-à-vis de chaque cep une rigole de 33 cent, de profondeur, se dirigeant vers le mur, dans laquelle on couchera toute la vigne composée d'un seul Jet que l'on aura laissé pousser cette année sur chaque souche. Ce jet sera garni de tous ses yeux (1); arrivé au mur, on lui fera faire un
(i) Nous différoiM ici (Topinioo tTec M. Palbret, qni recommande , p. 164, d^annuîer avec la serpette tou$ les yeux qui se trmtvent enterrés sur la irigne que Ton couche vers le mar. L'erreor grate que commet ici M. Dalbret pro- Tient de dent caotes : la première, c'est qa^l n'a vraisemblablement Jamais pratiqué ce qa'il professe à cet égard ; la deuxième , qu'il aura sans doute mal interprété laPomone, lorsque nous recommandons, à Tarlicle liarcotte, da^nnu- 1er tous les yrâi qui se trontent hors de terre, et non en terre, à partir du piedmère qui fournit la marcotte Jusqu'au çoint où elle entre en terre , attendu que •ces yeui donneraient naissance à autant de bourgeons qui nuiraient au déreloppement des deux ou trois yeux qui sont &' l'autre extrémité de la marcotte. Quant aux yeux enterrés, ils sont destinés à fournir des faisceaux de racines qui don* neront la vie è la marcotte; et si on les supprimait avec la serpette , comme le recommande M. Dalbret , il no sortirait point ou très peu de racines. Le pro-
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conde son brnaqae pour sortir de terre , prëeisëmeiit à la place que Ton aura marquée aur le mur. On raccourcira ce jet autant que possible à la hauteur du premier cordon , plutôt en dessous qu'en dessus. On aura soin d'espacer également toutes les tiges ; puis les rigoles seront remplies à demi avec la terre de la fouille , et le surplus avec du fàmier à moitié consommé. Ces Jeunes vignes produiront de très beaux raisins dès la première année du couchage ; les tiges 9 tout en continuant d'atteindre la hauteur où elles doivent former lentement leurs cordonSi produiront aussi des fruits.
En ne donnant pas aux rigoles plus d'un pied de profondeur, les racines se trouvent placées assez près de la surface du sol pour éprouver les influences bienfaisantes de l'atmosphère , sans se trouver exposées à être offensées par les labours , qui , du reste , doivent toujours se faire avec la houx à crochet.
On pourrait se persuader que Ton jouirait plus tôt en plantant un espalier avec des marcottes ou chevelées ; mais nous devons avertir que les crossettes sont préférables sous beaucoup de rapports. D'ailleurs, l'avantage que semble promettre l'immense quantité de racines qui sortent de chaque œil de la chevelée est illusoire ; ces racines périssent presque toutes après la plantation. Quant aux marcottes couchées dans des pots ou des mannequins , il faut en bannir l'usage , parce qu'il est bien reconnu que les cultivateurs ne couchent jamais les vignes en bon rapport; ils ne marcottent que les vignes usées , qu'ils veulent détruire.
Ce mode de plantation est très opposé à celui générale-
priétaire qui aarait suivi an tel conseil perdrait non seulement sa vigne , mais encore les trois ou quatre années de culture employées Jusqu'au moment du couchage de la rigne.
LA POHONB FRANÇiISB. SI
ment ado|»té. La plupart des jardiniers plantent la vigne n pied des murs , dans des plates-bandes nivelées et destinées à d'antres eultnres ; ils placent les eeps à de grandes distan* ces les uns des autres , et ii résnlle de là une végétation trop active et trep prolongée pour que les fruits paissent facilement mtrir dans notre climat.
A Thomery, la vigne est mise dans nne situation bien diflèrente. Les ceps sont rapprochés , et leurs racines, qui se croisent de toutes parts, garnissent la terre de la plate-ban^ de y qui ne peut leur fournir xm excès d'bnmidité : aussi les pousses sont moins fortes et leur végétation est plus t6t terminée , les yeux sont plus rapprochés , et enfin la terre , entretenue par une grande quantité d'engrtt's, fournit chaqne année à des récoMes précoces et toujours abondantes (1). Il faut ajouter que la taille et le pincement pratiqués sur ces vignes distribuent la sève également sur tontes les parties de la plante.
DE LÀ TAILLEL
La vigne , après avoir été provignée vers le mur, et tajilée sur trois ou quatre yeux , fournira autant de bourgeons portant fruits qui seront palissés , ébonrgeonnés et arrêtés en saison convenable. On ne laissera pas à ces bourgeons tourtes les grappes dont ils seraient chargés. Aussitôt après la récolte, si elle est faite de bonne heure, ou sinon au mois de février ou de mars, on supprimera sur chaque tige le
(i) On peut doubler les distances des ceps sans augmenter la longueur des bras en plantant alternativement au midi et an nord , et «n pratiquant dans le mar des trous à la hauteur des cordons provenant des eeps du nord , afin de les faire passer au midi , où ils viendraient remplir le cadre général. C'est ainsi qu'ion peut en user dans les terrains légers et arides. (V. fîg. 1 1c cordon de la tige JB.)
» LA POMOflB PRANGAfôB.
boargeon supérieur pour la rabattre très près de la naissance da bourgeon inférieur, à moins que celui-ci ne soit faible , car il faut toujours conserver le plus fort , que l'on taille ensuite plus ou moins long , suivant sa destination et la vigueur avec laquelle la 'vigne a poussé. On n'aveuglera pas, ainsi que cela se pratique trop souvent, les yeux qui sont sur les tiges, pour ne laisser croître que ceux du haut; on laissera tout pousser, parce que le bois de la vigne , plus que celui des autres arbres , ne profite et ne prend du corps qu'en raison du nombre de bourgeons dont il est garni ; on aura soin seulement de favoriser la pousse des autres bourgeons en pinçant, rognant, rabattant même les bourgeons du dessous qui tendraient à l'égaler; aucun de ces derniers, si la vigne est bien conduite, ne devra acquérir trop de force.
Après cette première opération de ravalement, on raccourcira toutes les tiges A pour faire naître sur chacune deux bras horizontaux dirigés suivant (la figure I); toutes ces tiges A seront taillées sur un œil double qui se trouvera au droit de la laite horizontale qui détermine par avance la place que doit occuper le premier cordon. Si cet œil double ne se trouvait pas où on le désire, on raccourcirait les tiges A sur le premier œil , immédiatement au dessous de la latte, afin de faire naître un nouveau bourgeon qui offrira l'année suivante, par ce double rapprochement à son talon, deux yeux assez rapprochés pour former exactement au droit de la latte le premier cordon.
Les tiges B seront également taillées sur le premier œil au dessous de la latte , qui devra recevoir le second étage de cordon , afin de préparer pour la taille suivante le développement de ce second étage de cordon. Toutesles autres tiges seront un peu plus ou un peu moins raccourcies à cette hauteur. On ne laissera développer sur chaque tige que deux ou trois bourgeons portant les fruits; les autres seront pinces ,
LA POMOflB FRAKGAISB. 33
rognés , et tenas de court , ne devant avoir d'existence que pour attirer la sève sur la tige. Les autres tiges seront suc* eessivement traitées comme les tiges A et B.
On mettra la même lenteur pour prolonger les cordons que Ton amis pour former les tiges. On allongera chaque année les cordons en raccourcissant à trois ou quatre yeux le bourgeon de prolongement , ayant soin d'asseoir la taille sur un œil placé du côté du mur ou en dessous, afin que le cordon suive dans son développement une ligne droite , sans nœuds et sans coudes. On ne laissera développer à fruit que les bourgeons placés sur la partie supérieure du cordon; les aatres , sur le devant ou en dessous, seront pinces plusieurs fois dans le cours de la saison, puis définitivement supprimés à l'automne.
La seconde année, au temps de la taille, on raccourcira les trois bourgeons qui sont sur les cordons ; ils seront taiU lés à deux yeux , sinon le terminal, qui sera taillé à trois ou quatre yeux comme bourgeon de prolongement. Les deux autres bourgeons que nous venons de désigner, et que quelques personnes nomment broches , étant taillés en coursons sur deux yeux , pousseront deux ou trois bourgeons que Ton palissera, ébourgeonnera et arrêtera en saison convenable, observant de différer de quelques jours le pincement sur le bourgeon le plus près du cordon, dans le but d'en favoriser le développement , parce que c'est toujours sur ce boui^ geon le plus rapproché du cordon que doit se faire la taille de Tannée suivante, les autres au dessus devant être tons supprimés à la taille. On pincera plusieurs fois , comme il en a déjà été question , les pousses qui sont placées en dessous ou sur le devant du cordon pour ensuite les supprimer tout à fait à l'automne.
Les yeux sur les cordons qui donnent naissance aux cour« sons doivent toujours être placés sur le dessus du cordon , et avoir entre eux une distance de 16 à 20 cent. , afin que
U liA POMONE FRAl^GAtôB.
les denx ou trois bourgeons que produit amiuelletneiit cba« qae conrson après la taille troaTent place au palissage. Nous appelons courson ce que dans le midi de la France on appelle coq. Cette distance des coursons entre eux sur les cordons s'obtiendra par le même procédé que Ton a employé sur les tiges pour obtenir les cordons précisément à la place qui leur était assignée , c'est-à-dire par un double rapprochement. On continuera ainsi chaque année l'établissement des coursons, et le prolongement des cordons et celui des tiges 9 jusqu'à ce qu'ils aient rempli le cadre qui leur a été réservé; après quoi les cordons n'auront plus de bourgeon de prolongement ; ils ne seront garnis que de coursons.
On pourrait être tenté de donner, dès la première année ^ aux cordons , toute la longueur qu'ils doivent avoir, c'està-dire 1 mètre 33 cent, de chaque côté. Il résulterait de cet empressement deux fautes : l'une , que les yeux placés sur le cordon pourraient se trouver à une trop grande distance les uns des autres , ce que l'on^évite en employant phis de temps pour former les cordons; secondement, tous les coursons sur un cordon ainsi improvisé se trouveniîent être du même âge; alors celui de l'extrémité conserverait toujours des éléments de vigueur beaucoup plus considérables que ceux plus rapprochés de la tige ; la sève , qui tend naturellement à se porter à l'extrémité du cordon, se trouverait excitée à suivre ses penchants, tandis que, lorsqu'on établit successivement les coursons , ceux près de la tige sont déjà constitués h)rsqne ceux des extrémités commencent à naitre. Nous avons déjà dit que c'est dans l'égale répartition de la sève sur toutes les parties de la vigne, que les cultivateurs de Tbomery savent établir et maintenir, que réside la cause la plus réelle de leurs succès. C'est aussi pour atteindre ce but plus facilement qu'ils ne forment les coursons que les uns après Tes autres , et qu'ils ne donnent aux cordons de leurs vignes que peu d'étendue. Il est alors facile, par le pincement, de
faire refloer la sère sur les coaraons les plw près de la tige ; tasdisque , si les cordons ayaieot 7 à 10 mètres de Ion* S^eur, comme cela se voit dans presque tous les jardins des environs de Paris, le pincement prodoirait peu d'effet, et la sève se porterait avec d'autant plus d'impétuosité vers les extrémités , que les cordons seraient plus longs. Dans ce cas, la sève ne pouvant être refoulée vers la tige , les pousses de ces longs cordons deviennent de plus en plus inégaies entre elles i les fruits ne sont beaux que vers l'extrémité des cordons, décroissant de beauté vers la tige (1).
Lorsque la surface du mur sera régulièrement couverte par la vigne, les soins du cultivateur se borneront à maintenir constamment la treille dans cet état prospère. Il y par* viendra en asseyant la taille annaelle des coursons toujours sur le bourgeon le plus près du cordon ; cependant, en observant seulement cette condition, il pourrait arriver que le bourgeon sur lequel on taille, se trouvant cbaque année un peu pins éloigné du cordon , finirait à la longue par em être distant de 16 à 20 centimètres, et même au delà, ce qui occasionnerait un très grand vide sur toute la surface du mur. On prévient cette défectuosité et même cette perte en profitant des bourgeons qui percent souvent au talon des coursons ou sur la vieille écorce des cordouB. Dans ce tas.
(l}Ge8 faits soot en opposition atec le principe qoo M. Dalbret vent établir, p. 167 : Qu'il vaut mietix, dit-U, dans ce genre de végétal (la vigne), forcer la $h€ à se porter eu wtOre à Vsxtré/mité que de fewtrémUé au eemtre. H. Dal* bret n'a sans dente pas réflécbi qne, si le principe qn'il veal éUblir était admissible poar la caltare de ta Tigne, 11 ne serait pas nécessaire de forcer la sève à se porter aux extrémités des cordons, puisqu'elle s^y précipite tout naturellement. Cttt poar cette raison que noos devons travailler sans cesse à Ten détoamer ; et, sioD suivait Tavis de M. Dalbret , on occasionnerait un très grand désordre dans tonte la plante. H. Dalbret nMndique pas non plus la longueur à donner aui cordons de la vigne ; son dessin sur les planches laisserait eroire qu'elle peat être UUnitée.
9d LA POMOHE FRAHÇAIISB.
00 fuTorise leur développement par tous les moyens eonnns, et lorsque ce bourgeon est asseas fort pour remplacer le courson^ on supprime celui-ci avec la scie. On peut provoquer la sortie de ces bourgeons de remplacement par une taille courte ou par des engrais; mais les jardiniers soigneux évitent de recourir i ces moyens en ne négligeant point d'accueillir les bourgeons qui percent de la vieille écorce, et n'échappant jamais l'occasion de renouveler les coursons. Nous ajouterons que les bourgeons destinés à former les cordons doivent être abaissés avec beaucoup de précaution vers la latte horizontale, dans la crainte de les rompre. Il faut attendre quMIs soient devenus tout à fait ligneux pour les ployer et les appliquer sur la latte.
Beaucoup de jardiniers se croiront sans doute plus habiles que les cultivateurs de Tbomery parce qu'au lieu d'employer sept ou huit années à élever une treille, ils ne mettront que deux ou trois ans, formant des tiges de 2 m. 33 cent, de hauteur, avec des jets de l'année , et établissant de suite des cordons à leur sommet , qu'ils allongent avec la même précipitation. Ces jardiniers attribuent notre lenteur au seul amour de la symétrie. Certes, une treille conduite selon notre méthode satisfait Tceil bien autrement que celle dont les cordons sont établis sans prévoyance et sans soins^ tels que les bourgeons se présentent, ofTrant partout des arcs et des coudes. Cependant ce n'est pas seulement l'amour de la symétrie qui détermine notre conduite dans la formation de nos treilles, mais bien plutôt l'opportunité d'une marche lente qui assure dans toutes les parties de la plante l'égalerépartition de la sève et sa libre circulation. Cette marche diffère essentiellement de celle que suivent par routine la plu- | part des jardiniers ; mais , pour peu qu'on réfléchisse sur les I conséquences de ces deux méthodes si opposées, on comprendra que la sève doit s'élaborer bien différemment dans les tiges sur lesquelles on a fait développer successivement
LA POHOIHB FRAIfÇAISlS. 97
des germes de fractification très rapprochés les uns des au* très que dans celles abandonnéessaus obstacles à toute la fougue d'ane jeune végétation. Sur celles-ci , les yeux sont très espacés, beaucoup s'oblitèrent, et les mérithalles sont très allongés. Est-il surprenant que deux treilles élevées d'après des méthodes si opposées offrent des produits aussi différents que ceux qui se font remarquer sur les treilles de Thomery et sur celles des environs de Paris?
La récolte de ces treilles commence dès l'année même du couchage. Les tiges vigoureuses fournissent trois ou quatre bourgeons qui peuvent rapporter chacun deux grappes; on supprime ces bourgeons à mesure que la tige s'élève, et l'année suivante on en laisse sortir de nouveaux , qui seront supprimés à leur tour. Ainsi les ceps destinés à former les derniers cordons n'en seront pas moins productifs jusqu'au moment où ils viendront remplir le cadre général de l'espalier.
On ne peut disconvenir qu'une vigne menée par cordons, et de cette manière, offre trois avantages importants : 1^ une égale distribution de la sève dans toute la plante; 2^ de garnir régulièrement et sans perte tout l'espace qui lui est consacré; d9 de rendre la taille si simple et si facile, lorsque les cordons sont établis, qu'elle puisse être faite par tout ouvrier qui en aurait la plus légère notion. On ajoutera qu'elle donne lieu è une très grande économie de temps, que l'on serait forcé d'employer à réfléchir au lieu d'agir si la vigne était étalée sans symétrie sur les murs, parce qu'il faudrait , à chaque coup de serpette, prévoir si les bourgeons qui vont sortir des yeux sur lesquels on taille trouveront place au palissage sans nuire aux autres. On est étonné que les habitants de Montreuil-aux-Pèches , qui consacrent des murs entiers à la culture de la vigne , ne la conduisent point par cordons ; aussi leurs murs ne sont-ils jamais garnis comme ceux de Thomery. II est visible que leur culture, à ceté-
S8 LA POnOlVB FRAKÇAI6S.
gard, n^a point changé depuis deux cents ans, et qu'ils sont encore dans le sillon de la routine.
Après avoir parlé]de la taille sous le rapport de la forme à faire prendre à la vigne , il reste à parler de ses effets sur les branches à frnits ou coursons. Ils tendent en général à empêcher la dissémination de sève qui aurait lieu si on laissait subsister tous les nombreux sarments et bourgeons anticipés disposés à sortir des yeux, des sous-yeux, et même de l'écorce. La taille et le pincement concourent à établir dans la plante le rapport convenable entre ses facultés d'aspiration et celles d'évaporation. Lorsqu'une vigne a trop de moyens de pomper une humidité toujours renaissante , le mouvement de ses principes séveux est trop rapide , la sève ne s'élabore point, ne se concentre point, et l'on n'obtient que des raisins aqueux , et par suite des vins sans qualité et sans durée.
II faut donc mettre la vigne dans une situation telle qu'on puisse , sans de grands inconvénients , en restreindre le volume , et ne lui faire aspirer qu'une quantité de parties aqueuses relative à la chaleur du climat où elle se trouve : un sol peu riche, ne retenant que l'humidilé nécessaire au développement d'une végétation lente , mais substantielle , remplit chez nous ces conditions. Si le sol est trop humide, on est obligé de proportionner la taille à l'abondance de la sève. Les vignes , à Thomery, plantées le long des murs à 65 centim. de distance l'une de l'autre sous la forte saillie du chaperon des murs, et pincées de bonne heure, n'éprouvent, par l'efTet de toutes ces circonstances, qu'une végétation modérée , toujours terminée avant les fi*oids. Dans la plupart des jardins , au contraire , nous voyons des vignes dont la végétation trop prolongée n'est arrêtée que par les gelées 3 aussi ces plants rapportent-ils des fruits inférieurs qui parviennent rarement à une maturité complète.
LA PDMOXB FRAl^CAlSa 3d
Pour reveoir à la taille, noas observerons que celle qai est Faite (aiDSiqae cela se pratique ordinairement pour la vigne) sur des bourgeons sortis des sous-yeux, étant moins favorable ^ la force et à l'étendue de l'arbre que si elle était pratiquée sur les yeux bien conformés, est par conséquent plus avantageuse aux produits. Cependant en allongeant çà et là quelques bourgeons, et les taillant sur de bons yeux, ceux-ci se développeront avant les autres et porteront des grappes plus belles et plus hâtives; mais il ne faudrait pas abuser do ce moyen , car on finirait par affamer les ceps ; les autres pousses décroîtraient , et l'espalier présenterait bientôt des vides. Une taille bien entendue établit et maintient l'équilibre entre tous les coursons d'un même bras, en même temps qu'elle concentre les Jeunes pousses le plus prés possible des cordons,
La taille des coursons ou branches fruitières se praticpie en rabattant sur le boui^eon le plus voisin de leur insertion, pour tailler ensuite ce bourgeon à un, deux, ou même trois yeux , suivant la qualité de terre et l'exposition.
Cette taille des coursons est annuelle , et doit être faite plus ou moins longue, suivant l'indication donnée par les pousses précédentes, c'est-à-dire que si, par exemple, après avoir taillé sur un seul œil , on a obtenu une pousse trop vigoureuse , on aura soin , l'année suivante , de disséminer la sève en taiQant sur deux yeux , et même sur trois, sauf par suite à revenir sur ses pas si les pousses faiblis* «aient.
On con£oit que, si l'on donnait aux bourgeons une taille trop allongée par rapport à leur vigueur, les yeux ou les soofr-yeux du talon n'ouvriraient que faiblement ou même point du tout; dans ce cas, la taille de l'année suivante se trouverait assise sur un bourgeon déjà distant de quelques pouces du cordon , et bientôt l'espace d'un cordon à Taulre ne serait plus suffisant pour contenir Ic3 branches fruitières,
40 LA POMONB FRANÇAISE.
qui se dégarniraient d'ailleurs par le bas , et le mur cesserait d'être entièrement couvert.
Les considérations qui doivent {[uider en général dans la détermination du nombre des coursons et de la longueur & leur donner lors de la taille sont : i^ que la vigne chargée d'un trop grand nombre de coursons et de bourgeons s'épuise , et qu'elle dépérit aussi lorsqu'on la tient trop courte par rapport à son âge et à l'étendue de ses racines, parce qu'elle ne donne alors que du bois sans solidité ; 2^ que dans le cas où le raisin a coulé , ce qui a tourné au profit de la végétation du bois, on ne risque rien à la taille suivante d'allonger, sauf à rétrograder par la suite; et que, si au contraire les gelées, les vers blancs, ou autres accidents, ont fatigué la pousse, il faut tailler court et ne laisser que peu de bourgeons bien choisis. De certaines espèces , toutes choses égales d'ailleurs , doivent être taillées plus courtes que d'autres : telles sont le gamet , le meunier, le précoce , le métier, et autres, dont les boutons rapprochés se chargent d'une grande quantité de grappes. Les espèces que l'on doit tailler long sont les muscats en général , particulièrement le blanc, les chasselas vigoureux, le gouet, le morillon blanc , et autres , dont les yeux sont très éloignés.
Quant aux vignes en treilles , plantées à petites dislances comme nous l'avons prescrit , on taillera leurs coursons à un ou deux yeux , y compris celui du talon. Dans le cas seulement où la vigne aurait beaucoup de vigueur, parce qu'elle serait jeune ou nouvellement fumée , il conviendrait de tailler une partie des bourgeons sur trois yeux ; encore faudrait-il qu'ils fussent très rapprochés.
Les coursons des vignes de souches se taillent suivant les mêmes principes ; seulement dans certaines contrées on laisse sur un des coursons un brin sans le tailler. Ce brin s'appelle pique , ployon ou marcotte , suivant qu'on le conserve droit, ou qu'on le ploie, ou qu'on l'enfonce en terre
LA POMOUB PRÂnÇAISB. 41
poar lui faire prendre racine. H rapporte quelquefois au* tant à lui seul que le reste des coursons de la sonche ; mais il faut, pour cliarger une Tîgne de ces longs bois, qu'elle soit vigoureuse , plantée dans un bon terrain , et qu'elle ait au moins quatre années de plantation ; les vignerons des environs de Paris les multiplient beaucoup trop , ce qui épuise la plante et diminue la qualité des produits. Le fruit des coursons mûrit toujours avant celai des longs bois ; il y a encore pour ces derniers une différence prononcée en^ tre les époques de maturité des grappes du sommet et de celles de la partie inférieure. Leur plus grand avantage est d'offrir, lorsque les gelées printanières ont détruit les Jeunes pousses, la ressource des yeux ou 80U&>yeux de leur talon qui n'auraient pas poussé, et sur lesquels on pourrait rabattre.
CONSIDÉRATIONS SUR LA NÉCESSITÉ DE L'ÉGALE RÉPARTITION DE LA SÈVE DANS LA VIGNE-
Lorsque nous recommandons l'égale répartition de la sève dans les arbres , notis n'avons pas seulement pour but de les soumettre plus facilement aux formes que nous voulons leur imposer, mais encore de donner à leurs productions toute la perfection dont elles sont susceptibles , et aux récoltes une régulière abondance.
Les cultivateurs de Thomery ne doivent en partie la grande supériorité de leurs fruits et de leurs récoltes qu'au bon emploi qu'ils savent faire de la sève en la distribuant également sur cbaque cep de leurs vignes. L'intelligence ou peut-être l'instinct qui a dirigé ces cultiva* teurs à cet égard est d'autant plus admirable que la vigne se soumet à toutes les formes , sans qu'il soit nécessaire de s'occuper^ comme pour les autres arbres , du balancement de la sève. 11 a fallu qu'ils aient pressenti , puis reconnu,
4t LA POXMIB FAAlfÇAlSB.
qo'ane égale répartition de la sève dans tonte la plante était moins nécessaire à la forme de l'arbre qu'à la perfec* tien des fniits , sar lesquels elle a des effets extrêmement remarquables ; aussi est-elle observée par ces cultivateurs avec une (jurande exactitude , tandis que nos jardiniers sem« blent ignorer tont à fait son utile influence. 11 savent seur lement qu'ils peuvent se passer de cette répartition de la sève pour soumettre sans obstacle la vigne à toutes les formes qu'ils veulent lui donner. Ils abusent tellement d'une docilité qui les trompe, que l'on pourait croire qu'ils ont pour but principal , dans la culture de la vigne , de répartir la sève de la manière la plus inégale sur toutes les parties de cette plante ; aussi voyons -nous que la différence des récol* tes est en raison de la différence des cultures.
Pour mieux faire comprendre comment les cultivateur^ de Thomery parviennent à une égale distribution de la sève dans la culture de la vigne , jetons d'abord un coup à'idl rapide sur la manière tout opposée dont la plupart des jardiniers des environs de Paris traitent cette plante. Si la tige de la vigne est destinée à atteindre le haut de l'esp^ier^ ils se bâtent de l'y conduire ; et aussitôt que les sarments destinés à former les cordons commencent à se développer, ils les étendent de toute leur longueur, se contentant , lors de la taille, d'en retrancher la moitié et de supprimer tous les yeux qui sont sur le dessous du cordon , ne laissant se d^ velopper que ceux placés sur le dessus ; à la pousse , ces yeux ouvrent en autant de bourgeons, tous d'une force très inégale: ceux de l'extrémité sont très vigoureux, et ceux près de la tige sont très faibles. Au printemps suivant, ces jardiniers allongent encore les cordons de manière à leur faire acquérir très promptement 8 à 10 mètres d'^étendoe ; puis ils taillent tous les sarments qui sont sur les cordons à un ou deux yeux , ce qui établit des coursons ; ce sont de ces coursons que sortiront désormais chaque année les bour*
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geons de la vigne. On conçoit que les canaux sëveux des coursons de l'extrémité des C0rdoiis sont plus larges et peutêtre plus multipliés que ceux près de la tige, d'où il résulte que les bourgeons qui nattroot sur ces coursons ainsi établis conserveront toujours eain eux une inégalité de force qui devient pour toujours un obstacle insurmontable à l'unité de végétation dans toutes les parties de la vigne ^ si nécessaire à la perfection de ses produits.
Les cultivateurs, à Thomery, agissent bien différemnent : ils étabiissest les coursons successivement, et toujours très lentement, de manière à ce que cbaque nouveau courson B'ait de vigueur en plus sur son voisin que celle inévitable due à sa position , mais qu'on parvient facilement à neotra* User par le pincement. Les cordons de lems vignes n'ont au plus que 1 m. 33 cent, d'étendue de cbaque côté, et cbaque pied de vigne a'^n porte que deux : aimi la difTérence de vigueur entre les bourgeons de l'extrémité el les bourgeons près de la tige n^est jamais très sensible , et le pincement a toujours asses d'efficacité pour, sur une aussi petite étendue , faire refluer la sève depuis l'extrémité du cordon jus* que vers la tige. L'effet d'une égale distribution de la sève dans toute la plante a pour résultat très prononcé une ma^ tnrité bâtée et complète du bois et des fruits en même temps $ ce qui est un double avantage , parce que la maturité par* faite du bois assure toujours celle des fruits , et prépare pour Tannée suivante une abondante récolte. Fautnil s'étonner si de ces deux manières si différentes détailler la vigne on obtient de part et d'autre des produits si dlfféraits? Il est bon de remarquer que nous ne (bisons ici mention que 4e la taille; nous ferons plus tard la comparaison plus Qontplète de tous les procédés de culture suivis i Tbomery et de ceux suivis aux environs de Paris.
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