‹ La pomone françaiseChapitre 55 sur 76 · DES INSECTES QUI ATTAQUENT LE PÊCHER · texte numérisé non relu

DES INSECTES QUI ATTAQUENT LE PÊCHER

Beaucoup d'insectes nuisent à la yëgëtation du pécher en attaquant les feuilles, le bois ou les racines. Ceux que nous avons remarqués plus particulièrement dans le climat de Paris sont : le kermès y les pucerons , les peree-oreiHes , la Téro , les tigres sur feuilles et sur boû, les lisettes, vers gris^ limaces, limaçons, rats, loirs, etc.; les guêpes, frelons, mouches ; les hannetons et les vers blancs; les mulots , taupes et courtilières.

Kermès. Les jardiniers, et même des auteurs distingué», tels que l'abbé Roger, Le Berriays, etc. , donnent assez gé^ néralement le nom de punaise aux kermès; ces insectes » qui font un tort considérable aux arbres fruitiers, et par* ticulièrement au pécher, doivent être signalés aux cultivateurs, afin qu'ils puissent choisir les moments les plus favorables pour procéder à leur destruction , et nous avons pensé qu'il pourrait être utile de donner quelques détaib sur l'histoire naturelle de ces animaux , que leur immobilité pourrait faire confondre avec des productions du règne végétal.

Le kermès femelle a bien deux antennes très courtes et six pattes, mais qui disparaissent sons un corps semblable à une baie , sans anneaux distincts , lorsqu'il a pris tout so» accroissement.

Le mâle est une petite mouche dont la tète , le corps , le Gorcelet et les six jambes , sont d'un rouge foncé ; il a deux ailes, grandes, d'un blanc sale, avec un liséré rouge carmta ; fi porte à l'extrémité de l'abdomen deux filets blancs, dont la longueur, qui est le double de celle des ailes, accomplie un aiguillon plus court, qui se recourbe un peu en dessous.

Ces insectes, du même genre que les cochenilles, courent en naissant sur les feuilles et sur les tiges , sont presque im-

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perceptibles, et ressemblent assez à de petits cloportes blancs; au bout de quelque temps la femelle se fixe sur un point et y reste parfaitement immobile ; bientôt son corps se gonfle, la peau se tend , devient lisse et sèche ; les anneaux s'effacent et disparaissent ; enfin elle perd tout à fait la forme et la figure d'un insecte , et ressemble plutôt aux galles ou excroissances qu'on trouve sur les arbres , ce qui lui a fait donner par quelques auteurs le nom de gallinsecte.

Les pêchers, ceux en espaliers surtout , sont quelquefois couverts de deux espèces de kermiès : l'une semblable à de petits grains de poivre qui approchent de la figure sphérique , et Tautre , plus grosse , en forme de bateau renversé. Ces espèces de tubercules, lorsque l'animal est vivant , adhèrent tellement aux branches, qu'on ne pent les en détacher entièrement qu'à l'aide d'une lame.

An mois d'avril , les kermès qui avaient passé l'hiver appliqués sur les branches , où ils offraient l'aspect de très petites taches blanchâtres, se dépouillent de leur peau, deviennent immobiles , et dès ce moment prennent nn accrois* sèment rapide. Lorsque celui-ci est parvenu à son terme , les mâles sortent de leur coque par la partie postérieure et vont féconder les femelles, qui conservent toujours la forme de galle. Bientôt les mâles meurent, et les femelles font leur ponte ^ mais les œufs ne restent pas à l'extérieur; ils sont conduits entre la peau du ventre et le lit de duvet blanchâtre sur lequel la femelle est posée. Celle-ci meurt à son tour, et son corps, sans changer de forme, sert encore d'enveloppe et d'abri aux œufs, dont le nombre est de plus de mille, sans adhérence entre eux , et semblables à une poussière rou- ' geàtre. Dix ou douze jours après, les ceub donnent naissance à de petits insectes , qui, lorsqu'ils ont le degré de force nécessaire, sortent enfin vers le commencement de juin et se répandent sur les feuilles , où ils se meuvent avec une très grande rapidité jusqu'à ce qu'ils aient choisi la place qui leur

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coDTlent le mieux. lis ne sont perceptibles qn'à la loape ^ mais les fourmis qu'ils attirent décèlent leur eiistence. Ib ne rongent point les feuiNes ; ils en pompent le sue avec une trompe placée près de la première paire de pattes. L'expë* rience a appris aux cultivateurs que ces insectes épuisent les arbres, les font languir et même dépérir. Il paraît qu*ih font sortir beaucoup plus de sève qu'il ne leur en faut pour leur nourriture : car la terre est quelquefois mouillée au dessous des branches attajquées par les jeunes kermès, et ces branches elles-mêmes deviennent noires, sales et couvertes d'une substance sucrée ayant la consistance du miel.

A cette époque, comme on l'a déjà dit, les jeunes kermès sont tellement petits, qu'on les aperçoit très difficilement ; mais si l'on détache dans les jours chauds une des feuilles sur lesquelles ils sont appliqués, elle se dessèche bientôt ; les insectes, n'y trouvant plus de sucs, se mettent en mouvement pour en aller chercher de plus firatches, et l'on peut les voir alors avec plus de facilité. Vers le mois de novem* bre , lorsque les feuilles vont tomber, la plupart des kermès les abandonnent et gagnent les jeunes branches, sur lesquelles ils s'attachent , et restent engourdis pendant l'hiver. Sept degrés de fkroid que nous avons éprouvés aux mois de no-vembre et décembre 1816 n'ont point fait périr des kermès restés sur des feuilles humides, tombées et très fréquemment gelées ; aussitôt que ces feuilles ont été approchées du feu, les kermès ont retrouvé toute leur agilité ; d^oft il résulte qu'on doit, avant que les feuilles ne lonAent , les couper, pour les enterrer ou les brûler.

Les cultivateurs, pour lesquels nous écrivons, ont sur« tout besoin de connaître les moyens les plus efficaces pour parvenir à la destruction des kermès. Or, d'après l'exposé succinct que nous venons de faire , il est' évident que l'épO' que la prus favorable est celle qui suit immédiatement la ftcondation, c'est-à-dire vers le milieu de mai pour le cB-

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maX de Paris: ear alors les femelles qui restent lesles^ayant pris tout leur accroissement, s'aper$oivefit mieux ; commo elles sont déjà mortes ou prôs de mourir, elles n'adhèrent plus autant à Téeorce , et en les faisant disparidtre , aa anéantit dans son germe toute la génération nouTelie dont on craignait les ravages. Les gens de Montreuil se serrent de brosses un peu rudes ^ qu'ils font mouvoir du bas en haut des branches pour ne point offenser les yenx et les boutons. Il ne faut donc pas que les jardiniers puissent croire plus long-temps que les coques de kermès qu'ils voiant sor tes branches sont autant de punaises que leur peu d'agilité fend toujours faciles & détruire^ dans un tempi^ eomme dans na antre.

Puceron. Le pdeeron est sans contredit finsecte qni canso le fim de dommage aux jeunes pèiibers ; il pullule sur les feuilles, qu'il fait reeoquyier, et paraît s^attacher de préférence & celles de l'extrémité des pousses f ce qni arrête mo-* menlanément la y^étation de oes bourgeons^ qni se courbent •t perdent leur direction naiœreile.

Les fourmis, qui semblent vivre des dégâts commencés par les pucerons , viennent aussi Faxigmenter par leur nombre et leurs fréquentes allées et vmuies.

On détruit les pucerons en nettoyant les feuilles une à une , et en coupant celles qui sont trop ronlées, on bien &ik fialsant des fumigations de tabac ,. ce qui est plus expéditif et moins nnisîUe à la santé de l'ariNre^ On se sert pour cette opératioad'nn appareil en enivre,. dans lequel on met du IbQ et do tabac on pen homide. La ftamée est chassée par le irent d'un sMADetidaMun longtnya» que Ton dirige ver» in braUciMB attaquées^ On doit éviter qne la fumée n'arrive tropohmde sur tes^ feuilles, et surtout à Pentrémité des: boui^eons , ce que Ton obtient en se servani d'un long^ tayan pour conduire iafkamée. Pour opérer, il faut choisir

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un temps calme , et commencer toujours avant que lé mal ait fait de trop grands progrès.

On pourrait faire les fumigations sous un châssis portatif, extrêmement léger, en bois blanc , garni de papier huilé, et fermé latéralement , qu'on appliquerait contre le treillage , en ayant soin de garnir avec de la mousse ou des linges mouillés l'intervalle entre le treillage et le mur, afin de ne laisser aucune issue à la fumée , qui détruira promptement tous les pucerons, même ceux qui sont cachés dans les feuilles repliées, I| est surtout très important de préserver des pucerons les jeunes arbres que Ton forme.

Perce^reilles. Les perce-oreilles font beaucoup de mal en attaquant les feuilles, et ensuite les fruits, qu'ils percent, afin de s'y loger. Pour les prendre , les jardiniers de Montreuil placent derrière le treillage , ou entre les branches, de petits paquets de bourgeons liés ensemble et garnis de feuilles; les perce-oreilles s'y retirent dans le jour, et des enfants viennent visiter les arbres , et secouent ces paquets dans un vase assez lisse pour qu'ils ne puissent en sortir. On place aussi au pied des arbres des pieds de moutons ou d'autres animaux, dans lesquels les perce-oreilles se retirent , et où l'on peut facilement les détruire.

Le vero ou verdellet^ ainsi appelé par les cultivateurs de Montreuil, est un petit ver très agile, qui attaque , au printemps, et surtout pendant la sécheresse, les fleurs et les feuilles du pécher; il semble sortir de Textrémité des bourgeons, qu'il fait fourcher. Il est très multiplié à Montreuil , où il commet plus de dégàtsjqu'ailleurs. Le cocon du veto est très allongé, d'un blanc jaunâtre, ainsi que la soie qui l'attache et qui est très fournie; il en sort un petit papillon de couleur soufrée. On peut le détruire facilement lorsqu'il est & l'état de chrysalide.

Tigre sur feuilles.Le tigre sur feuilles et le tigre snr bois,

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ainsi nommés par les cultivateors de Montrenil , causent de grands dommages aux feuilles et au bois de leurs pêchers. Ceux qui s'attachent sous les feuilles en détruisent le parenchyme; ils sont ailés, blancs, très nombreux, trèsactife, et passent par masses d'une feuille à l'autre. Les temps de se* cheresse et les expositions chaudes les favorisent; aassi est-ce aux murs du midi et du levant qu'ils multiplient da* vantage.

Tigre sur bois. Le tigre sur bois se plaît aux mêmes expositions, mais il semble immobile ; on croirait voir quelques petits points de blanc de céruse que l'on aurait posés avec la pointe d'un pinceau très délié autour d'une branche, mais plutôt en avant du côté du mur. Quelques uns de ces petits points seulement suiGBsent pour occasionner dans la partie où ils se trouvent le dessèchement de l'écorce. La sève tend cependant à monter au dessus de cet obstacle, et forme un bourrelet allongé ; mais il en résulte toujours des obstructions très préjudiciables. On peut y remédier en donnant du jeu à l'écorce par une incision longitudinale de l'épiderme. Mais d'où viennent ces insectes? Gomment se multiplient-ils? C'est c^ que les cultivateurs ignorent. Il serait à désirer que les Mitomolc^stes s'occupassent particulièrement des insectes qui causent des ravages dans les jardins; leurs recherches à cet égard seraient très utiles à l'agriculture, parce qu'elles suggéreraient sans doute des moyens de destruction qui nous manquent.

Le tronc et les branches principales des pêchers semblent quelquefois couverts d'une poussière d'un blanc sale, qui n'est que la réunion de dépouilles d'insectes et des insectes ^-mèmes , qui sont probablement du genre des kermès : ma%^^ cidtivateurs les prennent encore pour des lichens ; qu'onl^^^^^ rougeàtre qui sort de cette poussière lors- Gel effet'€? ne permet plus de douter qu'elle soit animée, 'ns sensible vers la fin de juin.

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Plttd^tGtrs entomoIogiMes , auxquels je me suis adressé pour avoir des renseignements sur ces insectes, m'ont dèdaré qu'ils ne les avaient pas encore observés.

Je ne suis parvenu à en débarrasser les branches» anxqnelles ils causent des obstructions , qu'en les faisant laver» à la chute des feuilles, avec une lessive de cendre et d'urine, et les enduisant ensuite avec un lait de chaux ; il faut recommencer cette opération plusieurs années de suite.

Usette. La lisette verte et la grise, connues sous le nom de coupe-bourgeons, sont de petits charançons qui coupent en effet Textrémité des jeunes bourgeons. On les éloigne en aspergeant de temps en temps l'extrémité des pousses avec de l'eau dans laquelle on fait bouillir desfeuHIes de tabac et du savon noir, et que l'on a mêlée elisnite avec da tabac en poudre. Cette aspersion éloigne aussi les pucerons (1). La lisette cause de grands dégâts , surtout lorsqu'elle détruit l'extrémité d'un bourgeon termina! d'une branchemère ou d'un membre.

yer.9ri^. Les pêchers sont sujets à être attaqués par de petits vers de couleur cendrée , qui seftxent principalement à l'insertion de la greffe et à celle des grosses branches. Leur présence s'annonce par la vermoulure et le flux de gomme, qui est plus ou moins abondant dans ces parties en raisoa du nombre des insectes. On les découvre en coupant l'*corce par couche; ils pénètrent quelquefois jusqu'à l'aubier, et même jusqu'au bois. Ces insectes commencent k attaquer l'arbre du côté du mur, et, lorsqu'il est prè^de périr épuisé , ils descendent au dessous de la supetftcîe du sol.

«l'arrosement de (i) n serait dangereux de la faire, ainsi qae toute autre '' feuilles , lorsque le soleil frappe sur fespaiier.

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Ces insectes se fixmt plutôt sur les vieux arbres que sur les jeunes.

Je ne connais pas d'autre moyen de les détruire que d'entamer Técorce, ce qui est toujours un grand mal, que l'on pourrait prévenir en tenant les arbres propres, et les couvraiit avec un enduit de chaux , de cendre et d'urine.

limaces et thnaçons. Les limaces et les limaçons entament les pècbes avant leur maturité , et elles préfèrent celles qui ont la peau lisse; elles sucent aussi les jeunes pousses. Nous avons parlé, à l'article de la f^igne^ des moyens de les détruire.

JlaUj loirs, etc. Les rats et les loirs mangent les pèches lorsqu'elles commencent à tourner, aussi doit-on mettre de très bonne heure des appâts avec de la noix vomique pour les détruire; il faut avoir la précaution de mettre le poison dans de petits vases que l'on attache au mur pour qqe les animaux domestiques ne puissent y atteindre : il y a négligence de la part du jardinier lorsque les fruits sont attaqués par les rats ou les loirs , parce que leur destruction est facile.

Guêpes j frelons^ mouches, etc. Yoyeas la Vigne»

Hanneton et ver blanc. Voyes la Yigne.

Mulots j muserels. Ces animaux rongenries jeunes pous* ses des pêchers à mesure que les bourgeons se dévelop* pent. J'ai vu, à Trianon, tout un espalier nouvellement planté être dévasté par ces animaux. Ces accidents accusent rimprévoyance du jardinier, qui n'a pas su prévenir le mal et tendre des pièges avant le moment de la plantation. Les mulots détruisent aussi les amandes et les noyaux que l'on met en terre.

Taupes et eourtilières. Les taupes et les courtilières ou taupes-grillons font beaucoup de tort aux pêchers par les souterrains qu'elles pratiquent le long des murs, et qui éventent les racines; eu outre, les courtilières rongent

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ces mêmes racines , dont les plaies gaërissent difficilemeiit. J'ai donné , dans un traité snrla culture des patates douces, un moyen de détruire les courtilières , qui est aussi infaillible qu'aisé à pratiquer. On leur prépare , en différents points du jardin, à l'automne, des couches avec du fumier chaud, où elles viennent se rendre. En enlerant ces couches & Tau^ tomne, et, nettoyant la place avec un balai, on reconnaît bientôt les trous où les courtilières sont retirées aux petites élévations produites par la terre qu'elles rejettent en s'en* fonçant ; on découvre chaque trou , qu'on remplit d'eau , en ayant soin de verser doucement , afin qu'elle n'entraîne pas au fond la terre des parois ; on verse ensuite une seule goutte d'huile, que l'eau, en s'imbibant, conduit sur le corps de la courtilière, et qui obstrue ses trachées: l'animal sort alors pour chercher l'air extérieur, et périt aussitôt.

Si l'on aperçoit dans les plates-bandes une trace de courtilière, il faut la suivre avec le doigt, et lorsqu'on arrive à l'endroit où cette trace s'enfonce , on élargit le trou avec le doigt : puis on verse de l'eau avec précaution , et enfin de l'huile; et s'il arrivait que la courtilière ne sortit point, parce que la terre trop mouvante aurait retenu l'huile, on arrosera amplement le terrain, on marchera dessus pour le tasser ; et si la courtilière trace encore, on finira parla prendre en réitérant l'opération.

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