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V. Archives tlépartemeniales, série C.passini

on ne peut tirer qu'une conclusion : c'est que le nombre relatif des décès annuels a varié, selon les époques et les pays, tantôt en s'étendant et tantôt en se restreignant. Ce fait annonce la complexité du phénomène, le concours de plusieurs influences qui agissent, chacune, avec une force inconstante.

En effet, d'une part, grâce aux études et au zèle des médecins, l'hygiène de l'enfance a été mieux connue, ce qui a permis de sauver d'une mort précoce une foule d'existences. Mais la sollicitude des pouvoirs publics ne s'est pas montrée avec une égale énergie, pour seconder les efforts des praticiens.

D'autre part, deux phénomènes ont agi, en se contrariant, sur le coefficient de mortalité des enfants du premier âge :

1° Le déclin de la masculinité. Il ressort, en effet, des relevés faits par le D"" Bertillon père, que les filles offrent, aux atteintes morbides, une plus grande résistance que les garçons.

2° La progression de l'illégitimité, dans les naissances. Les bâtards succombent plus aisément que les nourrissons issus du mariage, soit qu'ils deviennent victimes de la misère ou d'un manque d'alimentation et de soins, soit que les établissements hospitaliers qui recueillent beaucoup de ces petits êtres se trouvent impuissants à suppléer au dévouement maternel.

Toujours est-il qu'en France, pour l'année 1858, on constatait 55 % de décès, parmi les enfants assistés, et 17 ^/q chez ceux qui vivaient au foyer paternel ^

On a voulu voir, dans l'aisance ou la pauvreté, un facteur propre à influer sur la mortalité infantile^. Or, en se reportant à la statistique militaire, il n'est

4. Rapport des inspecteurs généraux de bienfaisance (1860). 2. Montesquieu, Villeumé, Marc d'Espi:se, M. Van deu SMissEN,etc.

pas douteux que Thypothèse de la prédominance d'une cause économique ne soit, ici, sans fondement, car les sujets les plus solides viennent, généralement, des campagnes et appartiennent à des familles d'une condition très médiocre ; que le discernement, la prudence, les soins médicaux se trouvent plus répandus, au fur et à mesure qu'on s'élève dans la hiérarchie sociale, c'est incontestable. Mais l'éducation, sous le rapport de l'hygiène, peut être indépendante du degré d'aisance de la population, comme l'expérience l'a établi.

L'état moral, au contraire, réagit doublement sur l'existence des nouveau-nés, car la statistique révèle, chez les bâtards, une plus forte proportion d'enfants sortis inanimés du sein de leur mère :

États. Périodes. Nombres relatifs d'enfants morts-nés

illégitimes pour 100 légitimes.

Espagne. 1878-1882 276

France. 1886-1890 182

Finlande. 1887-1891 181

Hollande. — . 173

Suisse. 1885-1889 165

Hongrie. 1887-1891 160

Danemark. — 156

Autriche. — 155

Norvège. — 151

Suède. — 146

Prusse. — 135

Belgique. — 134

Italie . — " 130

Allemagne. 1886-1890 127

Saxe. 1887-1891 124

Bavière. — 110

Wurtemberg. — 100

Sous la forme où nous le présentons, ce tableau fournit des enseignements très appréciables, que n'ont pas soupçonnés les démographes qui en ont recueilli les bases statistiques :

1° Ni la race ni le climat n'exercent d'action sur les rapports numériques dégagés;

2^ Les pays qui viennent en dernier lieu sont ceux où la mortalité générale des enfants du premier âge sévit le plus cruellement; ceux qui sont inscrits, en tête du tableau, ne sont pas tous parmi les plus épargnés.

Il faut donc chercher, ailleurs que dans des causes purement physiologiques, l'explication du contraste relevé, qu'on peut attribuer, pour l'Espagne, à la honte qu'éprouvent les filles-mères; en France, au désir habituel de s'exonérer des soucis et des charges de la maternité.

Le caractère des conceptions hors mariage ne réfléchit pas seulement sur le sort des petits êtres, pendant leur vie intra-utérine ou pendant la première année de leur naissance : l'inconduite et les excès déterminent, très souvent, chez ceux qui se livrent à ces désordres, des affections morbides et transmissibles par contagion ou hérédité. C'est ainsi qu'on voit tant de sujets atteints par le germe de maladies chroniques qui les emportent prématurément. D'autres fois, les enfants contractent un état nosologique dû à l'insouciance des parents ou même à la provocation de goûts nuisibles pour la santé : dans la Normandie et les Vosges, par exemple, des boissons alcooliques sont données à de chétives créatures ou abandonnées à leur précoce tendance au vice.

Sans doute, des causes économiques exercent aussi une influence sur la mortalité ; elles consistent dans toutes les circonstances qui sont susceptibles de rompre l'équilibre, entre les besoins normaux et les satisfactions insuffisantes, ou, au contraire, abusives, qu'ils reçoivent.

Enfin, des causes purement physiques augmentent la proportion ordinaire des décès : épidémies et autres fléaux calamiteux: régime alimentaire mal assis. par suite dignorance ; exercice de métiers industriels de nature à provoquer des troubles dans l'économie du corps; répugnance des cultivateurs et artisans pour les mesures prophylactiques.

Sous le règne de Louis XV, on commença l'envoi annuel, dans les petites localités, de boîtes contenant des remèdes, dont l'emploi devait se faire par les soins des curés et des sœurs de charité.

Que ces mesures aient été ou non la cause déterminante d'une diminution de la mortalité, toujours est-il que celle-ci déclina, entre les années 1770 et 1788; on comptait :

De 1770 à 1773 930 décès pour 1.000 naissances.

En 1792, la proportion paraît avoir été de 890 décès pour 1.000 naissances.

Elle descendit, en 1801, à 840 et le mouvement, dans le même sens, se poursuivit jusqu'en 1836, époque où l'on ne trouva plus que 763 décès; mais, depuis lors, il y eut une tendance au relèvement progressif dû à ce que l'épargne de la vie ne compensa point la restriction de la natalité ; de telle sorte qu'on a compté :

En 1886, 942 décès pour 1.000 naissances 1891, 1012 —

Si donc, pendant un temps, on s'est bercé de l'illusion que le gain sur le sauvetage coumrait la

perte sur le taux d'accroissement, cette erreur ne saurait, aujourcriiui, subsister; elle est fortement réprouvée, par la situation de notre pays, en regard de celle des autres contrées européennes, quoique M. Levasseur la trouve « très honorable » \

Proportion des décès pour 100 naissances. (Années 1865-1883).

France 94

Hongrie 89

Espagne 85

Autriche 80

Italie 79

Belgique 71

Allemagne 07

Pays-Bas 63

Angleterre 01

Scandinavie 00

Ce relevé est digne d'attention, en ce qu'il montre que la fécondité, par elle-même, ne profite pas avec la même valeur à tous les peuples : la Hongrie, où les naissances sont si nombreuses, en perd le bénéfice, pour une part importante, tandis que les pays du Nord rachètent leur moindre essor par une force supérieure de vitalité.

La proportion des décès, parmi les enfants, réfléchit sur la durée moyenne de l'existence humaine, car elle est assez forte et s'applique, en nombre absolu, à un contingent assez élevé ; on peut penser que les succès obtenus, dans la lutte entreprise, avec le secours de l'hygiène, pour conserver les jeunes sujets, ont exercé une influence prépondérante sur l'augmentation constatée dans l'âge moyen des personnes qui décèdent; en France, le terme commun de la vie a été reculé, successivement, de 25 ans

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