‹ La pomone françaiseChapitre 75 sur 76 · DU GROSEILLIER · texte numérisé non relu

DU GROSEILLIER

Les bourgeons du groseillier à grap|>es contieniieiit des yeux à bois, à feuilles et à fleurs; leur extrémité eM toujows terminée par un ceil à bois. Ces bourgeons sont droite , flexibles » prennent une direction verticale. Lenr grosseur^ leur longueur et leur nombre, sont en raison de la qualité du terrain , de Tàge du sujet , et de la taiUe plus ou moiM allongée qu'il a reçue. Les jeunes bourgeons sont sîlloDnés d'une espèce d'épiderme blanchâtre, cendré, qui tombe au premier printemps; ils sont recouverts de quatre écorces, toutes analogues à celles du cerisier : la première et la seconde sont cylindriques et très coriaces; la troisième est spongieuse et fort tendre, ses fibres sont transversales et en spirale ; enfin la quatrième est spongieuse et ses fibres sont longitudinales.

Les feuilles sur les bourgeons sont aHemes, pétloléeSi simples, découpées peu profondément, en trois grandes principales pièces, bordées de dents inégales, terminées par une pointe glandoleuse.

A la base des feuilles sont des yeux pointus, bruns et saillants : ceux à bois et à feuilles sont solitaires; ceux k fleurs sont recouverts de trois écaiHes, dont deux sont caduques et la troisième est une petite foliole persistante. Du centre de ce bouton sort une seule grappe, accompagnée de chaque cAté de deux rosettes c<Hnposées chacune de trois feuiHes, toutes d'une dimension remarquablement inégale. Ces rd-

settefl ont à leur extrëmitë le rudiment nécessaire à lenr prolongement.

Les fleurs épanouissent dés le commencement du printemps; elles sont rangées sur une grappe au nombre de dix à quinze, attachées à la rafle par des pédoncules fort déliés, sortant d'une très petite collerette persistante, qui semblerait destinée à maintenir le pédoncule à sa base. Les flears sont petites , d'un vert Jaunâtre, composées d'un calice en godet évasé, divisé en cinq échancrures, de cinq pétales, de cinq.étamines forts courtes, d'un pistil dont le style, fendu en deux branches, est placé sur un embryon qui devient une baie fondante, succulente, d'un goût aigrelet ou acide, contenant de quatre à douze pépins, et recouvert d'une peau fine, unie, luisante et transparente, terminée par les débris de la fleur, qui sont perristants sur la baie. Les fruits mûrissent en juin et Juillet.

An printemps Técorce des rameaux devient lisse , loisanté» d'mi brun foncé. Lorsque l'œil terminal s'allonge , il sort communément'près de sabase, sur le rameau de l'année précédente, une ou plusieurs grappes, accompagnées de leurs deux rosettes; les autres yeux qui sont au dessons ouvrent à bois, en rosettes, ou à feuilles. Le bouton des rosettes en renferme toujours deux avec ou sans grappe solitaire. Lorsque les rosettes prennent le caractère de brindiOes, elles sont d'antant plus allongées qu'elles sont plus proches du bourgeon terminal.

Le groseillier porte donc déjà quelques fruits vers le haut dn rameau de la dernière pousse; mais, pendant le cours de la saison, les yeux qui sont à la base des feuilles des rosettes, sur ce rameau, se ftçonnent en boutons à fleurs , ainsi qoe les autres, pour épanouir au printemps suivant. On pent, dès la chute des feuilles, apercevoir les nombreux boutons que ces feuilles ont nourris, et qui promettent d'abondantes récoltes pour l'année suivante, c'est-à-diré la troisième

LA MHONB FRARÇAIS& ' 465

année de la formation de cette portfon de la branche ; à la quatrième année , cette même portion de la branche donnera une récolte encore plus abondante; passé cet Age, celte portion de branche tendra à se dénuder et k devenir stérile.

Telle est la marche que suit la végétation du groseillier ; elle nous indique ceiie que nous devons suivre pour obtenir régulièrement de cette plante tout ce qu'eUe peut produire, soit en qualité, soit en quantité, sans trop altérer son existence.

Notre expérience, jointe à nos observations, nous a conduit à élever le groseillier enpéjjnière en le propageant de boutures prises sur des pieds en plein rapport, sains et vigoureux, nullement sujets à la coulure, portant de longues grappes garnies de grains transparents et espacés.

Nous plantons le groseillier A l'air libre, en massif, plutôt que dispersé sur les plates-bandes; nous y avons trouvé propreté, écononiie de terrain et de temps, aoit pour la culture, soit pour la cueille du fruit. La distance entre chaque touffe est de 1 mètre 3S centimètres en tous sens.

Le jeune plant de groseillier doit être bien enraciné; on le rabattra, en le plantant à demeure, sur trois ou quatre yeux, afin d'obtenir trois ou quatre bourgeons qui seront le commencement des premières branches. On détruira avec soin tous les bourgeons qui prendraient naissance sur la souche : les gens de Louveciennes ont pour cette opération une houlette étroite , coupante, montée sur un long manche.

Au temps de la taille, les trois ou quatre jeunes rameaux destinés i la formation de la touffe seront raccourcis, suivant leur force , sur le premier œil bien constitué vers le sommet. Il ne faut pas perdre de vue que ce senmt les rosettes, que cette taille favorisera, qui donneront une récolte abondante l'année suivante, et que les grappes, sur le groseillier à fruit ronge ou blanc , sont toujours |rius grosses et

468 LA POXOUB frahcaisb.

phis multipliées vers le haut de la portion de branche en rapport que vers la base. Ainsi une taille trop allongée lais^ serait les yeux du bas sans production , indépendamment qu'il est préférable de faire nallre le fruit près du sol , sans toutefois l'exposer à être sali par la terre : les premières grappes doivent être à environ 3S centimètres au dessus de la terre.

Si après cette taille les yeux du haut ouvrent en bourgeons, on les raccourcira à la taille suivante en coursons, comme on taille la vigne. On continuera chaque année à étendre ainsi le prolongement de chaque branche sans y laisser s'établir de ramification ; il ne doit s'en trouver que dans le bas des branches lorsqu'elles sont Jugées nécessaires soit à la création de nouvelles branches , soit au remplisage des anciennes ou d'un vide. On augmentera successivement le nombre des branches , suivant l'âge et la force de la plante. On ne laissera se développer que les bourgeons nécessaires à la formation graduelle de ces branches composant la charpente de l'arbre , dont le nombre ne doit pas dépasser neuf ou dix , afin d'éviter la confusion, de ménager aux branches assez d'air entre elles^ et faire que leurs productions ne soient pas étiolées. Ce n'est qu'après six ou sept années qu'une touffe de groseillier est formée et qu'elle a atteint le maximum de son rapport. Toutes ses branches doivent être disposées à former un vase.

En suivant régulièrement cette méthode, les branches se trouveront chaque année surmontéesd'une nouvelle pousse. Lorsqu'une branche sera composée de six pousses , on la supprimera avant qu'elle soit surmontée de la septième; dans ce cas , on aura pourvu à son remplacement par un jeune bourgeon sorti du talon d'une branche. S'il ne se présente pas de bourgeon , on opérera de même la suppression, parce qu'elle provoquera presque toujours la sortie

LA POHOHB FRAUÇABB. 4ff1

d'un bourgeon de remplacement ; on ftivorisera ce bourgeon dans sa pousse.

II est à propos de faire remarquer qu'en supprimant régulièrement une ou plusieurs branches pour maintenir la touffe du groseillier dans l'état le plus favorable à sa fructification, on est forcé de sacrifier les deux dernières pousses qui la surmontent avant qu'elles aient produit; la troisième pousse, celle d'après, n'aura produit qu'une fois; la quatrième, celle du dessous, aura donné deux récoltes; la cin- . quième, encore au dessous, trois, et enfin la sixième, la plus ancienne, quatre récoltes, après lesquelles cette sixième portion de la branche commence à se dénuder; elle deviendrait tout à fait stérile et absorberait inutilement une quantité de sève qu'il est mieux de ménagerpour les portions de branches qui produisent. En un mot, il faut, autant que possible, ne point laisser de bois inutile sur les branches, ce qui est facile en les supprimant toujours à propos et avant qu'il s'en établisse. C'est par cette raison que , Tannée où l'on supprime une branche , on retranche par avance , après que le fruit est noué , les deux dernières pousses du sommet, qui absorberaient inutilement beaucoup de sève ; cette opération favorise et le fruit, et le bourgeon de remplacement.

Nous avons l'habitude de ne point laisser subsister de branche au delà de l'âge de cinq à six ans, autant pour ne point donner trop d'élévation aux branches que pour ne pas surtout épuiser la souche en lui laissant alimenter des portions de bois dénudées et inutiles à une belle fructification. Nous avons observé que la portion de branche qui a atteint quatre ans est tellement chargée de fleurs, et les grappes y sont si multipliées, si proches les unes des autres, que les feuilles qui devaient les alimenter et les accompagner avortent ; il en résulte que la plante s'épuise , que le fruit reste petit, peu succulent, et que les grappes, réu-

468 ' LA POHOBTB FEARÇABB.

nies en paquet , ne laissent pas l'àir ressayer rhnmidité causée par les pluies ou les rosées ; la moisissure s'établit au centre et avarie promptement toute la masse : dans ce cas, l'abondance est une double perte pour le propriétaire. Nous n'avons encore rien trouvé qui ait pu obvier promptement à cet inconvénient. En résumé, le groseillier doit être conduit de manière à ce que chaque branche arrive successivement à être composée de six pousses au dessus les unes des autres, et à supprimer les branches avant qu'elles soient surmontées de la septièàie pousse.

Les personnes qui récoltent chaque année beaucoup de groseilles , sans avoir pris aucun soin , seront très portées à croire qu'il est parfaitement inutile d'appliquer l'ar de la taille et celui de la culture à leurs groseilliers ; dans ce cas, elles continueront à récolter des fruits inégaux dans leur volume , des grappes dont les grains ne contiennent qu'un jus aigre et peu abondant. Il faut cependant que ces personnes sachent que le groseillier bien cultivé offre des fruits tellement beaux, qu'ion croirait qu'ils appartiennent nne à variété inconnue chez nous. C'est surtout en Hollande que nous avons remarqué, pour la première fois, combien la culture a d'influence sur la beauté et la saveur des fruits du groseillier.

Le groseillier peut s'élever sur'une seule tige; mais il réussit mieux en touffe , composée de trois pieds plantés dans le même trou en triangle. Il se propage ordinairement de boutures, de marcottes et d'éclals^On est dans le mauvais usage, lorsqu'il a épuisé la terre où il est planté, de Tarracher, et d'éclater les plus jeunes brins pour les planter dans une autre terre. Les habitants de Marly, Louveciennes, Yoisiue, La Selle, Saint-Gloud, etc., qui cultivent une grande quantité de groseilliers en plein champ , préfèrent le propager de boutures mises en pépinières, où elles restent deux ans. Ces cultivateurs apportent beaucoup de soin dans le choix

LA POHOIIB FRA1fGAlS& m

de ces boutures; ils les prennent sur les touffes qu'ils ont marquées pendant la belle saison pour 6tre les plus franches, c'est-à-dire qui ne sont point sujettes à la coulure , dont les feuilles sont larges et d'un beau yert, les pousses yives^ élancées, bien nourries, lès grappes longues , le grain transparent, gros, et bien espacé sur la grappe. On eonçoit facilement qu'une variété de fruit quelconque , toujours ainsi propagée, doit se conseryer jeune et abondante aussi long* temps que l'homme voudra prendre soin de sa propagation. Cependant quelques auteurs, dont la science d'ailleurs a ex« cité notre admiration, ont émis assez récemment une opinion toute contraire : ils prétendent que les variétés, ainsi que les individus^ n'ont qu'une existence limitée , et qu'elles disparaissent totalement lorsqu'elles ont atteint cette limite. Ils se fondent sur ce que le rameau , soit de la greffe , soit de la bouture ou de la marcotte, dont on se sert pour les propager, n'est que la continuation d'une portion d'un individu périssable, plus ou moins près de sa fin. Ce raisonnement serait fondé si l'on prenait le rameau toujours sur le même individu , ou sur des individus Agés ou maladifs ; il arriverait une époque où cette portion d'un individu malade , caduc , reproduirait la maladie ou la caducité : dans ce cas seulement la variété périrait, ainsi que son type. Nous citerons un fait à l'appui de cet axiome. Il se trouvait, sur notre domaine de Yille-sur-Arce , un pommier de Bambourg d'été dont le fruit était d'une grosseur extraordinaire. Cet arbre avait déjà dépassé l'Age de cent cinquante ans, que les habitants des villages environnants continuaient toujours d'y venir prendre des greffes. A la fin , les arbres qui en provenaient étaient chancreux , galeux , et atteints de toutes les infirmités de la caducité. En conclura-t-on que cette variété avait atteint le terme de sa durée, ainsi que tout ce qui provenait d'eHe? N'est-ii pas évident que, si cette belle va. riété eût été moins extraordinaire , on n'aurait pas pris

470 iA POMOTTB FRANÇAISE.

exclusivement des greffes sur le type même , et que , si l'on avait agi d'après les principes des gens de Louveciennés, cette variété serait encore dans toute la force de sa première jeunesse^ parce que c'est sa force, sa Jeunesse, et non sa caducité, que l'on eût toujours propagée en prenant des rameaux sur des sujets vigoureux? Ceci nous indique suffisamment que nous devons attribuer le dépérissement de nos meilleures variétés de fruits à Tignoranoe des causes qui l'ont produit plut6t qu'à la nature, tellement bienfaisante dans ses dons, qu'elle nous a confié le min de les propager et de les maintenir toujours purs, toujours Jeunes et durables. Nous nous sommes déjà expliqué à cet égard plus amplement aux articles Poirier et Pommier; ■ nous espérons que le lecteur est devenu plus familiarisé avec notre méthode , et que nous sommes mieux compris. Nous terminerons en ajoutant que l'observateur attentif, qui se rend compte des procédés employés Journellement sous ses yeux , peut également puiser dans tous, bons ou mauvais , d'utiles leçons.* En effet , nous venons de voir que les gens de Yille-sur-Arce ont, à cet égard, contribué à notre instruction aussi bien que ceux de Louveciennes (1).

Nous avons dit que les cultivateurs de Louveciennes préfè-

(1) Les calUvateon de LouTedennes ne sont pu les seuls qoi aient reeoDna qne la boatare choisie avec discernement était le moyen le pins assoré de propager les yariétés dans toute leur pureté ; ceux de Thomery , près de Fontainebleau, ont également reconnu cette yérité pour la vigne ; ils s^n servent même comme d^un moyen de perfectionner les variétés : ainsi on cep qui porte accidentellement des firuils plus hâtifs, plus beaux qu*un autre, est marqué pow fournir des boutures on crossettes. S'il arrive à ces cultivateurs attentif^ de mar cotter une vigne usée , ruinée, ce n'est Jamais pour planter eux-mêmes ces marcottes, mais bien pour les vendre; c'est le dernier produit qu'ils tireol d'une mauvaise souche avant de la mettre au feu. H arrive que les particsilers

LA POHONB FRAlfCAISB. 471

raient propager le groseillier pardesbootares plotM que par des éclats pris sur les vieilles souches qui ont épuisé leur terre et qui sont elles-mêmes ruinées. On pourrait s'étonner que ces cultivateurs , qui se montrent si éclairés relativement aux moyens de la propagation , plantent leurs groseilliers sous l'ombre de toutes sortes d'arbres, même soos celle du noyer. Us n'ignorent cependant pas le que groseillier serait infiniment mieux placé à l'air libre, que le fruit y serait plus beau et plus abondant ^ mais ils ne connaissent aucune autre plante dont ils puissent obtenir des récoltes à peu près passables sur un terrain et un emplacement aussi défavorables. La conduite de ces particuliers^ qui sont vraisemblablement dans la nécessité de tirer un parti quelconque de la moindre parcelle de leur terrain , ne doit pas être à cet égard une régie pour l'amateur ou le propriétaire qui fait, cultiver pour ses jouissances et sa propre consommation.

Les variétés les plus connues du groseillier à grappes sont : 1^ le groseillier ordinaire , à fruit rouge ou blanc ; 2^ celui à fruit rose, couleur de chair; 3^ le groseillier de Hollande, à fruit rouge ou blanc; 4^ le groseillier à feuilles d'érable; S^' une variété à très gros fruit, rouge foncé , cultivée plutôt comme objet de curiosité que pour l'usage; le fruit, sans être cassant, en est|ferme et contient peu de jus; 6<> le cassis ou poivrier, à fruit noir.

qui achètent ces sortes de plants s'étonnent que de la Yigne achetée! è Fontaibleau même produise de mauvais fruit et en aussi petite quantité ; alors ils s'en prennent à leur terrain et se persuadent que celui de Fontainebleau est éminemment et exclusivement propre à la culture de la vigne. Cette erreur est tellement accréditée, que nous n'osons nous flatter de la détruire entièrement. Quoi qu'il en soit, ces cultivateurs sont coupables envers les acquéreurs , puisqtt^Is agissent avec connaissance de cause. Hais l'on ne peut nier que les variétés chez eux se conserveront dans toute leur pureté; elles pourront même s'y perfectionner, tandis qu'ailleurs elles iront toujours en dépérissant de plus en plus et donneront lieu de croire mal h propos qu'elles n'ont qu'une exiatence limitée.

Les variétés à fruit blanc, comme tontes celles non colorées , sont en général pins donces, moins acides qne les antres. On mêle le Jus de ces variétés avec celui des rouges pour donner à celui-ci , par la, cuisson , plus de transparence.

Le fruit de la groseille couleur de chair est gros, espacé sur de longues grappes. La gelée faite avec le jus de cette groseille a une belle couleur, se conserve mieux et retient davantage le goût de la groseille, parce que cette variété, plus tardive , mûrissant après les chaleurs de la canicule , n'est pas aussi exposée ^ fermenter , quoiqu'on la laisse moins long-temps sur le feu. On peut obtenir le même avantage des autres variétés plus précoces en faisant empailler les groseilliers lors de leur maturité , par un temps très sec, afin de les garantir de Thumidité des pluies , des brouillards, et de celle des rosées ; les fruits ainsi abrités se conservent parfaitement bien Jusqu'aux gelées. Quelques personnes effeuillent les groseilliers avant de les empailler; nous nous en abstenons dans la crainte de faire développer dans le fruit trop d'acide.

La variété à fruit blanc de la groseille de Hollande a la peau extrêmement fine, ce qui l'expose à s'avarier; la peau de ce fruit est tellement blanche et transparente, que l'on pourrait compter les pépins qu'elle recouvre. Le grain est gros, espacé sur de longues grappes; ce fruit est moins acide que celui de toutes les autres variétés. Le feuillage et le bois sont d'un Jaune pâle qui contraste d'une manière très prononcée avec celui à fruit rouge. Le fruit du groseillier à feuilles d'érable est rouge, la grappe longue, le grain gros et extraordinairement acide. Le bois de ce groseillier a des proportions en longueur et grosseur plus que doubles de celles des autres groseilliers. On peut élever cette variété comme un petit arbre. Les variétés qui méritent d'être préférées sont le groseillier de Hollande et celui à fruit rose.

LA POHONB FRAIVÇAISB. 473

Le jas de*groseine cru ou cuit passe pour être rafraîchissant et tempérant.

Le cassis ou poivrier est originaire de la Suisse et de la Suède. C'est un arbrisseau aussi touffu que le groseillier à fruit rouge; ses feuilles sont plus larges , légèrement pubescentes en dessous; toutes ses parties ont plus de volume ; les bourgeons sont plus gros , plus rares , lisses , luisants , d'un jaune pâle. Les boutons à fleurs garnissent le bas aussi bien que le haut du rameau d'un an. Ces boutons ne contiennent qu'une seule rosette accompagnée d'une grappe, ou de deux sur les forts bourgeons: Les grappes sont garnies de dix à douze fleurs à doubles pétales, verdàtres , lavées d'une teinte de violet roussAtre foncé, en godet rond et profond. Gomme les fleurs du bout des grappes épanouissent long-temps après celles du talon elles sont exposées à la coulure. Toutes les parties de cette plante ont une odeur très forte que beaucoup de personnes trouvent désagréable.

Le cassis diffère des autres groseilliers à grappes en ce que ceux-ci ne commencent à donner de récolte abondante que sur le bois de deux ans, et le cassis sur celui d'un an ; la grappe des uns est accompagnée de deux rosettes, et dans le cassis, au contraire, les rosettes sont solitaires et les grappes doubles. La suppression d'une branche, dans le cassis , n'entraîne la perte d'aucune portion de la branche avant qu'elle ait produit, si ce n'est de la pousse de l'année. Les branches seront supprimées la quatrième année après leur rapport , c'est-à-dire que la branche supprimée sera toujours surmontée de quatre pousses.

Les moyens de multiplication sont les mêmes que pour les autres groseilliers à grappes.

On attribue aux feuilles et au fruit du cassis des propriétés médicinales : les feuilles prises en infusion sont apéritives , propres à la digestion ; on fait avec le jus du fruit un sirop

474 LA POIHONB FRANfiAlSB.

pour les maux de gorge, ce qui lui a fait donner, dan» quelques contrées, le nom de baie à l'esquinancie ; le fruit, infusé dans de l'eau-de-vie, tempère l'ardeur de Testomac, et n'échauffe pas, dit-on, comme les autres liqueurs spilitueuses. .Les propriétés , vraies ou fausses , attribuées au cassis , donnent lieu à un commerce assez considéra* bie , dont les produits sont consommés à Paris et dans ses environs. Senlis est réputé pour ses fabriques de ratafla de

Le groseillier épineux a les mêmes caractères que ceux du groseillier à fruit noir. Les brins sont beaucoup plus minces I s'élèvent moins, et prennent en croissant une direction arquée, le bout tendant vers la terre , où il s'enracine lorsqu'il y repose.

Les bourgeons de l'année sont, au temps de la maturité, des fruits fauves à la base, blanchâtres an sommet. Les feuilles sont légèrement pobescentes des deux côtés, grandes, lui- ' santés, d'un vert foncé, les unes arrondies et peu découpées, les autres divisées en trois lobes principaux assez allongés; leur support est orné^ à sa base^ de trois forts aiguillons dans les deux tiers de la longueur du rameau, et d'un seul aiguillon dans l'autre tiers. Ces aiguillons n'ont d'adhérence que pendant l'année de leur formation, après quoi ils meurent, sèchent, et se détachenjl facilement. Les boutons à Oeurs, comme dans le cassis, ne contiennent qu'une seule rosette et une fleur solitaire ou géminée portée sur un pédoncule 9Bfiei long; lorsqu'il y a deux fleurs ensemble, elles ont le même pédoncule. Le fruit est beaucoup plus gros que celui des groseilliers à grappes; il est couvert d'une peau dure, qui contient une chair fondante, pleine d'eau acidulée, plus ou moins sucrée, et de douze à trente pépins. Dans quelques variétés, l'ovaire est garni de deux sortes de poils , les uns soyeux et plus nombreux, les autres plus gros, plus courts, et terminés par une tète colorée, visqueuse , c'est cette der-

liA POMONB FRAirÇAISE. 475

nière sorte de poils, que Ton peut appeler papiUej qui granilit avec le fruit et le reod hérissé. Le fruit est terminé par le calice , desséché.

Les bourgeons de la nouyelle pousse sont garnis dans toute leur étendue d'yeux qui se façonnent à Qeurs pour épanouir r-aiinée suivante , excepté le bourgeon terminal , qui est à bois ; les boutons sur lesquels on .taille poussent à bois.

La fructification du groseillier épineux est comme celle du cassis ; elle a lieu sur le bois d'un an y et successivement anr celui de deux et de trois ans, après quoi les rosettes, sur ces portions de branches, s'oblitèrent. On pourvoira donc au remplacement des branches qui auront produit trois récoltes. Au temps de la taille, on raccourcira en coursons tous les bourgeons qui auraient poussé sur les rameaux, excepté ceux qui né se seraient avancés que de 2 à 3 centimètres, et ceux qu'on jugerait nécessaires pour former de nouvelles branches et des branches de remplacement. On aura aussi l'attention de laisser assez d'espace entre les branches pour faciliter la cueille des fruits.

Le groseillier épineux se propage par drageons , par le couchage, ou par boutures. Les drageons qui sortent de la souche doivent être soigneusement supprimés avant leur entier développement.

Les semis ont produit une grande quantité de très belles variétés, dont les plus remarquables sont décrites et peintes dans le savant et magnifique ouvrage de MM. Poiteau et Turpin ( Le nouveau Duhamel). On y voit les variétés à fruit lisse ou velu , rond ou oblong, colorées dans toutes les nuances. Nous avons trouvé chez M. Berlin, à Versailles, la réunion complète de cette intéressante collection. C'est en Angleterre et en Hollande que l'on a obtenu la plus grande partie de ces variétés.

Les pâtissiers et les cuisiniers anglais et hollandais font

479 LA POVONB FRANGAISB.

nn fréquent usage des fruits du groseillier épineux avant leur maturité. Nous avons fait exprimer le jus de cette groseille, étant mûre, pour en faire une confiture, qui est plus délicate que celle qu'on fait avec la groseille à grappes*

LA POIMMB FEARÇAISB. «7

BU FRA3WB0ISIER.

Le raisonnement et Texpërience nous ont appris qae, pour appliquer à chaque plante lé genre de culture qui lui convient le mieux, il fallait d'abord avoir observé et suivi attentivement la manière particulière de végéter de chacune d'elles , afin de favoriser leurs (habitudes ou de les contrarier suivant nos intérêts, et d'être en état de soumettre à l'expérience la culture indiquée par cette étude, ne l'admettant définitivement que par l'autorité de succès toujours constants.

Nous avons donc fait précéder la culture de chaque arbre par des observations sur leur manière de végéter, commentant toujours par des espèces dont la végétation donne les résultats le moins compliqués , et dont la culture semble par cette raison offrir le moins de combinaisons; nous espérons par là rendre plus facile à nos lecteurs la méthode d'enseignement que nous leur proposons de suivre.

'La plupart des jardiniers sont tellement persuadés qu'ils savent tout ce qu'ils doivent savoir sur la culture du framboisier, que beaucoup ne daigneront pas lire cet article; ils ont même sous les yeux la manière dont les cultivateurs de la campagne tirent avec intelligence parti du framboisier sans que ce soit pour eux une leçon utile ; ceux-là sont très éloignés de penser qu'ils pourraient, par quelques observations suivies , se rendre capables de faire constam-

478 LA POmnB FRAHGAISB.

ment produire an framboisier, et à tons les aiiires em général, des récoltes plus belles, plas abondantes et pins assurées, tout en répandant sur leurs travaux plus d'intérêt et plus de satisfaction. Tel est l'esprit de conduite que nous voudrions transmettre aux cultivateurs. Nous avons pensé en faire ressortir davantage l'utilité en appliquant des lois rationnelles à la culture du framboisier, tout à fait négligée jusqu'ici , autant par les Jardiniers que par les auteurs qui nous ont précédé.

Le bois du framboisier contient beaucoup de moelle ; il est spongieux, cassant, garni, dans quelques variétés, de points épineux, très courts, colorés comme le fruit. Ce bois meurt après la seconde année de sa formation.

I! est renouvelé chaque année par de nouveaux drageons sortis au pourtour du collet de la souche ou des racines ; ilsont depuis 1 m. 3S cent, jusqu'à 2 m. de longueur; ils soni munis, dans toute leur étendue, de feuilles alternes , ^composées de trois à cinq folioles de grandeur inégale , allongées, arrondies vers la queue, terminées régulièrement en pointe, dentelées profondément et surdentelées.

La queue de chaque feuille couvre à sa base deux yeux : l'un, très petit, est destiné 'à produire une seule feuille; l'autre, gros, à produire une brindille à fruit, longue de 10 à 40 centimètres.

Au printemps suivant, ces yeux se développent ; la brindille (s'allonge et produit dans un ordre alterne de très petits rameaux accompagnés d'une feuille à leur base. Chaque rameau se divise en plusieurs filets ou pédicules déliés , couverts d'une gaine ou foliole à leur nai9sance, et terminés par un bouton conique à fleurs.

La fleur est composée d'un calice divisé en cinq grandes échancrures longuettes et pointues, de cinq petits pétales blancs, d'un très grand nombre d'étamines disposées en deux rangs, couchées, serrées, rassemblées contre un fsi-

lA POHONB PRARÇAISB. 479

sceau de styles terminés par leurs stigmates, qui reposent sur autant d'ovaires oblongs, attachés sur un support commun au fond du calice ; ces ovaires deviennent de petites baies succulentes, qui, jointes ensemble sur le support, forment le fruit liémisphérique nommé framboise. La graine du framboisier est renfermée dans la chair du fruit ; celle du fraisier est à nu en dehors du fruit. Le genre framboisier est celui qui a le plus de rapport avec celui du fraisier.

Après la récolte ou plutôt après l'époque de la maturité des fruits, .les brindilles sèchent, et la tige qui les porte meurt ; elle est remplacée, comme nous venons de le dire, par des drageons sortis au printemps au pourtour du collet de la souche ou des racines.

D'après cet exposé du cours ordinaire de la végétation du framboisier, il est évident que l'on ne doit laisser développer que la quantité de drageons nécessaire au remplacement de ceux qui meurent après la récolte. On arrachera donc, vers le milieu de juin, tous les drageons Jugés inutiles 3 on ne les laissera ni s'enraciner, ni épuiser la souche et la terre, ni ombrer les fleurs et les fruits. H suffira de réserver quatre ou cinq drageons au plus par toufTe en plein rapport ; ceux-ci acquerront plus de force et fourniront des fleurs mieux élaborées et des fruits incomparablement^ plus beaux , plus nombreux et plus savoureux , sans que la souche soit épuisée par des pousses superflues, ainsi que cela se .voit dans presque tous les jardins.

Les tiges du framboisier, se renouvelant chaque année par de nouveaux drageons formés au pourtour de la couronne de la souche, indiquent suffisamment au cultivateur que la souche doit être entretenue dans une situation favorable pour fournir long-temps à une succession nombreuse de forts drageons bien conditionnés. On parviendra à ce but en plantant les framboisiers dans des rigoles, afin que la

souche reçoive chaque année un léger chargement de terre, et que le^ racines profitent des engrais qu'on y déposera. Le jeune plant ainsi traité croîtra promptement et s'établira avec vigueur. Lorsque, après six ou sept années de plantation, les rigoles se trouveront comblées, on continuera de charger les souches de terre, en la prenant sur les ados Jusqu'à ce qu'ils soient creusés, et que les souches se trouvent assez élevées au dessus du sol pour être fatiguées par les sécheresses i alors on avisera à faire une nouvelle plantation, afin de détruire l'ancienne, lorsque celle-ci conunencera à être en rapport, ce qui arrive la seconde ou la troisième année de la plantation.

On mettra , au commencement du printemps, en rigole le plant de framboisier destiné à une nouvelle plantation; il restera ainsi en pépinière jusqu'à l'automne de la même année , où il pourra être employé. Le plant sera^tonjoiirs choisi sur des touffes en bon rapport, non fatiguées par l'âge ou par toute autre cause.

Le terrain destiné à une plantation de framboisiers sera exposé à l'air libre et profondément labouré, puis façonné en rigoles de 50 centimètres de largeur sur 40 de profondeur. Les terres provenant de la fouille seront mises de chaque côté en ados. La distance du centre d'une r%ole à l'autre centre sera de 1 m. 65 cent. Les framboisiers seront plantés dans le fond des rigoles, et espacés |de 1 mttce 35 cent. On mettra dans chaque trou deux forts dr^eons ^vés en pépinière, bien enracinés, et qui seront çiunis à leur collet de rudiments de nouvelles pousses déjà apparents. On raccourcira ces drageons à 12 oul5 centimètres au^essus de terre. On ne doit point viser à obtenir du fruit cette première année , mais de nouveaux drageons ; ce sont enx qui assurent la réussite de la plantation. La jeune plantalion sera entretenue par de légers binages, des engrais, et de faibles chargements [de terre. Les souches devront être

LA POMONB FRANÇAISE. 48t

ffumëes au moins deux ou trois fois avant que les rigoles soient comblées. On pourra , les deux premières années , cultiver 9 sur les ados, des carottes, de l'oignon , des fraisiers, en ayant soin que ces cultures ne fassent pas descendre la terre dans les rigoles , qui ne doivent être comblées que peu à peu chaque année.

Au mois de mars, lors de la taille, après avoir débarrassé les toufTes de tout le bois mort, on raccourcira les tiges selon leur force, depuis deux jusqu'à quatre pieds au dessus de terre. Leur force consiste à pouvoir soutenir sans être renversées les brindilles chargées de fruits qui naîtront sur elles. Si le temps semblait devoir faire craindre des gelées tardives , on différerait la taille d'une quinzaine de Jours et même plus ; dans ce cas, il n'y aurait d'exposées que les pousses du sommet. Après que les gelées ne sont plus à craindre, soit qu'elles aient ou non offensé les jeunes pousses du sommet , on raccourcit les tiges sur les yeux qui , n'ayant pas ouvert, se sont trouvés garantis ^ par ce moyen, la récolte est plus assurée ; mais il ne faut pas sans nécessité user de ce procédé, qui épuiserait la souche.

On doit savoir que tous les yeux sur les tiges sont à fruit. Le but de la taille est de faire ouvrir tous les boutons qui restent sur la tige raccourcie, jusqu'à un pied environ au dessus de terre. Il ne faut pas tailler trop court afin d'éviter de faire naître des fruits plus bas, ils seraient exposés à être avariés et salis. Tous les boutons étant à fleurs , ils se développent après la taille en brindilles plus ou moins allongées suivant qu'elles sont plus près du sommet de la tige raccourcie ; ces brindilles sont garnies de feuilles à l'insertion desquelles sont des grappes de fleurs, et chaque brindille est terminée par une grappe de fleurs. Il convient donc de proportionner la longueur de la taille des tiges à leur grosseur et à la quantité de brindilles dont elles sont char- }jées.

48i LA POnONB FRANÇAISE.

Si l'on ne raccourcissait pas les tiges du framboisier, il en résulterait que les boutons du centre ne donneraient que des brindilles avortées, ou même s'oblitéreraient comme ceux du dessous ; les plus fortes brindilles se formeraient vers le sommet de la tige, qui, étant trop faible et trop flexible dans cette partie , ne pourrait ni bien nourrir ni même soutenir une si grande quantité de brindilles chargées de fruits. Il est donc d'une nécessité absolue de tailler le framboisier, afin de faire tourner à l'avantage du fruit les sources abondantes dont cette plante est douée pour en produire.

Si, au lieu de raccourcir les tiges, on les coupait toutes ou en partie, rez terre, il arriverait que les nouveaux drageons produiraient vers leur sommet , avant la fin de la saison , une grappe de fleurs à Tinsertion de chaque feuille. Cette floraison anticipée est nécessairement plus tardive que celle qui vient sur le vieux bois ; elle en diffère encore en ce quej l'œil qui devait se façonner et produire après l'hiver une brindille contenant plusieurs grappes ne produit sim* plement qu'une grappe.Le nouveau drageon, presque encore herbacé , fonctionne comme le ferait la brindille. Il semblerait que la souche ou les racines du framboisier contiennent une quantité considérable de substance propre à la formation des fruits, et que, lorsqu'on supprime les or^ ganes qui étaient préparés dans le courant de l'année précédente pour la recevoir^ elle se porte avec abondance dans les nouveaux organes, avant même qu'ils aient reçu leur entière formation. Ce fait semblerait devoir fixer l'attention des physiologistes ; quant aux cultivateurs, il leur suffit de connaître son existence ; ils pourront s'en servir pour prolonger de plusieurs semaines la récolte sur une certaine portion de leurs framboisiers, et faire coïncider la maturité de ces plants avec l'époque où l'on confectionne la gelée de groseille, parce qu'alors le prix de la framboise est plus élevé. Les fruits du framboisier n'atteignent leur grosseur que

LA POMONB FRAHÇAISB. 48S

sacceMiTement, suivant la place qu'ils occupent sur les grappes , et mûrissent de même. Les habitants de Louveciennes , Yoismè, Bougiral , Marly, Yincennes, etc., qui cultivent le framboisier dans les champs avec beaucoup plus d'intelligence qu'on les cultive dans nos jardins , estiment que la récolte de la framboise se fait en quatre ou cinq cueilfes , dont aucune ne peut être différée d'un seul jour, parce que le fruit, étant mûr, tourne promptement, et le moindre vent qui agite la plante le fait tomber. Malgré cette sujétion , la culture du framboisier est d'un assez bon produit pour que beaucoup de cultivateurs aux environs de Paris lui consacrent exclusivement de bonnes terres très bien exposées.

Nous ne possédons encore que trois sortes de framboisiers qui peuvent être cultivées avec avantage dans nos Jardins :

lo Le framboisier à fruit rouge on jaune, que l'on cultive le plus ordinairement aux environs de Paris. Le fruit de ces deux variétés affecte la forme pyramidale. Il existe dans la même sorte une variété à fruit rouge de forme sphérique^ cette variété offre l'avantage d'être plus persistante sur la ^appe, ce qui la fait rechercher par plusieurs cultivateurs, quoique le fruit en soit moins beau. Le bois de ces variétés est jaunâtre, uni , lisse, sans épines ou presque sans aspérités.

^ Le framboisier à gros fruit rouge et jaune. Nous tenons cette variété précieuse de H. Berlin, pépiniériste-propriétaire à Versailles, qui n'a pu nous apprendre ni son nom ni son origine. Quoi qu'il en soit, le fruit de cetie variété est plus hâtif, plus gros, plus doux que celui de la framboise ordinaire. Le fruit jaune de la même sorte est encore plus hâtif et beaucoup plus sucré que le rouge de la même variété. Le bois de la variété à fruit rouge est fortement coloré, parsemé de petits points épineux noirâtres ; celui de

484 LA POMOHB FRANÇAISB.

la variété à fruit Jaune est plus gros^ coloré de jauue, ainsi que ses aspérités, qui sont extrêmement nombreuses. Lorsque les drageons de cette variété sont encore très tendres , ils sont exposés à être attaqués, un peu au dessus de terre, par une espèce de ctiarançon qui occasionne une plaie. Quoique le drageon, en terminant sa croissance, recouvre cette plaie, le bois n'en reste pas moins vicié dans cette partie; il y est cassant et sujet à être décollé par les vents. Cest pourquoi nous recommandons d'attacher par un lien les jeunes drageons de cette variété aux anciennes tiges. On aura aussi l'attention , lorsqu'on arrachera les Jeunes drageons trop nombreux*, de supprimer de préférence ceux que les insectes auraient offensés. Le feuillage de la variété à fruit rouge est d'un vert foncé ; celui de la jaune d'un vert plus tendre.

Z^ Le framboisier des Alpes, ou des quatre saisons. Ce framboisier fleurit quelquefois Jusqu'aux gelées. Le fruit de cette variété, ou plutôt de cette espèce, est rouge et sphérique, plus acide et plus parfumé que celui des autres sortes; nous ignorons s'il en existe à fruit jaune. Le feuillage et le bois du framboisier des Alpes sont d'une couleur terne , les points épineux sur le bois sont d'une couleur foncée ; les boutons sont plus rapprochés que ceux des autres variétés.

Ce framboisier porte deux fois du fruit sur la même tige, mais non la même année : une fois à l'automne, sur l'extrémité des nouveaux drageons de l'année , et une seconde fois au printemps suivant sur ces mêmes drageons, que l'on raccourcit après l'hiver, au dessous des boutons qui ont ouvert Tété précédent ; d'où il résulte que cette espèce de framboisier ne diffère des autres variétés que par une floraison anticipée sur du bois qui n'a pas encore atteint son entier développement. Nous avoDS dit plus haut que les boutons qui ouvraient par an! icipatioD , au lieu d'ouvrir en

LA POHONB FRANGAISB. 48tt

briDdilles chargées de grappes, ne prodaisaient qu'âne senle grappe de flenrs , et qu'alors le drageon terminé par une grappe de fleurs fonctionnait comme la brindille. Dans ce cas, le sommet des drageons, étant chargé d'une multitude de grappes, est entraîné vers le sol^ il devient utile pour la conservation des fruits de ne pas les laisser reposer sur la terre : on les soutiendra donc en les attachant simplement après les tiges de l'année précédente , de façon seulement que les sommets ne touchent pas la terre. Si on maintenait dans une direction verticale la partie qui doit fleurir, il en résulterait l'avortement des fleurs en tout ou en partie. Les grappes du framboisier sont naturellement inclinées, et doivent rester telles.

Si, après avoir taillé le framboisier des Alpes, il arrivait que les gelées ou toute autre cause eussent totalement détruit la floraison du printemps , alors celle des nouveaux drageons aurait lieu non seulement sur leur extrémité, mais encore sur presque toute leur étendue 3 dans ce cas , il ne resterait que peu d'yeux sur lesquels on pourrait tailler au printemps suivant, ce qui occasionnerait une grande perturbation dans toute la plante. Pour obvier autant que possible à ces inconvénients, on ne se pressera jamais de tailler le framboisier des Alpes, et l'on ne détruira les nouveaux drageons trop nombreux qu'après que les premiers fruits seront noués. Les gelées printanières ayant des conséquences plus graves pour cette espèce de framboisier, on lui donnera un terrain où elle y soit moins exposée.

Soit que le framboisier des Alpes soit plus délicat, que son fruit soit moins beau, ou que sa culture ne soit pas assez appropriée à ses exigences, toujours est-il que nous avons remarqué que cette espèce n'était point cultivée dans led champs parmi le framboisier ordinaire, et qu'elle était même rare dans les jardins.

Nous pourrions, sous le rapport seulement de la consom-

486 LA POUOUB PRAIffiAISB^

mation, assimiler à ces trois sortes de framboisiers une roDce cultivée aux Etats-Unis de l'Amérique à cause de ses fruits qui se veodeut dans toutes les villes des états , avec beaucoup de faveur, sous le nom de framboise. Cette mûre n'est point parfumée, mais elle est plus grosse, beaucoup plus douce et plus succulente que la framboise. L'introduction de cette mûre augmenterait la consommation de la framboise, que l'on ne manquerait pas d'employer pour la parfumer. Cette ronce offre deux variétés : l'une à fruit rouge, et l'autre à fruit jaune. Elle ne drageonne point comme le framboisier, mais ses tiges sont beaucoup plus longues; on est obligé de les soutenir sur des gaulettes placées borizontalenent et fixées à des écbalas , parce qu'elles se pro* pagent comme les ronces par les extrémités lorsqu'on les laisse reposer sur le sol , où elles s'enracinent. On croit que cette plante n'épuise pas la terre autant que le framboisier. Nous nous abstiendrons d'indiquer d'une manière plus précise la culture de cette plante, parce que nous n'avons pas été à même d'observer assez particulièrement sa végétation,

La framboise est employée pour parfumer la groseille , les sirops de vinaigre ; son jus est rafraîchissant. La gelée (Je framboise est aussi belle que celle de groseille , mais le degré de cuisson qu'il faut lui donner pour la conserver lui enlève fort à propos une partie de son parftam , qui serait |rop prononcé.

Les insectes nuisibles au framboisier sont les cjlienilles, surtout celles à bagues, parce que leurs œufs sont fortement collés autour des tiges et peuvent échapper aux cultivateurs ; les variétés à bois lisse y sont plus exposées que celles dont le bois est couvert de nombreuses petites aspérités épineuses. Il est facile , avec un peu de soin , de garantir les framboisiers des désastres causés par les chenilles; il suffira, à mesure que l'on taille, de faire la recherche des bagues et de les détruire.

LA POMOIVB FRANGÂISB. i87

Les vers blancs sont plus redoutables au framboisier que les chenilles 3 nous avons vu de très grandes plantations totalement détruites par ces insectes^ qui ont pour le framboisier une égale prédilection que pour le fraisier. On ne se garantira des pertes considérables que ces vers font éprouver aux cultivateurs qu'en détruisant chaque année les hannetons avant le temps de leur ponte. Il serait à désirer que l'autorité fit hannetoner comme elle fait écheniller.

La plupart des jardiniers ont l'habitude de destiner au framboisier la plus mauvaise exposition de leur jardin, celle du nord , ou même celle ombrée par des bâtiments ou des arbres touffus ; ils ne plantent point dans des rigoles, ne chargent point de terre les souches, et ne fument jamais; ils croiraient faire un contre-sens. Ils ont aussi pour coutume délaisser croître tous les drageons qui se présentent, ce n'est que lorsqu'ils deviennent par trop multipliés sur les souches âgées , qu'ils prennent le parti de les arracher après leur entier développement ; ils sont alors forcés de se servir d'un outil pour les extirper, sans réfléchir que les racines qu'ils offensent donneront naissance à une plus grande quantité de drageons que ceux qu'ils détruisent. Ces jardiniers, en se conduisant de la sorte , laissent la terre s'épuiser par un nombre considérable de productions inutiles* Dans cet état de choses, les drageons deviennent de plus en plus grêles, donnent naissance à des brindilles courtes, menues, peu garnies de fleurs, dont la plupart coulent ou donnent des fruits avortés, noueux , mal faits, et dans lesquels les vers s'établissent. Il faut encore ajouter à ces méfaits que la taille de ces framboisiers est souvent faite ayee les gros ciseaux â tondre les charmilles; sans égard à la force ou â la faiblesse de chaque tige , toutes sont tondues à une égale hauteur. Doit-on s'étonner si les fruits que portent

488 LA POMOPIB FRAI^SAISE.

des framboisiers ainsi traités sont inférieurs aux fruits saavages venus dans nos forêts ou sur les Alpes!

L'indifférence avec laquelle on cultive depuis si longtemps le framboisier dans nos jardins fait que l'on ne s'est pas encore avisé d'en perfectionner les fruits en obtenant par des semis de nouvelles variétés. Espérons que l'intro" duction d'une culture mieux appropriée à cette plante nous fera connaître des variétés qui n'attendent , pour sortir du néant , que la main de l'homme laborieux et intelligent ; la création et la perfection des variétés en général semblent avoir été réservées comme récompense à l'intelligence humaine développée par un travail assidu.

La culture du framboisier, telle qu'on la pratique ordinairement dans les jardins, est tellement opposée à ce qu'elle devrait être d'après la manière dont nous venons de voir que cette plante végète, que nous l'avons décrite avec aijitant de détail dans le but de mieux faire comprendre aux jeunes cultivateurs combien il leur importe d'étudier et d'observer la manière de végéter qui est propre à chaque plante , afin de les cultiver d'après les connaissances qu'ils auront acquises par cette étude. C'est elle qui doit les guider dans toutes leurs opérations, dont ils doivent prendre l'habitude de se rendre compte; autrement ils agiront sans jamais rien apprendre , sans discernement, par routine, pas plus avancés après vingt années de pratique que le premier jour de leur apprentissage. Nous espérons que ceux que nous aurons convaincus de cette vérité se trouveront par cela même en état d'en profiter et qu'ils parviendront en peu de temps à obtenir de chaque plante tout ce qu'elle peut produire de plus beau , de plus parfait , soit en fleurs, soit en fruits. On sait qu'un terrain extrêmement propice, le hasard, ou un concours de circonstances favorables, peuvent aussi faire naître de très belles productions ; mais

LA POMONB FRAUÇAISB. 489

le jardinier observateur et instmit n'attend rien du hasard: it sait préparer ses terres , faire nattre à son gré les circonstances fayorables, et les utiliser.

Nous sommes tris éloigne d'avoir fait toutes les observations que comporte la végétation de la plante dont nous venons de donner la culture » telle que nous la pratiquons avec succès depuis plusieurs années; c'est aux cultivateurs qui nous succéderont à étendre davantage les observations que nous n'avons qu'ébauchées.

U MWOltt MAHÇAISB. m

Page 1