DE LA BOUTURE EN OEIL
Les eidtiMteiirs qm voudraient propager les poiriers et les pommiers par bouture devront se rappeler que les graines, les germes et les boutures, ne poussent de tige qu'après «yeir cemnenoé à pousser des racines. Ils doivent aossi savoir que, si Ton détache un œil d'un bourgeon ou «&: bottigeMi d'une branche, la sève continue toujours de
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se porter vers rextrëmité supérieure de la partfe détadiée , surtout si elle reste exposée à Tair libre ou au soleil ; dans ce cas, Tévaporation de la sève, et par conséquent le des* sèchement de la bouture , est le seul résultat de ce mouTement naturel d'ascension de la sève. Mais si au contraire on la force de se précipiter vers le talon de la bontare/, en la privant de l'action de l'air et de celte du soleil, elle formera des racines , d'autant plus promptement qu'on aura pi* que les boutures à la surface d'un sable léger, entretenu toujours humide et maintenu à une température de dfx à vingt degrés au plus. Ce sable blanc sera contenu daa^ des terrines recouvertes de cloches de verre. Si l'humidité se iixait contre les parois intérieures de la cloche , on l'enlèverait avec une éponge ou un linge doux. On prévient l'excès de celte humidité en ne laissant pas trop baisser la température de la serre , parce que l'air froid frappant sur l'extérieur de la cloche faitcondenser les vapeurs intérieurement. On doit avoir l'attention de retirer les feuilles qui prendraient de la moisissure, car on ne supprime point les fenilles attachées aux bourgeons herbacés qui sont à bouturer.
Lorsque les boutures ont poussé de petits mamelonsoo des appendices de racines, on les repique une à une dans de très petits pots, de 3 centimètres de diamètre, remplis de terre de bruyère très tassée; on fait un petit trou dans cette terre, et l'on appuie fortement la bouture vers les parois du pot , ce qui l'éloigné du centre. On place ces petits pots proche à proche sur une tannée tiède , et on les couvre d'une cloche i on donne de l'air peu à peu , à mesure que les boutons poussent, et l'on bassine les boutures de façon que le dessus de la terre contenue dans les pots soit toujours frais.
Lorsque les racines ont fait des progrès , on donne à la jeune plante un plus grand pot rempli d'une terre plus substantielle ; alors on.place la bouture avec sa BM>tte dans la
LA POMOm FRANÇAISE. nS^S
centre du nouveau fK>t. Les plantes ainsi rempotées restent encore dans la serre ou dans une orangerie jusqu'à ce qu'elles soient assez fortes pour être plantées en pleine terre , en place ou en pépinière.
Les moyens de propager les variétés de fruits qui ne sont pas douées du don de se reproduire ex-actement les mêmes par la semence ne sont que râpplication du système de Lahire, soit qu'on greffe , qu'on écussonne, qu'on marcotte» qu'on provigne, ou qu'on bouture avec le bois ou sans le bois. C'^t à nous à choisir entre tous ces moyens, sinon le plus ftMàle , du moins le plus efficace , pour lequel il faut se résoudre à avoir assez de courage pour changer ses habitudes et sortir de l'antique routine.
Plusieurs écrivains ont émis l'opinion que les arbres propagés par boutures dégénéraient et n'acquéraient jamais autant d'étendue et de force que les arbres greffés; enfin que les variétés que l'on propagerait toujours par boutures finiraient par s'anéantir. Noos ne ferions pas mention d'une teUe opinion si elle n'avait pas trouvé de partisans et si nous n'espérions pas les mettre à portée de juger par eux-mêmes combien peu est fondée leur croyance à cet égard. Nos observations nous ont fait connaître qu'une plante bouturée, avant qu'elle soit ligneuse, égale peut-être en vigueur celle qui est produite par la semence. Nous avons souvent remarqué, sur un certain nombre de boutures faites ainsi, que peu étaient dans le cas d'être réformées par manque de vigueur; tandis que sur des plants venus de semis il est ordinaire de n'en trouver qu'un quart de premier choix et un antre quart de second choix* Nous opposons encore à l'opinion qui veut que la bouture tende à la dégénération l'exemple du peuplier d'Italie, qui dans notre climat ne peut se multiplier que par boutures, et n'offre cependant rien en lui qui fiisse soupçonner qu'il ait dégénéré depuis le temps que nous le cnllivons, quoique l'on apporU ordinairement
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très peu de préciHilioQa dans le ehôix dtes beiftaree da péH* plier ^ tandis que ceux de nos arbres fruitiers qui sont ton'jours propagés par la greffe se dépooilieiit d'aKord de leurs feuilles par les extrémités, et chaque année (rfns hAtivement: de telle sorte que ces arbres, étant arrêtés de Innine benre par les extrémités, se trouvent restreint» dans leur vég^éla^ tion , ne peuvent s'étendre, et sont presquie tonfoufs coa*ronnés avant d'avoir produit quelques fruits, qui du resté sont rares et se ressentent le plus souvent du dépérissement des arbres qui les ont produits.
En attendant qu'une saine pratiqve ait mis en usage le nouveau mode que nous proposons peur propager les df' verses variétés d'arbres fraitiers , nous indiquerons les pré* cautions que no«is sommes babitué de prendre pour propager les variétés par la greffe. Nous dioisissons de préférence les sauvageons de poirier de semis de prunier choit pour greffier le poirier. Noos ne nous servons du cognassier potir sujet que dans le cas où nous disposons d'un terrain très propice i cette essence. Nous nous abstenons très rigouren^ sèment de prendre A(s raineaux sur un arbre greflM sur cognassier, sur doueaîn ou sur paradis, quelle que soit la vigueur de ces arbres. Les rameaux seront toujours cIêoMb sot des arbres greffés sur franc do prenûor choix, c'est-i-dire sur des sauvageons de leur espèce; les arbres devront être vigovH reux , sains et en bon rapport; on êboisira de préibreMe les rameaux placés vers le sommet de l'arbre, et toujonrs parmi ceux dont la direction est verticale. On n'emploiera pour greffer que les yeux bien formés , c'est-à-dire ceux de t'extrémitéi supérieure du rameau, et jamais ceux du talon, parce que ceux-ci , se développant plus tardivement, ne peuvent y pendant la durée de la pousse, produire une végétation aussi vigoureuse et aussi bien aoùtée. On aura auf si l'attention de ne jamais prendre pour rameavx des brindilles ou des lambourdes, parce que ees prodtaeti««» émet-
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teDt des bourgeous qui sont de leur nature peu vigoureux , moins disposés à donner du bois que des fruits, ce qui arrête le développement de l'arbre dès sa naissance. Nous iious bornerons aux précautions que nous venons d'indiquer cofflue étant les plus indispensables pour propager par la greffe les arbres fruitiers. Nous sommes bien conyaincu que, si elles avaient toujours été suivi es» nos arbres, notaouuent les poiriers^ ne seraient pas dans un état aussi déplorable que celui où nous les voyons maintenant.
DE lA VÉGÉTATION NATURELLE DU POïlMIEB ET DU POIRlËft.
Nous essaierons de consigner ici , dans l'espace le plus limité qu'il nous sera possible, la manière naturelle de végéter du pommier et du poirier^ afin de mettre le lecteur à même de connaître les moyens les plus efficaces de contraindre ou de seconder leurs habitudes. C'est eu étudiant ainsi ta végétation du pécher que nous sommes parvenu à foire prendre à cet arbre, que Ton avait considéré jusque alors comme indomptable , toutes les formes qu'il nous a plu de lui imposer. Voulant de même soumettre le poirier et le pommier à diverses formes , afin de les mettre plus tôt à fruit , d'en obtenir de plus belles productions , des récoltes mieux réglées , plus abondantes et plus assurées, nous allons d'abord examiner en quoi leur végétation naturelle diffère de celle du pécher.
Nous avons déjà remarqué que les yeux et les boutons à fleurs du pécher se formaient en même temps que le rameau qui les porte , pour ouvrir tous à bois ou à fruit, sans exception, au printemps suivant; chaque rameau étant terminé ordinairememt par un œil à bois.
Sur le poirier et le pommier, chaque rameau est aussi torminé ordinairement par un œil à bois; tous les autres yeux qui
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•ôDt au dessous du terminal sont également i bols d'^abord^ Au printemps suivant, ces yeux se façonnent, en commençant par le sommet du rameau , en bourgeons , brindilles, dards, en boutons à fleurs ou à feuilles. Quant aux yeux près le talontlu rameau, ils s'oblitèrent, étant trop éloignés du bonr* geon terminal ^ mais ils restent toujours disposés à reprendre leur faculté végétative, lorsqu'on les y sollicite par la taille ou autrement. Les boutons à fleurs , dans les jeunes arbres, sont plusieurs années à se former. Tous les yeux sont aecompagnés de deux sous-yeux supplémentaires, qui ne s'ouvrent que lorsqu'on les y force , ou naturellemenl, pour remplacer l'cBil principal lorsqu'il est détruit.
Le pécher n'a pas de sous-yeux supplémentaires; on trouve sur ses forts rameaux des yeux abois doubles ou triples, mais ils ouvrent tous en même temps. Après la fleur ou le fruit, il ne reste rien sur le rameau pour remplacer ces productions , ce qui oblige de tailler les branches fruftières du pécher, comme celles de la vigne, en coursons; autrement les branches principales se dégarniraient parle bas, et n'auraient bientôt plus de- verdure qu'à leur extrémité.
Dans le poirier, après le fruit, ou seulement après la fleur, il reste une partie charnue que l'on appelle bourre , sur laquelle sont distribuées proche à proche une multitude de boutons à fleurs qui se succèdent pendant plusieurs années. Il existe sur le pécher une production à peu près semblable^ mais elle est rare : c'est un petit dard qui est environné k sa base de fleurs qui se renouvellent autant de fois que le petit dard croit et s'allonge; ensuite il disparaît, et la place qu'il occupait reste nue.
Nous avons dit que dans le pécher tous les yeux et tous les boutons outraient dans la même année , et qu'aucun ne restait en réserve.
Dans Je poirier ou le pommier, tous les yeux qui sont sur un rameau, après s'être modifiés diversement, chacun aui-
LA fO!llO!ffi rilANÇilSE. 3M
Vaut le rang quMIoccnpe sur le rameau , eonserre toujours ses sous-yeux instacts, tous disposés à remplacer ces diverses productions lorsqu'elles seroot usées, ou même plus tAt , selon la volonté du cultivateur.
Le pécber greffé ne perce que très rarement des bourgeons sur la Tieille écoree ; tandis qu'il suffit de rabatre une brancbe de poirier ou de pommier pour qu'il sorte , aux environs de l'amputation, des bourgeons qui renouvellent la branche. En dirigeant le pécher, on doit sans cesse s'occu* per à refouler la sève vers le bas, afin de préparer des bran* cfaes fruitières pour remplacer celles qui Tiennent de donner leurs fruits ou seulement leurs fleurs.
Dans le poirier^ on doit aussi s'occuper de refouler la sève vers le bas des rameaux; mais c'est seulement pour forcer les yeux qui s'y trouvent k ouvrir et les empêcher de s'oblitérer. La formation des boutons à fleurs se fait attendre dans le poirier; mais ces boutons sont persistants en productions , et doués d'ailleurs d'autres organes supplé men* taires, toujours disposés au rajeunissement.
La comparaison que nous venons de faire suffira sans doute pour indiquer les moyens qui doivent être employés, afin de ne pas prétendre diriger de même deux espèces d'arbres si différentes dans leur manière de végéter.
Toutefois, pour ne parler que de la végétation naturelle du pommier et du poirier, nous ajouterons qu'un rameau quelconque destiné à devenir une tige ou une branche s'allonge par son œil terminal, qui est toujours à bois ; ce prolongement forme ce que nous appelons la seconde section : nous entendons par section la pousse de Tannée; pendant celte création de la nouvelle section, les yeux qui sont immédiatement au dessous d'elle , sur la première section , s'allongent latéralement plus ou moins en raison de leur proximité de la seconde section ; les deux premiers yeux , par exemple^ formeront de forts bourgeons, tandis que les
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y«ux qui soat au dessous de ceux-ci ne formeront que deâ brindilles, des dards, des boutons à feuilles, et eofin les yeux du talon de celte première section resteront sans ouvrir, et s'oblitéreront.
Le printemps suivant, la tij^e ou la branche continuera de s'allonger par l'addition d'une troisième section ou d'une nouvelle pousse, qui prendra naissance sur la seconde, comme celle-ci a pris naissance sur l'extrémité de U première. Pendant la durée de son développement , la seconde section végétera de la même mamère qu'a végété l'année précédente la première section. Ainsi chaque année il s'è'^ tablit une nouvelle section sur la dernière » dont le dévelop^ pemeot est en tout semblable à celui de la section qui l'a précédée.
Il résulte de la végétation naturelle du poirier et du pommier que le bas de chaque section ou de chaque nouvelle pousse est totalement dénudé, tandis que le haut est garni de rameaux à bois très rapprochés les uns des autres \ le centre seul de chaque section contient des brindilles, des dards ou des boutons à feuilles. Chaque branche, qui est un composé de ces diverses sections, prend rapidement une grande étendue , qui ne peut être proportionnée avec son peu de grosseur, parce que la sève est trop inégalement répartie dans chaque section ; ce qui est contraire à une fructification abondante et régulière , ainsi qu'à la force et à la durée de l'arbre y et même nous ajouterons : aux qua-* lités des fruits.
MOTKNS DB MAtTRlSER PAA LA TAILLB LA ViGiTATlOK NATURELLE.
On prévoit combien il nous sera facile de changer avantageusement l'ordre de choses naturel. Il sufQra , pour distribuer la sève plus également sur toutes les parties
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de chaque secUoD» de Eure euvrir tesjeuK du hêê, qui ne s'oblitèrent que parce qu'ils sont à une trop grande distance de ceux du haut; il suffira, dis-je, d'abréger cette dtstance, eu raccourcissant le ranea» de ia section i moiÉié ou an tiers environ de sa longueur ; ^îs d'empêcher la sève d'af** fluer dans les deux ou trois premiers bwrgoons latéraux au dessous du terminal .en les pinçant, ee qui fera r^luer la sève dans ceux du bas » et donnera en même temps plut de force au terminal formant la section supérieure.
Nous verrons qu'au temps de la taille on supprimera , à l'épaisseur d'un écu , les bourgecms que le pincement n'au^ rait pas réduit k des proportions fnifiières; on casseta lei brindilles trop allongées à trois ou quatre pouces de le)^ gueur. Les autres productions de la section sero&t ialsséee intactes ; c'est désormais au temps et à l'âge de l'arbre à les fiiifonner à fruits. On aura aussi à surveiller les productions qui sortiront des sous-yeux des rameaux taillée à rëpalsseur d'un écu y aQa de les pincer si elles prenaient trop de forc»^ Les autres sections qui croîtront swecassirement au dessin parcourront toutes les mêmes phases et subiront les mêmes opérations.
Ainsi, en suivant notre méthode , on voit qu'à mesure qu'une nouvelle section s'établit » elle laisse eelle qui est au dessous d'elle garnie dans toute son étendue deproduotioiÉi fruitières ou tendant à le devenir, en telle quantité, que Tonest bientôt obligé de convertir quelques unes d'elles en brindilles ou en lambourdes ^ afin de ne pas laisser les bra»» ches s'éfmiser sous les fruits , et de leur fournir au conCraîre les moyens de se fortifier» de^^ossir, et de mieuâL nourrir les fruits dont elles sont chargées. On volt que l'arbre soumîi à la taille s'étend plus lent^nent; mais ses branches rae^ courcies prennent une force relative à leur étendue , et sont d'ailleurs garnies de productions fruitières dans toute leur longueur.
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Après avoir suivi le développement naturel de la vègéta* tion du poirier et du pommier, et avoir indiqué sommairement les moyens que nous employons pour modifier cette végétation et la rendre éminemment productive ; nous ferons remarquer que nos moyens ne sont aussi simples que parce que la végétation naturelle du pommier et du poirier s*écarte peu de nos exigences, et qu'elle est docile à s'y souipettre; il suffit seulement, comme nous venons de le voir, que le cultivateur prenne la peine de lui tracer le chemin et de lui préparer les voies qu'il veut qu'elle suive, mais celui qui n'a rien prévu , rien préparé , qui reste sans agir pepëant que la végétation suit son cours ordinaire, et qui croit ensuite la soumettre par des violences , n'obtiendra rien que désordre et confusion dans ses arbres. Ceci est une vérité trop évidente pour que les jeunes gens qui cherchent à. s'instruire n'en soient pas pénétrés* Je leur réitère i cette occasion l'invitation de s'approprier l'enseignement que nous leur offrons en le soumettant de point en point à leur pratique et à leur contrôle*