DU CHOIX DES ABBBES DANS LE» PÉPINIÈRES
On se traMportera anx pépinières à la cbute des feniHes, aflo de ne pas être exposé à prendÉ*e des arb^s gai aa* Ment eommencé à perdre iears feuilles par les extrémttéi avant de les avoir perdues par le bas. Nous avoiM déjà dit que les dernières feuilles venueis devaient être les dernières à tomber, et que lorsqu'il eu était aatremetit c'était an sW gne visible que l'orf^inisalion de l'arbre était viciée. Le dépouillement de ces arbres devient cbaque année de plus en plus prdeocc ; nous en voyons qui perdent leurs feniUes par tes extrémités dés le commencement de juillet; de tels ar* bres sont couronnés dès leur jeunesse , et ne peuvent plus s^étendre ni mArir leurs firuits.
On choisira les poiriers et les pommiers égmins parmi ceux dont les tiges sont droites, lisses» les cicatrices bien recouvertes, l'écorce vive, nette, sans mousse et sans noeuds, surtout vers Tendroit où doit être placée la*greffé en fente , une ou deux années aprèd la transplantation.
Les quenouilles seront choisies p«tmi cdles qui sont greffes sur poirier franc, à moins qu'on n'ait un terrain extrêmement propice h la végétation du cognassier. .Les que- Douittes dont le jet de la greffe aurait été rabattu plus haut que de 33 à 40 centimètres au dessus du sol seront rebutées, parce que les yeux du bas ne pourraient plus ouvrir qae faiblement, ou même point du tout. SI on ne trouvait que des quenouilles qui fussent dégarnies par le bas , on ferait son choix parmi les demi-figes^ qui, ayant plus de vigueur, donneront, après avoir été rabattues, de moins mauvais ré* suttats.
Nous avens vu que les poiriers dits niàM^ provmant de greffes qui ont le moins bien poussé, devaient être rejetés , parce qu'il est reconnu qu'un arbre qui ne végète pas aussi
LA fOMOin VRAUGAIBS.
Mèn qoe le» antres dès ses premières nnéei reste te^evrs lasifQisseBt , tels soins qu'on lui prodigoe.
Les pommiers greffés sur doueain destinés à former des pyramides, des vases, des contre-espaliers , seront choisis parmi ceux qni ont poassé te plas Tîvement , et qni ont été rafoattas assez près de terre pour foire ouvrir les yens da bas.
Les pommiers grefKs sur paradis destinés à former des nains on des baissons seront également choisis parmi cens qni ont poussé le plus vivement. On aura le phis grand soin de visiter la tige et les bourgeons les plus forts pour s'assu* rer qu'ils ne recèlent point le cMfrmeneemeiit d'un chancre ; ce germe est toujours sur un œil placé près de terre, ou à ^insertion d'un fort rameau. L'esil qui recèle le ver qui occasionne le chancre est éparpillé et détruit, les pommiers qui en sont affèetés seront rebutés, A moins qu'en taillant Tarbre on puisse supprimer la partie attaquée.
Tous les arbres qui auront poussé peu de bois^ et qui se^ ront couverts de boutons à fleurs, seront rebutés, parce que de tels arbres sont arrêtés dans leur végétation avant le temps et qu'ils ne peuvent que dépérir après la transplantation.
Nous devons encore dire que les pépiniéristes, en rabat** tant le Jet des greffes aussi haut qu'ils le peuvent afin de donner plus d'apparence à leurs arbres , font pousser au sommet cinq ou six rameaux dont on n'a nul besoin ; en se conduisant ainsi, ils nous privent non seulement des branches du bas indispensables à la charpente des arbres que nous voulons former, mais encore ils mettent un obstacle invincible à ee que les arbres puissent jamais acquérir de la vigueur. Pour comprendre tout le dommage qui résulte do leur eonduile, il fout se bien pénétrer de cette vérité , que les arbres ne grossissent que par les fibres descendantes des bourgeons arrivant jusqu'à l'extrémité des racines, où elles
Slt LA VOWOm rRAHÇAIffi.
font nattre lesfpongioles ; mate lonqu'oD raccourcit leljet de la gretfe aussi haut , il n'y a que les yeux du sommet qui ouvrent en bourgeons , et alors les fibres descendantes de ces bourgeons ont à parcourir une longue distance, sur l'étendue de laquelle tous les yeux s'ëtant oblitérés , elles n'en peuvent être secondées, et sont si faibles lorsqu'elles arrivent aux racines , qu'elles n'y exercent que peu ou point d'effet ^ tandis que, si au contraire on eût fait ouvrir en bourgeons tous les yeux du talon de la greffe, leurs fibres descendantes fussent entrées immédiatement en commonication avec les racines et eussent produit à leurs extrémités une grande quantité de spongioles , et par conséquent tous les éléments de force, de vigueur et de durée , nécessaires i la charpente de l'arbre que nous avons à former. Nous nous répétons, parce que nous pensons que l'on ne saurait trop inculquer dans l'esprit de la plupart de nos lecteurs une vérité, quoique évidente, qui a été tellement méconnue, que cette ignorance est la cause de la détérioration de nos arbres fruitiers.
On se servait autrefois de demi-tiges pour placer entre les arbres nains plantés contre les murs^ parce que Ton croyait qu'un espalier ne pouvait acquérir assez d'étendue pour couvrir le mur j aujourd'hui il n'y a que les jardiniers qui ne savent pas tailler les arbres qui se servent de demitiges pour cet objet.
Âpres qu'on aura fait le choix des arbres, on veillera à ce que les racines soient levées de terre sans être éclatées ni meurtries. On aura soin, en chargeant les arbres sur la voiture, que les ridelles soient bien garnies de paille , et que l'ouvrier qui est sur la voiture pour la charger n'ait point à ses pieds de souliers ferrés. On garnira aussi de paille les endroits où portent les cordes qui assujettissent les arbres après le chargement.
LA POHONE FRANÇAISB. ^US
De la mise en jauge et de l'habillement dei arbres.
AassitM Tarrivëe des arbres à leur destinatton, on les nyettra en jauge dans du terreau neuf, après les avoir ha* billes; lisseront placés de manière à pouvoir les retirer un à un lors de la plantation. Si elle n'a lieu qu'après Thiver, le terreau aura favorisé singulièrement la sortie des mamelons qui forment les spongioles ; dans ce cas, à mesure que Ton sortira un arbre de la jauge pour le planter, on plongera plusieurs fois les racines dans un baquet rempli de terre franche délayée avec de la bouze de vache : cette précaution nous a toujours parfaitement réussi.
Habiller un arbre, c'est raccourcir ses racines et ses branches avant de le planter ou de le mettre en jauge. Cette opération , quoique très simple , a beaucoup plus d'importance qu'on ne croit sur le succès des plantations, parce que Tarbre se ressent pendant toute sa durée des fautes que l'on a commises à cet égard, et qu'elles sont de nature à être toujours irréparables.
Comme nous ne partageons point l'opinion actuellement en faveur sur le raccourcissement des racines, qui veut que Ton laisse aux arbres toutes celles qu'on ^ pu leur conserver en les déplantant , nous pensons devoir justifier flotre opinion par toutes les raisons qui nous semblent les plus plausibles , d'autant qu'il n'est pas dans nos principes d'enseignement qu'on nous croiej sur parole ; ainsi nous commencerons par examiner comment naissent les racines, comment elles se développent en sortant de la graine , et quelles sont teurs fonctions.
Uembryon contenu dans la graine, après s'être gonflé et avoir rompu ses téguments , s*allonge en se dirigeant vers le bas, puis bientôt vers le haut. Le point de jonction de ces^.deux directions forme un centre de communication continuelle.
Z%i Ll POMONB FEAÏVGAISE.
Les circonstances les plus favorables au développement de la graine sont d'être enveloppée dans l'obscurité et recouverte plus ou moins d'une terre légèrement humide, maintenue à une température égale et plus élevée que celle de l'air extérieur y cette terre devant être assez tassée ou assez compacte à sa surface pour arrêter la trop libre circulation de l'air intérieurement, qui rendrait sa température trop variable.
Dans celte situation , les racines s'étendent dans tous les sens par l'addition de matières qui descendent d'abord des feuilles séminales, puis ultérieurement des feuilles et des bourgeons dans les racines par leur écorce , et qui viennent s'accumuler à leurs pointes en molécules ou en filets extrêmement déliés. Ces filets nourriciers ont la faculté d'absorber incessamment et très rapidement les fluides ou les matières devenues gazeuses à leur portée , et qui sont de là adirées au travers des racines et des tiges par les feuilles, les boutons et les écorces, jusqu'au sommet de l'arbre , avec d'autant plus de rapidité que ces parties sont éclairées par le soleil et plongées dans une atmosphère plus ou moins chaude. Ces racines nourricières et avides d'humidité se nomment spongioles; elles sont le commencement de toutes les plus jeunes racines, qui, une fois devenues solides, n'ont plus la propriété d'absorber les sucs nourriciers, à moins qu'il ne se forme sur leur écorce quelques spongioles; encore n'en reçoivent-elles de cette manière que très peu de sucs. La partie solide des racines contient seulement les canaux par lesquels passent les sucs nutritifs ascendants destinés à produire le prolongement des branches , et les sucs descendants destinés à l'élongation des racines, passent entre le bois et Técorce de l'arbre et des racines. Les spongioles ont donc la faculté de recevoir constamment l'addition de nouvelles matières vivantes venant du dedans et poussées au dehors vers leurs extrémités, ce qui nous donne lieu de penser
VA POMOflB FllAHÇAlSB. M
^ne tout ce qui pèùëtre nalurellement dans les juntes lotirne à leur extensioD , soU à cellle des branches , soit à celle des racibes , et qae les plantes n'ont point , -€001016 quelques physiologistes le supposent des matières excrémentitielles. Noos ferons remarquer, àcette^nrcasion, que l'on s'expose toujours à commettre de graves erreurs en attribuant au règne végétal les mêmes fonctions qu'au rè* gne animal; ces comparaisons, auxquelles on est très enelin, ont dû être un obstacle aux progrès de la science.
Les racines nouvellement formées périssent si leur apparition n'est pas immédiatement suivie par Ja formation de nouvelles feuilles.
La principale fonction des racines est de puiser dans la terre la nourrtture nécessaire à l'arbre ; dans ce but elles sont pourvues d'une pointe extrêmement hygrométrique ca*pable d'aspirer incessamment tonte madère propice qui se trouve à sa portée. Sa force d'absorption est toujours proportionnée à la quantité de nourriture qu'exige la plante lorsqu'au printemps la sève est rapidement employée par les feuilles , ce qui met les racines dans une grande activité; mais à l'automne elles tombent dans un état de lorpeur de plus en plus grand. Cependant les racines ne reê^ tent complètement ioactives à aocune époque de l'année, à moins tiu'eUes ne soient gelées; autrement elles puisent toujours 4es sucs nourriciers dans le sein de la terre pour les porter à -l'extrémité du végétal , oà Hs s'amassent , pour ainsi dire, jusqu'au printemps; alors les yeux et les boa* tons se gonflent , s'arrondissent , et ensuite les jeunes pousses viennent s'en emparer.
L'embryon n'a pas à lui seul la faculté de donner naissance aux racines ; les yeux des rameaux , une fois formés , l'ont aussi , et cette faculté se trouve même dan» les anciennes racines lorsqu'on en supprime l'extrémité. Diaprés cet^xposé de ia formation des ractnes , de leur
M LAPOKOmmAlIGAISB.
crois0ance et de leurs fonctions , il est é?ideat que lee jeunes racines ou les spongioles sont les seules nourriciires de la plante , et que, si sa végétation n'est point interrompue , elles continueront de toujours s'allonger, de grosrir et de se ramifier, tout en contribuant à augmenter dans les mêmes proportions l'extension des iH'anches. Mais s'il ar« rive que l'on soulève toutes les racines , que l'on en brise les extrémités , l'arbre ne pourra plus reprendre une nouvelle végétation qu'en se créant de nouvelles racines nour-^ ricières ; les anciennes, quelque aUoo^ées et quelque ncmibreuses qu'eUes soient, ne peuvent servir que de supports, ou.de mères, ou de souches, aux nouvelles racines. Il nous importe, dans ce cas, de connaître sur quelle partie de ees racines raccourcies le3 spongioles se formenmt le phis promptement et en plus grande quantité , et à quelle distance du tronc de l'arbre il est le plus avantageux de faire naître les nouvelles spongioles.
L'expérience a appris que l'on favorise la sortie desspenr giiples en raccourcissant les racines selon leur force . toujours sur une partie charnue et assez dilatée pour former promptement autour de l'amputation beaucoup de mamelons , et par conséquent beaucoup de spongioles. Si au con* traire on raccourcissait les racines vers leurs extrémilés, il en sortirait moins de spongioles; il pourrait même arriver qu'il n'en sortit point du tout , parce que l'air anrmt desséché cette extrémité. Si enfin il ne sortait que peu despongio* les, la reprise de l'arbre serait faible, il resterait pour to«* jours languissant, parce qu'il n'y aurait aucun moyen de remédier à cette faute; d'ailleurs la nourriture pompée par les spongioles aurait à parcourir, pour arriver jusqu'au tronc , une longue distance au travers de canaux plus ou moins obstrués par l'effet de la transplantation; en outre ces spongioles placées à une certaine distance du trimc ne pourraient profiter des bénéfices de la terre neuv^ qai Ton-
LA FOMOFiE FRANÇAISE^ »T
oare ; eaftQ il semble que moins i'eaa de ¥égétation aura de distance à parcourir pour arriver au tronc , plus il y aura d'actiTité dans sa circulation.
Nous pensoos que la règle à suivre pour le raccourcisse^ ment des racines d'un arbre que l'oa veut transplanter doit être proportionnée à sa force et à son élévation , de sorte que l'arbre, étant habillé, puisse resterdebout et devienne solide* ment fixé au sol lorsque les racines seront couvertes de terre. Il ne faudrait pas, en admettant trop rigoureusement notre système, rétrogr/ider, et trancher, comme autrefois, avec la serpe sur le billot les racines tout contre le tronc. Nous avons voulu seulement faire comprendre ici combien il serait nuisible à la végétation d'un arbre transplanté de loi conserver toutes ses racines, quelque allongées quelles aeient, ainsi que le prescrivent la plupart des écrivains dé cette époque. Après avoir donné contre une telle opinion toutes les raisons que nous croyons les meilleures, nous ajon* ferons que notre théorie pour les plantations est fondée sur tes résultats que nous avons obtenus en suivant avec beau« coup de soins pendant plus de vingt-cinq ans les plantations considérables que nous faisions faire dans les parcs , pépi* nières et jardins de la couronne , en modifiant souvent la manière de planter et en nous en rendant toujours un compte exact ; nous avons encore journellement sons les yeux les résultats de nos expériences, notamment entre les deux Trianons. Lors de ces essais comparatifs , nous assistkms à la levée des arbres dans des pépinières dépendant de notre administration ; nous recommandions que les racines ne fussent ni meurtries ni éclatées près du tronc et aux endroits de leur bifurcation; et pour rendre l'exécution de notre volonté plus facile , nous limitions la longueur des racines en raison de la force et de la hauteur des arbres à déplanter, avec injonction très expresse de ne jamais employer d'effort pour sortir l'arbre déterre avant que toutes
Si» hà POHIO:^E FRANGAiaE.
ks racines n'en fussent détachées. Quant aux arbres qn^ nous voulions faire planter avec toutes leurs racines, nous redoublions de précautions afin de les obtenir entières et d'une grande étendue. Mais ces arbres , malgré les soins et le temps qu'on leur consacrait, ont toujours mal réussi; on peut même considérer ces plantations conune étant maiH> quëes si on les compare avec celles qui ont élè faîtes dans le même terrain, mais dont les racines avaient été rac«* coureies aux endroits qui promettaient le plusde spongioles*.
Cet article de la formation des racines n'a pas seulement pour but de ne laisser aucun doute sur la manière dont on doit habiller les racines d'un arbre avant de le planter, afin d'assurer sa reprise et sa prospérité , mais encore de fairt connaître au cultivateur combien il importe que les nouvelles racines qni doivent se former se trouvent environnées de tout ce qui peut favoriser le» fonctions qu'elles ont à remplii* ; il sait déjà que c'est dans une terre profondément remuée que se forment , que circulent et que se combinent ces vapeurs. Le mécanisme des racines, étant bien connu, loi fera comprendre qu'il vaut mieux ne point planter que de mettre les racines dans une situation ou les conditions qui doivent les animer sont rares ou même nulles. L'expérience doit lui avoir appris que, si à une terre profondément défoo-* cée on ajoute des matières fermentescibles , placées à une profondeur où elles se décomposent lentement, les jeunes racines sont bientôt excitées, et attirées vers le foyer de cette douce fermentation , dont les vapeurs nutritives sont absorbées plus avidement encore que toutes les autres par les spongioles.
Nous avons toujours obtenu de bons résultats en mêlant aux terres défoncées des plâtras et des démolitions concassées ; nous avons eu lieu de remarquer que ces matières agissaient par les sels qu'elles contiennent et aussi comme divisant la terre et y multipliant les couches d'air. Les plais-
LA POIIONB FRANÇAISE. »0
IftlioM qtii se font sur de grandes lignes réussissent beau^ coup mieux lorsqu'au lieu de faire des trous pour chaque arbre^ on ouvre une tranchée sur tonte refendue de la lifj^ne , parce que les émanations sont plus abondantes « se combinent mieux par leur circulation et deviennent plus favorables aux spongioles qui se les approprient.
Les procédés que nous venons d'indiquer procureront aux arbres une vigoureuse végétation, forceront les jardi^^ iiiers à apprendre les moyens d'employer cette vigueur à produire des récoltes abondantes. Ces moyens si simples et si naturels sont à la portée de tous les cultivateurs , il ne tiendra qu'à eux de s'en servir. C'est par une ignorance complète de ces moyens que quelques jardiniers préfèrent encore choisir dans les pépinières des quenouilles et des arbres nains, afin de n'être pas embarrassés de la vigueur de ces arbres.
Planêation des Egrains.
Ob plante les poiriers et pommiers égrains dans les champ^^ dans les vergers, et en ligne sur les bords des chemins^ Pendant Tété , on fait ouvrir les trous destinés à recevoir ces arbres on leur donne 2 mètres carrés sur 1 mètre de prorondeur, avec un piochage dans le fond. On aura soin, en fouillant la terre, de mettre les gazons sur un des côtés, les terres de la superficie sur un autre , et les terres du fond sur un troisième côté, afin, lors du remblai, de mettre dessus ce qui était dessous. Lors de la plantation, on mélangera une forte quantité de fumier avec la terre de la fouille, et Ton se sera muni d'une terre riche, sèche et légère, pour Tinsinuer entre les racines , que l'on aura soin de bien espacer ; puis on assurera l'arbre solidement. On ne négligera pas d'entourer la lige d'épines sqjideraent fixées pour
S60 tA POXÛRE fainÇAISE.
défendre l'arbre contre les bestiaux. Il ferait à désirer qne le champ où soqt plantés les arbres fût cultivé en plantes qui nécessitent des binages , surtout pendant les premières anuées de la plantation ; il serait inutile de planter une pièce de terre que Ton destinerait à être semée en luzerne ou en sainfoin.
Après la plantation , lors de la pousse^ on aura soin d'ébourgeonner les arbres , de leur donner au moins trois fort» binages. On s'occuperai après la seconde année, de greffer les-arbres qui auront poussé vivement et qui seront bien attachés au sol par leurs racines.
Si l'on destine les fruits que doivent porter les égraint greffés à faire du cidre ou autre boisson , on choisira parmi les espèces les plus renommées celles qui mûrissent à peu près en même temps, afin, lors de la récolte, de les trouver réunies dans le même canton. On doit savoir que ce n'est pas seulement la qualité du sol qui produit le meilleur cidre, mais aussi le mélange gradué de diverses sortes de fruits ; l'expérience a dû apprendre dans chaque canton ce qu'il y a de mieux k faire à cet égard ; nous ne pouvons qu'attirer 'attention des propriétaires sur ce sujets lorsqu'il s'agit de greffer les égrains.
Les rameaux destinés aux greffes seront cueillis à la fin de janvier et piqués dans de la terre franche, à une exposition nord, puis entourés de mousse, ou bien piqués dans un gâteau de glaise et descendus à la cave. Au mois de mars, un peu avant que la sève soit en mouvement , on étfttera les égrains et l'on procédera à la greffe.
Cea^ arbres ayant une certaine grosseur, il arrive que l'on est obligé d'introduire dans le centre de la fente un coin, afin de la maintenir assez ouverte pour recevoir les deux greffes. Les inconvénients que nous avons trouvés lorsqu'on retire ce coin nous ont fait adopter un instrument très simple pour le remplacer; il est de l'invention de
M. Le Bottx, jardinier , eatrepreneur de jardiM ptjtegittes (flg. 200). Au milieu est une lame dont le taiUaiit est en bi<> seau des deux côtés , die est surmontée d'une tète sur laquelle on frappe pour faire entrer la laiie et fendre le sujet; à chaque bout de l'instrument est un crochet un peu long, plat y aiguisé et ouvert ; on l'introduit dans le centre de la fente, et, en pesant sur l'autre bout, on la tient autant et aussi peu ouverte qu'il est nécessahre pour le placement des greffés; ensuite il suffit de rendre la main pour que le crochet se trouve dégagé sans la moindre secousse , et sans ébranler les greffes. A l'aide de cet instrument , on opère plus promptement. L'emploi de cet outil n'est recommandé que pour les arbres d'une certaine dimension , et lorsque le bec de la serpette est insuffisant.
On aura l'attention de toujours entailler le rameau près d'un œil, de manière que cet œil se trouve placé au niveau de Taire de la coupe du sauvageon , et non engagé dans la fente , afin que l'empâtement de l'œil recouvre pins promptement la plaie sans faire un trop fort nodos. Bien entendu qu'avant de placer les greffes on aura rafralcM l'aire de la coupe du sujet avec un instrument très tran» chant. Il arrive quelquefois, lorsque les greffes sont placées, que les deux cAtés de Tarbre tendent à se rapprocher trop fortement , surtout lorsque les arbres sont gros et vigoureux; ce rapprochement pourrait trop comprimer les greffes; dans ce cas , on introduit à demeure dans le centre de la fente un petit coin de bois dur et sec. Si au contraire . l'arbre manquait d'élasticité, on ferait une ligature, L'opé* ration terminée, on enduit ia greffe avec la poix à greffer. On aura soin de l'appliquer chaude , mais non bouiliante, et de retendre de manière à ne pas laisser la moinpre ouverture par où les pluies ou l'air puissent pénétrer. On entourera les greffes de ramilles solidement fixées après le corps de l'arbre , pour que les jets des greffes M soient
10 hl FDHCrfE FftAHGAlSE.
pas exposés à être décollés par les vents on par les oiseaux qui tiendraient s'y abattre.
An printemps snivant, on raccourcira anx denx tien» environ le jet des g^reffes, dans le but d'établir la tête de l'arbre sur quatre ou cinq branches principales , ég^alement espacées entre elles , et aussi ^fln d'identiRer fortement fa {freffé au sujet par les fibres descendantes des bourgeons qui sortiroDt du talon de la {p*efre ^ à la pousse, on donnera nn ébour^eounement. L'année suivante, on leur donnera encore une taille et tfn ébourgeonnement ; ensuite on pourra laisser croître ces arbres librement , à moins qu'on n'ait lé loisir de ies soigner plus long-temps et de continuer à en diri jer la charpente , de la régularité de laquelle dépend la durée de leur existence. Tous ces arbres doivent rece* voir chaque année trots ou quatre binages profonds.
Si l'on greffe des fruits à couteau, Il faut éviter de choisir des rameaux de fruits fondants et d'un gros volnme, surtout à longue queue, parce que, ces arbres prenant une grande élévation , les vents détruisent une partie des rë« ooltes. On choisira parmi les fruits fondants ceux qui mûris* sent après avoir été cueillis pendant et après l'hiver, et que Ton doit même avoir cueillis avant leur parfaite maturité.
Poiriers et pommiers dirigés en palmeUes à tige simple.
On suppose que les arbres sont tels qu'ils arrivent des pé^ finières, c'est-à-dire plus ou moins dégarnis du bas. Ceux qui sont destinés à être appuyés contre les murs seront plantés de manière à ce que les racines soient écartées de 23 centimètres , la tète inclinée vers le mur. Les arbres seront espaeés entre eux 'de 3 à S mètres, suivant la nature du sol , qui a dû être défoncé et amplement fumé.
On ravalera la tige à 60 ou 66 centimètres au dessus de terre , et Ton supprimera à l'épaisseur d'tra écu
LA PÛVONB PRAHÇAin* I9
tMles les pousses , mèine les dards , qui se trouveront an dessous de ce ravalement; afin d'obtenir un déTeloppement général dotons les yeux et sous-yeux qui peuvent se trouver sur cette tige; ce qui donnera la facilité d'établir les premières bases de la charpente de Tarbre,
La (brme que nous voulons donner étant celle de la pal-» mette à une seule tige , les branches ou les bras latéraux seront espacés de 38 centimètres ; on ne laissera donc se dé* velopper qne les Jbourgeons nécessaires à cette forme ; on supprimera , à mesure qu'il paraîtra, celui des bourgeons doubles qui sera le moins bien placé, afin de favoriser celui que l'on conservera. L'équilibre entre les bourgeons destinés à former des bras s'établira et se maintiendra par le palissage et ensuite par la taille. Il sera donc à propos, dés ce premier début , de tirer tout le parti qu'offre le palissage et d'y apporter la plus grande attention. Les bras seront dirigés et attachés contre le mur sous un angle de dix à quinze degrés, plus ou moins, snivant que l'on voudra fa* voriser le développement de l'un et restreindre celui de l'autre.
Le bourgeon terminal qui doit former la flèche sera maintenu verticalement; il ne faut pas perdra de vue que c'est par le raccourcissement successif de cette flèche que naîtront les deux bras qui doivent continuer la forme de l'arbre , jusqu'à ce qu'il soit parvenu à garnir sans vide et sans confusion tout l'espace qui lui est destiné.
Après la chute des feuilles , on au plus tard vers la fin dé février, avant de donner les façons à la terre , on dépalisserè l'arbre; on ratcourcira la flèche à 26 ou 33 centimètres, suivant sa vigueur, sur un œil de devant bien conditionné et placé de manière à ce que le bourgeon qui en naitra con^ tinue le prolongement de la Hge par une ligne parfaitemeift droite.
Les deux premiers bras seront taillés de 14 k 17 eenti-
an LA MMom nincAiaL
«lèlres, plus ou moins ; ceux que Ton voudra nodérer m^ ront taillés moins longs et sur ua œil moins bien formé, mais toujours sur un œil placé favorablement pour continuer le prolongement du bras sur «ne ligne droite.
A la pousse , on palissera le premier un membre plutôt qu'un autre , suivant que Ton veut restreindre l'un on fiivofiser celui que Ton palissera plus tard ; on abaissera plus ou moins les bras , ils ne serool jamais placés borizontalement , leur plus grande inclinaison sera de soixante-quinze à qna* Ire- vingts degrés, où ils arriveront successivement et peu à peu.
L'ébourgeonnement ou le cassement des brindilles sur un espalier de fruits à pépins ne doit avoir lieu que vers la An de juillet ; plus tôt on s'exposerait à ce que les yeux au dessous, qui doivent se façonner lentement , et former^ par la stagnation de la séye, des boutons à fleurs, s'ouvrissent •t ne produisissent rien dont on pût tirer parti ; c'est par la même raison que le pincement , qui est si essentiel dana la conduite du pécher, doit être modéré pour les arbres à pépins. Il ne doit avoir lieu que sur le premier et le deuxième bourgeon au dessous du terminal, sur les bourgeons .qui poussent sur le devant , et enfin sur les gourmands pour Revenir leur développement.
Au premier ébourgeonnement , on ne supprimera que ce 4ui aura poussé derrière Tarbre ; on pincera les bourgeons qui pousseront sur le devant. On attendra au temps de la taille pour supprimer le reste , afin de ne. pas occasionner une explosion de sève.
Au temps de la taille, le raccourcissement de la flècbe aura pour but la création d'un ou de deux bras, et le prolongement de l'arbre. On fera en sorte qu'il se^trouve un ou plusieurs bourgeons entre le bras naissant. et le terminal , afin de ne pas attirer la sève trop vivement sur un seul poiai où elle n'a i^k que trop de tendance à se porter. On rac-
Là fomm FiAnço» iti
wwcirâ le^bras selon lear force et lear poiittoii ; en tiàtlera à Tèpaisseor d'un écu les rameaux qui sont sur ces brai| elles brindilles seront raccourcies de iO i 12 centimètres.
▲ la pousse, on pincera les bourgeons intermédiaires y on favorisera le développement des bras qui sont au dessous; on emploiera le palissage pour maintenir l'équilibre eotn eux ; la flècbe sera maintenue dans une position verticale.
Aux tailles suivantes , on se conduira d'après les mêmes principes } en supprimera è l'épaisseur d'un écu les ra<^ meanx , afin de ne laisser sur les membres que des boutons à feuilles, à fleurs, des dards» et des brindilles, qui seront tenues courtes ; on laissera aussi des bourses et des lam* bourdes. On n'établira de bifurcation sur les bras que dans le cas où un accident survenu an bras voisin laisserait un vide. L'intervalle de 35 centimètres que nous laissons d'un bras à l'antre suffit pour ne pas être forcé de trop raccourcir les lambourdes et les brindilles. Ces productions doivent d'abord avoir un^ certaine longueur; ce n'est que plus tard, lorsque Tarbre est en bon rapport , que l'on opère sur elles des rapprocbements pour leurdonner plus de vigueur et d'étendue. Le pommier doit être taillé un peu moins long que le poirier, parce que les yeux se développent en moins grande quantité sous la taille; c'est aussi pour cette raison que l'on pratiquera le pincement. Si ce que nous venons de recommander est bien observé , il suffira de sept à buit années pour garnir entiérepent un mur de bnit à neuf pieds d'élévation.
Palmette à double tige de poiriers greffés en place sur sauvageon ou sur cognassier j et de pommiers sur doucain. (PL XIV.)
C'est après avoir reconnu que l'éducation d'une palmette à t^ simple était moins prompte et moins facile que celle
m ^ Ll MMOifB FRAIfCAXSB.
d'mie paimette à double lige qae nous proposons cette ftorme pour modèle. La double tige prête mieux à une égale répartition de la sève dans tous les bras. Nous allons opérer sur des sujets greffés en place, plantés selon nos indications et à des distances convenables : 5 mètres dans les bons terrains , et 3 mètres 33 centimètres dans les terrains médiocres.
Chaque sujet ayant reçu deux greffes placées en A. etB , diamétralement opposées Tune à l'autre , et les greffes k œil dormant ayant poussé deux jets devant former les deux tiges qui ont été élevées de manière à être d'égale force y on rabattra , au temps de la taille , chaque jet à 2S centimètres au dessus du sol , suivant la vigueur de la pousse, sur deux yeux, l'un destiné à continuer le prolongement de la tige , et l'autre à former le premier bras O immédiatement au dessous du terminal. Si Von avait pris les arbres dans les pépinières, on les rabattrait en les plantant de manière à obtenir deux tiges.
A la pousse, les tiges seront dirigées verticalement, inclinant légèrement l'une à droite, l'autre à gauche, pour établir entre elles un écartement de 26 à 32 centi* mètres ; on approchera ces tiges plus ou moins contre le mur, suivant que l'on voudra restrelhdre Tune et favoriser l'autre. Les bourgeons immédiatement au dessous du terminal , destinés à former les deux premiers bras , l'un à droite, l'autre à gauche, seront favorisés dans leur développement, et leur égalité de force sera réglée par le palissage; les autres seront pinces. S'il se développait des entre-feuilles, quoique cela arrive rarement sur les arbres à pépins , on les pincerait en laissant la feuille qui est à leur insertion.
On palissera les bras sous un angle de dix degrés. Le palissage servira, comme nous l'avons dit, à distribuer la
LA PMOIIB FIUIIÇABI. Ht
sèye également dans les deux tiges et dans les deux premiers bras 0.
Le résultat de la première taille , do pincement et du palissage , a dû produire , à la un de la saison , deax tiges d^égale force et deaz bras O égaux aussi en force. C'est sur ces productions que nous allons pratiquer la secomie taille. Chaque nouveau prolongement d'un bras ou d'une tige établit une nouvelle section.
Avant d'opérer le raccourcissement de la première section , il est à propos de se rappeler que les Inras doivent avoir entre eux une distance de 33 à 40 centimètres; en conséquence , on raccourcira les tiges de manière à ce que l'œil qui donnera naissance au second bras soit éloigné de l'œil terminal pour ne pas attirer sur on i point, comme on a pu le faire sans inconvénient pour rétablissement du premier bras 0, une trop grande af* fluence de sève. Cette condition suppose une taille allongée de 40 à 42 centimètres sur la première section de la tige; elle sera faite autant que possible sur «n oAl du devant , aln que la plaie ne soit pas exposée aux rayons da soleil^ et aussi pour que le prolongement de la tige soit sans coude et sans nœud apparent. S'il arrivait que les tiges n'eusseni pas assez poussé pour supporter cette longueur de taitte, • ce qui serait extraordinaire , on attendrait i Tannée sirivante pour former le second bras.
On raccourcira le premier bras 0 à 30 on aS eeolimètres de longueur , suivant sa force, et toujours sur un ceil qui puisse donner un prolongement direct , lioriiontaly sans coude et sans nœud« Cette taille, qui sera aidée do pincement sur les deux premiers bourgeons ao dessous du terminal , a pour but de faire ouvrir tous les yeux qui sont au dessous ; nous appelons cette partie premUrê aeclfon du premier bran.
Lors de la pousse, on dirigera les tiges veilicalmeat,
Wm hà MMOm FRAlfÇAIS]!.
plas oa moins approchées du mur, suivant qu'on voudra restreindre l'une et favoriser l'autre. On pincera tous les bouiffeons ^i sent sur la lige, surtout ceux qui sont entre le terminai et celui destiné à former le second bras P, qae Ton favorisera dans son développement. Les bourgeons qai sont sur le devant et entre les deux tiges seront pinces pins sévèrement que ceux qui sont en dehors. On supprimera ceux qui sont contre le mur.
Le bourgeon terminal de la première section , snr le premier bras, sera dirigé sur une ligne droite, quoique inclinée ; OB pincera les deux premiers bourgeons qui se trouvent au dessous, pour donner de la force au bourgeon terminal qui doit à la taille prochaine former la seconde section , et anisi pour fhire ouvrir les yeiix du talon de la première section de ce premier bras.
Au palissage, on attachera les tîges verticalement , de manttre à maintenir une parfaite égalité de force entre elles*
On palissera sous un angle de dix degrés le second bras.
On dépatissera entièrement le premier bras pour l'incteer an peo pins; si les bourgeons près du terminal avaient, malgré le pincement, pris trop de force, on les ébesoqoetleraît en attendant le moment de les supprimer à l'épaisseor d'un écu , lors de la taille. Les brindilles trop allongées seront aussi ébonquetées à la longueur qu'elles doivest conserver , c'est-à-dire à 10 ou 12 centimètres. Cette dernière opération sera faite assez tard pour que les jBux an dessous de la fracture n'ouvrent pas; ils doivent seulement retenir un reste de sève qui les fasse gonfler.
Les résQltate de la seconde taille sur les tiges et de la première sur les premiers bras, le tout aidé du pincement et dn palissage , ont produit : 1^ sur les tiges , la continuation d'une parfaite égalité de force dans leur prolon* gBBMiit «t 1er moyens d'y établir un troisième bras B ;
LA POnONB FRAÎVGAISB. 169
2^ rëtabliB^ement du second bras P; 3<»le prolongement de la première section du premier bras, sur lequel prolongement sera établie la seconde section. On xemarque que tous les yeux sur la première section se sont ouverts plus •ou moins en raison de leur proximité du terminal ; il a suffi que les yeux du bas de cette section ouvrissent en rosettes : s'ils étaient plus développés^ ce serait un indice que la taille aurait été trop courte par rapport à la vig;ueur de l'arbre, et un avertissement pour allonger davantage celle de la section au dessus.
Après la chute des feuilles , on dépalissera entièrement l'arbre pour procéder à la troisième taille. Les flèches seront raccourcies, cette fois, à 33 centimètres de longueur seulement à cause des il centimètres qui restent de libre au •dessous de la taille précédente. Cette taille est restreinte par. rapport à la distance obligée des bras entre eux ; mais celle des bras peut être plus ou moins allongée suivant leur force et le besoin qu'on a de faire ouvrir tous les yeux au dessous. La taille des tiges sera toujours assise sur un oeil favorablement placé pour effectuer le prolongement direct de la tige et le prompt recouvrement de la plaie. Cette taille a pour but le prolongement de la tige et la formation du troisième bras B, dont l'insertion sur la tige sera toujours à une certaine distance de l'œU terminal.
Le rameau formant le second bras P sera raccourci à 22 ou 28 centimètres de longueur , afin de faire ouvrir tous les yeux au dessous de la taille , de donner de la force à cette première section du second bras , et d'obtenir du bourgeon terminal un prolongement vigoureux.
Le rameau terminal du premier bras O sera raccourci selon sa force 3 la partie restant au dessous de la taille forme la deuxième section du premier bras. Ce raccourcissement doit être calculé ainsi que le pincement, pour faire ou- ^r tous les yeux qui sont sur la seconde section , comme
2^0 LA POMOÎIE FRANÇAISE.
cela a eu lien sur la première section. L'œil terminal de?ia se prolonger vigoureasement en ligne droite sans condeset sans nœuds.
On raccourcira sur la première section , à l'épaisseur d'un écu , les rameaux qui sont trop forts pour former des fruitières j on raccourcira aussi à 8 ou 10 centimètres les brindilles dont les yeux de l'extrémité., après l'èbouquetage , se seraient ouverts ; autrement on les laisserait de la longueur qu'ils avaient après l'ébouquetage.
On palissera ensuite l'arbre dans la même position où il était avant la taille.
Lorsque l'âurbre aura acquis , toujours en suivant la même marche , le nombre de bras que comporte la hauteur du mur où il est palissé , on inclinera doucement ta pointe de la flèche ou de la dernière section n^ 8 pour lui faire former le dernier bras X.
Nous ne poursuivrons pas plus loin la formation d'une palmette à double tige , parce que les moyens que nous employons pour la création d'un bras sont les mêmes pour tous. Les sections qui composent chaque bras s'établissent aussi de la même manière, elles sont formées après avoir reçu trois tailles ; toutes celles du même âge doivent se ressembler. (Voir à cet égard ce qui a été dit pour l'éducation des bras ou des membres , planches 11 et 12.) Si donc nous voulions suivre l'arbre dans son développement , jusqu'à ce qu'il ait rempli le cadre qui lui est destiné , il faudrait , pour ne pas se r^éter à chaque instant , trouver d'autres termes et faire d'autres phrases pour dire exactement la même chose. Il suffira que le jardinier porte la plus grande attention aux opérations qui ont eu lieu sur la première section du premier bras, ainsi qu'aux résultats qu'il aura obtenus, parce que la conduite qu'il aura à tenir pour former et gouverner les autres sections à mesure que l'arbre s'étendra sera too* jours la même , à quelques légères modifications près , qui
LA POMONB FAAUGAISB. ^t
lui seront toujours indiquées par une végétation plus ou moins vigoureuse. La connaissance qu'il a du mouvement de la sève lui a déjà appris qu'elle a plus de tendance à se porter vers le haut de l'arbre que vers le bas ; il la forcera donc de changer ses habitudes en donnant des tailles plus allongées dans le bas de l'arbre que dans le haut. Ceci est fondé sur ce que pins une branche a de bourgeons et par conséquent de feuilles , plus elle attire à elle de sève et plus elle grossit; c'est ainsi qu'il favorisera le bas de Tarbre et qu'il restreindra le haut en supprimant à la sève les canaux par où elle n'eût pas manqué d'affluer.
Le jardinier doit encore se rappeler que la première section du premier bras, après avoir reçu trois tailles , ne requiert plus aucune autre opération jusqu'à sa fructification , qui ne dépendra plus que du temps, de l'âge de l'arbre, et de Taugmentation d'un plus grand nombre de sections, qui devront toutes être formées comme l'a été la première, dont toutes les productions vont successivement et tout naturellenaent se façonner en boulons à fruits, parce que la sève, au lieu de couler rapidement dans ces parties et de lui faire pousser du bois et des feuilles, perdra de son activité; elle deviendra de plus en plus stagnante ; les boutons cesseront de s'allonger, ils s'arrondiront et se formeront en boutons à fleurs. Quoique leur nombre annonce l'abondance , on doit veiller à ce que ces productions ne soient pas exclusives, parce qu'elles tendent à épuiser l'arbre, ou plutôt les portions de Tarbre sur lesquelles on ne trouve que des dards, des boutons à fleurs et des bourses. C'est au jardinier à faire naître sur ces por* tions d'arbres trop garnies de fleurs des lambourdes et des brindilles , afin d'y attirer une sève plus active, nourricière des fruits et des membres qiii les portent : c'est en raccourcissant les dards qu'il obtiendra des brindilles , et c'est en diminuant le volume des bourses qu'il obtiendra des lambourdes.
37f LA P0M02VB FRAHGAISB.
En résumé , qaelle que soit la forme que Ton veuille faire prendre au poirier ou au pommier, rien n'est moins compliqué que les moyens que nous employons pour diriger ces arbres. On sait que la. taille ne se pratique ordinairement que sur le nouveau bois : tout se borne à raccourcir annuellement , vers la moitié ou le tiers de leur longueur, les rameaux terminaux des branches qui forment la charpente de l'arbre , puis à supprimer à l'épaisseur d'un ëcu tous les autres rameaux qui ne sont pas nécessaires à la charpente et qui feraient confusion , afin d'obtenir à leur place des productions qui se tournent promptement à fruit. Mais on ne doit pas abuser de cette facilité que l'on a de garnir de fruits les branches à mesure qu'elles s'allongent : nous avons vu en Belgique le pignon d'une grange , ayant une grande surface, être régulièrement couvert par un seul poirier, dont les branches étendues étaient très minces par rapport à leur longueur; elles n'étaient uniquement garnies que de dards, de boutons à fleurs et de bourses. On se plaignait que les fruits de cet arbre , après avoir été très abondants et très beaux ^ avaient dégénéré. On attribuait ce vice à la terre, que^ disait-on, les racines avaient épuisée. On aurait dû voir plutôt que le peu de sève qui circulait au travers de ces branches minces était entièrement absorbé par les fruits, et que le seul moyen d'attirer la sève dans ces branches , pour les faire grossir et mieux nourrir leurs fruits, eût été de faire naître sur elles de distance en distance des brindilles et des lambourdes. Nous avons déjà vu combien lepoirier et le j^ommier sont dociles et comment le cultivateur peut changer à volonté les rameaux à bois en boutons à fruits, et ceux-ci en brindilles et en lambourdes.
Nous insistons tant sur les facilités que les jardiniers ont de faire du poirier et du pommier tout ce qu'ils veulent^ que l'on doit croire, d'après la manière dont ces arbres sont ordinairement si mal dirigés aux environs de
Paris , que les jardiniers les taillent tons les ans sans y réfléchir aucunement, tandis qu'il serait si facile d'obtenir de beaux arbres qu^ par leurs formes feraient rornemcnt des habitations et par leurs fruits les délices de la table du propriétaire.
La recommandation que j'ai faite de laisser un intervalle de 30 à 35 centimètres entre les membres ou les bras d'un éventail ou d'une palmette diffère tellement des conseils que plusieurs auteurs prescrivent , tout récemment encore M. Dalbret, page 148> qui n'accorde que 16 centimètres d'intervalle^ que nous croyons devoir entrer à cet égard dans quelques explications , afln de faire connaître l'erreur que commettraient les cultivateurs qui se laisseraient entraîner à suivre un tel conseil j erreur d'autant plus grave qu'élant commise, il ne serait plus possible de la réparer. Il est évident qu'un intervalle de 16 centimètres entre deux membres ne peut suffire pour entretenir le développement des productions fruitières , dont les bras ou les membres doivent être pourvus sur toute leur étendue. Gomment, en effet, placer dans un intervalle aussi restreint les brindilles et les lambourdes, qui doivent se trouver placées de distance en distance sur les bras ou sur les membres , surtout si l'on considère que cet intervalle de 16 centimètres se trouvera bientôt réduit par l'extension que prendront les membres? A peine si cet espace pourra contenir les dards , les boutons à fleurs et les bourses. Un tel système de charpente dans un arbre, n'admettant ni brindilles, ni lambourdes d'une certaine étendue sur les membres , doit finir par épuiser l'arbre et préparer très prochainement la nécessité de le rajeunir par le recépage , car le simple ravalement reproduirait les mêmes inconvénients. Un tel conseil n'a pu être donné par un jardinier qui professe l'art de la taille des arbres : cette erreur ne peut provenir que du rédacteur; c'est à quoi sont exposés les jardiniers qui veulent commu-
374 LA POMONB FRANÇAISE.
Diqner leurs connaissances, et qui n'ont pas assez de con* fiance dans eax-mèmes pour dire simplement ce qu'ils savent. Rs devraient se persuader que les fautes de langage qu'ils sont exposés à commettre ne les empêcheraient pas d'être compris y sans entraîner à de graves erreurs les per* sonnes qui yeulent profiler de leurs connaissances.
Nous avons déjà dit que la sève circule peu, lentement , et seulement au profit des fruits, dans les membres qui ne sont garnis que de dards , de boutons à fleurs et de bourses; nous admettons aussi ces productions ; mais nous voulons , pour la beauté des fruits et la prospérité des membres , qu'elles soient alimentées par des brindilles et des lambourdes, afin que celles-ci , par leur étendue, le nombre et les diverses qualités de leurs feuilles , sollicitent et entretiennent le mouvement de la sève dans toute l'étendue des branches qui les portent. C'est pour remplir ce but que nous laissons 34 centimètres d'intervalle entre les bras ou les membres des paimettes ou des éventails , pour que toutes ces productions , étant palissées , puissent y trouver place en se ramifiant et en se subdivisant. On sait que c'est la subdivision des branches, surtout de celles qui sont essentiellement fruitières dans les arbres à pépins, qui procure aux cultivateurs qui savent la faire naître i propos de durables et d'abondantes récoltes de fruits bien nourris , bien élaborés, ayant tous également les divers caractères de leur espèce , soit par la forme , la grosseur, et la couleor^ soit par la saveur , et l'époque de la maturité.
Les variétés de poiriers qui réussissent le mieux contre les murs sont, en paimettes ou en éventail :
Le Bon Chrétien d'hiver , Muscat Robert ou à la reine ,
La Crasanne , Amiré Joannet ,
Le colmars , La Madeleine ,
La Royale d'hiver. Orange d'hiver,
LA POMOUB FRAIf ÇAI51. 575
Poire sans peaa , Martin sec ,
Le Messire-Jean^ M essire^Jean deré.
Beurré gris , Petit Soassetet de Reims ,
ChaumoDtel , Beorré d'été od Milan blanc ,
La Marquise , Beurré de Soulers on de Péq.,
Duchesse d'Angouléme , Beurré d' Aremberg ,
Doyenné d'hiver, Sucré vert ,
Muscat royal , Doyenné Manc ou St-Micbel.
Pommiers et poiriers dirigés sous la forme d'un éventail.
(Fig. IB.)
Les sujets destinés à former des poiriers ou des pommiers dirigés en éventail , ayant été plantés à 7 métrés 80 centimètres de distance les uns des autres , soit pour être cultivés au pied d'un mur ou sur une plate-bande , soit pour y former des espaliers ou des contre-espaliers, devront, après avoir été soignés selon les indications que nous avons déjà données , être écussennés à œil dormant à 10 ou 12 centimètres au dessus du sol. Au printemps , on rabattra les sujets tout contre Técusson , et Ton couvrira immédiatement la plaie avec la poix à greffer. On placera des tuteun pour soutenir les jets des greffes avant que le besoin s'en fasse sentir.
A la pousse , on maintiendra le jet de la greffe dans une direction verticale, à l'aide du treillage ou d'un tuteur. Si les sous-yeux de la greffe s'ouvraient , on les pincerait pour les supprimer plus tard, parce qu'ils se trouveraient trop près de la terre pour former les premiers membres , qui doivent être au moins à 22 centimètres du sol ; d'ailleurs ces bourgeons priveraient lé jet principal d'une partie de la force qu'il est à propos de lui faire acquérir. Vers la fin de la saison, on ébouquettera le jet de la greffé pour arrêter la sève dans le baut et la faire refluer dans les yeux
57^ LA POMONB FRANÇAISE.
da bas , qai auront , par ee procédé , plas de dispositions à oHvrir.
Au temps de la taille , on raccourcira le jet de la greffe à 40 ou 48 centimètres au dessus de terre, dans le but d'obtenir neuf à dix boui^eons , placés sur les côtés de la tige et destinés à former les rayons de réventaii ou la char* pente de Tarbre , A , B, G, D, £.
A la pousse , tous les bourgeons inutiles à la charpente de l'arbre seront pinces et tenus très courts. On pincera aussi le terminal et les deux ou trois autres rayons au dessous , afin que les cinq ou six rayons inférieurs acquièrent une force à peu près égale à celle des rayons pinces. On supprimera les bourgeons qui pousseront vers le mur.
On palissera les rayons A , B, G , D, £ , en ayant soin de laisser entre eux une égale distance. On profitera dn palissage pour établir une égalité de force entre les rayons; c'est-à-dire que l'on palissera plus tôt et plus serré contre ]e mur les bourgeons qui annonceraient devoir prendre plus de fjrce que les autres. On n'a pas la ressource, dans la forme en éventail, d'incliner plus ou moins un rayon pour en détourner la sève; ils doivent toujours être palissés sous le même angle. Mais on pourra tirer en avant un rayon faible , et l'attacher sur une ou deux gauledes dirigées dans la direction que doit avoir le rayon. On ne doit rien négliger, dès la formation de ces rayons , pour disposer la sève à suivre un autre cours que celui qui lui est naturel ; on y parviendra en restreignant les passages habituels, en même temps qu'on en ouvrira d'autres plus faciles.
Au temps de la première taille , on dépalissera l'arbre ; puis on raccourcira chaque rayon sur un œil placé de manière à continuer le même prolongement en ligne droite^ sans coude et sans nœud. Les rayons les plus voisins du sol, étant plus minces, seront favorisés par une taille plus allongée que celle des rayons plus élevés. La
* LA POHONR FRANÇAISE. %rt
partie qui reste sous cette 'première taille forme la première 'section de chaque rayon. Cette partie sera traitée comme l'ont été toutes les premières sections des bras et des membres des arbres dirigés en palmettes ou en pyramides.
A la pousse , on pincera sur chaque rayon les deux premiers bourgeons au dessous du terminal ; celui-ci restera intact et sera favorisé dans son développement. On pincera aussi les bourgeons qui poussent sur le devant et derrière les rayons.
On proâtera de l'èbôurgeonnement et du palissage pour maintenir une égalit^ de force entre les rayons, qui seront toujours attachés sur le prolongement de leur première direction , mais plus tôt ou plus tard , plus ou moins rapprochés du mur; ainsi le palissage se fera successivement et partiellement : il ne sera terminé qu'avec la fin de la saison. On ébourgeonnera plus sévèrement les rayons dont on veut arrêter les progrès ; à la fin de juillet, on ébouquettera les brindilles à 16 ou 18 centimètres de longueur.
Au temps de la seconde taille, on dépalissera l'arbre entièrement, et Ton raccourcira la pousse terminale de chaque rayon, selon sa force et sa position, et toujours sur un œil favorablement placé , pour continuer en ligne droite le prolongement du rayon. La partie restant sous la coupe forme la seconde section des rayons.
On supprimera à l'épaisseur d'un écu les rameaux qui sont sur les premières sections; on raccourcira les brindilles dont les yeux du haut se seraient ouverts après l'ébouquetage. On palissera l'arbre dans la même position où il était avant la taille.
A la pousse , on pincera sur chaque rayon les deux premiers bourgeons au dessous du terminal; celui-ci restera intact et sera maintenu dans la continuation directe de son prolongement. On pincera encore, sur cette seconde sec-
37S LA POMONë FRâNGAISB.
tion , les bourgeons qui pousseraient en ayant et en arrière.
Si les sous-yeux des rameaux , que Ton a taillés à repais* seur d'un écu sur la première section , annonçaient devoir pousser avec trop de force , on les pincerait pour ne leur laisser acquérir que la dimension de brindille. On fora concourir rébourgeonnement et le palissage à maintenir Tégalilé de force entre les rayons.
Après cette troisième taille , la première section de tous les rayons se trouvera garnie de productions fruitières , qui n'attendent pour fleurir que l'âge viril de Tarbre. Toutes les autres sections s'établiront successivement de la même manière que nous avons établi la première. Nous n^aurons plus à nous occuper que des moyens à employer pour remplir les intervalles qui vont se trouver vides entre les rayons, par leur prolongement continu : cet intervalle sera rempli par des ramiflcations prises sur cbaque rayon. Ces ramifications F, G, H, I, seront toutes formées de la même manière et sur la même section. Si l'on suppose que ce soit sur la quatrième section qu'il devienne nécessaire de faire ramifier les rayons, après avoir établi cette section parla taille, on aura soin, à la pousse, de pincer tous les bourgeons sur cette quatrième section qui se trouvent entre le terminal et le bourgeon désigné pour former la ramification. Ce bourgeon sera toujours choisi sur le dessous du rayon , et à une certaine distance du terminal , afin qu'il soit toujours inférieur en force à celui-ci , et que la sève se trouve également répartie sur cette section , en la dirigeant ainsi vers deux points éloignés l'un de l'autre.
Au temps de la taille, cette ramification sera traitée comme étant le commencement d'une nouvelle branche » ou plutôt d'un nouveau rayon qui se prolongera annuellement par la taille de section en section.
Il restera encore d'autres ramifications à établir pour remplir l'espace vide qui se trouve dans le haut de l'arbre.
LU POmONB FRANÇAISE. . 579
Mais la position de ces ramifications nécessite d'autres précautions que celles que nous avons prises pour établir les premières qui prennent leur orig^ine en dessous des rayons; celles-ci M , N , O, doivent la prendre en dessus , où la sève, ayant beaucoup plus d'activité , pourrait faire explosion , et changer ces ramifications ainsi placées en branches gourmandes. En conséquence, nous attendrons, pour former ces ramifications sur le dessus des rayons, que Tarbre ait déjà fleuri, afin d'en profiter ou de faire naître une brindille ou une lambourde là où l'on veut former une ramification; par ce procédé , nous n'aurons pas à redouter qu'elle puisse prendre trop de force , devenir une branche gourmande , et affamer tout ce qui i'avoisine ; ce qui occasionnerait la perte de la forme de l'arbre et celle de la régularité des récoltes. Ceci est fondé sur ce qu'une brindille , et surtout une lambourde, ont la propriété de pouvoir fournir des branches d'une certaine étendue, sans jamais s'emporter et devenir branche gourmande. Il est à propos de remarquer que nous avons créé les premières ramifications en même temps que la section qui les porte , tandis que les dernières sont établies long-temps après la création de la section sur laquelle elles sont.
Lorsque l'arbre sera en bon rapport, on n'attendra pas que les récoltes, qui deviennent toujours de plus en plus abondantes^ soient excessives et qu'elles épuisent les membres; on aura soin de faire naître sur ces membres, de distance en distance, des brindilles, en raccourcissant des dards et des lambourdes, en diminuant de volume des bourses. Les yeux de ces productions, avant d'avoir acquis le nombre de feuilles nécessaire pour en former des boutons à fleurs , auront attiré et fait circnler la sève dans les membres , ce qui aura contribué à les faire grossir, tout en leur donnant la faculté précieuse de mieux nourrir les fruits qu'ils portent.
380 LA POMONE FRANGAISB.
Poiriers et pommiers dirigés en vases coordonnés avec la forme en pyramide. (Planche XVI.)
Les poiriers et les pommiers dirigés sous la forme de vase se faisaient jadis remarquer dans nos jardins : ils y iig^uraient aux angles et quelquefois au centre des carrés du potager^ dont les côtés étaient plantés en contre-espaliers ; mais l'emplacement trop considérable que ces yases isolés occupaient a fait renoncer à cette forme , avec d'autant plus de raison qu'on ne s'était pas avisé d'intercaler les vases entre deux pyramides, ainsi que l'indique la fig. 15; tel est le motif qui a fait abandonner la forme la plus favorable aux récoltes abondantes et à la qualité des fruits. La forme pyramidale a été conservée ; mais elle est généralement si mal exécutée, qu'elle est aussi sur le point d'être abandonnée, d'autant que l'on s'est persuadé qu'elle était d'une exécution difficile et peu favorable à la fructification. Les personnes qui ont suivi ce que nous avons dit jusqu'ici pourront comprendre qu'il n'est pas plus difficile de faire prendre aux arbres la forme pyramidale que toute autre forme. Quant au reproche de stérilité , il ne peut s'adresser aux arbres dirigés selon nos principes ; ces arbres sont nécessairement aussi fertiles que le comporte leur nature , puisque leurs branches, sous notre main, ne peuvent se prolonger qu'autant que toutes les productions au dessous du prolongement ont été disposées à la fructification , soit en substituant aux rameaux à bois, inutiles à la charpente de l'arbre, d'autres productions plus disposées à se tourner à fruits, soUpar d'autres moyens aussi simples et d'une exécution aussi facile. Ainsi le reproche de stérilité n'est mérité que pour les pyramides mal dirigées , sur lesquelles on établit une multitude de membres trop rapprochés qui s'ôtent l'air et la lumière, indispensables à la formation des boutons à fleurs et à leur fécondation.
LA POHONB PRANGAISB. 881
Il rësolte de la disposition que nous donnons à notre plantation que les vases, loin d'occuper inutilement trop déplace, n'occupent que l'espace vague qui reste libre entre deux pyramides. Quant aux racines, elles ont assez d'espace pour ne point se nuire ; ainsi un terrain occupé par des arbres dirigés de cette manière produira une fois plus de fruits que si les pyramides étaient disposées sur une seule ligne , et les vases sur une autre, tel que cela se voit encore au Jardin des Plantes, où ces arbres sont offerts au public comme des modèles, quoique beaucoup plus rapprochés qu'ils ne devraient l'être.
Nous pensons que, pour peu qu'on sache assigner un emplacement convenable à une plantation semblable à celle que nous proposons, on obtiendra des rideaux de verdure d'un très bel effet, tantôt fleuris, tantôt couverts d'excel* lents fruits , et offrant dans toutes les saisons un ensemble parfait } les deux côtés des allées principales d'un grand potager pourraient être plantés en sauvageons distants les uns des autres de 4 à 6 mètres et destinés à être greffés en place ; on élèverait alternativement sur chaque ligne une pyramide et un vase.
Quoique les moyens que nous, indiquons pour la direction des arbres fruitiers soient plus simples que ceux indiqués jusqu'ici , nous croyons que le jardinier qui le premier exécutera le modèle de la pi. XVI donnera une preuve manifeste de capacité, en même temps «qu'un témoignage des progrès de l'art , puisqu'il aura réuni deux formes d'arbres , dont l'une était abandonnée , parce qu'on n'avait pas su rutiliser« et l'autre rendue nulle ou presque nulle par le manque d'une bonne exécution.
Les sujets destinés à former des arbres dirigés en vase , ayant reçu deux écussons diamétralement opposés, et dont les pousses, à l'aide de tuteurs, ont été dirigées un peu obliquement de chaque côté, et sont arrivées, à l'aide de cette obli-
38i LA POMONB FRANÇAISE.
quité , à être d'une force égale , seront, au temps de la taillé, raccourcis à 12 ou 15 centimètres, afin d'obtenir trois forts bourgeons sur chacun d'eux, l'un formant la mère-branche, et les deux autres les premiers membres du vase. On fera choix , pour asseoir la taille, d'yeux placés de manière à fa* voriser la direction évasée de la pousse , qui doit toujours avoir lieu sur une ligne parfaitement droite^ sans coude et sans nœud. Si l'arbre est pris dans les pépinières, on le ra* battra afin d'obtenir deux ou trois branches.
A la pousse , on fera choix de six bourgeons, les mieux placés sur les côtés ; on pincera les autres. On palissera ces bourgeons sur deux cerceaux au dessous Tun de l'autre, de diamètre un peu différent, et soutenus par trois tuteurs. On profitera du palissage pour régler la force des bourgeons entre eux. Ceux de prolongement de deux mères-branches seront favorisés.
Au temps de la seconde taille , on dépalissera l'arbre , on retirera le cerceau du bas et Ton baissera celui du haut , pour donner aux branches un peu pi as d'évasement ; cet évasèment doit être calculé sur les proportions que prendront les pyramides. On raccourcira les deux mères-branches pro* portionnellement à leur force , toujours sur des yeux placés favorablement, pourque la pousse continue le prolongement en s'écartant du centre de l'arbre et eu ligne droite. Cette taille a pour but d'obtenir un prolongement vigoureux et de faire ouvrir tous les yeux qui sont au dessous. Ces deux branches-mères devront pendant quelques années dominer les quatre premiers membres de bifurcation, commeceux-ci domineront les bifurcations auxquelles par la suite elles don* neront naissance.
Lesquatre premiers membres seront raccourcis selon leur force , dans le même but qui a fait raccourcir les mèresbranches et toujours un peu plus que celles-ci , et de manière, avec l'aide du pincement , à faire ouvrir tous les yeux qui
LA POMOIfB FRAlfCAISB. S83
BOBt aa dessous de la taille. Puis on palissera l'arbre dans la même position où il était avant la taille.
A la pousse , on pincera les deux bourgeons qui sont les plus près du terminal , afin de faire refluer la sève sur les yeux qui n'ont pas ouvert , pour les disposer à se façonner en dards, en boutons à fleurs, ou tout simplement en boutons à feuilles. On palissera les bourgeons terminaux des mëres-brancbes et des membres sur un nouveau cerceau. On pincera très court tout ce qui paraîtra en debors ou en dedans du vase et ce qui ferait confusion sur les cAtès. Vers la fin de juillet , après avoir ébouqueté légèrement les bourgeons les plus forts et cassé les brindilles de 12 à IS centimètres , on ajoutera un nouveau cerceau pour y attacher les. rameaux. On ménagera un petit passage sur l'un des côtés du vase , pour que l'ouvrier puisse s'y introduire et travailler plus facilement l'intérieur.
Au temps de la troisième taille , on dépaiissera l'arbre , on retirera le cerceau le plus bas et on baissera les autres, pour donner un peu plus d'évasement aux membres. On raccourcira le rameau terminal des mères^branches et des membres, selon leur force et leur position^ on fera choix, pour asseoir la taille,de l'œil le mieux placé pour éloigner du centre de l'arbre le bourgeon de prolongement. On taillera les rameaux à l'épaisseur d'un écu; on raccourcira les brindilles à 10 ou 12 centimètres de longueur; au lieu de sup^ primer celles qui sont placées en dedans et en dehors du vase, ou qui sont trop rapprochées les unes des autres, on les taillera à l'épaisseur d'un écu. On palissera l'arbre.
A la pousse , on pincera les deux premiers bourgeons au dessous du terminal de chaque mère-branche ou de chaque membre. On palissera les bourgeons sur un nouveau cerceau , et plus tard on en ajoutera un autre.
Les membres, en s' étendant, s'écarteront nécessairement les uns des autres, et laisseront entre eux un espace vide, que
394 liA POHONB FRANGAISB.
Ton remplira par une ramification. On fera choix, aprèi la taille, de l'œil le mieux placé pour établir cette ramification, qui devra toujours être à une certaine distance de l'œil terminal ', à la pousse, on pincera tous les bourgeons qui se trouyeront entre le bourgeon terminal et celui qui est destiné à la ramification. Les ramifications sur les membres seront toujours alternes, à moins de cas particuliers. Si la première ramification sur un membre est sur le côté droit , il faut aussi que la première sur tous les autres membres soit du même côté, afin que tout le pourtour du vase soit également plein , sans qu'il y ait de confusion nulle part. Bien entendu que les ramifications se multiplieront à mesure que l'arbre prendra de l'étendue^ mais toutes s'établiront régulièrement de la même manière et par le même procédé.
Après avoir indiqué suffisamment la manière dont on doit établir les ramifications sur un vase et avoir dirigé Varbre jusqu'à sa troisième taille, il ne reste plus rien autre chose à faire , pour prolonger indéfiniment le vase , que de continuer de faire les mêmes choses qui ont déjà été faites et de les répéter dans le même ordre. Ce serait supposer trop peu d'intelligence à nos lecteurs, si, après tout ce qui a été dit précédemment, nous nous permettions d'ajouter un mot de plus.
Les variétés de poiriers qui se prêtent le plus facilement à, prendre la forme de vase sont :
Le Saint- Germain , - Le Catillac,
r Le Beurré d'Aremberg, Le Doyenné gris ,
" Le Doyenné d'hiver, * Bergamote d'hiver, ^ La Bergamote de Pâques, Bergamote d'automne,
La Jalousie, < Le Passe- Golmars.
Les variétés très vigoureuses qu'il faut planter à la suite les unes des autres afin de leur donner plus d'espace sans rompre Tordre établi sont :
LA POMONB FRANÇAISB. 385
La Virgouleuse^ La Royale d'hiver,
Le Bon Chrétien d'hiver. Le Colmars,
La Crassane , Le Petit-Muscat.
Poiriers et pommiers greffés en place destinés à former des
pyramides^
Les sauvageons destinés à être greffés en place pour former des pyramides placées entre deux vases seront plantés à 4 ou 6 mètres de distance les uns des autres sur une platebande défoncée et largement fumée. Les sujets seront greffés à 12 ou IS centimètres de terre.
Le jet de la greffe sera maintenu durant son développement .dans la direction verticale. Au temps de la taille, on raccourcira ce jet à 40 on 48 centimètres suivant sa force. On fera choix pour asseoir la taille d'un œil bien constitué , et favorablement placé , pour continuer le prolongement de la tige sur une ligne verticale.
Le but de cette taille est d'obtenir le prolongement de la tige en même temps que le développement de tous les yeux qui sont au dessous , aiSn de choisir les bourgeons qui sont le mieux placés pour former les premiers bras de la pyramide sur cette portion de l'arbre que nous désignons sous le nom de première section de la tige , qui contiendra à peu près six ou sept bras; le plus prés du sol en sera distant de 20 à 24 centimètres.
A la pousse , on maintiendra le bourgeon terminal , qui doit former la deuxième section de la tige, dans une direction parfaitement verticale ; on pincera les deux ou trois premiers bourgeons qui sont les plus proches du terminal , afin d'obtenir une égalité de force avec ceux qui sont au dessous ; on choisira parmi ces bourgeons ceux qui sont le mieux placés pour former les bras de cette première sec-
S86 t'A POflONE FRANÇAISE.
tion : letir distaiiee doit être de 20 à 22 centimètres et réglée de façon i leur faire décrire autant de rayons autour de la tige, sans qu'aucun soit directement à plomb sur un autre ; ces rayons ou ces bras doivent simuler les marchés d'un escalier qui seraient appuyées autour d'une colonne. On ne détruira pas les bourgeons superflus à la création des bras , mais on les pincera de très prés.
Au temps de la seconde taille , on raccourcira la tige de l'arbre 9 toujours sur un œil favorablement placé pour continuer son prolongement par une ligne droite et yerticale , qui formera la troisième section de la tige. Le but de cette taille est de faire ouvrir tous les yeux qui sont au dessous , sur cette seconde section; elle sera donc plus ou moins allongée.
Le rameau terminal de chaque bras, sur la première section de la Uge , sera raccourci en raison de la vigueur de l'arbre, et cbacun plus ou moins, en raison de sa position ; ceux du bas seront tenus pi us longs que ceux du haut de cette première section , afin de leur faire acquérir plus de force, et aussi pour se conformer à la forme que doit avoir une pyramide. La taille de ces bras devra être assise sur un œil dont la position tende i prolonger le bras horizontalement^ inclinant dans sa pousse vers la droite , ou vers la gauche^ suivant le besoin de le maintenir sur la ligne qu'il doit occuper par rapport à l'ensemble des autres bras , qui ne doivent jamais être d'aplomb les uns sur les autres. On pourra se servir d'un osier pour attirer un bourgeon vers la place qu'il doit occuper, s'il s'en écartait.
À la pousse, on maintiendra le bourgeon terminal ou la flèche qui doit former la troisième section de la tige sur une ligne verticale ; on pincm^a les deux ou trois bourgeons qui sont les [dus proches du terminal , afin de faire refluer la sève et d'obtenu* une égalHé de force arec ceux qui sont an dessous; on dioisira parmi ces bourgeons ceux qiii
LA POMOUB FRANÇAISB. 387
sont le mieux placés, pour former les bras de la deuxième section; on pincera sévèrement tons les autres bourgeons superflus à la formation des bras de cette seconde section.
Les bourgeons qui sont près du terminal , sur les bras de la première section , seront pinces pour diminuer leur vigueur, faire refluer la sève et donner de la force au terminal , que l'on dirigera sur une ligne horizontale.
Au temps de l'ébourgeonnement vers le mpis d'août,, sur la première section on ébouqueltera les plus forts bourgeons qui paraîtraient prendre trop de force; on pourra aussi casser les brindilles à 16 ou 18 centimètres. Les autres productions sur ces bra$ resteront intactes ; elles se convertiront d'elles-mêmes , avec l'âge, en dards, rosettes , boutons à fleurs , bourses et lambourdes.
A la troisième taille, on raccourcira la tige sur un œil bien placé, pour que le bourgeon de prolongement qui formera la quatrième section de la tige soit sur une ligne parfaitement verticale. Le but de cette taille est de faire ouvrir tous les yeux qui sont au dessous; elle sera donc plus ou moins allongée.
Le rameau terminal de chaque bras de la deuxième seclion sera raccourci en raison de la vigueur de l'arbre; €t chacun plus ou moins , suivant sa position : ceux du bas sur cette seconde section seront tenus un peu plus longs que £eux du haut. La taille de ces bras devra être assise sur un ceil dont la position tende à prolonger le bras horizontalement.
On rac<y>urcira le rameau terminal des bras 4e la première section de la tige, toujours dans le but de faire ouvrir tous les yeux qui sont au dessous; on taillera à l'épaisseur d'un écu les rameaux qui ont été ébouquetés au mois d'août, aussi bien que ceux qui ne l'auraient pas été. Si les brindilles qui ont été cassées avaient poussé, on les raccourcirait au dessous de Ja pousse.
398 LA POMONB FRAITÇilSB.
 la pousse, on maintiendra le boargeon terminal qni doit former la quatrième section de la tige sur une ligne parfaitement verticale^ on pincera les deux ou trois premiers bourgeons , sur la troisième section , les plus près du bourgeon de prolongement , afin de faire refluer la sève et d'obtenir une égalité de force avec ceux qui sont au dessous ; on choisira parmi ces bourgeons ceux qui sont le mieux placés pour former les bras de la troisième section; les autres, jugés inutiles à la formation des bras, seront pinces très courts.
Le prolongement des bras de la seconde section de ta tige sera favorisé dans son développement horizontal; on pincera les deux bourgeons qui sont les plus proches de ce prolongement, afin de lui donner de la force et de faire refluer la sève dans ceux au dessous.
Le prolongement des bras de la première section sera favorisé; on pincera les deux bourgeons au dessous du terminal. Quant aux rameaux de cette première section qui ont été taillés à l'épaisseur d'un écu sur leurs sousyeux , on veillera à ce qu'ils ne prennent pas trop de force; dans ce cas, on les pincerait.
A l'ébourgeonnement, yers la fin de juillet, on ébouquettera les bourgeons les plus forts, les terminaux exceptés ; on cassera à cinq ou six feuilles toutes les brindilles. Si , dans le cours du travail , quelque chose s'opposait à ce que nous indiquons, c'est au jardinier intelligent à y suppléer.
Vouloir continuer l'explication de la formation de toutes les sections qui doivent composer une pyramide , jusqu'à ce qu'elle ait atteint sa plus grande élévation , ce serait s'exposer, non seulement à d'inutiles et continuelles répétitions , mais encore à faire croire aux jeunes élèves que la formation d'un arbr^ pyramidal est une chose extrême* ment compliquée et difficile, tandis que rien n'est plus aisé, puisqu'il suffit, pour bien opérer, ainsi que nous venons de
LA POHOIIB FRANÇAISE. 369
le voir, de pratiquer sur une nouyeHe section ce qui a été pratiqué sur la précédente. Il ne servirait donc de rien, pour l'instruction des jeunes gens , de les accompa(pier de section en section jusqu'à la dernière , étant déjà suffisamment guidés par ce que nous avons fait pour établir les deux premières sections et le commencement de la troisième et quatrième section. D'ailleurs les élèves , en formant euxmêmes toutes les autres sections , achèveront leur instruction 3 ce sera désormais bien moins avec nous qu'ils pourront se perfectionner qu'avec les arbres mêmes ; nos leçons ont dû les mettre en état d'observer la marche de leur végétation , et de s'en rendre compte , si les opérations auxquelles ils les ont soumis ont atteint le but qu'ils s'étaient proposé , sinon d'en rechercher les causes, ce qui les mettra à m ème d'ajouter notre expérience, qui est devenue la leur, celle qui leur sera propre, et qui ne pourra que s'accrottTO chaque jour en suivant cette méthode.
Pour ne pas répéter jusqu'à satiété ce que nous avons déjà dit concernant le gouvernement des bras , il sera à propos de bien posséder cet article et de s'y conformer» parce qu'il est applicable aux bras et aux membres de tous les arbres de cette sorte. Quant à la direction dte la forme pyramidale , elle continuera d'avoir lieu par le raccourcissement annuel du rameau qui termine la flèche , par le pincement , par l'établissement successif des sections ; par le raccourcissement annuel du rameau terminal de chaque bras; par la suppression , à l'épaisseur d'un écu, de tous les rameaux inutiles à la charpente de l'arbre , ainsi que le raccourcissement des brindilles ; par quelques brins d'osier fixés à des bourgeons, pour les attirer à la place qu'ils doivent occuper , lorsqu'ils s'en écartent : telles sont les opérations que nous venons de pratiquer pour la formation, le prolongement et la mise à fruit, de tous les bras de la première section de la tige. Ces mêmes opérations seront
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répétées sur les bras de chaque section à mesure qu'elles se formeront. Nous répéterons que le raccourcissement de la flèche doit toujours avoir lieu sur un œil bien conformé, et bien placé pour son prolongement vertical ; bien entendu que , si le bourgeon terminal fléchissait , et que celui au dessous s'annonçât pour devoir être plus fort, il faudrait s'empresser de le remplacer par celui-ci. Le rameau terminal de chaque bras sera raccourci sur un œil placé en dessous ou sur le côté , afin que la direction du bourgeon tende à s'écarter du corps de l'arbre sur une ligne horizontale , évitant en même temps d'être à plomb au dessus ou au dessous d'un autre bras.
Nous avons jusqu'ici considéré les bras simplement dans leur naissance , mais il devient bientôt nécessaire de tes considérer comme les rayons d'un cercle dont l'arbre est le centre ; ces rayons , eu se prolongeant , laissent entre eux des espaces vides que l'on garnira par des ramificatioiis prises sur ces mêmes rayons. On observera , à cet égard , la régie que nous avons déjà suivie : celle d'éloigner toute ramification naissante du bourgeon terminal, non seulement pour qu'elle ne rivalise pas de force avec le bourgeon terminal, mais encore pour ne pas attirer sur un seul point un trop grand volume de sève, ce qui serait contraire à l'égale répartition que nous nous efforçons d'établir, voulant d'ailleurs qu'une ramification soit toujours inférieure en force à la branche qui lui donne naissance. On établira donc ces ramifications à mesure que le besoin s'en fera sentir.
Nous avons recommandé de raccourcir le rameau terminal des bras selon leur vigueur. Il est à propos de prévenir que cette règle doit être observée rigoureusement sur les bras des premières sections , mais qu'il faut la restreindre de section en section jnsqu'au haut de l'arbre , attendu que les pousses y sont progressivement plus vives ; si on réglait
LA FOIH^IIB VaAlf ÇilSB. 891
la longueur des tailles sur cette ylgueur, la sère 8e.part^ rait avec plus de force encore vers le haut, et abandonaieh rait le bas : ce qui entraînerait la perte de la tonud de l'arbre , et arec elle s'évanouirait toute espérance de récoltes abondantes et régulières. Il ne faudra done pas tailler les plus forts rameaux plus longs que 1^ rameaux qui août minces; mais , au contraire , on taillera les forts rameaux plus courts, sur des yeux d'autant moins bien conditionnés qu'ils sont plus près du talon; et, les rameaux minces étant tenus plus longs, la taille se trouvera assise sur des jeux mieux conditionnés et ea plus grande qiiaDâitë après la taille.
Lorsque l'arbre est arrivé à une certaine élévation , et que la sève se porte trop abondamment vers la flècbe , on refoulera la sève en détruisant à la pousse l'œil terminal qui devait former le prolongement de la tige , afin que le prolongement ait lieu par l'un des sous-yeux de l'œil supprimée Dans ce cas, on pincera celui des sous-yeux qui sera le moins bien placé pour continuer le prolongement de la tige, et on le pincera plus tôt ou plus tard , suivant que l'on voudra fatiguer le terminal. On fixera à la tige une petite baguette sur laquelle on attachera le bourgeon terminal sorti tardi-yement du sous-œil. Les deux ou trois autres bourgeons au dessous seront pinces de très bonne heure ; on pourra même, selon les circonstances, supprimer aussi l'œil principal de ces bourgeons.
Les variétés qui se prêtent le plus facilement à prendre la forme pyramidale sont :
La Jargonelle ou Bellissime, La Douville, Le Martin sec. Le Saint-Lézin.
La Bergamote d'automne, St-François ou Bonne Âmet, La Bergamote de Pâques ou Bergamote d'Angleterre, de Soulers , Beurré d'hiver,
TSM hl FOHOIfE FRANÇAISE,
La Bergamote suisse, Le Doyenné gris,
Bergamote de Hollande oa Poire de livre ou Râteau grig,
Amoselle, St-Germain inconnue la Fare,
La Louise bonne, Duchesse d'Angouléme,
Et généraleûient les nouvelles poires qui tiennent des beur«
rés et dès doyennés.
Tariétés qui ne se prêtent point à la forme pyramidale :
L'Épargne , La Madeleine ,
Le Chaumontel ^ Le Beurré gris.
Du pommier greffé sur paradis.
Après avoir traité de la culture et des diverses formes que l'on peut donner aux poiriers et aux pommiers greffés sur franc, sur cognassier et sur doucain , il nous reste à indiquer le parti que l'on peut tirer du pommier greffé sur paradis. Ces pommiers , traités avec soin, sont très prompts à fructifier, et offrent d'abondantes récoltes; les fruits sont sans comparaison plâs assurés, plus beaux et beaucoup plus gros que ceux de la même variété venus sar des arbres à plein vent ; mais ils ne se conservent pas aussi long* temps dans le fruitier, parce qu'on a la mauvaise habitude de les cueillir trop tard, lorsqu'il faudrait les récolter iavant les autres, parce que le pommier de paradis arrête sa végétation plus tôt.
Les pommiers sur paradis occuperont un terrain qui leur sera particulièrement consacré. Ces pommiers réussissent ordinairement mal dans les plates -bandes parmi d'autres arbres et d'autres plantes , parce que les labours annuels nécessaires à ces plantes sont très préjudiciables à ces arbres > en attaquant les racines et le chevelu qui sont à la
LA POMONB FRA^CAISB. &9S
surface du sol, ou seulement en éventant la terre , ce qui les empècUe de profiter et surtout de fructifier.
On évitera de planter le pommier de paradis dans des terrains qui sont en pente , parce que les racines seraient immanquablement déchaussées par les pluies et les averses. On plantera ces arbres dans un terrain à peu près nivelé ; il ^era même utile^ dans les terres très légères, de faire en sorte *que les lignes sur lesquelles les arbres sont plantés soient un peu au dessous du niveau du sol , sur une largeur de 70 centimètres au moins , afin de conserver la fraîcheur au pied des arbres.
Les massifs destinés à ces arbres , ainsi que le devant des espaliers, seront défoncés et bien fumés pour être plantés en sujets de pommiers de paradis , espacés de 1 mètre 66 centimètres en tous sens. Ces sujets de paradis seront ëcussonnés en place , la même année de la plantation, sur le vieux bois , et traités à cet égard comme le doucain. Les écussons ou les greffes seront placés à 10 centimètre^ au dessus du sol , afin qu'elles ne puissent s'enraciner. Si on prend les arbres greffés dans les pépinières, on les rabattra à 20 ou 25 centimètres au dessus de la greffe.
Les soins à donner au terrain après la plantation con« sistent dans de légers binages , ou seulement des ratissages pour empêcher les herbes de croître. On aura soin de tenir toujours le terrain très propre, surtout à l'entrée de l'hiver, afin qu'il ne reste point d'herbes, telles que mourons, séneçons et autres , dont les racines , qui profitent pendant cette saison , pourraient se mêler avec le chevelu , le soulever, lorsqu'au printemps il faudra les arracher; d'ailleurs ces herbes s'approprient en pure perte les sucs de la terre. On répandra du fumier de couches de champignons ou tout autre, pour tenir le terrain frais et favorable à la végétation. Les drageons qui pousseront au pied des paradis seront exactement retirés. On s'abstiendra de marcher
394 LA POMONE FRATIGAISB.
dans la plantation , toutes les fois que le terrain sera hor mide , aussi scrupuleusement que sur une terre fraîchement labourée.
On rabattra les greffes, au temps de la taille , à 20 ou 24 centimètres , afin de consolider la greffe au sujet par les fibres descendantes des trois ou quatre bourgeons que l'on obtiendra, et que l'on fayorisera en pinçant les autres , pour établir les membres du nouvel arbre.
La conduite à tenir pour la forme à donner aux pem-' miers de paradis greffés est la même que pour les autres pommiers, avec cette difTérence que l'on doit se borner à essayer pendant les quatre ou cinq premières années de leur faire prendre une forme éyasée , afin que les fleur» et les fruits jouissent des bienfaits de l'air et de ceux du soleil. On croit que la nature de cet arbre s*oppose à toute forme régulière , parce que la mortalité d'une ou de plusieurs de ses branches arrive au moment où on s'y attend le moins ; ces branches sont remplacées par d'autres très vh goureuses , qui bientôt subissent le même sort. Il ne faut pas non plus vouloir donner à ces arbres plus d'étendue que leur nature le comporte ; il est rare que l'on puisse leur donner plus de 1 mètre 33 centimètres d'élévation sans les exposer à être renversés par les vents, parce que les racines du pommier de paradis ne plongent pas assez avant dans la terre, ce qui nécessiterait l'emploi de tuteurs.
Nous pensons que l'on peut , dans cet espace , quoique limité , faire prendre et conserver au pommier greffé sur paradis des formes régulières, surtout depuis que noos croyons avoir découvert la cause qui s'y opposait : celle de la perte successive des membres , occasionnée umquemettt par les chancres. Nous avons observé que le pommier , et particulièrement de certaines variétés, sont plus sujets que le poirier à être piqués par l'insecte qui occasionne les chancres. Cet Insecte dépose au printemps le germe de
LA POHOIIB F1UNÇAISB. S»
ra progéniture sur un œil à peine formé d'un bourgeon naissant , destiné par sa position à devenir très vigoureux. Le mal est d'abord imperceptible; ce n'est qu'au printemps suiyantylors de la taille, que l'on s'en aperçoit par les déjections du ver, et par la pointe de l'œil , qui est éparpillée , et son germe détruit. Dans le courant de la saison , le mal devient plus visible : Fécorce qui environne l'œil se dessèche, la plaie augmente lentement, la sève semble s'en éloigner au lieu d'y affluer; le rameau cependant continue de croître et de s'étendre , ce n'est que lorsque la plaie a complètement cerné la branche que sa perte est décidée pour le printemps suivant. La partie qui doit périr reste encore verte pendant tout le reste de la saison , parce qu'elle continue d'être alimentée par la sève montante; mais la sève descendante, étant empochée de descendre , occasionne, pour l'année suivante , la sortie de branches gourmandes , qui auront le même sort. Il résulte de cet exposé que c'est moins la perte d'une branche qui cause le dom^ mage que la manière lente dont elle périt , qui désorganise aussi toutes les autres parties de cet arbre , en bouleveraant sa végétation.
Ainsi, les cultivateurs ne parviendront à régler la végétation des pommiers greffes sur paradis, comme ils règlent celle des autres arbres , qu'en les garantissant de cet insecte , ou en ne laissant sur les forts rameaux, après les avoir taillés, que des yeux bien conditionnés et non attaqués; c^est ce qne nous pratiquons depuis quelque temps avec succès*
On sait qu'une plaie quelconque faite à un arbre détermine la sève à s'y porter pour la cicatriser; il n'en est pas ainsi de la piqûre de cet insecte ; nous aurons à chercher pourquoi une simple piqûre, imperceptible d'abord, peut faire exception à une loi aussi générale de la végétation. U €0t i propos d'observer que la piqûre atteint le centre du
SM LA POMONB FRAII{iISfi»
rameau. Lorsqu'il est encore en lait, la moelle, qui cesse d'être nécessaire à l'existence d'un rameau tout formé, 8erait«elle indispensable pour donner au rameau qui con* tinue de croître les moyens de se réparer ?
Le principal but que l'on doit se proposer en taillant un pommier greffé sur paradis est d'obtenir du fruit et assez de bois pour le bien nourrir. Cette taille consiste à dégager, lorsqu'il y a lieu, l'intérieur de l'arbre, à faire choix des branches bien placées, pour former une apparence de vase ou toute autre forme favorable à la fructification ; de supprimer, à l'épaisseur d'un écu , tous les rameaux inutiles , tels que ceux qui se croisent , qui sont surbaissés et qui se tournent vers la terre , ou qui seraient susceptibles de faire confusion. Après ce raccourcissement, on procède à celui des rameaux que l'on a d'abord choisis pour la forme ou la charpente de l'arbre, au tiers environ de leur longueur, selon leur force , en ayant soin de laisser l'œil sur lequel on taille vers le point où l'on veut que le bourgeon qui en sortira se dirige. Si le rameau que l'on a taillé ne prend pas la direction que l'on veut qu'il ait, on pourra le ramener en fixant un osier d'une branche à l'autre. Nous raccourcissons en dernier les rameaux qui sont destinés à former la charpente, afin que l'on puisse mieux juger de la régularité de la forme que l'on yeut donner à l'arbre. U naîtra à l'extrémité des rameaux à bois ainsi raccourcis un ou deux rameaux à bois au dessous du terminal, que l'on taillera l'année suivante à l'épaisseur d'un écu; les brin* dilles au dessous seront raccourcies à 10 ou 12 centimètres; les dards , les boutons à fleurs et les rosettes , resteront intacts. Si les brindilles sont courtes, elles seront conservées, attendu que leur extrémité sur le paradis est ordinairement terminée par un bouton à fleur ; mais après la fleur ou le fruit, on raccourcira ces brindilles. Si les brindilles sont trop nombreuses, elles seront taillées à l'épaisseur
LA POnonE FRAPrÇAISB. 397
d'un ëcu; il se forme ordinairement à la base de ces brin-' dilles ainsi raccourcies des boatons à fleurs , ou de nouvelles brindilles d'une plus petite dimension.
Il est à observer qu'une lambourde (c'est-à-dire une branche qui a pris naissance sur une bourse), ne peut en aucun temps, dans aucune position, devenir gourmande; ces branches ne doivent jamais être taillées à l'épaisseur d'un écu ,.à moins qu'il n'y en ait une trop grande quantité réunies susceptibles de se nuire et de faire confusion. Si ces branches sont prés d'une place où on ait besoin de remplir un vide , on peut les employer avec avantage, parce qu'elles sont en même temps, selon l'occasion, branche à bois et à fruit : branche à bois par l'œil sur lequel on taille , et branche à fruit par tous les yeux qui sont au dessous.
Lors de la pousse, au printemps, on veillera à ce qu'il ne se développe pas de gourmands , soit sur la tige , soit sur les membres ou vers le bas , sur le corps de l'arbre ; on les pincera à la longueur de 10 ou 18 millimétrés , c^est-à-dire assez tôt et assez rapprochés de leur insertion pour que la sève n'y trouve que des passages obstrués , ce qui la forcera de se répartir sur d'autres parties de l'arbre. Les bourgeons à bois prés du terminal pourront aussi être pinces s'ils annonçaient devoir prendre trop de force pour être plus tard taillés à l'épaisseur d'un écu.
L'arbre prenant de Tàge , les bourses et les lambourdes devenant trop vieilles, trop multiples et trop allongées, on les raccourcira sur des boutons à fleurs plus rapprochés du corps de l'arbre , ou des branches sur lesquelles elles ont pris naissance.
Si l'on était dans la nécessité de supprimer de fortes branches, on devrait prendre garde que la secousse occasionnée par la serpette n'ébranlât ou ne déracinât l'arbre, attendu que la plus grande partie de ses racines se trouvent à la surface du sol et qu'elles sont de leur nature très cas* santés.
396 hk POnOKB FRAlfCÀin.
On aura soin, après la taille , de s'assurer qu'il ae reste pas de bagues de chenilles sur les branches conserrées. On aura encore la plus grande attention que les yeux que Tob laisse au dessous de la taille , sur les forts rameaux, ne soient pas attaqués par Tinsecte qui cause les chancres; dans le cas où un œil serait attaqué, on descendrait la taille au dessous. Il est facile , avec un peu d'attention , de reconnaître après l'hiver les yeux qui recèlent le germe d'un chancre : la pointe de ces yeux , comme nous l'avons déjà dit , est détruite et comme éparpillée; à cette époque, on trouve encore quelquefois sous Técorce du rameau le petit ver qui occasionne le ebancre.
Taille des productions fruitières. (PI. XVIL)
On a déjà vu (pi. XI) comment sur toute l'étendue de la charpente d'un arbre^ quelle que soit sa forme, on fait naitre des productions fruitières, à mesure que les brandhes se façonnent et s'étendent.
Il nous reste à faire connaître comment ces firuiliëres doivent être traitées , afin de les maintenir en état de ton- Jours produire de beaux fruits , ou d'Être renouvelées selon le besoin. En conséquence , nous avons fait dessiner aussi exactement que possible une branche que l'on peut considérer comme étant un membre appartenant à msie paloaiette, à une pyramide , à un éventail ou à un arbre de toute autre forme , puisque toutes les branches qui oon^posent ia cbarpente des arbres doivent être toutes élevées de la même manière. On a fait en sorte que l'échelle sur.lafoelle cette branche a été dessinée fût assez grande pour qu'on puisse facilement distinguer les tailles des fruitières qui se trouveat sur les cinq sections de cette branche. Ce nombce de. sections nous a paru contenir tout ce qu'il importe au jardinier de savoir concernant le traitement des productions fruitières du pommier et du poirier. Le format du livre a
LA POMOBTB FRANÇAI9B. S09
nécessite la suppression du bout seulement des branches inférieures.
La branche ou le membre (pi. XVIT) est composé^ comme nous l'ayons dit, de cinq sections. La pousse terminale de la cinquième section a été tranchée au point K j et placée sur le cdté de la planche. Toutes les productions de la première section ont élé converties successivement en fruitières.
La brindille A provient d'un rameau à bois qui a été taillé à l'épaisseur d'un écu ; cette brindille a été raccourcie au point n<> 1. Il en est résulté le prolongement de cette brindille, et cinq autres pousses au dessous de cette taille b,c, dy e et f. Le bourgeon by paraissant devoir acquérir trop de force, a été pincé assez court; il en est sorti par la suite des boutons à fleurs, et, après, une bourse. Au dessous est la brindille c. Son raccourcissement a produit son prolongement , qui s'est couronné en même temps que les yeux au dessous de la taille se sont gonflés , se préparant à se façonner en boutons à fleurs. La brindille cf a reçu une taille; il en est résulté son prolongement terminé par un petit bouton à fleur, plus une petite brindille à sa base, qui a été raccourcie^ puis enfin une autre vers la coupe, qui a été aussi raccourcie^ les bourgeons entre cette brindille et le terminal ont été pinces pour faire refluer la sève dans le bas et faire grossir les boutons de la brindille d. Au dessous est une brindille e qui a été raccourcie , ce qui a fait grossir les yeux au dessous du prolongement de cette brindille e. Près da membre estune brindille f, qui, après avoir été. cassée, s'est couronnée par un bouton à fleur , qui, après avoir produit , a donné naissance à une bourse sur laquelle sont plusieurs boutons à fleurs ; les yeux au dessous se sont façonnés en boutons à fleurs. Tel est le résultat de la première section de la brindille A. La deuxième section de cette même brindille commence à la taille n^ 2; elle a eu pour résultat te prolongement delà brindille A, pendant lequel se sont
400 LAPOnONB FRABfÇAISB.
ouvertes les productions g, A, i, /c, / , m. La brindille g a été raccourcie, ce quia produit son prolongement, et fait gonfler les yeux au dessous de la taille.
La petite brindille h s*est couronnée , et les yeux au dessous, qui étaient à feuilles, se préparent pour devenir autant de boutons à fleurs. La brindille t, qui est au dessous, a été raccourcie ; il en est résulté son prolongement , au dessous duquel étaient des pousses que l'on a pincées, pins un œil à feuille qui s'est façonné en bouton à fleur, ensuite un dard qui était pointu, et qui s'est couronné ; après la fleur s'est formé une bourse , et dessus un autre bouton à fleur; au dessous de ce dard est un bouton à feuille qui est devenu un bouton à fleur ; les autres yeux de la brindille i au dessons de la taille se préparent à fleurir.
La brindille &, qui a un dard couronné près de son insertion , a reçu une taille très allongée, d'où est résulté on prolongement très faible, et au dessous quatre petits dards ou petites brindilles. Le dard couronné , après la fructipcatîon y a laissé une bourse sur laquelle s'est formé un bouton à fleur et un autre qui se prépare. Il en est sorti avec la brindille /, à son insertion, un petit dard pointu; ce dard s'est arrondi et a formé un bouton à fleur. La brindille / a été raccourcie, ce qiii a produit son prolongement et fait grossir les yeux au dessous. La très petite brindille m est laissée sans être raccourcie. Ainsi se terminent les productions qui sont sur la deuxième section de la brindille A. Le prolongement de cette brindille étant raccourci au point n? 3 , il en est résulté son prolongement et la sortie de trois ou quatre bourgeons, qui ont été pinces dé très près ; ce qui a fait ouvrir les deux brindilles n et o, qui sont au dessous, et que Ton a raccourcies , afin de faire grossir les yeux du talon des deux brindilles n et o. Ainsi se terminent les diverses tailles de toutes les productions fruitières qui sont sur les trois sections de la brindille A.
Le bouton à fleur B provient d'un oeil à feuilles 'qui a
I«A WUOm FRAlfÇAlSB. 401
produit un bouton à fleur ,jipfès lequel est restée uoe bourse sur laquelle sont sortis deux boutons à fleurs, et une lambourde, qui n'a pas élé taillée et qui s'est couronnée.
L'œil à feuilles G s'est formé en bouton à fleurs ; après la fleur est restée une bourse sur laquelle est sortie une lambourde couronnée, très courte; après le fruit s'est formée une forte bourse qui a donné naissance à cinq lambourdes plus ou moins allongées, à l'extrémité desquelles se sont formés des boutons à fleurs. La plus longue a été raccourcie. Plus tard on pourra supprimer la fruitière C , en la rabattant vers sa base, afin d'obtenir une lambourde plus rapprochée du membre et de rajeunir cette partie. Ce rajeunissement ne doit se faire que selon le besoin , afin de ne pas dél^arnir inutilement l'arbre de fruits.
Les boutons Jà fleurs D placés sur le devant du membre proviennent de boutons à feuilles qui se sont façonnés à fleurs; celui E a produit une bourse sur laquelle est sortie une lambourde couronnée ; au fruit a succédé une forte bourse, et dessus une lambourde très courte couronnée. On pourra plus tard raccourcir cette lambourde E.
La brindille F provient des sous-yeux d'un rameau qoi a été taillé à l'épaisseur d'un éeu ; cette brindille, annonçant encore trop de vigueur, a été pincée près de son insertion, d'où sont sorties deux brindilles p et q. Les sous-yeux au dessous du pincement se sont façonnés avec le temps en boutons à fleurs. On a raccourci les brindilles p et ^ au n» 1; il en est résulté le prolongement de ces brindilles, et le développement des fruittèresr, «, t , ti et v, sur la première section des brindilles p et q.
Le raccourcissement de la brindille r a fait ouvrir eux faibles brindilles, que l'on a cassées pour faire grossir les yeux du dessous. Le bouton à fleur s provient d'un très petit ard qui s'est couronné , et la fleur a laissé une bourse , qui a pro. duit deux boutons à fleurs. La brindille t , ayant à sa base
402 LA POMONB FRAIVÇAISB.
uD petit dard pointa d'abord , a été raccoarcie ; ce qai a produit son prolongement et en même temps a fait grossir les yeux au dessous et hâter la formation du bouton à fleur sur le dard.
Au dessous de la première section de la brindille q est sortie la brindille ti , parce qu'on a pincé les bourgeons qui ont ouvert sous le terminal q. La brindille u a été raccourcie toujours dans le but de faire grossir les yeux au dessous de la taille. La brindille v s'est couronnée j après la fleur est restée une bourse qui a produit d'autres fleurs ; pendant ce temps les yeux du dessous se sont façonnés en boutons à fleurs, la brindille vesi restée sans être raccourcie. Après avoir taillé les fruitières qui sont sur la première section des brindilles p et 9 , nous raccourcirons la brindille p au point n» 2, et la brindille q au point n<» 2, et enfln la brindille p au point n^ 3. Il y a peu de chose à dire sur les pousses auxquelles ces dernières tailles donnent lieu.
S'il arrivait que la brindille p prit trop de force , on la rabattrait sur la brindille t , et l'on inclinerait davantage la brindille q pour remplir le vide que cette suppression occasionnerait. Par suite on pourra pour cause d'épuisement, s'il a lieu , rabattre la brindille F sur les sous-yenx des bourses qui sont à son insertion; mais ces rapprochements ne doivent Jamais s'effectuer tout à coup , ils occasionneraient des explosions de sève; ils doivent s'opérer peu i peu et toujours partiellement.
Après avoir expliqué avec détails les opérations à fiiire sur les productions fruitières qui sont sur la première section du membre représenté (pi. XVII), nous croyons pouvoir nous abstenir de nous répéter pour les autres productions qui sont sur les trois autres sections, dans la crainte de fatiguer le lecteur d'autant plus inutilement que les tailles sont marquées par un trait sur toutes les fruitières.
LA POmONB FRANÇAISE. 405
Des inconvénients qui résultent de ne pas raccourcir ta charpente des arbres j et du traitement à suivre pour ceux qui ont été mal dirigés.
Quelques personnes ont conseillé de ne point raccourcir les principaux membres des arbres élevés en quenouilles o en espaliers, n'admettant de taille que sur les branches qui feraient confusion.
Les résultats fâcheux de ce conseil , s'il était suivi pour les poiriers et pommiers ^ seraient que le prolongement annuel des membres deviendrait chaque année moindre, que la sève abandonnerait peu à peu les extrémités, ralentirait aussi la circulation dans (toutes les autres parties de l'arbre; les bourses n'émettraient plus de lambourdes, les unes et les autres s'useraient en fleurissant, et plus tard la floraison serait stérile ; les lambourdes et les brindilles flenriraient aux extrémités supérieures, les yeux du bas s'oblitéreraient, et leur bois finirait par se dessécher ; enfin, les fruits deviendraient plus rares, perdraient peu à peu leur saveur, leur volume, et les caractères distinclifs de leur espèce. Ces arbres , après avoir couvert le mur de leurs branches pendant peu de temps, se dégarniraient, laisseraient des vides, et deviendraient bientôt très inférieurs à ceux qui sont abandonnés dans les champs à leur mauière naturelle de végéter.
Loin d'admettre un tel mode de conduite , nous conseillons non seulement de former et d'étendre les arbres par la taille , mais d'entretenir encore par la taille la forme et la fructification de ces arbres. On veillera donc, lorsque l'arbre sera formé et en rapport, à maintenir une vie active dans toutes les parties, depuis l'insertion des membres jusqu'à leur extrémité, soit en raccourcissant ou rabattant les boutons a fleurs, les dards, les bourses, les lambourdes et les
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brindillesusées sur de nouveaux boutons plas rapprochés des membres; ces lambourdes seront rabattues sur des sous-lambourdes ou même sur des sous-yeux ; toutes ces parties , étant moins allongées, seront mieux nourries, mieux conditionnées, et l'arbre plus aéré. On conçoit que la sève ne peut pas être attirée par la taille dans une partie quelconque de Tarbre sans que toutes les autres se ressentent plus ou moins de ce mouvement ; si ce mouvement n'est pas assez sensible sur les yeux ou sous-yeux du bas pour les faire ouvrir, il les nourrit, les empêche de s'oblitérer, et les tient tout disposés à s'ouvrir lorsqu'ils seront plus directement et plus vivement excités par la taille.
Nous appliquerons ces principes au rétablissement des arbres de dix à douze ans en rapport qui auront été mal traités, en ayant toutefois la prudence de ne pas vouloir les ramener à l'ordre trop promptement, non seulement pour ne pas interrompre les récoltes , mais encore parce qu'il faut, autant que possible, n'exercer de violence sur les arbres que modérément, et pour les amener plus sûrement au point où nous voulons qu'ils soient. Il sera donc mieux de faire chaque année quelques rapprochements également répartis dans tout l'arbre, et de ramener peu à peu, sous une forme régulière, la vie active et féconde dans tous sea membres.
Si l'arbre n'avait pas une forme régulière , qu'il y eût confusion dans des parties et des vides dans d'autres, et qu'il fût encore vigoureux, on pourrait faire des ravalements, afin d'obtenir des sorties que l'on favoriserait pour établir une charpente. Dans ce cas on ferait choix des bourgeons les mieux placés; on pincerait les uns et on favoriserait les autres.
Si l'arbre a une forme ou une charpente , et que les membres soient épuisés par les rapports trop abondants ou les mauvais traitements, on pourra ravaler tous les membres
LA POVmiB FRINÇAISB. 40i
prte da corpf de TariN^e pour les greffer. La greffe , dans ce cas de raiYalement , est nèeemiire, lors même que Pom ne voudrait pas changer Tespèce. Si les membres ont um certain diamètre, on les greffera en couronne , afin de placer plusieurs greffes. Le plus beau Jet de la greffe , destiné à remplacer le membre, sera fiivorisé ; les autres seront plus ou moins promptement arrêtés dans leur développement par le pincement. Ceux qui ne sont destinés qu'à favoriser le recouvremrat de la plaie seront pinces de très bonne beure; ceux qui doivent attirer la sève vers le jet de pro^ longement seront pinces plus tard.
Si l'on veut profiter du ravalement d'un arbre usé pour lui donner la forme d'un éventail , on doit le greffer en couronne rez terre.
DU BAJEUNISSEKENT DES ABBRES FBUITIERS.
Il est constant que Ton ne peut rajeunir les arbres fruitiers comme l'on n^jeunit les ariires des forêts; nous offrons, à l'appui de cette assertion , un exemple patent qui a été <^éré depuis dix ans sur une assez grande quantité de pommiers et de poiriers, dans le jardin de Monsieur le directeur de la manufacture royale de Sèvres. La plupart de ces arbres sont maintenant dirigés en éventail d'une étendue de 6 mètres d'élévation sur IS à 17 de face. Lorsque nous visitâmes ces arbres , ils étaient cbargés de très beaux fruits , choisis parmi les espèces les plus nouvelles. Nous préférons donner pour exemple le travail d'un jardinier qui ignore complètement les principes de la taille, afin de montrer à quel point le rajeunissement des arbres est avantageux , et combien il le deviendrait encore plus si on évitait certaines fautes que nous allons avoir l'occasion de signaler.
Les arbres dont nous parions ont été établis sur de très anciennes pyramides, sur d'anciens vases et éventails qai^
40$ LA POMOIIB FRANÇAISB.
depuis nombre d'années , étaient annnellement mal taillés, et ne rapportaient presque jamais de fruits. Le jardinier qui a succédé à l'ancien, ne connaissant point les principes de la taille , et ayant remarqué que ses confrères ruinaient les arbres en les taillant , a eu le bon sens et la conscience de s'en abstenir ; toutefois il a procédé au rajeunissement de tous les vieux arbres en les sciant à 6 centimètres an dessus du sol et en les greffant en couronne , plaçant chaque greffe à 22 ou 26 millimètres Tune de l'autre ; quelques ar« bres ont reçu jusqu'à vingt et quelques greffes, chacune munie de deux yeux : toutes ont généralement poussé. Le jardinier n'a supprimé aucune pousse, elles ont toutes été attachées sur des échalas , puis sur des lattes , et enfin sur de grandes perches fichées dans la terre et liées ensemble par quelques lattes placées en travers. Cet édifice est soutenu par très peu de bois sec : les branches et le treillage attachés ensemble obéissent au vent , mais en masse ; aucune branche ne peut être agitée isolément; d'où il résulte que les fruits ne sont point froissés, et se trouvent aussi assurés que si l'arbre était palissé contre une muraille , avec cette différence qu'ils jouissent librement des bienfaits de l'air. Nous pensons même que le balancement de l'arbre occasionné par les vents exerce une heureuse influence sur sa fructification. Nous ajouterons qu'il n'y a point ou presque •point de propriétaires qui ne (tassent très satisfaits de posséder des arbres en aussi bon rapport; ils ont nécessité la construction d'un fruitier.
Les jardiniers qui visiteront ces arbres seront sans doute corrigés de l'abus qu'ils font de la taille , et ceux qui n'en ont aucun principe comprendront que , dans ce cas , il vaut mieux ne point tailler, mais diriger et palisser toutes les pousses , comme l'a fait M. Briffant , qui n'a connu chez ses confrères que les méfaits de la taille, sans avoir été à même d'apprécier les bons résultats qu'on peut en obtenir.
LA PœKNIB PRAlfÇAISB. 407
Les arbres de M. BrifEiat pourraient sans doute être mieax dirigés , et la sève y être mieux répartie ; alors ses arbres, sans ayoir une aussi grande étendue , offriraient des récottes encore plus abondantes , et surtout une existence beaucoup plus assurée. Quoi qu'il en soit, le travail de M. Briffent est tellement supérieur à celui de la plupart de ses confrères, qu'il mérite des éloges; mais, comme il est présuma ble qu'il aura des imitateurs, nous devons exercer une critique sévère sur son travail afin de les mettre à même de surpasser leur modèle. J'espère que M. Briffant , au mérite duquel je me plais à rendre hommage , reconnaîtra la justesse de mes observations, qui sont faites dans l'intérêt de l'art et dans le sien même 3 l'expérience ne peut s'acqué* rir qu'après de longues années de travail, et j'aurai tout à rbeure à signaler mes propres fautes à l'égard du rajeunissement des arbres.
Loin de trouver trop considérable le grand nombre de greffes placées au pourtour du tronc de l'arbre que l'on veut rigeunir, nous approuvons ce procédé, parce qu'il est nécessaire de ménager de nombreuses sorties à la sève d'un arbre dont on vient de supprimer la tête et la tige , et dont les racines restent encore intactes; mais nous n'approuvons pas qu*on ait laissé se développer également tous les bourgeons de ces greffes ; il eût été préférable de faire un choix de ceux qui étaient le mieux placés et les plus vigoureux, pour établir la charpente du nouvel arbre : elle se serait formée d'autant plus facilement que tous les autres bourgeons eussent été pinces et réduits successivement à ne servir qu'à entretenir la sève sur la couronne , et à recouvrir la large plaie qu'on a dû faire à Tarbre.
M. Briflaut laisse tout pousser; il établit ainsi sur les côtés de l'arbre qu'il veut former en éventail une très grande confusion de branches, surtout au point de départ, où elles soAt les unes sur les autres. Ces branches forment autant de
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rayons qui , en divergeant , laissent entre eux des vides qa'il faut remplir par des ramifieations; le jardinier se sert de celles qui sont sous sa main , et qui souvent ne sont ni bien placées ni favorablement constituées pour remplir ces vides. Il y a dans cette multitude de branches une [grande inégalité de force distribuée sans ordre, tandis que Ton pouvait se rendre maître du mouvement de la sève , la distribuer à volonté , la faire couler abondamment dans de certains bourgeons et la rendre plus rare dans d'autres ; enfin, il était facile de créer des mères-branches, sur lesquelles on eût établi des ramifications.
En s'imposant la loi de ne rien retrancher, si ce n'est les rameaux qui poussent devant et derrière Tèventail , et qu'il coupe, avec le sécateur, à 6 ou 7 millimètres, M. Briffant se condamne à voir la sève se porter de préférence vers les extrémités , laissant les yeux du bas de la pousse de cha<que année ouvrir faiblement , et ceux du talon s*oblitérer. La fructification d'un tel arbre doit Être nécessairement aussi mal répartie que sa végétation est mal réglée, quoique , pour ce moment , l'une et l'autre soient encore abondantes. Si, au contraire, on eût raccourci la pousse de chaque année , plus ou moins , suivant sa force et sa position , on aurait , avec l'aide du pincement pratiqué sur les bourgeons les plus près du terminal, forcé la sève de refluer vers le bas et de se mettre en équilibre avec les bourgeons du haut î et le peu de bourgeons qui , après la fin de la saison y se seraient trouvés trop forts ou trop allongés pour former des branches fruitières , auraient été taillés à VépaiS' seur d*un écu^ afin d'obtenir, des sous-yeux de ces bourgeons , des brindilles , des dards ou des rosettes. Ainsi les branches, en s'allongeant , se seraient fortifiées et garnies de fruits régulièrement sur toute leur étendue , ce que l'on ne voit point dans des arbres qui sont dénudés au talon de la pousse de chaque année.
LA FOMVIB FHAIIÇAISB. 400
M. BrifCnit, oMseryaol les brandies dans tonte lear 1mgeur, éproaye l'ioconvénient que beaucoup de ses branches restent trop'minces par rapport à leur étendue , d'où il résnUe qa'elles seront prompiMnent épuisées par les fruits, dont elles sont toujours trop disposées à se chaîner. BlentAt ces fimits eesseroni d'être aussi bien nourris , les branches eesserent de s'allonger, et la sève, refoulée yers le bas par canse d'épuisement, donnera naissance à des gourmands; alors l'ariire se désorganisera. Telle est la marche d'une plante qui n'a pas été dirigée et contenue par une volonté pré« voyante, et d'après la connaissance des lois de la végétation.
Ce jardinier laisse beaucoup de branches croiser l'une sur l'antre; il prétend que ces croisements multipliés lient toutes les parties de l'arbre et contribuent à sa solidité; mais il pourrait obtenir cette solidité par des morceaux de lattes placés çà et là en éeharpe : d'ailleurs l'efTet de ces branches croisées ne sera bientèt plus tolérable.
li est embarrassé delà vigueur de ses arbres, parce qu'il n'emploie d'antre moyen de faire usage de cette vigueur que de les étendre ; mais, en étudiant avec plus d'attention le mouvement de la sève , il saurait la répartir partout également , et emploierait cette vigueur à la production des fruits , en concentrant son arbre au lieu de l'étendre jusqu'à extinction.
Quoi qu'il en soit, nous devons à H. Briffàut d'avoir donné un exemple très utile du parti que l'on peut tirer des arbres épuisés par l'Age ou par les mauvais traitements, en les rajeunissant par la greffe en couronne. On conçoit qu'il ne faudrait pas attendre, pour procéder au rajeunissement, que l'arbre fût devenu trop caduc , et que son bois fiit altéré Jusqu'à l'endroit où l'on se propose de placer les greffes, parce qu'alors elles ne réussiraient pas. Nous avions déjà remarqué , du cété de Ham , de Saint-Quentin, et même en Normandie , que le ravalement était pratiqué sur les arbres
410 M POHONB FRANCAISB.
à hantes tis;es, dans les yergers , lorsque les branches fraitiëres sont ëpuisëes soit par Tâge , soit par de trop abondantes récoltes consécutives : alors on scie les principales branches et l'on place dessus une multitude de greffes en couronne.
En 1804, lorsque nous fûmes chargé de radministration des parcs, pépinières et jardins de la couronne , nous trou- TAmes les arbres du potager de Versailles dans un tel état d'épuisement et de dégradation, que nous en fîmes faire le ravalement ; mais nous eûmes le tort de ne point foire placer de greffes sur l'extrémité des branches ainsi ravalées. Néanmoins, de nombreux bourgeons percèrent en quantité sur l'écorce; les Jets le mieux conditionnés furent dirigés sur le treillage ; mais après deux ou trois ans ils fléchirent, et beaucoup, parmi les plus vigoureux, furent attaqués du chancre ; enfin ces arbres succombèrent. Cet événement , dont nous avons cherché i connaître les eau* ses , nous a donné lieu de penser que les bourgeons sortis tardivement sur i'écorce étaient trop tendres et trop spongieux, ce qui les avait rendus attaquables par l'insecte qui cause les chancres. Nous avons dû aussi reconnaître qu'il j a une très grande différence entre la constitution d'un bourgeon sorti de l'œil bien formé d'une greffe, et des bourgeons qui percent tardivement de l'écorce, provenant d'yeux oblitérés depuis long-temps, et qui ne se raniment que par un brusque dérangement de la circulation de la sève.
Les faits que nous venons d'exposer pourront donner lieu à des expériences comparatives, qui mettront ceax qui les auront suivies à même d'énoncer une opinion plus positive à cet égard.
Il nous reste encore à connaître combien de fois an art>re fruitier pourrait être rajeuni. Ce qui se passe dans les forêts nous donne lieu de croire que la même souche pourrait durer plusieurs générations d'hommes : Tarbre des forêts
LA POmmB FRAHÇAI5B. ^li
est coupé rei terre, les boai^eons sortent tardivement de l'écorce, et la plaie est long-temps à se cicatriser; tandis que celle de Tarbre fruitier est cicatrisée presque immédiatement, les bour}][eons des greffes ouyrent promptement , et sont tous placés de la manière la plus fiiTorable au recouvrement de la plaie. Or, si depuis des siècles on rajeunit tous les yingt-cinq ans les arbres d'une forêt en les coupant rez terre, il est présumable que les arbres fruitiers, traités avec plus de ménagement , auront une existence encore plus prolongée.
' Noos terminerons ce qui a rapport au travail de M. Briffant en ajoutant que sa manière de greffer en couronne n'est pas tout à fait celle qui est enseignée dans nos écoles ; elle a de légères modifications qui rendent l'opération plus facile et plus assurée. M. Briffaut a eu la complaisance de greffer devant nous plusieurs arbres qu'il voulait rajeunir : après avoir scié ces arbres à 6 millimètres environ au dessus du sol, il a taillé plusieurs rameaux comme on les taille pour la greffe en fente ; à mesure que les rameaux étaient taillés, on les jetait dons un vase rempli d'eau. Cette manière de tailler les rameaux diffère de celle que l'on pratique pour la greffe en couronne, que l'on n'entame ordinairement^ que d'un seul côté, comme on taille une plume à écrire.
M. Briffaut , avant de se servir d'une pleine bien affilée et d'une serpette pour rafraîchir le trait de la scie et unir la coupe , enceint le tronc de l'arbre avec une longue filasse qu'il tourne plusieurs fois fortement autour do tronc. Après avoir bien lissé et serré cette filasse, il insinue entre le bois et l'écorce du sujet un petit morceau de fer poli de la grosseur à peu près des rameaux taillés , et aussitôt qu'il retire le fer, il y introduit un des rameaux qu'il sort de l'eau , il frappe avec un marteau sur le rameau pour le faire entrer avec un peu de force. C'est pour supporter sans dégradation les petits coups de marteau réité^-
H9 LA FOHOmiFAilfÇAISB.
féA qae le sommet des rameaux est coupé horizontalement. ÀQssitôt que toutes les greffes sont ainsi placées, à 22 ou 26 millimétrés d'écartement Tune de Tautre, on couyre les bords de l'écorce et tout le bois avec de la fcix i greffer, ayant soin cpie le pourtour de chaque rameau, i son insertion, en soit bien garni.
La filasse est ici employée pour contenir l'écorce, dans le cas où, étant forcée, elle céderait. L'opération terminée, on a soin de placer devant les greffes, du côté du midi, une planche ou une tuile , pour abriter les greffes du soleil et de la réverbération de ses rayons sur la terre. Le succès constant de cette greffe, ainsi pratiquée par M. Briffant, nous a décidé à la décrire.
Pour revenir au rajeunissement des arbres , nous ferons observer que tous les cultivateurs savent qu'il est inutile de planter, à la place d'un arbre mort , un jeune arbre, surtout s'il est de la même espèce. L'expérience a prouvé que les racines du nouvel arbre ne pouvaient s'établir dans un terrain que l'on considère comme épuisé par les racines de celui qui l'a précédé. Mais tous les cultivateurs ne connais* sent pas également combien il est avantageux de prévenir la perte des arbres en les recepant , ni ce qui se passe , à cet égard, dans les arbres soumis i cette opération. Beaucoup de personnes s'imaginent que c'est l'épuisement de la terre qui nécessite |e recepage; nous hasardons de consigner ici quelques observations à ce sujet.
Le recepage devient nécessaire lorsque les branches sont dégunies sur une grande partie de leur étendue^ soit parce qu'elles sont épuisées ou desséchées par des récoltes successives et trop abondantes, soit par toute autre cause *, alon les canaux séveux s'oblitèrent, le tissu des écorc^es se resserre^ et les pousses deviennent de plus faibles en plus fiaiblés chaque année ^ dans ce cas ce ne sont ni les engrais , ni le renouvellement des terres au pourtour des racines , ainsi
LA POHOflB KARÇAISB. 41 S
qu'on le conseille, qaipeaTent rétablir la libre circnlation de la fiève : nous ne connaissons qae le ravalement ou le reeepage qni aient ce ponyolr, parce qu'ils produisent le renouveUemeniie toutes les parties de l'arbre, mime celui des racines.
Si nous suivons les effets du reeepage ou du ravalement , nous verrons que les racines, que cette opération n'a pas d'abord atteintes , continuent d'envoyer une surabondance de sève qui vient aboutir au pourtour de la plaie causée par l'amputation , et y former une multitude de mamelims d'où sortent des bourgeons; ou si, après l'amputation, on a greffé l'arbre en couronne, les yeux des greffes ouvrait plus promptement en bourgeons largement constitués et disposés à recevoir une plus grande quantité de sève , laquelle , après s'être élaborée, descend entre les écorces de la tige et celle des racines, ainsi que les fibres qui Sont au talon des bourgeons, se rendant vers les extrémités des racines les plus proches , pour y former des spongioles plus en rapport avec les nouvelles pousses de l'arbre. Les anciennes spongioles, plus éloignées du tronc, cessent peu à peu de fonctionner, et les grosses racines périssent à mesure qu'il s'en établit d'autres plus en harmonie avec l'arbre régénéré.
On conçoit que les nouvelles pousses ne peuvent absor-ber toute la sève qui était destinée à l'arbre et à toutes ses branches, et que, partout où cette sève reste stagnante dans les racines , elle s'y corrompt et en cause la destruotiou ; toutefois, les anciennes racines maintiennent la terre soulevée, facilitent la circulation des gaz combinés avec la chaleur humide de la terre , et la décomposition de ces mêmes racines; d'où il résulte une source intarissable d'aliments sans cesse renaissants, qui procurent de l'activité aux nouvelles spongioles, et de là à tout le système de l'arbre.
Ceci explique suffisamment pourquoi on ne trouve Jamais
414 LA POHONB FRANÇAISE.
de pivot à un arbre qui a été recepë , et aussi comment il arrive qu'un arbre venu sur une cepèe a souvent plus de vigueur et plus d'étendue que l'arbre qu'il remplace.
On voit, par ces faits, que les personnes qui laissent leurs arbres périr sur pied éprouvent un grand dommage , puisque les racines de ces arbres ont tellement épuisé la ferre où elles ont vécu, que cette terre devient impropre aux racines des jeunes plants qu'on lui confie; tandis que les ar* bres que l'on prend le soin de rajeunir continuent de vivre pendant plusieurs générations avec une vigueur toujours nouvelle. Bien entendu que le recepage ou le ravalement précédera toujours le dépérissement des racines, autrement l'arbre recepé ne donnerait que des bourgeons grêles , ou même ne pousserait point du tout. Nous dirons en passant que les arbres très Agés , qui sont séculaires, étant recepés', ne poussent plus surle tronc aussi bien qaequelques espèces, qui n'ont pas besoin d'être âgées , telles que les pêchers, les amandiers, les hêtres y le tremble , et en général tous les arbres résineux.
Nous devons croire la théorie de la circulation de la sève, telle que nous venons de l'expliquer, d'autant mieux fondée qu'elle ne se trouve contredite par aucune de nos opérations en culture. Nous nous sommes étendu sur ces faits parce qu'ils sont de nature à faire naître dans l'esprit des cultivateurs une multitude d'observations qui devront nécessairement conduire à d'heureuses et utiles applications.
La découverte de M. Boucherie , qui consiste à colorer l'intérieur des bois, soit que les arbres soient abattus ou non, a donné sujet à quelques personnes d'expliquer l'ascension des matières colorantes par la circulation de la sève. Il est à propos de faire connaître en quoi ces explications sont erronées; autrement on serait fondé à croire que notre système de la sève est faux. En effet , il résulte de l'ascension des liqueurs colorantes, qui d'abord a lieu par l'aubier, que
LA POnONB FRANÇAISB. 415
la sève ne monte pas par l'intérieur et ne descend pas par l'aubier.
La meilleure réponse que nous puissons faire à cet égard est de mettre sons les yeux de nos lecteurs les résultats de diverses expériences pour la coloration des bois, faites par M. Millet , employé à l'administration générale des forêts, tant au bois de Boulogne qu'au parc de Mousseaux, et^ dont nous avons été témoins.
M. Millet, après avoir fait couper plusieurs grosses racines à un arbre sur pied , en a plongé le bout dans un sac de caoutchouc contenant des dissolutions de matières colorantes (1) ; la liqueur est montée assez rapidement jusqu'au haut de l'arbre par l'aubier, qui seul a été coloré.
Un autre arbre séparé de son tronc , une branche de sa tige , ont été plongés par le gros bout dans un réservoir rempli de liqueur colorante , laquelle est montée jusqu'au sommet par l'aubier, qui seul a été coloré.
Nous avons eu lieu de nous assurer que l'ascension des liqueurs colorantes était d'autant plus prompte que le bois âtait plus récemment abattu ; nous nous sommes aussi assuré que les feuille? n'exerçaient à cet égard qu'une actioB très accessoire , puisque des arbres dépourvus de feuilles ont été également colorés.
Deux fortes racines coupées près du tronc , placées du même côté , ayant été immei^ées dans la liqueur, il en est résulté que l'aubier n'a été coloré que du seul côté de l'arbre où étaient les racines. Nous avons aussi acquis la preuve que la liqueur, une fois montée, ne descend pas.
Un arbre scié par le haut et séparé de son tronc , a été maintenu dans une position verticale, ayant à son sommet un
(1) Matières colorantes : acétate et sulfate de fer, pmssiate de potasse, gallate de fer, acétate de plomb, chromate de potasse, etc.
416 LA POWMIB mANGAISH.
réservoir ou un manchon rempli de liqueur colorante. Cette liqueur est descendue assez promptement dans le I>a8 de l'arbre en passant par l'aubier, qui seul a été coloré^ d'où il résulte que» la liqueur étant introduite de cette manière , soit par un bout , soit par un autre , l'aulHer seul est coloré.
Cependant M. Millet est parvenu à colorer tout l'intérieur en forçant la liqueur de s'infiltrer par les couches ligneuses au lieu de passer par l'aubier. À cet effet, il a luté ou cou* vert toute la zone d'aubier avec du mastic de fontainier, et de plus il a exercé une forte pression sur la liqueur; ce qui a eu lieu sur un arbre récemment abattu et mis dans une position très inclinée. On a placé le pied de cet arbre dans un sac de caoatcbouc remi^i de liqueur colorante, que Ton a mis en communication « à l'aide d'un tuyaa, avec un réservoir élevé de deux à trois mètres, rempli également de liqueur colorante; la pression a fait monter cette liqueur au travers de la tige, qui s'est trouvée colorée, excepté les nœuds, les parties sèches, la moelle, et les parties les plus compactes de l'arbre.
Une tige séparée de son tronc a été maintenue verticale* ment et sciée par le haut» la zone d'aubier ayant été mastiquée; la liqueur placée au sommet est descendue au bas de l'arbre, passant par les couches ligneuses, qui ont été colorées.
Nous n'avons pas à examiner si ces matières colorantes donnent plus de nerf aux bois qui en sont imprégnés , nous ne le croyons pas; ni si elles les préservent àe l'attaque des insectes : nous le pensons , c'est cependant au temps i nous l'apprendre ; mais quant aux preuves que nous avons à donner que l'infiltration des liqueurs dans l'arbre n'offre rien qui soit contradictoire au système de la circulation vitale de la sève, il suffit d'avoir exposé les faits pour démontrer que l'infiltration s'opère par voie de succion capillaire sur des parties mortes ou qu'on peut considérer comme telles.
LA POMOm FRANÇAISE. 447
puisqu'elles sont séparées des fenilles et des spongioles, organes de la viQ indispensables à la végétation de l'arbre.
Nous pouvons briser à volonté les organes vitaux des plantes et en soumettre ensuite les résultats à nos opérations chimiqpies ou industrielles j mais il nous est impossible de faire fonctionner ces organes selon nos caprices. Les personnes qui veulent tenter des essais à cet é{][ard ne de-^ vraient jamais perdre de vue que les racinesi, ou plutôt les spongioles, n'absorbent que des gaz, des vapeurs ou de l'eau pure, pour la transmettre ensuite aux arbres, et que c'est cette eau de végétation qui, en passant par les tissus de l'arbre, reçoit une préparation ou une décomposition mystérieuse qui lui donne les qualités qu'elle doit avoir pour former tou testes parties qui constituent l'espèce. Ainsi la même eau se change en poison ou en sucre selon qu'elle passe par les spongioles et les tissus du manglier ou de l'érable saccbarin. Nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer que l'eau de végétation qui passe par les spongioles et les tissus du pommier de paradis change la nature du rameau de la greffe placée à son sommet , qui, au lieu de continuer le développement d'un pommier très élevé , ne forme plus qu'un arbre nain , tout eh conservant les autres qualités de Tespëce. Nous dirons à cette occasion que la terre n'est pour les plantes qu'un support dans lequel plongent les racines ; les qualités de la terre sont de contenir plus ou moins de chaleur et d'humidité qui accélèrent convenablement la décomposition des diverses substances qu'on y dépose, les réduisent en vapeurs,. en gaz, en facilitent les mélanges et une lente circulation (1). Les merveilles de la création sont peut-être plus admirables encore dans la vie des végétaux que dans celle
(i) L^eaa combinée dans les corps concourt à lear donner de la dareté. L*eaapeiit être considérée comme le ciment général de la nature.
418 LA POMONB FRA^TGAISR.
des ammaiix, à cause de ta simplicité des moyens, de la destinée et de la fin des individus (1).
De$ incisions sur les arbres.
Les incisions longitudinales qa'il est quehpiefois néces* »aire de pratiquer sur Técorce des poiriers et des ponmiers sont indiquées par une grande affluenee de sève qui fiiit ouvrir imparfaitement et par petites parties l'écorce, là où la êève afflue le plus abondamment, et où elle trouve le moins de résistance; dans ce cas, on doit s'empresser de fendre Técorce avec la pointe d'une serpette très affilée sur une longueur plus ou moins étendue , suivant que Ton juge que la sève est plus ou moins surabondante , en ayant soin que la pointe de la serpette ne pénètre pas au delà de TéGorce. Un jardinier expérimenté prévient ces explosions de la sève et ouvre Técorce avant qu'elles aient lieu, toujours du côté de l'arbre le moins droit ou le plus mince. Les indicatioBS don* Qéiîs par l'arbre sont une prompte végétation, l'état des feuilles , celui des bourgeons , un je ne sais quoi indéfinissa^ ble , mais très sensible pour le cultivateur qui observe et qui suit à chaque instant les plus petites nuances qui existent dans la végétation des liantes avec lesquelles U passe pour ainsi dire tous ses moments; aussi distii^ue-t-U promptement, parmi un nombre considérable de plantes, ceUes qui souffrent et qui requièrent plus particulièrement ses soins.
On profite de la nécessité des incisions pour rendre un
( I) En obferyant les traces des matières colorantes dans le bois, on peot penser <|o'll nous serait possible de remplir l^s tissus Ugneoi par du silex o« des matièrél calcaires , et de «métamorphoser Tarbre en un bioc de pierre phu on moins dnr ; on sait ,qae la nature opère cette merveille, mais qae les conditions réunies pour qu^elle ait lien se présentent très rarement.
LA POMONB FRANGAISB. 419
«Are fiv» droit : elles font toujours {^ossir l'arbre et surtout les parties sur lesquelles elles ont lieu. Après l'opération , l'incision n'offre que la trace d'une ligne droite à peine Yisible; mais plus tard les éeorees se séparent de plus en plus jusqu'à la fin de la saison ; elles sont alors d'autant plus séparéeis que l'opportunilé de l'opération s'est fait sentir. On peut faire sur une tige deux, trois on même quatre incisions longitudinales. On ne doit point considérer une incision comme une plaie accidentelle sur laquelle il est nécessaire d'appliquer de l'onguent de Saint-Fiacre on de la poix à greflér ; dans ce cas, on renfermerait sons cet onguent une certaine bumidité qui deviendrait très nuisible ; c'est à Tair et au cours rapide de la sève à sécher et à cicatriser ces incisions , surtout lorsqu'elles sont faites en temps opportun et arec un instrument très tranchant. Les incisions sont beaucoup moins indispensables sur les écorces dont la fibre est longitudinale que sur celle qui est cylindrique , comme dans le pécher, le cerisier, etc. , parce que celle-ci ne prête point dans ce sens aux efforts de la sève , qui alors reste stagnante, se corrompt, et cause une grande désorganisation dans tout le système de l'arbre. Les effets salutaires des incisions naturelles ou artificielles nous conduisent à penser combien est grande la pertuii^ation qui doit r^er dans un arbre dont les écorces, qui sont endurcies, résistent aux affluenees de la sève, ce qui doit nécessairement avoir lieu dans les arbres greffés sur des sujets qui ne sont pas dans une harmonie parfaite avec le rameau ; il en résulte toujours une fouie de conséquences fâcheuses que nous ne répéterons pas, parce que nous les avons déjà signalées.
Les incisions transversales faites en chevron brisé dé* tournent la sève descendante de l'endroit au dessous duquel dles sont pratiquées. On s'en sert pour amoindrir une branche trop vigoureuse et en favoriser une autre ; mais un cultivateur intelligent ne doit Jamais être dans le cas d^em-
4!20 LA POMONB FRAIYÇAISR.
ployer de tels moyens ; aussi nous n'en parlons que pour les leur déconseiller.
DBS KALADIBS.
Les diverses maladies dont les poiriers et les pommiers sont affectes doivent être attribuées aux cultivateurs qui négligent d'assortir les sujets aux rameaux des greffes. 11 arrive encore plus souvent que la mauvaise constitution des plants de poiriers venus de semence et dont les pépiniéristes se servent pour sujets, au lieu de les rebuter, ne produisent, étant greffés , que des arbres avortés. Ce vice de naissance ou de conformation dans les sujets est d'autant plus funeste, que ni les soins ni tous les efforts de l'art ne peuvent rien à cet égard. Ces arbres se couronnent dés leur jeunesse, ne peuvent plus s'étendre, perdejgt dés le mois de juillet les feuilles de l'extrémité des nouvelles pousses , et le bois, n'étant pas encore assez formé, sèche et devient noir : c'est ce que nous nommons la brûlure ou le charbon. Les fruits de ces arbres, lorsqu'ils en portent , ne peuvent recevoir les premières dispositions indispensables A la maturité; aussi n'a -t- elle jamais lieu.
La cessation des causes de la maladie incurable que nous venons de signaler dépend entièrement de la volonté des propriétaires , dont l'ignorance absolue à cet égard a tellement favorisé et enraciné les mauvaises habitudes des pépiniéristes , que les propriétaires ne pourront de long-temps obtenir des pépinières des arbres assez vigoureux pour assurer le succès des plantations qu'ils voudraient faire. C'est à eux , comme nous l'avons déjà dit , à élever les poirers nécessaires aux plantations de leurs jardins.
Les chancres , occasionnés par la piqûre d'un insecte -, les obstructions' et les nodosités provenant de la présence du puceron laniger, ne sont , comme la brûlure^ que des mala-
LA POnONB FRAIYÇAISB. . 411
dies accidentelles dont on peut se préserver; mais ces accidents sont d'autant plus funestes que le malaise qu'ils occasionnent dans les arbres se propage par la grefTe.
DES INSECTES NUISSLES.
Les insectes les plus nuisibles aux pommiers et aux poiriers sont les chenilles, les hannetons et leurs larves, le tigre-punaise (de Geoffroy), le puceron laniger, et le ver qui occasionne les chancres.
Les Chenilles f en dépouillant les arbres de leurs feuilles , occasionnent un dommage considérable qui détruit la récolte présente et celle à venir. On se préserve de cet accident en visitant souvent ses arbres, même pendant l'hiver, afin de détruire les nids de chenilles qui sont renfermés dans des feuilles sèches roulées et suspendues aux branches , où elles sont fortement attachées. On détruit au printemps les couvains qui sont encore enveloppés dans leur toiles , avant qu'elles en soient sorties et éparpillées ; c'est le matin , après la fraîcheur de la nuit, pendant qu'elles sont encore toutes engourdies et rassemblées, qu'il est facile de les détruire, «--i
On doit aussi, en taillant les arbres , avoir le soin de dé^ truire les bagues placées autour des jeunes rameaux. Ces bagues sont composées d'une multitude d'œufe de chenille agglomérés, fortement collés au rameau et unis ensemble.
Les Hannetons , avant la ponte , dévorent les feuilles des arbres. C'est encore après la fraîcheur des nuits que l'on doit, dès la pointe du jour, secouer les arbres pour détruire les hannetons engourdis, qui n'ont pas la force de s'accrocher aux feuilles et de résister à la secousse , qui les fait tomber : on les ramasse et on les détruit. Les femelles déposent leurs œufs dans les terres chaudes et légères, au bord
4» LA WUOm FRARÇAISB.
des gazans ou dans l'intérieur des pièces dont l'herbe n'est pas très touffUe, ou encore de préférence ao pied des fraisiers , des framboisiers , des jeunes arbres M des salades , dont les racines peuvent servir d'aliments aux Jeunes vers après qu'ils seront éclos. C'est pour cette raison qu'il est à propos de planter des salades ou dés firaisiers sur les platesbandes où sont plantés de Jeunes arbres , afin de les préserver.
Le Ti§re^ vulgairement connu sous ce nom, est un io^ secte qui s'attache sur l'écorce des arbres, où il fait sa ponte. Après l'éclosion, les Jeunes insectes se rendent sur le dessous des feuilles, où ils se fixant ; ils en détruisent tout le parenchyme , ce qui épuise les arbres et leur cause un préjudice considérable. Cet insecte puHule extraordinaire*^ ment. Lorsqu'un lait de chaux récemment éteinte étendu sur les arbres avant que les insectes quittent 1^ feuillet pour venir se fixer sur le bois ne produit aucun effet pour la destruction de ces insectes , il est plua expédieiit de rabat» tre l'arbre sur le tronc, de le greffer en couronne, et d'avoir le plus g^and soin de ne pas laisser ee& insectess'établir sur le jeune bots du nouvel arbre. Ce moyen ne senut pas encore efflcaeesi on laissait subôsler dans le même jardin un seul arbre qui fût fortement attaqué par les tigres. Bious avons éprouvé de bons effets en arrosant avec une pompe le dessous des feuiUes avec de l'eau dans laqueUe on a mis assez d'acide sulforique pour laTondre piquante. Ces arrosements doivent se répéter et avoir lieu lorsque les très jeunes insectes viennent après: Téclosion ^ur se fixer sur le dessoua des feuilles.
Le Puceron laniger est ua très petit insecte qui se fixe par groi^ike dans, les fentes des écorces, aussi bien que sur les parties lisses^ Il est recouvert d'une espèce de colon blanc très léger que le vent emporte par partie, et qui décèle la présence de cet insecte. La sève se trouve arrêtée aux en-
LA MHOHB nAlIÇAISB. «B
draits où Boat fixés ces InseeleB; elle s'y engorge et y forme sor raabier des grosseurs aa dessus desquellesj'éeorce semble être boorsoaflëe et former des nodos. Cet insecte est pefit*ètre de tous celai qui désorganise le plus la régétatioa de Tarbre sur lequel il s'attache. Ou a tenté beaucoup de remèdes, qui jusqu'ici ont été inutiles , et même préjudicia" blee ; le plus court est de ravaler sur les fortes branches ou sur la tige et de greffer en couronne les arbres qui sont fbrtement attaqués. On peut, dans les jardins , se présenrer de ces insectes en étant très attentif et très soigneux de les détruire aussitôt qu'ils paraissent ; mais dans les champs ces insectes font périr les arbres; il serait mieux de les greffer que de les arracher.
Le yer qui occasionne le chancre est un insecte que nous croyons ne pas avoir été décrit; il dépose son germe vers le talon ou sur la pointe d'un œil d'un bourgeon naissant. Ce sont toujours les bourgeons les plus gros , les plus tendres ou les plus spongieux , qu'il attaque de préférence. On ne s'aperçoit de la présence de ce ver qu'au printemps suivant : la pointe de l'œil est éparpillée ; si elle l'est peu , on trouve encore le ver ; mais si l'œil est tout à fait détruit , il n'y est plus. Les effets du mal sont que la place où était l'œil est sèche jusqu'à la moelle ; cette place, qui n'est d'abord qu'un point, s'agrandit peu à peu,. devient noire, et finit par envahir tout le tour de la branche , qui n'est plus alimentée que par la sève ascendante ; de telle sorte qu'avant de périr^ cette branche occasionne nécessairement une grande désorganisation dans l'arbre ; à ces branches succèdent ordinairement des gourmands.
Nous ne connaissons aucun moyen de détruire l'effet du mal ; il est très extraordinaire que la sève ne paisse recouvrir et envelopper la piqûre d'un très petit insecte. Noos avons souvent essayé d'enlever avec le greffoir l'œil attaqué ;
4U LA POHO?rE FRAnCAISE*
il ne reste plas, après l'opération terminée, assez de bois pour le soutenir. Nous ne connaissons d'autre moyen de garantir les arbres des effets du cbancre que d'asseoir la taille au dessous de l'œil attaqué -, c'est au jardinier, lorsqu'il taille un fort rameau , à bien s'assurer qu*il ne laisse pas vers la base aucun oeil qui soit attaqué.
Le poirier et le pommier sont également sujets au cbancre ; mais certaines variétés en sont plus souvent attaquées, telles que les calvilles, les pommiers greffés sur paradis^ sur lesquels il cause plus de dégâts , parce que ces arbres ont moins de moyens de se réparer.