‹ La popularité; comédie en cinq actesChapitre 46 sur 57 · HORTUS · texte numérisé non relu

HORTUS

Qu’importe encor ?

Édouard.

Beaucoup, car ce n’est pas In ministère seul que tu prends à partie.

Que lu veux culbuter ; c’est une dynastie.

MORTINS.

Eh bien ! s’il était vrai ?

Édouard.

Tu le veux donc ? sois franc.

MORTINS.

Tu le voudras aussi, car mon projet est grand. Édouard.

Je le trouve insensé.

MORTINS.

Faute de le connaître.

ÉDOUARD

Il déchaîne le peuple.

Il t’afTranchit d’un maître l ÉDOUARD.

Ku ai-je un, quand ce maître est sujet, comme mol, Du seul pouvoir humain qui régit tout : la loi ?

Que tout dans le néant reulrc donc devant elle ! Édouard.

Alors courbe la télé, ou lu n’cs qu'un rebelle. MORT1NS.

Un rebelle, dis-tu !... sainte rébellion !

C’est pour le peuple anglais le réveil du lion :

Ce John-Bull tant raillé, si long-temps débonnaire, Prends sa chaîne à deux mains, frappe, se régénère, Bègne et rcmonteÿau rang que le ciel lui donna.

Que lui faut-il ? du cœur, des armes ! 11 en a.

Le mouvement éclate après les funérailles;

Londre, en fureur, se lève au sigual des batailles.

Si l’armée un moment comprime notre effort,

La Cité, grâce & toi, devient pour nous un fort.

De l’insurrection le volcan s'y concentre;

11 tonne, et la terreur, en partant de ce centre.

Pour combattre avec toi vient envahir vos bancs,

Des soldats ébranlés va décimer les rangs.

Qu’il sorte de ta bouche un cri de déchéance. L’armée est peuple ; et, fier de cette indépendance Que lui rend tout h coup ton cri libérateur,

L’fttal proclame en toi son nouveau Protecteur !

Son Cromwell I

MORTINS.

Ce Cromwell voudra la république. j Édouard.

Qui t’en répond, Morlins?

MORTINS.

Ton dérodmenl civique, '

Ta vertu.

ÉDOUARD

Quel garant pour le peuple et pour toi, Quand je l’aurai trahie en violant ma foi !

MORTINS.

Qui peut te condamner, si par ton éloquence Ton pays délivré t’absout?

ÉDOUARD

Ma conscience.

MORTINS.

Faux scrupule d'honneur que tu dois mépriser ! ÉDOUARD.

Sentiment du devoir, trop vrai pour m’abuser ! MORTINS.

Ta gloire est de le vaincre.

ÉDOUARD

Elle en serait flétrie.

Pense à la liberté.

ÉDOUARD

Je pense ù la patrie.

Où va-t-elle avec toi ?

MORTINS.

Combattre et renverser.

ÉDOUARD

Mais ce que tu détruis, comment le remplacer?

4 MORTINS.

Par nous.

ÉDOUARD

Veut-on de nous? J’admets que tu l'emportes : Tu chasses les Bmnsw ick ; mais les Sluarts sont aux Mortins. [portes.

Tout un peuple debout sur le seuil les attend. ÉDOUARD.

Ce peuple divisé peut succomber pourtant.

Alors qu'aurons-notift fait que ravir au royaume Lesdroitsqu’il a conquis en couronnant Guillaume ? Si le sort est pour nous, quel avis fera loi ?

Est-ce le mien, Morlins? Tu vas plus loin que mol ; IjC tien? Mais Thomas GolT va plus loin que toi-mé-

[me ;

D’autresplus loin sans doute et d’extrémeen extrême Bien n’arTélera plus ton lion déchaîné.

Ou vaincus on vainqueurs, qu’aurons-nous améné Pour l’Angleterre en deuil par le meurt re affranchie? Vaincus, le despotisme, et vainqueurs, l’anarchie. mortins.

Tu la domineras.

ÉDOUARD

C'est en la terrassant.

mortins.

Encore une victoire !

ÉDOUARD

Encor des flots de sang !

MORTINS.

Mais l'ordre !

Édouard.

Le cliaos.

l» rcrcttniTi.

3i LA POPUI

MORTINS.

Que ton souffle féconde :

Va donc pour le chaos, et qu'il en sorte un monde ! ÉDOUARD.

Ce monde, il est créé. Rcnd-lc meilleur, plus pur ;

Ne détruis pas, corrige ; et quand il sera mûr Pour des destins plus beaux et pour des droits plus Sa raison le fera, ce bien dont lu te charges, [larges,

Mais comment l'accomplir, Mortins, par la terreur? Imposer la raison, c'est révolter l’erreur.

Tu veux fonder, dis-tu, des lois républicaines ;

Et sur quoi ? sur des mœurs : où sont nos mœurs ro-

[maines?

Tel qui fronde un abus s’engraisse d’un plus grand ;

Le suffrage avili s'achète à prix courant;

En gloire l’infamie avec de l’or se change :

Qui bâtit là-dessus bâtit sur de la fange.

Corrigeons donc les mœurs pour réformer les lois ;

En créant des vertus nous enfantons des droits ,

Nous hâtons du progrès la marche irrésistible ;

Et si gouvernement fut jamais perfectible.

C'est le nôtre: avançons, il avance avec nous ;

Au mouvement forcé, seul il offre entre tous Liberté sans désordre, ordre sans tyrannie ;

Sans secousse, progrès dans sa course infinie.

11 nous suivra; marchons, le flambeau dans les mains,

Et pour les affranchir éclairons les humains.

C’est notre mission, c’est notre œuvre première ;

C’est tout: la liberté, Mortins, c’est la lumière I

C’est la force au besoin ; elle épargne le temps,

Et fait en un seul jour l’ouvrage de cent ans.

Veux-tu t'associer au grand coup que je tente.

Et servir tes amis ou tromper leur attente?

ÉDOUARD

Plutôt que de trahir la foi de mon serment,

J’oserais pour la loi voter au parlement.

MORTINS.

Toi!

ÉDOUARD

Je la défendrais au lieu de la combattre ; Et je puis relever ce que j’allais abattre.

MORTINS.

Qui , toi ?...

ÉDOUARD

Si la Cité du trouble est le foyer.

L’armée à mon appel viendra la balayer.

MORTINS.

Tu signerais cet ordre !

ÉDOUARD

Il est signé.

MORTINS.

J’cn doute.

ÉDOUARD, lui montrant la lettre qui est restée sur la table.

Le voici.

MORTINS.

L’envoyer, tu n’oserais !... écoute :

Ce 'rime te perdra ; par les tiens rejeté,

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