DE LA RÉCOLTE, DU FRUITIER, ET DE LA CONSERVATION DES FRUITS
Les pommes et les poires, même celles d'été, doivent toujours être récoltées avant leur maturité; ces fruits perdraient leurs meilleures qualités s'ils achevaient de mûrir sur les arbres. C'est dans le fruitier que la maturité doit se continuer et se terminer sans éprouver aucune interruption.
On attendra , pour cueillir les fruits , qu'ils aient acquis toute leur grosseur ainsi que les premiers germes de la maturité , qu'ils ne peuvent plus acquérir après avoir été séparés de l'arbre.
L'époque la plus favorable pour cueillir les fruits est marquée par le changement qui s'opère dans la couleur des fruits, dans la peau, qui devient très tendue, et par les dispositions de la queue , dont le bout s'arrondit et semble prêt à se séparer de la bourse où elle est encore attachée. Les fruits de cette saison, et ceux du commencement de Fautomne , doivent être cueillis quinze à vingt jours avant leur maturité. Les pommes d'été, qui sont douces, seront cueillies dix à douze jours avant leur maturité ; elles deviennent plus juteuses et plus sucrées.
LA POM01VB FRAIf ÇAIS& 4t5
QaaBt aux fruits qui mùilMent pendant ou après l'biver, il faut les récolter un peu ayant que la sève soit arrêtée dans les arbres, parce que plus tard les feuilles qui seraient encore en rapport avec les fruits n'auraient à leur transmettre que des sucs peu favorables à la continuation de la maturité telle que nous la désirons. Les fruits doivent être cueillis avant que les temps froids n'arrêtent la sève trop brusquement -, les arbres couronnés , dont la sève s'arrête trop tôt , et lorsque les fruits n'ont pas encore reçu ce commencement vers la maturité , restent imparfaits et ne mù< rissent jamais.
C'est ordinairement à la fin de septembre ou dans les premiers jours d'octobre, selon les années, que se trouvent accomplies les conditions les plus favorables à la récolte : alors on choisira un temps sec, et^ après que le soleil aura dissipé la rosée , on cueillera les fruits un à un , ayant soin de ménager les bourses , sans cependant rompre la queue du fruit , qui est essentielle à la continuation de la matu«rité. On placera les fruits avec précaution dans des paniers, puis on les déposera en tas, espèce par espèce, sur de la paille récoltée l'année précédente^ lanouvelle paille donnerait un goût désagréable aux fruits. Le local sera aéré, les fruits y resteront en tas pendant plusieurs jours , pour les faire soer; de là on les portera au fruitier, où ils seront rangés sur des tablettes de bois blanc garnies de paille, et d'un rebord élevé de 26 à 40 millimètres. Ces tablettes seront à peu de distance les unes des autres , moins pour ménager la place que pour rompre l'eHet du rayonnement et celui de l'agitation de l'air, qui doit toujours être tranquille, peu renouvelé , afin que la température reste toujours la même , de huit à dix degrés de chaleur. IM cellier ou une cave sèche conviendrait parfaitement pour un fruitier, qui ne doit être ni humide ni trop sec. On aura soin de couvrir les fruits aux approches des fortes gelées. Il ne fau^
196 LA POimiB F&AUÇ&KS.
drait pas hâter la i&arohe de la matarité des ûmils d^hlrer ea ëlevaDt la tempéraiare : cette maturité doit s'opérer lentement , sans interraption , à Taide d'une chaievr donce el égale. Il ne doit pas en être de même pour ta matarité des fruits d'été : le soleil pourra échauffer la pièce où ils seront déposés ; mais ils devront être abrités de ses rayons et même de la lumière.
La maturité s*opère par la combinaison des parties acides et fibreuses, qui se convertissent en parties sucrées. La ma* turité de la pomme se connaît à l'odorat , à la couleur de la peau, qui de verte devient d'un jaune plus ou moins clair. Peu de variétés de pommes restent vertes après la maturité.
La matarité des poires fdndantes a lieu lorsque la couleur verte ou g^ise devient plus ou moins jaune » et que le rouga devient plus foncé. Si on veut s'assurer de la maturité par le (oudier, c'est par une légère pression sur les flancs. On ne doit jamais mettre le pouce vers la queue, parce que, si l'on offmse cette partie du fruit , d'où partent tous les fibres, il ne mûrit plus : il est préférable de s'abstenir de toucher.
La maturité des fruits cassants ne peut se reconualtre qu'au changement de la couleur de la peau.
Il n'est pas nécessaire , pour les fruits à cuire , que la maturité soit coiQplète , parce que la chaleur du feu qui les pénètre la termine , lorsque toutefois l'époque n'en est pas très éloignée.
Il y a des fruits fondants qui ne terminent point leur maturité, parce qu'ils sont cueillis après la chute des feuill^, ou parce que le fruitier est à une température trop basse.
Les fruits greffés sur Paradis , Doucaia ou Cognassier, mûrissent plus tôt que les autres.
Il y a des espèces qui perdent leur qualités lorsqu'elles ne mûrissent pas promptement, telles que le Ghaumontel, la Pastorale, la HerveilleHi'Hiver, le Passe-Ckilmar, la Grande-
LA MBOMB feauçaibb. m
Bretogne , ta FMidtBte de Brest; ces TâriétAs font excet ptioïk. C'est au jarfinier à faire des observations i cet égards et à les noter.
Les traits qui ont atteint leur naturité doivent sortir du froitier poar être consonunis , ou être placés dans an en* droit propice à lenr conserTation , parce qu'un plus long séjour dans le fruitier les ferait outrepasser la perfection en les faisant arriver promptement i 1* décomposition.
On peal votr, par ce que nous venons de dire, qn'nn frai« tier ne doit pas conserveries fruita, mais bien les faire avancer yen leur maturité, au delà de laquelle commence leur décomposition ; il s'agirait donc, pour les en préser^ ver, d'arrêter les progrès de la maturité à un degré conve« nable , plutôt en deçà qu'au delà : c'est l'expérience seule qui nous instruira à cet égard. Lès fruits arrivés à ce degré seroQt placés dans un endroit froid , privé d'air et d'humi^ dite ; enfin dans une situation tout à fait contraire à la vé« gétation et à la fermentation.
M. Loiseleur de Longcbamp , qui a obtenu un prix pour la conservation des fruits , a bien voulu me communiquer ses procédés et satisfaire à toutes mes questions. Immédiatement après avoir acheté dea fruits sur le marché , M. Loiseleur de Longchamp a enveloppé chaque poire d'un dou-» ble papier, l'un de papier loseph, et l'autre de papier gris. Ces fruits ont été placés ainsi dans des boites en zinc , con« tenant chacune de dowre à vingt poires; le couvercle de ces bottes a été luté avec des bandes de papiw collé : toutes ont été mises dans une grande boite de bois , qui a été dé» posée sur la glace dans une glacière. A mesure que l'on a retiré ces boites de la glacière , on a mis les fruits qu'elles contenaient dans le fruitier, afin de les faire mûrir, ou plu*tAt, comme le croit M. Loiseleur de Longcbamp , pour con« tinuer et terminer leur maturité.
Quoique nous ne nous soyons Jamais occupé de la con*
4t8 LA POHOXB FRANÇAISE.
serration des fruits au delà de leur maturité y rexpérience que nous avons de la marche qu'elle suit , des causes qui peuvent la troubler, ou peut-être même l'arrêter pour toujours » nous fait aussi proposer de très légères modifications aux procédés suivis par M. Loiseleur de Lonçcbamp. Ainsi , avant d'envelopper les fruits et de placer les boites sur de la glace , nous conseillerions de laisser les fruits mûrir dans le fruitier, parce qu'une longue expérience nous a appris que, si la maturité est vivement interrompue dans son cours, en exposant les fruits à une température trop basse, ils ne la reprennent plus et ne mûrissent jamais : ce qui arrive trop souvent dans des fruitiers mal organisés où le froid pénètre, sans que pour cela il y gèle. Nous voudrions aussi que le couvercle des boites fût soudé au lieu d'être collé, parce que If. Loiseleur de Longchamp s'est aperçu que la grande humidité de la glacière avait détrempé la colle*
II faudrait aussi exiger des ouvriers qui tirent la glace de la glacière de ne déplacer les boites qu'avec beaucoup de précautions et de ménagements, ce que M. Loiseleur de Longchamp n'a pu obtenir.
Nous ajouterons, pour l'instruction de ceux qui voudraient s'occuper de la conservation des fruits, qae c'est à tort que l'on s'imagine qu'il gèle dans une glacière, et que les fruits qu'on y dépose ne peuvent plus être d'aucun usage. Il est bon que l'on sache que les glacières, même celles qui conservent le mieux la glace , n'ont jamais moins d'an degré et demi au dessus de zéro , et que beaucoup ont une température encore plus élevée : de sorte qu'il y dégèle sans cesse , à moins qu'on ne les laisse ouvertes lorsqu'il gèle au dehors. On conçoit que l'humidité qui règne dans une glacière bien fermée est très considérable et très contraire à la conservation des objets qu'on y dépose ; on aura dolic soin de les en garantir.
LA POXONB FRAÏVÇAISE. 4»
Nous pensons que l'exposé de tontes ces considérations <» et le peu de changements que nous proposons aux procédés de M. Loiseleur de Longchamp , ne peuvent que les rendre
pli]js efficaces. /
GaTAIOGDB des meilleures VAElÉTiS DE PoiRES
ET DE Pommes.
M. Léon Le Clerc , ancien député ^ s'occupe depuis long* temps de réunir cbez lui toutes les espèces de fruits qu'il a pu se procurer, même ceux des contrées les plus éloignées. Après avoir cultivé ces fruits, il a réformé ce qui ne méritait pas ses soins , et a fini par rester possesseur d'une très belle collection d'excellents fruits. Ce sont les meilleurs de cette collection que M. Léon Le Clerc a bien voulu me communiquer et dont nous donnons le catalogift suivant. M. Léon Le Clerc remarque avec nous que les â^res de nos anciennes variétés sont tellement détériorés , que l'on doit maintenant les cultiver en espalier, afin que leurs fruits soient beaux et acquièrent une maturité complète dans le fruitier, tandis que les variétés nouvellement obtenues soient parfaitement en plein air, et que, quoique très vigoureux , ils se chargent d'une si grande quantité de Jruits, qu'ils sont promptement épuisés, si on ne leur donne pas les soins que nous recommandons à cet égard (page 371); tous ces nouveaux fruits mûrissent parfaitement dans le fndtier.
Poires.
L'Epargne , au mur.
Beurré d'été , ou Milan de la Bouvière.
La Bonne Louise, ou Beurré d'Avranches, au mur, forme élégante, fécond.
Beurré gris et roux.
Beurré galeux.
Bousselet de Beims.
• LA FOHOICR ffRAflCilSB.
Doyenoé d'automne, oa Saint-Michel.
Le Saint-Germain, au mar.
Le Chaumontel , au mur.
La Crassane , au mur.
Le Golmar , indispensablement au mur, tardive.
Doyenné d'été, très hâtive , excellente.
La William, ou Bon Chrétien William, très belle et très bonne, août, musqué.
La Wilhelmine.
JBenrré d'Amanlb , excellente, septembre et octobre.
La Secklecaur. Ressemble au Rousselet , mtkrit plus tard ; plus gros et plus fin.
L'Urbaniste , très vigoureux , très fécond , très beau , très boi^*.
Beurré iSpènce , très vigoureux ; très fécond , très beau , très bon.
Le Napoléon , ou Bon^Chrétien Napoléon , beau et très fondant de bouche.
Beurré d'Âremberg, excellent, janvier.
Le Colmamelis, très beau et très bon , moins vigoureux que les précédents.
Le Passe«Colmar, excellent, janvier.
Le Passe-Golmar doré , excellent, plus paffidt^ octobre et novembre.
Beurré Rance, très beau, très fondant, ftvrier, très fécond.
Le Bon -Chrétien jaspé, très tardif de maturité, plus délicat et plus fondant que le Bon Chrétien d'hiver.
Marie-Louise, excellente, octobre et novembce.
Le Doyenné d'hiver, trop fécond , exceileat.
JjB. Fortunée.
La Fondante des bois, excellent, très fin, gDOSseur moyenne.
La Yanmons Léon Le Clerc, opfobre, forme de Sainte-Germain, plus gros, fiks relevé, trop fifacond, four compote.
LA POXOlfB PIUKCAIBB. i ; t
^ Le Bon CbréCien d'Espagne.
Id. d'hiver.
Le Bezy d'Héry.
Le Martin sec.
La Bergamote de Piques, ont de plus Tavantage de fatr^ , comme le Romselet de ReinM , d'excellentes poires tapées.
Le Bon-Chrétien turc.
La Comtesse de Tenrueren, on Bolivar» énorme, acerbe. Léon Le Clerc. Se conserve d'une année à l'autre ; fort belle chair mi-fondante, passable, crue, délicieuse en compote.
Le Doyenné d'hiver. Doit être cueilli très tard. Il commence à mûrir en janvier, et continue quelquefois jusqu'en j^llet.
La Bergamote de la Pentecôte. Id.
Le Beurré d'Angleterre. Ses fruits mûrissent presque tons en même temps , et ils passent promptement, tandis que la maturité de la plupart des fruits nouvellement obtenus est successive ; on peut en déterminer le commencement, mais non la fin.
Pommes.
Calville blanc d'hiver. Le Boi-de-Bome, très hà-
Beinette du Canada. tive, fleurit très tard. Arbre
Beinette dorée. très productif.
Beinette grise. Pomme de Hollande pour
Le Gros-Faros. compote. Se garde jusqu'en
Court-Pendu. juillet. La chair très blanche.
Pomme d'Api rose. Fleurit très tard. L'arbre très
Pomme de Châtaignier. productif.
Noua i^onterona à ce catalogue celui de froits choisis chez M. Dewael, possesseur d'une très Mie propriété pri4
433 LA POMONB FRANÇAI6B.
d^Anyers, que nous avons visitée. M. Dewael a les mêmes, goûts que M. Léon Le Clerc, il a eu aussi la bonté de faire un choix de greffes parmi les meilleurs fruits de sa nombreuse collection.
On concevra que, les jardins de la couronne n'étant plas sous notre direction, nous sommes obligé de prendre chez les particuliers les renseignements que nous croyons utile de transmenttre à nos lecteurs.
. Doyenné Sentelet. Belle de Bruxelles, ou Fan- Calbasse verte. fareau.
D'Amande. Beurré Gapiomont, ou Beurré Fondante grise. aurore.
Fondante des Bois. - Beurré d' Amanlis , ou Poire
Fondante de Chemeuse. Uubard.
Princesse d'Orange. Beurré Goloma. ^
Soldat Laboureur. ÈeurréLe Févre, on de Mort-
Beurré anglais. Fontaine.
Arbre Courbé. Délices d'Hardampont.
Dumortier. Poire Ananas.
Immense d'été. Verte longue d'automne.
Golmar gris. Williams.
Melon , ou Beurré magni- Poire de Curé.
fique. Saint-Micbel-Arcfaange.
Dary. Duchesse d'Angoulème.
Nous avons pensé que les deux catalogues ci-dessus , qa ne contiennent que soixante variétés bien choisies, conviendront mieux au lecteur pour déterminer son choix que les catalogues des pépiniéristes, qui offrent trois cents variétés, parmi lesquelles celles d'une bonne et d'une très médiocre qualité sont confondues. Nous avons vu avec surprise qu'une bonne poire d'automne, la Piquery, est qualifiée de la meil* Heure poire connue, lorsqu'elle n'est que passablement bonne et très petite.
LA POnONB FRANÇAISE. m
DU PRTJWER.
Le prunier est originaire de la Grèce et de l'Asie. Il est sujet à la gomme comme tous les arbres dont la fibre extérieure de Técorce est dirigée horizontalement , au lieu dé l'être longitudinalement. Cet arbre est d'une moyenne taille, formant une tète arrondie, d'un port gracieux, lorsqu'on a donné aux premières branches de la charpente de l'arbre une égale force et une direction régulière.
Le bois du prunier est dur, agréablement veiné , d'une couleur rouge.
Les fleurs sont composées d'un calice ovale, strié, glanduleux intérieurement, divisé en cinq découpures oblongués, d'abord ouvertes en cloche, et ensuite réfléchies; de cinq pétales oblongs, ouverts, insérés à l'orifice du calice, et alteimesavec ses divisions; d'une vingtaine d'étamines , insérées également à l'orifice du calice ; elles ont le filet de la longueur des pétales, et les anthères ovales, bilobées ; d'un ovaire libre, ovale, surmonté d'un style tors de la hauteur des étamines, et terminé par un stigmate âargi, aplati en dessus, écbancré latéralement^ l'ovaire contient deux ovules dans une seule loge.
Le fruit est attaché à la branche par une queue plus on moins longue : c'est un drupe charnu, ovale ou arrondi ; ta peau fort lisse, couverte d'une espèce de poussier très fine
45t LA POMONB FRANÇAISE.
qae l'on nomme fleur. La chair est plus on moins intense et sucrée ; elle enreloppe un noyau osseux, tpii renferme une amande à deux lobes et à radicules supérieures.
Les feuilles du prunier sont entières, attachées sur le rameau, dans un ordre alterne , par des queues plus ou moins longues; leurs bords sont dentelés plus ou moins profondément, relevés de nervures saillantes; le dessous est d'un vert moins foncé que le dessus, qui est luisant.
Les diverses pousses du prunier sont les rameaux à bois, les brindilles, les dards, les boutons à fleurs , les bourses , les lambourdes, les gourmands, les branches adventives et les branches chiffonnes.
Nous appelons rameaux ou branches à bois, outre la tige, le rameau de la greffe , et les premiers bourgeons qui poussent sous la serpette, parce que tous les yeux dont ils sont garnis sont d'abord à bois, et que si l'on taille, n'importé sur lequel de ses yeux, il en sort un rameau. Les rameaux sont toujours terminés par un œil à bois ; chaque œil à bois est solitaire et très saillant à sa base.
An printemps , pendant que l'œil terminal s'allonge pour fofiner son prolongement, tous les yeux qui sont an de^ssons sur ce rameau , excepté celpi qui est au dessous dd terminal , se fasonnent en boutons à fleurs multiples poor épanouir l'année suivante. L'œil au dessous du. terminal onvre en bourgeon, et forme une bifurcation que l'on pince lorsqu'il s'ouvre, ou que l'on supprime à la taille s'il n'est pas nécessaire à la charpente de l'arbre.
Les brindilles , comme dans le poirier, ne prennent nais^ fance que sur des branches à bois ou sur des Ivrancbes cpii ont été jLaillées ; elles sont placées au dessous des bourgeons les plus forts , elles sont minces et effilées j il senolilerait qu'il ne leur a manqué que de. recevoir une plus gramde qnantité de^ sève pour en former des branches .à boi^, elle» net sont
LA POMONB FRAFIÇAISB. 4^
restées faibles qne par leur posUion respective. Les yeux qui sont sur les brindilles sont , comme ceux des rameaux , plus forts ; il leur faut aussi une année entière après leur formation pour qu'ils soient façonnés en boutons à fleurs multiples. A la taille, on raccourcit les brindilles trop allongées ou qui feraient confusion.
Les dards, comme sur le poirier, ne prennent naissance que sur des rameaux à bois; ils sont roides, ligneux, et placés à angle droit sur les rameaux; ils sont très épineux sur des pousses vigoureuses; leur longueur est depuis 15 millim. jusqu'à 8 centim. et plus.Xe dard se garnit depuis sa base jusqu'à son extrémité d'une quantité plus ou moins considérable de boutons à feuilles et à fleurs. Il recèle à sa base des yeux oblitérés qui s'ouvrent lorsqu'ils y sont exci* tés. Il n'a pas de rides multipliées à sa base , comme celles qui se font remarquer au dessus des boulons à fleurs. Le dard du prunier diffère de celui du poirier en ce que le bouton terminal de celui-ci est solitaire , tandis que celui du prunier est multiple, en faisceau , au nombre de trois à cinq fleurs et plus , au milieu desquelles est presque toujours un bouton à feuilles. Les yeux qui sont sur des dards sont comme ceux des rameaux ; il leur faut toute une année pour se façonner en boutons à fleurs. Si on recèpe un dard, on peut obtenir à sa base la sortie d*un bourgeon à bois ou d'une brindille.
Les boutons à fleurs du prunier, sur les rameaux à bois, ne sont, la première année, que des yeux à bois simples; ils emploient la seconde année à se convertir en boutons multiples pour fleurir l'année suivante , groupés en faisceau , au centre duquel est ordinairement un œil à feuille, qui peut se prolonger s'il y est excité par la taille, le pincement sur le bourgeon supérieur, ou simplement par la vigueur de l'arbre. L'œil à feuille placé au centre du faisceau n'est visiblement que le rudiment d'une lambourde qui, en s'aU
iSO LA POMONB FRANÇAISE.
longeant, façonne de nouveaux yeux et de nouyelles fleurs pour remplacer celles qui viennent de s'épanouir, soit que les fruits aient noue ou non. Nous disons que cet œil est le rudiment d'une lambourde , parce que , comme dans le poirier, cette production remplace la fleur ou le fruit, et qu'elle prend naissance sur une bourse ; la base des boutons à fleurs, étant, comme dans le poirier, très charnue , se casse au moindre choc.
Les boutons à fleurs du prunier qui garnissent les rameaux dans toute leur étendue, ayant la même origine, fleurissent presque tous en même temps ; ils sont moins saillants et moins multipliés à la base du rameau qu'au sommet, où ils ont quelquefois depuis 1 S millimètres jusqu'à 8 centimètres de longueur.
Les boutons à fleurs qui se trouvent dans le bas des rameaux de l'année , étant solitaires, fleurissent quelquefois pendant que ceux du haut se façonnent et deviennent multiples pour fleurir l'année suivante ; d'où il résulte que ces boutons solitaires , tant par leur épanouissement anticipé que par leur position , ne sont quelquefois pas remplacés ; dans ce cas, il faut prévoir le dénûment de ces rameaux ou de ces brindilles, et les tailler près de leur insertion.
Les bourses du prunier ne diffèrent de celles du poirier que parce que celles-ci sont toujours très apparentes et placées au dessous du bouton solitaire , et que dans le prunier elle est au milieu du faisceau de fleurs d'où il sort une lambourde plus ou moins allongée.
La lambourde du prunier succède aux fleurs en s'avançant peu à peu, et en façonnant d'autres fleurs qui Im remplacent. Les lambourdes , en s'allongeant peu à peu chaque année, se dégarnissent par le bas, laissant les marques des feuilles et des fleurs qui sont successivement tombées, et forment des rides et des cavités très prononcées; les fruits sont plus rares, moins beaux, étant plus éloignés du
LA POMONB FRAfCGAISB. 43T
corps de la branche ; alors il devient nécessaire de remplacer ces lambourdes usées , ce qui s'opère en les rabattant sur des sous -lambourdes 9 aGn non seulement de raviver celles-ci, mais encore d'exciter l'apparition de quelques yeux presque éteints. Mais, devenus apparents , on taillerait dessus, et les lambourdes qu'ils feront éclore détermineront encore l'apparition d'autres yeux ; ce qui permettra d'arriver successivement à rétablir de nouvelles lambourdes à l'emplacement même où les premières fleurs ont pris naissance sur les branches à bois. Les précautions que nous recommandons ici ne sont pas nécessaires pour les fruits à pépins ; mais elles sont indispensables pour les fruits à noyaux, non seulement à cause de la contexture de leur écorce , mais encore parce que leurs germes ne restent pas aussi souvent en arrière d'éclore , et qu'ils s'oblitèrent tonjours davantage lorsque cela arrive. Le pécher offre à cet égard peu ou point de ressource ; mais le prunier, le ceri«sier et l'abricotier, en offrent beaucoup plus, dont on pourra profiter, en observant les précautions que nous venons de recommander.
Les bourgeons gourmands sur le prunier sont , comme ceux^de tous les autres arbres , des rameaux à bois très vigoureux , se développant très rapidement, et dont les yeux sont plats, très espacés les uns des autres. Ces productions ont lieu plus ordinairement sur le dessus des branches inclinées, et sont toujours occasionnées par le défaut de circulation de la sève dans quelques parties de l'arbre. Les espèces sujettes à la gomme sont plus exposées que d'autres à produire des gourmands très -vigoureux qui occasionnent un très grand désordre dans la végétation de ces arbres. C'est au cultivateur à prévenir ces désordres en répartissant la sève également dans les branches composant la charpente de ses arbres, et en s'opposant à temps au développement des gourmands.
433 LA PMOm VftAH ÇAIS^.
)Les cajQQtenw adventib SMt des bourgeons qni percrat de l'écorce et qui souvent deviennent des branches gourmandes. Qn doit ne pas laisser développer ces productions lorsqu'elles ne sont pas nécessaires au rajeunissement de rarbr.e pu de ses branches.
Quant aux branches chiffonnes, nous en avons donné une description très détaillée à l'article du poirier et du pommier ; on p^ut le coxisulter ( page 290).
Il résulte de la végétation naturelle du prunier que k§ rameauiL de cet arbre se garnissent de fleurs dans tmpte leur étendue çans qu'on soit obligé de les raccourcir, conuoie dans le pommier ou le poirier, dont les yeux du talon s'oblitéreraient si on laissait le rameau de toute sa longueur. La taille du prunier n'étant pas nécessaire & la conversion des jeux k bois en boutons à fleurs, elle ne doit donc avoir Ueu Que pour obtenir des rameaux à boi$ indispensables à la ^arpente de l'arbre et au renouvellement des lambourdes. On raccourcit encore un rameau afin de faire naître une bifurcation où elle est jugée nécessaire pour remplir un vide. Cette bifurcation doit toujours être à une certaine distance du bourgeon terminal.
De la Multiplication du prunier.
On multiplie le prunier de noyaux, ou de drageons, voigaîrement connue sous le nom de pétrasse, afin da se procurer des si^ç^ pour greffer les variétés que l'on veut giropager. La çerisette et le Saint-Julien^ étant pris pour snjet^, donnent 4es arbres moins élevés, mais plus fertiles i|ue le gros Damas noir, qui produit des arbres plus yigoureqjK et plus élevés. Le prunellier produit des arbres [très nains. Qn peut aussi se servir pour sujets de l'amandier, du pécher et de l'abricotier; mais il est toujours mieux de
LA POHOm FRANGAISB. 430
^eRer le pràbier sur des sujets de prunier venus de noyaux.
Les espèces qui se perpétuent les mêmes par la semence se perpétuent aussi les mêmes par drageons. Les variëtès élevées de boutures ont )a même faculté ; mai^^ les arbres éfevés sur des drageons ont rinconyénient d'en reproduire d'autres , ce qui épuise l'arbre lors même qu'on a le soin de les supprimer, parce que cette suppression excite les racines à en produire toujours davantage. C'est pour cette raison que Ton doit choisir dans les pépinières les pruniers qui ont été greffés sur des sujets venus de noyaux.
Lés prunes destinées à la semence seront choisies parnoii les plus belles et les mieux conformées de leur espèce , récoltées sur des arbres saius et vigoureux. Les noyaux seront miâ avant l'hiver au gertnoir» c'est-à-dire dans un cellier ou une cave, où ils seront rangés sur du sable terreux, lit par lit, et par espèces séparées. On aura soin que ce sable soit toujours humide. Vers la fin de mars bu la mi-avril , les noyaux étant germes , on pincera la pointe de la radicule à mesure qu'on les plantera dans la pépinière, sur un terrain défoncé et fumé. On ne supprimera point le pivot des sujets que l'on plantera à demeure pour y être greffés.
Le jeune plant germé sera planté dans là pépinière à la distance de 40 centimètres sur les lignes, les lignes étant espacées entre elles de 6S cent. Si ce plant est destiné à former dès tiges plus ou moins élevées pour être greffées en tête, on élaguera peu à peu la jeune tige, en évitant avec soin tous les accidents qui pourraient nécessiter la «uppression du bourgeon ou de l'œil terminal de la tige. (Voir à ce sujet ce qui à été dit page 297, relativement h 1 éducation des tiges de pommiers ou de poiriers égrains. ) Lorsque la jeune tige sera parvenue à la hauteur voulue, on posera deux écussons à œil dormant au dessous de la
440 LA POHONB FaAHGAlSB.
tète de cette tige, et, si aa printemps ces écossons ne se disposaient pas à pousser, on grefferait ces tiges en fente.
Le plant de drageon, dont on à le tort et néanmoins l'tiabiiude de se servir, après avoir été raccourci à 8 cent, au dessus de terre et avoir eu les racines rafraîchies, sera planté dans la pépinière à la même distance que les noyaux germes. À la pousse, on choisira le bourgeon le plus vigoureux et le plus près du sol pour Télever, et l'écussonner à la mi-juillet à œil dormant , lorsqu'il sera assez fort pour supporter cette opération, que l'on pratiquera à 8 ou 10 cent, au dessus de terre. Les pruniers seront enlevés de la pépinière la seconde ou la troisième année après la greffe.
Les pruniers de deux ans de greffe, destinés aux espaliers, seront rabattus en les plantant à 12 ou 15 cent, au dessus de la greffe , afin tl'obtenir les rameaux nécessaires à la forme que l'on veut donner à l'arbre, qui peut prendre toutes les formes que nous avons déjà indiquées (planche 14, IS et 16) pour lés poiriers et les pommiers, et qtai peuvent servir pour établir la charpente du prunier. Le choix des rameaux étant fait pour une de ces formes , on veillera , pendant la durée de la pousse, à établir une égalité de force parfaite entre ces rameaux. Au printemps suivant, on pourra s'abstenir de raccourcir les branches formant la charpente; mais à la pousse on aura soin de pincer le premier et le second bourgeon qui ouvriront au dessous du terminal, le prolongement de celui-ci sera dirigé sur une ligne parfaitement droite, dans la direction que doit occuper la branche. On fera usage du palissage pour maintenir l'égalité de force des branches entre elles.
La seconde année, au temps de la taille, on ne raccourcira que les rameaux que le pincement n'aurait pu réduire, ainsi que les brindilles trop allongées qui ne trouveraient pas de place et qui feraient confusion. A la pousse,
LA Wmom FRANGAin. 441
on pincera de très bonne heure le bonqi;eoii an dessons du terminal de chaque branche , et tout ce qui poussera devant et derrière, de manière à ne comerver qne des rosettes sur le devant.
Les branches principales ne seront raccourcies que pour obtenir des ramifications là où elles seront jugées nécessaires pour remplir des vides ; on se rappellera, à cet égard, que le bourgeon destiné à former la ramification doit toujours être à une certaine distance du bourgeon de pnn ongement.
On laissera d'abord tous les yeux se façonner à fleurs. La petite lambourde qui se forme au milieu des fleurs sera rabattue vers sa base , lorsque cette base sera dénudée, et la lambourde trop allongée, afin d'obtenir une nouvelle lambourde plus rapprochée du corps de la branche. Ce rapprochement sera partiel, de distance en distance, sur les branches ; si on négligait de l'opérer à temps, ces petites lambourdes trop allongées s'épuiseraient, la sève les abandonnerait, et elles périraient.
On aura soin de supprimer tous les bois secs ou mourants. On entretiendra une grande propreté sur les écorees, afin d'écarter les insectes et les teignes , qui causent un grand préjudice aux arbres et aux fruits.
On donnera des binages légers aussi souvent qu'il sera nécessaire pour empêcher les mauvaises herbes de croître ; mais les labours à la bêche sont interdits au pied des pru^ niers, afin de ne point offenser les racines, et.de ne point provoquer la sortie des drageons.
Quoique les pruniers réussissent sous toutes les formes, on le cultive plus ordinairement dans les vergers à haute tige , greffes en tête , plantés à une distance de 6 mètres en tons sens. Nous préférons planter des tiges de sauvageons à cette distance et les greffer la seconde année après la plantation, lorsqu'elles sont bien attachées au sol par leurs racines ,
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iparce qu'on nrtire f r«flé Bdtiffre daVantl^ éfnit tMtopkiDté qu'un aibre qui ne FeM fiMi.'Bièn qiie léft râfcSMs '^ pranier courent entre deux terres lotlsqu'élles ne th>n>rtftnt pas à plonger, il est très utile, avant la plantàlion^ d'io^uVrir des tranchées profondes sur toute l'étendtre Aft R^es , parce que les émanatiofus, 1«9 gaz et l*iioniidilë, tehftYihëa dans la terre, étant facitettieât tnis en diteulatioù, danss ces tranchées, sur une gninde étendue , deviennent eitrt* mement fartombteii nuk fimcttonb que fês spèngioièk éht Ik remplir , sans qu'elles soient forcées à aller leb chèréhër loin du tronc de rarbi<e. Une pliâitatiôn, àttec éè» toiàs, ne peut manquer de pl^ospél^er.
On rabattra la gfeflb qui auAi i^oussé^trir éM ifgéir, Ariièk près de Éon tnsekrtionpdur obtenir 3 il rameàut égalëtaiëiît espacés, qUe Ton maintiendra d'égale force et qtfi f((^rittërant la charpente de l'arbre ; on palibsëra ces rateèàui sur tih ou deux cerceaut, afin de leur donner une direction étaséé. L'année suivante, à là pousse, ôn'pifacérà le t^i^diiër et ie second bourgeon au dessoâë du terminal , âûiSâUAt Qu'ils iiuront atteint âS à 96 millim. de Idnfgueur. Oh l^okifiAûëra afaoMA Jusqu'à ce que lès branchés , en se ptdlon^eaht , lafs- «eut entre elles un espace vide. Alors on rabcdurcira les branches afin d'obtenir des Ramifications qUi reitiplissént ces vides. En conséquence, après lafkllle, lors delapouise, on tiincera les bourgeons au déssôfâs dUterUMM, pour fkfra ouvrir plus bas un bourgeon que Ton devinera à fdinner Ik rcmtfleation; oki fera en «orte qu'elles èoient tontes dn même cété , afin d'éviter la conftlsi6h. At>rèé 3 ou 4 àni de soins et de direction donnai à ta formation de là tète de l'arbre, on pourra l'abandonner à sa végétation naturelle.
Mous possédons très peu de bonnes variétés de prunes , lorsqu'il sel*aft fiicfle d'en obtenir un plus grand nombre. Nous avions fait faire, pour atteindre ce but, un semis as^et nombreux au potager du roi, à Tersailies. Parmi les pruniers