‹ La pomone françaiseChapitre 72 sur 76 · DE L'ABRICOTIER · texte numérisé non relu

DE L'ABRICOTIER

L'abricotier est originaire de rArmènie. n est sujet à la i;oinine. Cet arbre est d'ane taille moyenne, très vigoureux ^ans sa jeunesse; son existence se prolonge pendant beaucoup d'années lorsqu'on prend le soin de le ravaler sur ses grosses branches. Le bois de cet arbre est dur, veiné de ronge> il est revêtu d'une écorce grisâtre ; celle qui enveloppe les racines de quelques variétés , telle que l'abricotier de Hollande, est d'un rouge de corail vif. Ses rameaux sont très étalés , ils sont garnis de feuilles placées dans un ordre alterne , larges à la base en forme de cœur, dentelées sur les bords, poriées par de longs pédoncules , dont l'aisselle couvre des yeux simples, doubles, triples et multiples, placés SUT un support très saillant , et très rapprochés les uns deantres. Les fleurs sont sessiles , groupées le long des rameaux; elles sont blanches, inodores, soutenues d'écaillés et d'un caliee souvent très rouge ; elles s'épanouissent ordinairement en mars ou avril, long-ttmps avant le développement des feuilles , ce qui les expose à être souvent moissonnées par les gelées printanières , qui les saisissent avant même qu'elles soient épanouies; les jardiniers appellent cela geler en bourre.

Les fleurs ont un calice monophylle , dont le tube est campanule', et le limbe découpé en cinq divisions ovales réfléchies; cinq pétales arrondis, légèrement onguiculés, inaéréaàl'oritice du tube du calice; une trentaine d'étamines»

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insérées sur deux rangs, au même lieu que les pétales ; elles ont les filets simples , les anthères ovales, bilobées, bilocblaires, et s'ouvrant latéralement ; un ovaire libre , nnilocnlaire , pubescent , ovale , surmonté d'un style simple de la hauteur des étamines , terminé par un stigmate élargi et papiileux , échancré d'un côté en sillon qui deseend en spirale le long du style, jusqu'à la base de Tovàire: cet ovaire contient deux ovules pendants ; un fruit que les botanistes appellent drupe; il est arrondi , divisé sur Tun de ses côtés par un sillon longitudinal , composé d'une peau adhérente à une chair plus ou moins savoureuse , parfumée , qui recouvre un noyau formé de deux valves, qui ne s'ouvrent naturellement que dans la germination , contient une grosse amande blanche à deux lobes, douce ou amère, renversée, c'est-à-dire que sa radicule est dirigée vers le sommet du fruit.

Les diverses pousses de Tabricotier sont des rameaux à bois et à fruits tout à la fois. Les rameaux de l'année sont garnis de boutons à bois et à fruits entremêlés 'sur toute leur étendue , très rapprochés les uns des autres, dans un ordre alterne. Les yeux de ces rameaux se façonnent i fleurs multiples l'année même de Ja formation du rameau, pour épanouir au printemps suivant; ces yeux sont gros, placés sur un support très saillant, surtout vers l'extrémité de chaque rameau. Il arrive souvent, lorsque les arbres sont vigoureux , qu'après le solstice , d'été , les yeux vers le haut des rameaux ouvrent en petites brindilles de deux à huit pouces de longueur, garnies de boutons à fleurs et à bois ; pareille chose arrive aussi quelquefois dans le bas des rameaux vigoureux. Il en résulte que l'abricotier s'épvlse en productions tardives qui n'ont souvent pas le temps de s'aoûter et dont les extrémités périssent pendant l'hiver. Cet arbre a une végétation extrèmenient irrégulière : tanfAtil pousse à peine, et d'autres fois avec excès.

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Les branches se dinudent à mesure qu'elles prennent plus d'âge, rextrëmité des lambourdes cesse de pousser, elle se dessèche, noircit et meurt. Tels sont la marche et les accidents de la végétation naturelle de Tabricotier. C'est an cultivateur à prévoir le dénùment des branches en raccourcissant à temps les lambourdes sur un œil à bois placé vers leur insertion. Il doit être attentif à supprimer, avant le mouvement de la sève, tous les bois morts ou mourants , toujours beaucoup au dessous de la partie morte. Les désordres d'une végétation aussi irrégulière proviennent en grande partie du défaut de circulation de la sève dans un arbre aussi sujet à la gomme que Tabricotier. Cet arbre sera toujours taillé de très bonne heure ; on apportera le plus grand soin à répartir la sève le plus également possible dans les rameaux composant la charpente de l'arbre, aussi bien que dans toutes ses parties ; il devient plus nécessaire -que cette égalité de force soit maintenue dans l'abricotier que dans tout antre arbre. On doit éviter autant que pos* sible d'être forcé de supprimer des rameaux à la taille ; c'est par le pincement et par l'ébourgeonnement très suivi que l'on dirigera les pousses de cet arbre et que l'on atteindra ce but. On supprimera par le pincement tous les bourgeons doubles ou triples ; on pincera très exactement les deux ou trois bourgeons qui se développent ordinairement au dessous du terminal de chaque rameau un peu fort. On pincera de très court les bourgeons qui sont devant et derrière, et enfin ceux qui sont sur les c6tés qui annonceraient devoir prendre trop de force, pour ensuite les raccourcir à deux ou trois yeux lors de la taille. On ne laissera développer que les bourgeons qui peuvent trouver place sans faire de confusion et sans rompre l'équilibre de la sève , afin de n'avoir presque rien à supprimer lors de la taille.

L'abricotier doit nécessairement être traité avec tous les^

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ménagements que nous recommandons lors même qu'il est en plein vent. On fera usage des incisions, sans cependant les prodiguer. On visitera souvent les arbres pour nettoyer jusqu'au vif les plaies occasionnées par la gomme , ayant soin d'appliquer de la terre franche pétrie avec de la bouze de vache sur toutes celles qui sont un peu considérables après le pansement.

Quoiqu'il soit aisé de soumettre l'abricotier à toutes les formes, puisque cet arbre produit très facilement des bourgeons sur la vieille écorce, nous ne conseillons qu'une seule forme, celle en vase monté sur une tige plus ou moins élevée , parce que ce n'est qu'en plein vent que les fruits de l'abricotier acquièrent une chair succulente , sucrée et parfumée } étant toujours fade, sans saveur, et insipide, lorsque ce fruit mûrit contre les murs. La chaleur seule ne suffit pas pour faire développer dans ce fruit le sucre et le parfum dont il est suceptible; il faut encore qu'il soit exposé à l'action du grand air. On peut cependant avoir un ou deax abricotiers en espalier de l'espèce connue sous le nom d'abricotin, par cela seul que cette variété a le mérite d'être très hâtive.

L'abricotier se multiplie de semence; nous neconnaissona que l'abricot de Hollande et l'Àlberge qui se reproduisent constamment les mêmes, lors toutefois que la semence n'a pas été récoltée sur un arbre greffé. Les autres variétés, étant semées, donnent toutes des fruits assez bons pour faire croire qu'il n'y a pas d'abricotier sauvage. On propage les variétés par la greffe sur des sujets de prunier de Saint -Julien oa de gros Damas noir. Il serait plus naturel de les propager sur l'abricotier , mais les pépiniéristes prétendent que ce n'est pas l'usage. Nous n'avons pas d'expériences assez positives à cet égard; mais nous pensons que la végétatioii de l'abricotier, s'il était greffé sur lui-même, «erait mieux

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réglée, moîiis sujette à la gomme, et ne produirait pas des drageons comme le prunier. Nous sommes fondé à croire quUl serait moins sujet à la gomme, parce que nous avons fait élever un certain nombre d'abricotiers de noyaux , qui ont tous porté des fruits sans donner des signes de gomme. On peut aussi greffer ^abricotier sur amandier et sur pécher.

Les terres riches et légères sont les plus favorables à la végétation de l'abricotier, dont la tète doit toujours être exposée au soleil et au grand air. >

Nous ne cultivons que l'abricot Noor, parce qu'il a l'avantage sur rabricot*pèche de mûrir également du côté exposé à l'ombre , comme du cftté'du soleil ; qu'il est plus sucré , plus juteux et plus savoureux, que l'abricot-pèche, auquel il succède immédiatement pour la maturité.

On rajeunit l'abricotier lorsque les branches sont dégarnies sur une trop grande étendue , et que les pousses sont faibles ; alors on recèpe les grosses branches assez près de la tige ou de la greffe ; on couvre ensuite les plaies avec de la poix à greffer ou de Tonguent de Saint-Fiacre. On choisira parmi les jets qui sortiront au dessous du ravalement les plus vigoureux et les mieux placés pour remplacer les branches supprimées ^ on pincera les autres jets de manière à ce qu'ils puissent seulement attirer la sève vers la plaie et la cicatriser. Ce ravalement doit être fait de très bonne heure , toujours avant que la sève soit en mouvement ; en cela il ne faut pas imiter les jardiniers qui attendent pour opérer que les fleurs aient été moissonnées par les gelées printanières , il résulte de ce faux calcul non seulement une grande perte de sève , mais encore que le nouvel arbre s'établit sur des pousses tsgrdives , mal conditionnées, qui s'aoûtent difficilement et ne donnent jamais par la suite de bons résultats.

L'abricotier ne réussit point étant chauffé dans les serres

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ou sous des bâches, parce que ses fruits, parveuns à leur grosseur, se gercent et se fendent lorsqu'ils approchent de la maturité, qu'ils ne peuvent atteindre. Nous n'avons pu encore nous rendre raison de ce fait.

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