‹ La pomone françaiseChapitre 64 sur 76 · M LA MDLTIPUCATION DES POMMIERS ET DES POIRIEBS PAR SEMIS · texte numérisé non relu

M LA MDLTIPUCATION DES POMMIERS ET DES POIRIEBS PAR SEMIS

Nous considérons la multiplication du poirier et da pom* mier par la Toie des semis et autres moyens sous deux rapports : l'un pour se procurer des sajets propres à la greffe , l'autre pour obtenir des variétés nouvelles et des fruits meilleurs que ceux que nous possédons déjà.

DB LA WATlPLIGÂTtOH BBS BIVBBS SCilTS PBOFBBS A LA OBBrPB.

La multiplication du pommier et du poirier par la voie des semis, pour élever des sujets destinés à être grelKs, demande des considérations particulières dans le choix des graines, dans la manière de les conserver, dans celle de les semer, etc« Nous citerons comme exemple la culture des cantons d'où tes pépiniéristes tirent plus particulièrement les plants de poiriers et de pommiers dits Romais. Ce nom est celui d'un canton du département de l'Eure qui parait éminemment propice à l'éducation du plant de pom* mier et de poirier, comme celui de Glamart et de Fontenayaux-Boses l'est aux plants de Paradis , de Doucin et de Cognassier.

Nous rapporterons ici le mode de culture suivi dans le Bernois comme un modèle pour ceux qui voudront s'y conformer, laissant & chacun le soin de le perfectionner. Les cultivateurs de ce canton obtiennent les pépins dont ils se servent pour semer, de beaux fruits choisis sur des arbres sains et vigoureux , dont les feuilles sont larges et le bois peu épineux. Ils déposent ces fruits en tas , et les y laissent ressuyer, ou plutôt suer, pendant un mois environ ; on les porte ensuite sous les meules , puis au pressoir. Oo extrait les pépins du marc au moyen d'un crible , on les lave pour

S94 LA VOmOfm FlUflGAISlt

les épurer dayantage, et, après les avoir exposés à Tair et m soleil, OD les dépose dans des baquets tenus dans un lieu frais et tempéré, tel qu'une écurie, un cellier; les baquets sont soigneusement couverts, pour empêcher les rats ou les souris d'y pénétrer.

Vers le mois de mars, on sème à la volée les pépins, comme on sème le blé, mais moins dru, sur une terre bien labourée et rendue meuble ; des hommes conduisent une herse pour couvrir la graine, et Ton étend ensuite sur le sol un lit de paille peu épais , provenant de démolition de couche ou autre, afin que les pluies ne battent pas trop la terre, et que les bAles ne la dessèchent pas. Le terrain a dû être fumé avec des engrais chauds , tels que colombine , poudrette, balayures des rues , etc.

Lorsque le plant est assez fort pour être désherbé, on y pro* cède à l'aide de crochets à deux branches faits particulièrement poor cette opération. Ces crochets ouvrent légèrement la terre ; ce qui fait périr les mauvaises herbes, sans nuire au jeune plant, dont les racines sont déjà assez profondément attachées à la terre. Cette opération ne doit jamais se faire par un temps humide , ni même lorsque la rosée est encore sur les feuilles; dans ce cas, le plant serait arrêté dans sa vé« gétation , le blanc gagnerait tout le semis, et il serait avorté, parce que le jeune plant se trouverait offensé à la fois dans ses racines et dans ses feuilles : dans les racines en marchant sur la terre humide , ce qui la scelle beaucoup au dessous de la surface, que le crochet doit seulement ou vrir; dans les feuilles , en arrêtant tout à coup dans la plante naissante les sécrétions devenues très abondantes par l'action du soleil sur les feuilles chargées de rosée. D'après ces observations, il paraîtrait que le jeune plant de pommier et de poirier, comme celui de beaucoup d'autres plants, reste toujours languissant lorsqu'il éprouve des dérangements dès le début de sa végétation.

lââ fOÊÛfM WhàMÇàUBi m

Site plantait Uea soigné, S aira acfoto i la fin 4e la aiôsM une havteitr moyeBJie de 35 ceatioiètres à mt mètre* Vers le mois de noTembre de la même amëe dnsemifi, on le lève eatièremeot poar le liyrer aa commerce* Si on le laissait une année de pins, il dépérirdl. On taii]éb ce plant trois lots: le premier défii|^ soosleMmde6a/tti€an,doQtleprii: ordinaire est de vingtnànq A trente francs le mille; le denlOème loi e§t désigné sons le nom de pUmi marchant, dfmt le prix est de douce A quinze francs le miUe ; enfin le pettip&uit, qui se vendcinq A Ax francs le mille. On fiMrme des paquets de cent, composés de deni: poignées , chacune de cinquante, que r<m met en tas, les racines de Tune eur les tètes de l'autre ; le tout est lié dans le milieu avec un osier. C'est dans cet état qu'il est mis dans dessaes préparés A cet usiye, et expédiés selon les commandes.

Le plant de cognassier, de pommier, de doncain.et de paradis, s'élève, pour Tusage des pépiniéristes des environs de Paris, A Clamart et A Fontenay-aux-Roses, 6ur des mères destinées A cet effeL On recèpe les mères pour faire sortir de liwrs «oiM^hes des drageons, auxquels on fait prendre racine en les bouturant; on entretient la terre de la butte toujours fridebe. Ces drageons enracinés sont en état d'être livrés la même année du recépage. Si on laissait le plant de cognassier passer l'hiver sur les mères , il serait oxposé A être gelé; c'est pour cette raison que les cultiva* teurs n'attendent pas que ce plant soit vendu pour, dès le eoBunencement de novembre, le séparer des mères, l'ètèter, et le mettre en règle. Le plant de cojpassier et celui de doucain se vend ordinairement de douze A quinze francs le mille ; et le plant de^ paradis, de six A huit francs. Il parait que te terrain de Clamart et celui de FoiKlenay-aux-Roses sont éffiinanment propices A l'enracinement de ces plants*

On peut encore se servir, pour greffer le poirier, de divem autres sujets qui sont plus ou moins favorables, suivant

rse IiA POHOHB nUHÇAIffi.

la nature des terres où les arbres soat coltiTès. Ces suféts sont Tépme blanche et le cormier. Quelques pépiniériste^ trouvent un grand avantage à se servir du sorbier des oiseaux. Dans ce cas y ils commencent par greffer près de terre le sorbier sur épine blanche. Us obtiennent par ce procédé , avec beaucoup moins de temps que s'ils élevaient un égrain, de très fortes tiges de soriMer, d'une grande vigueur, et d'une très belle apparence, très Ueeeset sans nœuds, sur lesquelles ils greffent le poirier; mais comme le sujet ne peut communiquer sa vigueur à la greffe, ainsi que nous l'avons déjà vu, cette vigueur du sorbier lui devient même fatale, • parce qu'elle surpasse de beaucoup ceHe du rameau ; ainsi, ces greffes, après avoir poussé vivement la première année, se décollent à la troisième ou quatrième année au plus tard, et l'arbre périt.

De l*^ucatton des plants dans la pépinière.

Le plant de poirier et de pommier, de semis du premier choix, dit bail vean, destiné à former des égrains, est raccourci à 22 centimètres au dessus du tronc, de manière qu'après la plantation, il n'y ait que 10 cent, dehors de terre; on rafraîchit les racines. Ce plant est planté i 60 ou S6 centimètres sur la ligne, les lignes espacées entre elles de 72 centimètres; les pépiniéristes regardent ces distances comme suffisantes pour faciliter les binages, et au besoin les labours, qui ne doivent avoir que 11 mètres au plus de profondeur, afin de ménager les racines et le chevelu.

A la pousse , on supprime les bourgeons près du sol. Le traitement à observer pendant les deux première années de la plantation consiste dans des binages , de fa(on à tenir constamment le terrain propre , et à remplacer exactement les plants qui auraient manqué.

Au commencement du deuxième printemps , avant le

Ul mMum wnàHqAmL mi

nonvenient de la sève, on reeèpe tout le plant res terre, et Ton donne enraite un léçer labonr. An temps de rébourgeonnement , vers le mois de juin , on fait choix sur chaque pied da boui^eon le plus forl et le mieux placé pour former une nouvelle tige , pais on détruit tons les' autres honi^eons ^ et toud ceux qui paraîtraient vouloir pousser pendant le reste de la saison.

Pai^ l'opération du recépage , on procure aux racines une grande activité qui se soutient en donnant à Taiiire une nouvelle tige dont les tissus sont beaucopp plus larges et ^aa perméables aux influences atmosphériques, et qui devient dés Tannée même du recépage plus forte que n'était Tancienne tige, déjà endurcie. Ainsi le nouvel arbre s'établit avec tous les principes de vigueur dont son espèce est susceptible , selon que la graine a été plus ou moins bien fécondée.

A l'époque de la nouvelle pousse, on s'occupera des opé» rations à ftdre sur la tige des égrains pour en former des arbres droits , élancés , à écorce lisse et sans nœuds. Il devient nécessaire , avant de commencer aucune opération , de connaître comment se fdrme naturellement la tige des arbres. Nous remarquerons d'abord que l'œil terminal de la tige, destiné à former son prolongement , a été façonné par la nature spécialement pour cet objet, et qu'il est placé de manière à s'élancer avec force verticalement; que les yeux latéraux qui sont au dessous se trouvent d'autant plus rapprocha les uns des autres qu'ils sont plus près de l'œil terminal. Tous ces yeux ainsi rapprochés garnissent la pu*tîe la plus mince de la tige , mais qui acquerra bientAt , par le développement de ces mêmes yeux , une grande ampleur; Eu effet, lorsque ces yeux commenceront à s'ouvrir, leurs fibres descendantes s'allongeront entre le bois et Técoree de la tige ; ils s'y convertiront en bois , augmenteront très sensiblement son volume , et formeront une baae large et so* lide àia flèche ^ pendant qu'elle s'élance verticalement* D'un

SBg LA POMOUB f&auçauol

autre c6të, leê fibres ascendantes de ces mêmes yeuK formeront des bourgeons latéraux très rapprochés , affectant une direction plus ou moins horizontale suivant les espèces. Si alors on laisse croître librement les deux ou trois premiers bourgeons qui sont an dessons du terminal, ils acquerront une force à peu près égale à celle de la flèche ; dans ce cas leur suppression I qui devient nécessaire lors de la taille, occasionne de larges plaies sur la tige de Tarbre. On évitera M grave inconvénient en pinçant de très bonne heure ces deux ou^trois premiers bougeons , afin d'en arrêter Ten* tier développement, et défaire tourner la sève qu'ils eussent absorbée sans cette précaution au profit de la flèche et des bourgeons inférieurs.

Il résulte de ces observations que nous avons très peu de chose à faire pour seconder la nature dans le développement de la tige des aii)res , puisqu'il suffira de s'abstenir de remplacer par la taille ou autrement l'cBil terminal de la flèche , à moins qu'il ne lui soit arrivé quelque accident , ce qui re* tarderait et dérangerait beaucoup l'organisation de la tige. Nous remarquerons en passant que la nature opère de même pour le proloDgeinent des branches ; mais que, loin d*aider ce prolongement naturel dans les aihres greffés , nous le re^ tardons et le restreignons , afin de les garnir de fruits également dans toute leur longueur, à mesure que nous permettons à ces branche de s'étendre : ainsi là nous aidons la nature en secondant ses penchants , et ici nous la contrarions pour servir également nos jouissances. C'est au cnltivatenr intelligent à savoir employer à propos l'art ou la nature. 11 est donc nécessaire avant tout qu'il connaisse la marche que suit la végétation des plantes qu'il prétend gouverner.

A la fin d'octobre on supprimera sur la tige des égrains les botti^eons qui seraient trop près les uns des autres. Cette suppression doit se faire avec beaucoup de soin , en temps opportun , et de manière à ce que les plaîe& se recouvrent

lA HMIOUB PRâRÇAlSB. Ht

fadlement, sans cependant approcher le taillant de la serpette trop près de la tige. La distance que Ton doit observer est marquée par un ride qui est à la base du rameau ; la coupe, sans attaquer ce ride, sera parallèle à la tige de l'arbre, afin que le recouTrement s'opère également. Nous appelons cette opération dégorgement, qui doit toujours être précédé , ainsi que nous l'avons vu , du pincement , afin d'augmenter d'une part la force de la flèche , et de l'autre de diminuer la largeur des plaies occasionnées par la suppression des bourgeons pinces* S'il arrivait qu'Un bourgeon surpassât en force la flèche , il faudrait couper la 4Mche à 16 ou 18 cent, de longueur et ramener le bourgeon dans la direction verticale en liant par on osier le bourgeon coupé à la nouvelle flèche; bien entendu qu'on interposera un corps étranger entre l'osier et la flèche pour ne point Toflenser. L'année suivante, on retranchera tout à fait le bourgeon ainsi raccourci,

k mesure que le Jeune égraln s'élève ainsi naturellement d'année en année, la sève se porte toujours avec plus de force dans le haut et abandonne les rameaux du bas , qui languissent, se dessèchent, etflnissent par périr. Nous prévenons ce dépérissement en supprimant chaque année, au temps de la taille ; de distance en distance , le long de la tige, les plus forts rameaux, et en raccourcissant les autres à 10 ou 13 centim. , afin d'attirer la sève et de faire grossir l'arbre. On fera peu i peu disparaître ces rameaux en les retranchant près du corps de l'arbre; Je dis près, parce qu'alors le bois supprimé et celui de la tige sont bien formés. La coupe sera nette, et faite de façon k ce que lea plaies que ces suppressions occasionnent puissent se recouvrir promptement ; que l'écorce de la tige soit lisse , claire, et exempte de nodus au moment où ces arbres seront en état d'être transplantés ou livrés au commerce.

La quatrième année après le recépage, ces>rbres ainsi

S09 l'A POMONB FlUkNÇAlSB.

coDdoito doivent avoir acqmis assez de corps et assez de développement pour être tous également rabattus à une hauteur de 2 mètres 30 cent, à 2 mètres 60 cent, sous tète. Toute la pièce doit être débarrassée la septième ou huitième année au plus après la plitntation, pour peu qu'elle ait été bien travaillée.

Ces ari>res non greffes» désignés soos le nom d'ègrains , sont destinés à être plantés dans les champs ^ en ligne » sur le bord des routes ou dans les vergers. On les greffe ensuite la seconde ou la troisième année après leur transplantation» lorsque les racines sont bien attachées au sol. On prèftre greffer les égrains hors de la pépinière » p^arce que l'observation a fait connattre qu'un arbre greffé, étant transplanté f s'attache moins bien au sol par ses racines qu'un sauvageon , et qu'il ne donne Jamab par la suite d'aussi bons résidtats. En effet, le tissu dilaté diss écorces de la greffe, étant disposé dans les conditions les plus favorables i recevoir une grande quantité de sève,se trouvant resserré par l'effet de la transplantation, cette contraction dans la jeune greffe influe sur toute son organisation à venir.

Le poirier étant plus délicat et plus lent à se former que le pommier, il faïudra laisser subsister une plus grande quantité de brindilles le long de la tige aln de la faire grossir. On réglera aussi avec plus de soins les dimensions de la tête, qu'il ne faut pas laisser s'emporter et sortir des proporUons qu'elle doit avoir avec le corps de l'arbre. La tige d'un égrain, pour être bien constituée , doit avoir & sa base 14 à 16 centim. de circonférence , et 10 à 12 centim. à la hauteur de 2 mètres.

Del'éducatiùnj dans la pépinière^ du plant depmrier de semis de second et de troisième choix ^ pour y être greffé, et y former des demi-tiges j des quenouilles, et des nains ou buissons.

On n'est point dans l'usage d'élever dans les pëpiniires da plant de pommier de serais du second choix pour y être l^reffé, parce que le pommier sur franc pousse trop vigoureusement dans les jardins, et d'ailleurs ne supporte pas . sans de graves inconvénients des tailles multipliées.

Quant au poirier de semis du second choix , que les pépiniéristes destinent à former des demi-tiges , des quenouilles et des nainsy après avoir raccourci le plant à 22 cent, de hauteur au dessus du tronc et rafraîchi les racines, ils le plantent à 50 ou 55 cenlim. de distance en lignes, les lignes espacées entre elles de 80 eenlim. Ces distances peuvent suffire pour élever à la manière des pépiniéristes des demi-liges et des quenouilles , qui ne peuvent être, comme nous le verrons , de nul usage pour ceux qui se les procurent. Il faudrait planter à 80 centim. en tous sens , afin de pouvoir élever des arbres propres à former des pyramides , des vases, des éventails, despalmettes; mais les pépinié^ ristes, après avoir planté, comme nous l'avons dit plus haut, s'occupent, lors de la pousse, de supprimer les bourgeons qui sont trop près de la terre. Le seul traitement qu'ils observent pendant les deux premières années après la plantation consiste dans des binages de façon à tenir le terrain propre, et & remplacer très exactement les plants qui auraient man- , que.

Au commencement du deuxième printemps après la plantation, avant le mouvement de la sève , on recèpe tout le plant rez terre, et on donne ensuite un léger labour. Au temps de l'ébourgeonneînent , vers la mi-juin , on fait.

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choix , SUT chaque pied , du bourgeon le plus vif et le mieux placé pour former une nouvelle tige , puis on détruit tons les autres bourgeons et tous ceux qui Tondraient paraître pendant le cours de la saison.

L'année suivante , au temps de la taille , on raccourcit toutes les tiges à 40 ou 50 centimètres de hauteur, pins ou moins y suivant leur force. Pendant le cours de la végétation on ébourgeonne les pousses qui paraîtraient au dessous de l'endroit où l'on se propose de placer les écussons, que Von pratique à œil dormant vers la mi-juillet , à 6 ou 8 cent, an dessus du sol. On a soin, avant l'hiver, d'enlever toutes les laines qui enveloppent les écussons.

Au commencement du printemps , avant le labour, on rabat toutes les tiges ou sujets à 8 centim. environ an dessus de l'œil des écussons qui ont réussi, et on place leséchalas. A la pousse , on attache le bourgeon de la greffe après la tige du sujet ainsi raccourci^ afin qu'elle ne soit pas décollée par les vents. Plus tard on place des tuteurs pour maintenir le jet des greffes dans une direction verticale.

Au printemps suivant, le pépiniériste rabat le jet des plos fortes greffes à 1 mètre 32 cent, pour en former des demitiges, et les moins fortes à 1 mètre ou 1 mètre 16 centimèt. de hauteur pour en former des quenouilles; le reste des greffes qui ont peu poussé sont rabattues selon leur force pour en faire des poiriers nains. A la pousse ,1a sève se porte vers la tète des demi-tiges et vers le sommet des quenonilles ainsi raccourcies , dont les yeux du bas s'oblitèrent d'autant plus'qu'ils sont plus éloignés de l'œil terminal sur lequel on a raccourci les tiges; il en résuite que les yeux du bas , si précieux pour former la base de la charpente de ces mêmes arbres lorsqu'ils seront plantés dans nos jardins, s'éteignent tout à fait par le manque d'air, dont les prive le feuillage touffu des demi-tiges, des quenouilles ou des nains, tous pèle-mèle dans la même pièce de terre , car c'est la force ou

LA POMONB FRANGAISB. m

la fkiUesse de chaque indiTido. qui en détermine le classement.

Si le pëpioiëriste, an Heu de donner nue première taille aussi allongée sur les tiges , les eût raccourcis à 30 ou 32 centimètres de hauteur, pour faire ouirrir les yeux du bas en autant de bourgeons latéraux, afln de commencer ainsi la charpente du nouirel arbre telle qu'elle devrait être, ces bourgeons n'eussent pas trouvé de place aur les c6tés pour s'étendre; c'est pour cette raison que nous avons Indiqué qu'il fallait planter les sujets dans la pépinière à 80 centimètres die distance en tous sens. Mais le pépiniériste n'eût pu faire entrer sur 6 mètres 50 centimètres carrés que 64 sujets au lieu de 96; d'où il résulte que son intérêt le porte à nous livrer à un prix modique, il est Trai^ des arbres absolument contraires à ce qu'ils devraient être; et si à cette cause de détérioration des arbres on ajoute que les quenouilles élevées dans les pépinières sont le second choix d'un plant qui est lui-même le second choix de tout un semis , on comprendra qu'il est impossi* ble qu'en nous procurant de tels individus, nous puissions former de beaux arbres dans nos jardins*

Quant aux poiriers dit nains, qui ne sont nains que parce qu^tls sont le rebut de ce dernier choix, ils viendront aug« menter, lors de la vente , le nombre des arbres détériorés mis chaque année en circulation.

Ces arbres ainsi traités sont mis en vente la deuxième et la troisième année de la pousse de la greffé. Nous pensons que les arbres très jeunes qui ont des disposliions à se mettre pr*omptement à fruits, 6u qui fleurissent dans les pépinières malgré la richesse du terrain, pourraient avoir été greffés sur des sauvageons de poiriers de troisième choix, ou sur des cognassiers, avant que ceux-ci ne fassent assez forte* ment attachés au sol. Nous fréquentons souvent une pépi'nière aux envkons de l'habitalion que nous occupons, dans

Mi LA POBOIVE FRAtfÇAISB.

Ia(iuelle le pépiniériste récolte chaque année pour noo somme assez considérable de fruits. Cette récolte lui vaut encore beaucoup d'acquéreurs, qui s'imaginent jouir très promptement en achetant des arbres qui se montrent aussi fertiles. Tous les cultivateurs savent qu'an jeune arbre sain et bien organisé, sauf quelques espèces» doit d'abord pousser beaucoup de bois , et que si au contraire il commence par se mettre à fruit dans la pépinière , ou aussitôt qu'il en est sorti , c'est le signe Je plus évident que l'organisation de cet arbre est vicieuse , qu'il est déjà languissant, et le de* viendra toujours de plus en plus, quelques soins qu'on lui prodigue, même en restant dans la pépinière, à plus forte raifion lorsqu'il est transplanté ailleurs. Nous avons connu des propriétaires assez étrangers à la marche que doit suivre la végétation d'un jeune arbre pour s'applaudir d'avoir des fruits sur de Jeunes arbres plantés l'année même. Noos espérons que ces personnes ne nous sauront pas mauvais gré de n'avoir pas plus tôt détruit leur illusion à cet égard^ elles comprendront sans doute qu'il eût fallu appuyer nos conseils de tous les raisonnements que nous venons d'exposer, ce qui les eût fatiguées sans peut-être les persuader, tandis qu'elles peuvent maintenant commenter à loisir nos raisons écrites dans leur intérêt, et s'assurer jusqu'à quel point elles sont fondées.

Nous avons encore à nous occuper de la muiière dont on traite le plant de semis de poirier de troisième. choix. Ce plant, qui en bonne culture devrait être rebuté, est mis en rigole à 12 ou 14 centimètres de distance , les rigoles espacées entre elles de 32 centimètres. Ce petit plant reste en rigole pendant deux ana, puis on le lève pour le planter en ligne dans la pépinière. On comprend que l'emploi que l'on fera de ce plant arriéré dans son développement ne pourra qu'augmenter le nombre des arbres défectueux mis dans le commerce. Il peut cependant arriver que des graiaes bien

LA POllOm imAHÇAiaB. SÛ5

oondUioDiiiefl se soient mal déTeloppées, parce qu'elles au* ront été semées trop dra » dans ce cas le plant provenu de ces graines ne serait pas complètement vicié , mais il seras* sentirait tonjoars d'avoir souffert dès le début de son développement, et par cette seule raison il devrait être réformé par tous ceux qui ont l'intention d'élever des arbres vigoureux*

Plus nous observons, et plus nous sommes convaincu que nous ne nous sommes point mépris lorsque nous avons attribué la rareté des beaux fruits à la détérioration des arbres ; mais nous n'avions pas aussi bien Jugé la cause de cette déiérioralion en l'attribuant à des maladies naturelles , tandis qu'elle n'est que l'elfet des mauvais traitements del'bom* me , qui, pour propager les variétés par la greffe, s'est servi de sujets avortés, provenant de graines eUes-mémes avortées on mal conditionnées. C'est en voulant étudier à fond l'art du pépiniériste que nous avons trouvé réuni dans une seule pépinière toutes les causes de détériorations portées à un si haut degré, que nous n'avons pu les méconnaître. Ce sont ces mêmes causes que nous venons de signaler. C'est surtout aux propriétaires qui ont renoncé à faire cultiver le poirier sur leur babitation à se convaincre par eux-mêmes de la vérité de nos assertions en faisant planter des sujets de poiriers de semis du premier cboix, dits baliveaux, dans la place même où ils veulent avoir des arbres, afin de les y faire greffer; bien entendu que le terrain aura été défoncé profondément; et lorsque leur expérience aura fiiit adopter ce» mode peu dispendieux de plantation , il n'y a pas de doute qu'avant peu, tous les jardins seront garnis d'arbres sains et vigoureux , parce qu'il n'est aucun propriétaire qui en« tende assez mal ses intérêts pour choisir du plant de seconde et troisième qualité , au lieu de prendre celui de premier choix.

Quant à la grande vigueur des arbres ainsi établis:, et dont

3M LA POMONB FRA!I€AISB.

se plaindront peat-ètre qmiqaes jardiniers ignorants qni ne savent pas en tiror parti, ils trouveront dam ta Pomone les moyens d'employer eette vigueur à produire des récoltes dKmdantes, tout en laissant les arbres prendre rentier de» veloppement dont ils sont susceptibles, ou en les restreignant dans des limites possibles , mais toujours en produisant d'abondantes récoltes.

De V éducation, dans la pépinière j du plant enraciné de Cognassier.

Les pépiniéristes, après avoir raccourci le plant de cognassier à 32 centimètres au dessus du tronc, le plantent à 36 centimètres de distance sur la ligne , les lignes étant es^ pacées de 66 centimètres. Cette distance n'est pas suffisante, elle devrait être de 6S cenlim. sur 80;

A la pousse , on ébonrgeonne, et l'on fait choix du bourgeon le plus vif et le plus près du sol , pour former une tige*, vers la fin de juin, on rabat le plant sur cette nouvelle tige.

Au printemps suivant, on raccourcit la tige à 32 ou 40 centimètres, suivant sa force.

A la pousse , on ëbourgeonne pour préparer la place de Tècusson, que l'on pose à œil dormant , vers la mi-juillet , à 6 ou 8 centimètres au dessus du sol ; puis on a soin de relever les bourgeons qui sont au dessus de la greffe , pour les attacher tous ensemble avec un osier, afin que l'œil de récussen reçoive Tair qui est nécessaire à son adhésion au sujet.

Auprintienips suivant, on rabat les sujets à 9 centimètres au dessus de l'oBil dés greffes qui ont réussi.

A la pousse, on attache le jet des greffes au sujet d^àbord, puis à des échalas pour les maintenir droits , et pour les préserver d'être décollés par les vents. Bien entendu que l'on détruira tous les bombons qui viendraient à pousser.

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L'année d'après la pousse de la {greffe , les pépiniéristes rabattent les tiges les plus vigoureuses à un mètre 33 centi* mètres de hauteur, pour en former des demi-liges; ils rabattent les autres à un mètre ou un mètre 15 centimètres de bauteur, pour en former des quenouilles , et ceux qui ont lé moins bien poussé sont rabattus suivant leur force , pour en former des nains; et au printemps suivant^ le pépiniériste donne encore une taille très allongée aux rameaux formant la tète des demi-tiges et celle des quenouilles. Nous avons déjà dit en quoi la conduite des pépiniéristes est vi-^ cieuse à cet égard. A l'automne suivant, c'est-à-dire trente mois après la pousse de l'écusson, ces arbres sont mis en ▼ente. Nous avons déjà dit que l'on ne devait greffer le coignassier que lorsqu'il était très fortement attaché au sol par ses racines.

De t éducation , dans ta pépinière , du plant enraciné des pommiers de Doucain et de Paradis.

Lorsque les pépiniéristes reçoivent le plant enraciné de pommier paradis. et de doucaîn , ils le rabattent à 20 ou 22 centimètres au dessus du tronc, et plantent les pieds à 46 ou SO centimètres l'un de l'autre sur la ligne , les lignes étant espacées de 66 centimètres.

A la pousse, on ébourgeonne le sujet, afln de préparer la place oii doit être posé l'écusson que Ton pratique sur le vieux bois, vers la mi-juillet , à œil dormant, à 6 ou 8 centimètres an dessus du sol. Si la saison n'avait pas été favorable, et que la sève ne ftki pas abondante, on remettrait l'opération de la greffe à l'année suivante. On retire avant l'hiver les laines qui assujettissent les yeux de la greffe.

Au printemps sQivant,'On rabat les sujets à 8 centimètres au dessus de l'oeil des greffes qui ont réussi ; à la pousse, on attache le bourgeon de la gr^e au si^et. Si les greffes pous* sent vivement, on leur donne des tuteurs.

30g LÀ POHONB FRANÇAISB. .

L'année d'après la pousse de la greffe, on rabat le jet des pommiers paradis à 24 ou 28 centimètres au dessus de son insertion , et les jets de pommier doucain à 40 ou SO centimètres , pour former des pyrades.

La troisième ou quatrième année après la plantation de ces plants, les arbres sont exposés à la vente.

Après avoir suivi avec détail toutes les opèrationa qui se pratiquent dans la pépinière , il s'ensuit que nous venons de voir que quatre causes principales doivent nécessairement contribuer à la détérioration des arbres de l'espèce du poirier, savoir : •

1» La greffe sur cognassier, parce que la végétation du poirier ainsi greffé devient languissante , étant contrariée par celle du cognassier, qui n'est pas de la même nature, à beaucoup d'égards.

2o Le tort que l'on a de toujours greffer le poirier sur des semis de deuxième et troisième qualité , moins vigoureux que les autres, ce qui doit produire des arbres qui tendent à la dégradation.

3^ La mauvaise habitude où l'on est de raccourcir le jet de la greffe vers son sommet a l'inconvénient d'attirer une affluence extraordinaire de sève vers cette partie, au préjudice du bas, où les yeux s'annulent, les canaux séveux s'oblitèrent, les éçorces s'endurcissent; et la force des bourgeons du sommet de ces arbres ne pouvant se soutenir, ils dépérissent. Mieux vaudrait encore laisser croître le jet de la greffe que de le raccourcir ainsi vers son sommet, tandis que, si au contraire on eût raccourci ce jet à 30 ou 38 centimètres au dessus de l'insertion de la greffe , tous les yeux qui s'y trouvent eussent ouvert, les fibres descendantes de ces bour* geons eussent formé de larges et- nombreux canaux à la sève^ les écorces se fussent dilatées, et l'arbre eût en dès sa base tous les principes de vigueur dont sa nature le rend susceptible.

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4» La nécessité de toujours prendre deâ rameaux pour la greffé, sur des arbres ainsi élevés y souffîrants, déran{;és dans leur organisation , ce qui doit en propager tous les vices ; on sait que par la greffé on perpétue les mauvaises aussi bien que les bonnes qualités de l'arbre sur lequel on a pris le rameau , et que même un rameau pris sur un arbre décrépit, et porté sur tm jeune et vigoureux sujet, produit la caducité.

Nous avons déjà dit que des arbres plantés dans un même terrain, et qui ne végétaient pas aussi vivement que les autres , restaient toujours languissants , tels soins qu'on leur donnât; en6n, qu'il était plus profitable de les réformerque devouloirlesutiliser. Ceci est une véritéreconnuedepuistrés long- temps : Laquintinie faisait arracher immédiatement, pour les remplacer, tous les arbres, dans les jardins du roi, qui lui paraissaient tant soit peu languissants. L'expérience lui avait appris que ces arbres restaient toujours à peu près au même point. Ceci est fondé sur ce que tous les sujets ne sont pas doués des nièmes principes de vigueur, surtout dans les arbres de semis. Ces principes de vigueur ou de langueur que recèle chaque arbre s'annoncent dès leur jeunesse; c'est pourquoi, dans le même semis de pommier ou de poirier, le plant d'élite se paie trente-six francs le mille , celui de second choix quinze francs, et le reste , qui ne devrait être que du plant de rebut , se vend encore cinq on six francs le mille. L'emploi de ce dernier plant par les pépiniéristes contribue, dans une très grande proportion, à augmenter chaque année le nombre des arbres vendus qui ne peuvent croître , sans cependant mourir tout à fait ; ce qui est plus dommageable, parce qu'ils occupent inutile*ment le terrain pendant tout le temps que le propriétaire met à se décider à les remplacer, se flattant toujours , mais vainement, que ces arbres^ à force de soins, finiront par pousser.

310 LA POMONB FRANÇAISE.

Nous avons lieu de regretter plus que jamais de n'être pas encore parvenu à propager par bouture les arbres fruitiers , notamment le poirier, comme on propage dans les serres à boutures les camellias, les rosiers, etc. Ce mode de propagation conserverait dans toute leur pureté non seulement les variétés de fruits, mais aussi les arbres, que la greffe tend à détériorer. H appartient aux sociétés d'horticulture d'apprécier les avantages qui pourraient résulter de ce mode de propagation, et de proposer des prix pour l'encourager. '

On peut remarquer que sur un certain nombre de boutures très peu sont susceptibles d'être réformées faute de vigueur; d'ailleurs il suffit qu'une plante bouturée ait émis des racines pour que ces racines continuent de croître et de se multiplier, étant convenablement plantées. 11 n'en est pas ainsi du plant d'arbres de semis : peu sont susceptibles d'èlre du premier choix, beaucoup sont à rebuter; c'est-à-dire tout ce qui n'a pas poussé vivement doit être rebuté , parce que le défaut de vigueur provient ici des qualités de la graine , plus ou moins bien fécondée , et d'autres causes en* core , qui font que les soins les plus recherchés ne peuvent changer la nature première &e ces individus, qui, étant pris pour sujets par les pépiniéristes à cause de leur bas prix , ne peuvent jamais former, étant greffés, que des arbres rachitiques. Quoique le plant de Cognassier ne soit pas dans les mêmes conditions que celui de semis, il n'en est pas moins vicié comme sujet, parce qu'il a le très grave incon* vénient ne n'être pas de la même espèce que les greffes, qu'il de réussit que dans certaines terres, et enfin qu'on le fait avorter en greffant ce plant presque toujours avant qu'il soit assez fortement attachéau sol. Du reste, nous avons vu que les greffes faites sur ces sujets ne sont pas mieux traitées dans les pépinières que les autres.

Il est remarquable que depuis que les pépinières très an-

LA POKONB FRAIIÇAIS&. Ml

eifiWiemmtèlibHeftM iwt iMMiifoiidiies ayecles mravfllts, et qae cdles qui avûent été fondées et eiiKivées par les ordres relij^eax on dispara, ont ne trouve plus, pou planter les jardins en arbres frnitiers, que des poiriers déponrms de la vif mur qu'ils devraient avoir, soit dans le sauvageon , sait dans la greffis, et le plus souvent dans tons les deux. Faut-il s'étonner que le poirier, aussi md traité depuis si long-temps, soit arrivé à ee degré de dété^ rioration, qu'il est très rare d'en trouver dans nos jardins qni n'aient pas dès leur jeunesse des disposîtiem à se cou* ronner, o'est-à^ire à perdre lenre feniUea d'abord par les extrémités supérieures des rauMaux avant de les av#ir par* dues par le bas, et cela plus hâtivement d'année en année; il n'est pas rare de voir des arbres dont les extrémités soient dépouillées de leuts feuilles dès le quinxe de juiUet , et même plus tôt : aussi es aières ne peuvent ni s'étendre ni produire, leur végétation est désorganisée, car dMS l'ordre naturel les éemîérea feuilles vendes devraient être les dernières à teuàber.

Les pèpiniériiles sont comme entraînés et forcés à cultl^ ▼er ainsi par l'ignorance et l'avarice de la plupart des acquéreurs , qui, ne sadiant pas reconaaitre ni apprécier les im«menses avantages d'arbres soigneosemeat cultivés, s'éloigneraient peut-être du pépiniériste qui aurait été obligé d'él^ ver ses prix à cet effet. Ce serait aux sociétés d'agriculture et d'borticultnre à se charger d'opérer un perfectionnament aussi désirable ; il suffirait, pour y parvenir, de feire connaître le pépiniériste qui se serait amendée cet égjurd et qui aurait changé sa culture. Si , comme nous le croyons , l'apprebation de cas sociétés a qqelque valeur, elle ferait la fortune du pépiniériste qui la mériterait , attendu que les améliorations demandées et si désirées sont d'une utilité générale , non seulement pour les prepriétaives , mais encore pour toute la populatien.

31t LA POMONB FRAHÇAiœ.

Il résulte de Texposë qae nous Tenons de faire sur le tra* yail des pépinières que le poirier y est tellement mal traité, que c'est à cette cause particulièrement que l'on peut attribuer la rareté des beaux arbres dans les jardins , et celle des beaux fruits sur les marchés. On peut préroir, si les pépiniéristes agissent toujours de la sorte, que la disette des fruits deviendra encore plus grande , parce que les arbres qui sortent des pépinières sont en crise visible de dépérissement , et qu'ils ne produiront bientôt plus ni bois ni fruits , ce qui fera renoncer à leur cuHore; déjà beaucoup de propriétaires aux environs de Paris , après avoir renouvelé plusieurs fois, sans aucun succès, les plantations de leurs jardins, et ne sachant à quoi en attribuer la cause, se sont imaginés que leur terrain apparemment ne convenait point au poirier, comme si une terre cultivée depuis un certidn temps en potager n'était pas éminemment propice à la culture des arbres fruitiers!

Nous engageons de nouveau les propriétaires à faire planter à demeure dans leurs jardins des plants de poiriers de premier choix , dits baliveaux , et de les faire greffer en place la seconde année. Bien entendu qne la plantation sera faite sur un terrain très profondément défoncé et laidement fumé. Nous reéommandons de planter aux distances qne wms avons indiquées, soit smr les lignes , soit très en arrière du bord des allées, pour n'avoir pas le regret, lorsque les arbres ainsi traités auront pris une grande étendue, d'être <Allgé de les sacrifier pour maintenir le passage des allées libre.

DB LA MULTIPLICATION PAH 8B1IIS VWK OBTBmâ SB NOUVBLLBS VAEIÉTÉS DB FBDIÎS.

Les semis faits dans le but d'obtenir de noaveUes variétés demandent aussi des considérations particulières

Li POIIONB FRAKÇAISB. 818

le choiiL des ipraines. Les cultivateurs ne sont pas encore d'accord sur ces considérations; mais la plus grande partie reconnaissent que les graines recueillies sur nos anciennes variétés de bons fruits ne donnent, étant semées ^ que. des sauvageons plus ou moins épineux, dont les fruits sont acerbes et se font long-temps attendre. Nous avons même de fortes raisons de croire que les semences provenant de fruits greffés participent moins des qualités de la greffe que de celles du sauvageon^ quoique l'influence de celui-ci sur la sa^ veur des fruits soit nulle ou insensible. M. Poiteau, à qui nous devons la connaissance de la théorie Yan-Mons, donne une antre raison de ce fait : il annonce , selon cette théorie , qu'un arbre venu de semence qui produit un fruit savoureux sort des lois générales, et que, dans ce cas , là nature tend sans cesse à reprendre ses droits en agissant peu à peu , d'année en année, sur les semences de cet arbre, pour les faire rentrer sous la loi primitive. Il en conclut qu'il ne faut recueillir de semence que sur les fruits obtenus le plus nouvellement. M. Yan-Mons prétend que les arbres de chaque nouvelle génération de fruits ainsi obtenus sont non seulement meilleurs et plus fertiles, mais encore plus précoces à produire. Il nous apprend qu'il a attendu vingt années avant d'obtenir des fruits des premiers arbres qu'il avait semés; les autres arbres provenant des pépins de ceux-ci ont produit après quinze années de semis ; la troisième génération a produit au bout de dix ans , la qua* trième génération à huit ans , et la cinquième génération au bout de six ans, toujours plus hâtivement et de meilleurs en meilleurs fruits.

M. Yan-Mons a eu la bonté de m'adresser, en 1836, des plants de poiriers et de pommiers de la septième génération et des pépins de la huitième. Nous avons cultivé le tout avec beaucoup de soins, et nous n'avons encore obtenu , en 1840, qu'une poire d'été très insignifiante, sur un arbre

ZU l'A POMONB FRANCAISB*

qui est resté oain. Les autres arbres , doot la plupart sont vigoureux et très épineux , n'annoacent pas de prochaines réeoltes. Quant aux épines plus ou moins nombreuses^ M. Yan-Mons assure, et noussommes.de son avis, qu'elles ne doivent pas être , dans les jeunes individus des semis , une cause de réprobation, parce que l'arbre se dépouille pea àpeu de ses épines. A mesure qu'il acquiert l'âge de la virilité^ ses feuilles deviennent pluslarges et plus étoffées; il change tout à fait d'aspect. Nous avons eu l'occasion de remarquer des tètes d'égrains ayant très peu d'épines, portant de beaux fruits , lorsque des rameaux restés dans le bas , sur le corps de l'arbre , auraient donné lieu de croire, par les longues et nonUireoses épines dont ils étaient couverts, que ces arbres avaient été greffés.

M. Poiteau a reçu aussi de M. Yan-Mons plus d'un millier de jeunes plants de poiriers et d'autres arbres qui le mettront mieux que nous à même de prononcer sur ce qu'il y a de positif dans la théorie Yan-Mons. En attendant, nous nous croyons fondé à récuser la précocité des arbres dans leurs rapports, qni, selon la théorie, aurait lieu en raison du nombre de leur génération , toujours, successif et direct. Mais nous admettons , avec connaissance de cause, que les graines devront être prises sur les variétés les plus succulentes et le plus récemment obtenues, sur les plus beaux fruits de ces variétés et sur les plus mûrs. Quoique ces deux dernières qualités puissent être indifférentes pour déterminer le choix des graines , elles supposent au moins que l'acte de la fécondation s'est passé dans lescirconstances les plus favorables , telles qu'une exposition chaude et aé^ rée. Il ne faut pas oublier que c'est la fécondalion qui forme la graine et lui donne ses qualités,,soit qu'elle s'opère avec le poUen de la variété ou celui d'une autre.

M. Yan*MoQS pense que la graine doit mûrir après que le fruit est récolté ; il croit même préférable qu'elle ne

LA PMONB FRASÇAISB. 515

soit pas parraii«(û^Qt mûre. D'autres personnes sont d'nn avis contr^^ relies veulent que la graine reste dans le fruit

- jusqi''''^ s^ décomposition. Ces personnes ne se sont pas aper* ^es sans doute que la nature avait mis la graine à l'abri de la pourriture du fruit en l'isolant dansle vide, et en entourant ce vide de parois d'une nature imperméable, sèche et coriace. Les vertus contenues dans les germes sont dues à la nature de la variété sur laquelle s'opère la fécondation , et non à l'état dans lequel se trouve le fruit , long-temps après la fécondation de la graine , pourvu qu'il soit parvenu i une maturité complète. Nous pensons aussi qu'il doit y avoir

' plus de principes saccharins dans des germes fécondés à une exposition siid et aérée que dans ceux qui sont formés au nord.| On peut encore ajouter à ces heureuses circonstances le pouvoir du pollen sur les stigmates , afin d'obtenir des hybrides participant des bonnes qualités de deux variétés.

Inconvénient de la greffe et avantage de la bouture herbacée pour propager les nouvelles variétés obtenues.

Si, d'après ces considérations ou toute autre , les cultivateurs parviennent à obtenir de bons fruits, ils auront encore à s'occuper des meilleurs moyens à employer pour perpétuer ces variétés et les maintenir dans toute leur pureté; moins ces moyens seront simples et naturels, plus les arbres qui en proviendront auront de tendance à dégénérer. 11 est à propos de remarquer que les arbres qui portent les nouveaux fruits joignent à la vigueur qu'ont ordinairement toutes les plantes venues de semence l'abondance dans les. produits; tandis que ceux qui portent nos anciennes variétés sont la plupart stériles, languissants, et dans un état de dégradation presque complet. Nous croyons apercevoir la cause de cette dégradation dans le mode employé con-

316 LA 1K>M0NE FRANÇMSË»

stamment pour leur propajj^ation, celui de ^^ ^effe, d'auta&t plus funeste pour le poirier, que, n'ayant pas de st^^^t nain de son espèce, comme le pommier, qui a le doucain et ^« pa^ radis, on s'est cru obligé de greffer le poirier sur cognah^ sier pour en tenir lieu, et l'on s'est servi, dans le même but sans doute, de sujets de semis de deuxième et troisième choix, et enfin on a trop éouvent commis la grande faute de prendre des rameaux sur des arbres ainsi greffés. Maig avant de démontrer comment la greffe tend peu à peu et progressivement à l'affaiblissement des arbres, il est uCile de faire remarquer que les espèces d'arbres que Ton propage ordinairement par d'autres moyens, tels que par marcottes ou par boutures, n'offrent aucun signe de dègènération dans l'espèce, et que, s'il arrivequequelques individus soient moins féconds, ou sujets à la coulure , ou affectés de maladies, ces affections sont individuelles; et, dans ce cas, on s'abstient tout naturellement de propager de tels individus. On ne prend pour étalons que les sujets les plus vigoureux, les plus sains, et produisant abondamment les plus beaux fruits. Les greffeurs n'ayant pas toujours malheureusement apporté les mêmes soins dans le choix des rameaux destinés à être greffés, et de plus les sujets étant très souvent d'inférieure qualité ou d'une espèce différente de celle du rameau, il en est résulté une langueur et un malaise général dans les arbres ainsi propagés. On peut encore ajouter à ces causes de dégradations que dans un arbre greffé le rameau domine le sujet , qu'il lui communique sa langueur aussi bien que sa vigueur, et que, comme au contraire la vigueur du sujet surpasse de beaucoup celle du rameau , elle devient une cause de dégradation ou même de mortalité pour le sujet , parce que sa vigueur naturelle se trouve refoulée par la greffe sans moyens proportionnels d'expansion 3 dans ce cas, les greffeurs disent que telle variété tue son sujet. Le rameau domine encore le sujet lorsqu'il a été pris sur une va-

LA FOMOKB FRANÇAISB. SI7

riété natarellemeDt vigoureuse^ et qu'il est greffé sur un jeune sujet délicat , mais sain, de son espèce ; alors il communique sa vigueur au sujet et semble le faire grossir rapidement. Cette dernière circonstance peut se rencontrer parmi les nouvelles variétés ^ mais elle est très rare dans les anciennes, puisque les arbres qui les portent sont presque tous déjà détériorés. Ceci confirme une vérité devenue vulgaire : c'est que la greffe perpétue exactement les mauvaises aussi bien que les bounes qualités de l'arbre sur lequel on a pris le rameau ; elle perpétue même les accidents qui surviennent sur une portion de l'arbre , ainsi que les maladies et la caducité.

Si nous insistons autant sur ces faits, c'est qu'il importe que l'on soit bien persuadé de leur existence , afin que les cultivateurs comprennent que les arbres toujours propagés par la greffe doivent progressivement dégénérer, d'autant plus rapidement , que Ton aura pris moins de précautions dans le choix des sujets et dans celui des rameaux. Nous venons de voir qu'il ne suffit pas seulement que le sujet soit de la même espèce que le rameau , mais qu'il faut encore qu'il ne contienne pas des éléments de vigueur dispropor* tiennes avec ceux de l'arbre sur lequel on a pris le rameau. Les pépiniéristes, qui n'ignorent pas ces vérités, ne peuvent cependant en éviter les conséquences, à cause de l'ordre du catalogue de leur pépinière , qui exige que l'on greffe à la suite, sur la même ligne, la même variété.

D'après ces observations , on ne peut méconnaître que la greffe entraine avec elle une multitude de chances qui doivent nécessairement occasionner la dégradation des arbres ainsi propagés. Nous pourrions encore ajouter à toutes ces causes de dégradations le bourrelet qui se forme quelquefois au pourtour de l'insertion de la greffe. Ce bourrelet a lieu à cause de la trop grande inégalité d'élasticité entre les ëcorces du sujet et celles de la greffe ; dans ce cas, les fibres

319 LA POMONB FRA9ÎÇAISB.

descendantes, étant trop nombreases pour s'insinuer tontes entre le bois et Técorce du sujet, se reploient sur eltesmêmes , et se contournent autour de finsertion de la f^refTe, où elles sont alimentées par un plus grand volume de cambium^ qui les aide à former, en cet endroit, une monstruosité découches ligneuses. Onconj^oit que le bois du sujet, n'étant plus ou presque plus recouvert de nouvelles conches ligneuses fournies par la greffe, reste mince et hors de proportion avec la partie greffée, qui continue de grossir; d*oà il suit que cette détérioration dans la constitution des arbres est encore un des inconvénients attachés au mode de propa* gation par la greffe.

De la manière dont végètent les greffes ^ les boutures et les

marcottes.

Si nous examinons comment s'opère le développement des greffes , des boutures et des marcottes, nous serons sollicités à mettre en usage les ressources infinies que nous offre la nature, afin de propager par la voie la plus simple et la plus sûre les belles variétés que l'art , ou plntAt le hasard, jusqu'ici,'nous a procurées. L'observation a démontré que tous les yeux ou boutons qui sont sur on arbre renferment chacun, étant détachés de l'arbre, autant d'individus exactement semblables en qualités à l'arbre qui les a produits. Il résulte de cette observation, comme nous venons de le dire , que nos efforts doivent tendre à mettre i profit les ressources infinies et directes que nous offre la natare pour propager les variétés santf notis servir de la greffe , qui n'est qu'un moyen détourné et compliqué, toujours accompagné de très graves Inconvénients : d'où résulte la stérilité et la dégradation progressive des arbres.

La pratique nous a déjà fait connaître que, si l'on sépare un œil d'un arbre , et qu'on le place dans une situation convenable, où il puisse se conserver nn certain temps sans

LA POMONB FRAPrCAISB. 319

s'altérer, comme dans une atmosphère chaude, humide et tranquille , et qu'on l'entoure d'une nourriture appropriée , les fibres descendantes de cet œil pénétreront dans la terre et y formeront des racines , pendant que les fibres ascendantes s'élèveront dans l'espace, par la pointe de l'œil, pour former une tige, garnie bientôt de boutons ou d'yeux tous semblables, et ayant la même faculté, celle de reproduire de nouveaux individus identiquement semblables par leurs qualités.

Mais si, au lieu de faire reposer l'œil sur la terre, on l'insinue entre le bois et l'écorce d'un sujet de la même espèce ou analogue , les fibres descendantes , au lieu de former des racines, formeront du bois, qui, aidé et nourri par le cambium, s'adaptera sur celui du sujet, pendant que les fibres ascendantes formeront la tige. Plus tard les fibres descendantes de tous les boutons qui sont sur cette nouvelle tige, et qui s'ouvriront , viendront se superposer sur le bois du sujet, et augmenter son ampleur par autant de couches ligneuses. Dès ce moment le sujet ne grossit plus que par le rameau de la greffe, et non par ses propres boutons, que l'on a soigneusement supprimés ; 11 n'est plus que le support des couches ligneuses émises par les seuls bourgeons de la greffé, qui viennent l'envelopper. Le sujet est encore le conducteur de la sève ou de l'eau envoyée par les spongioles. Le sujet semble grossir par ses propres moyens lorsque c'est la vigueur plus ou moins vive du rameau qui , par la multitude de ses boutons, mis en mouvement, par l'air, la chaleur, le stimulus enfin, procure son ampleur. Mais si au contraire le sujet est seul, d'une nature trop vigoureuse, cette vigueur ne pouvant s'épancher, son tissu se resserre; son écorce, comme disent les jardiniers, s'endurcit; l'arbre ne profite plus ou presque plus, et il reste pour toujours languissant. On conçoit que , si l'on prenait des rameaux sur un tel arbre , l'on propagerait inévitablement son état de

Sao LAPOMONB FRAN€AI$B.

langueur. Nous ayons dit Teau ou ta sève envoyée par les spongioles y parce que Ton considère ordinairement cette eau comme étant pure, jusqu'à ce qu'elle soit sécrétée par les feuilles ; mais nous avons lieu de penser que cette eau n'est pas d'abord aussi pure qu'on le croit, et puisqu'on passant par les tissus du sauvageon, elle reçoit déjà une préparation assez importante pour limiter les dimensions de l'arbre greffé, quelle que soitlanature de celui sur lequel on a pris le rameau. C'est par cette cause que les pommiers de la plus grande dimension restent nains, étant greffés sur paradis. On pourrait peut-être croire que l'arbre ainsi greffé reste nain parce que les racines du pommier paradis ne peuvent fournir assez de sève à la greffe ; mais on acquiert la preuve contraire par l'examen des racines du paradis, qui font connaître , à la multitude des spongioles dont ce sujet est. pourvu, que ce ne peut être la quantité d'eau de ré* gétation, ou de sève, qui manque à la greffe. II faut donc que cette eau, en passant par les tissus du sujet, reçoive une préparation qui ne peut plus être modifiée , à certains égards, par les tissus de la greffe , dont la nature est visiblement changée sous le rapport de l'extension qu'elle prendrait sur tout autre sujet. D'où il résulte que la végétation de cet arbre, étant plus concentrée, se porte peu en avant, et que la sève est sécrétée en boutons à fruit vers les extrémités, au lieu de l'être en boutons à bois; aussi les cultivateurs n'ont pas à s'occuper de substituer aux rameaux à bois des brindilles,, des dards ou des rosettes, parce que ces arbres sont toujours très facilement couverts de fleurs et de fruits, pourvu toutefois qu'on n'offense pas les racines par des labours ou des binages trop profonds , faits à contre-saison , et de manière à priver les spongioles de l'humidité de la terre qui les environne. Si au contraire la sève manquait aux arbres greffés sur paradis, comme elle manque aux sujets de poiriers de deuxième et troisième choix, ils seraient languissants.

LA MHONB VaA»CAifiB. ZA\

ne poQMeralent pas aussi régulièremeiit, el fie seraient pas surtout aussi fertiles qu'ils le sont en très beaux fruits.

Nous sommes conduit par ces observations à reconnaître comme dépendant du sujet : l<>les dimensions de l'arbre en moins» jamais en plus; 2^ celle des fruits; 3<> Tabondance des produits, et peut-être aussi les qualités des graines. Quant aux autres qualités , bonnes ou mauvaises, particulières à Tarbre sur lequel on a pris le rameau , elles sont toujours exactement reproduites par la greffe , même la saveur des fruits , qui est tout à fait indépendante du sujet.

Les marcottes et les boutures que Ton fait selon la méthode ordinaire émettent leurs racines par les mêmes moyens : les fibres descendantes des bourgeons parTiennent avec plus ou moins d'obstacles jusqu'à la terre, en passant entre le bois et l'écorce de la branche marcottée , bouturée ou proTÎgnée; et si les fibres ne peuvent atteindre la terre , pour s'y plonger et former des racines , elles continuent à former du bois ; mais lès cultivateurs attentiCi évitent de faire parcourir aux fibres descendantes un looig trajet; ils font ce qu'ils appellent un talon à la bouture , en coupant le bois aussi nettement et aussi près que possible de Vcdil le plus bas, sans cependant l'endommager.

Il est i propos de remarquer que le mouvement des fibres descendantes doit toujours précéder celui des fibres ascendantes : c'est une condition indispensable à la réussite des greffes et des boutures. Ce premier mouvement étant déterminé, il peut se passer sans dommage un intervalle de temps assez long avant que le mouvement des fibres ascendantes ait lieu , ainsi que cela se voit dans les écussons à œil dormant, qui restent attachés au sujet par leurs fibres descendantes huit à neuf mois avant de pousser. Nous avons appliqué ce principe à la greffe en fente, que l'on croyait communément ne pouvoir se faire qu'au printemps ; nous l'avons pratiquée à l'automne , au commencement d'août ,

Si

322 LA PO!WO!VE FHAlN^UlSfS.

assez tàt pour que le rameau ait eu le temps de se souder au sujet, mais assez tard pour que les fibres ascendantes niaient éprouve aucun mouvement apparent. Persuadé comme nous le sommes que les cultivateurs de profession devancent souvent la théorie , nous avons à l'automne parconrn beaucoup de pépinières pour nous assurer si on y faisait usage de la j^reffe en fente à œil dormant ; nos prévisions se sont réalisées ' nous avons trouvé à Yersailles, dans le bel établissement de M. Bertin, une pièce de terre plantée en lîlas, tous greffés en fente. M. Bertin nous a assuré avoir pratiqué la greffe en fente faite à Tautomme avec un égal succès sur tous les arbres fruitiers que l'on greffe ordinairement en fente au mois de mars.

Au printemps nous avons greffé autant de sujets que nous en avions greffé à l'automne, ayant eu soin de les choisir de la même espèce et de la même force. Le résultat obtenu a été que les greffes faites à l'automne ont poussé plus tôt que celles faites au printemps ; celles-ci ont nH>itt9 bien végété durant le reste de la saison, parce que leshàlesdemars ont été cette année très desséchants et très contraires à la végétation des greffes nouvellement pratiquées. Nous citons ce fait moins pour donner h cet égard un conseil profitable aux pépiniéristes qui ont beaucoup degreffcsà faire, que pour exposer sensiblement la manière de croître des végétaux , et par cela même mieux régler la culture qui doit leur être appliquée.

Les explications que nous venons de donner découlent du système de végétation de Lahire , auquel M. PoHean a , le premier, donné le nom de Tauteur. Ce système a été publié en 1708, et a constamment été repoussé, jusqu'à ce moment même, par l'Académie des sciences, tandis qu*il a été adopté à Tétrangcr par tous les savants , et mis en pratiqua par les cultivateurs, qui ont su on tirer un très bon parti pour la multiplication des plantes dont ils font un grand

LA Mli09f£ FnANGAISB. »S

comÉMreè.NmeuHiTatears commencent seulement à suivre leor exemple en construisant des serres spécialement consaerëeâ à la multiplication des plantes par bouture. Leurs serrée reMenAleiit à des manufectures, dans lesquelles il se fiabrîqoe des mîlHers de rosiers de toutes les sortes^ des canellifls , et d'antres plantes destinées à être livrées au commaree. On s'étonne, à la vue d'une aussi prodigieuse quantité de plantes, aussi rapidement créées, qu'il y ait assez de demandes ponr soutenir des maisons de commerce qui se IIyreat à ce geme d'industrie. Il a suffi, pour opérer ces merveillea de création , de faire simplement connaître aux cultivaleuffsnse vérité émise il y a plus de cent cinquante ans par un Français presque ijfnoré dans sa patrie.

C'est ee mode de meltiplication dont nous voudrions qu'on se servit ponr remplacer la (j^reffe dans la propagation des neuf elles variétés de fruits, parce qu'il est le seul qui puisse conserver aux arbres toute la vigueur, toute la fertilité et tente la pureté de leur origine. Nous avions priéM.Bertin, hortieaUeur très distingué à Yersailles , d'élever dans ses serres à lM>atQres une certaine quantité de poiriers. II s'en est oeenpé eette année , et continuera de s'en occuper jusqu'à ce qs'il ait réussi, tant il est persuadé qu'il ne s'agit que de saisir l'époque la plus convenable pour bouturer le poirier, aittsi ipi'ii a fallu trouver celle qui est favorable pour b^ntarer les antres plantes.

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