‹ La populationChapitre 108 sur 127 · Op. cit., t. II, p · texte numérisé non relu

Op. cit., t. II, p

MORTALITE. I/O

5 mois, en 1770, à 30 ans 3 mois, en 1831, et 44 ans 10 mois, en 1891.

Quant à la survivance jusqu'à 20 ans, elle a, chez les garçons, traversé, dans notre pays, cinq phases, de 1796 à 1899 :

1** Pendant 10 ans (1796-1805), les nouveau-nés ont atteint, à concurrence de 71 %. l'âge où se réalisent les obligations du service militaire ;

2° De 1806 à 1838, il n'en arriva plus que 60 et. de 1839 à 1855, 63;

3° De 1856 à 1859, nouveau déclin; moyenne 57;

4° De 1860 à 1869, oscillation de 58,8 à 64.

5° A dater de 1870, un relèvement aussi extraordinaire qu'imprévu se produisit dans la vitalité ; 4 fois la proportion des survivants fut de 70. 71 et 73 % (années 1871, 1873, 1877, 1878 ; 4 fois elle monta entre 65 et 70^ (années 1874, 1875, 1876, 1879); par exception, elle descendit à 56 % (année 1872).

Si ce revirement favorable était le résultat d'une lente évolution, elle pourrait être attribuée aux progrès de l'hygiène et du bien-être ; mais des contrastes brusques, avec alternances, révèlent, comme à l'égard de la fécondité, la lutte entre deux forces, l'une d'impulsion vers le déclin, l'autre de résistance à cet entraînement.

Ici, les deux forces sont aisées à désigner : l'aggravation des abus, dans l'emploi du corps, et, en sens inverse, l'extension des moyens, d'ordre médical ou économique, pour combattre les causes d'affaiblissement et de morbidité.

Parmi ces moyens, on range : la découverte et la propagation de la vaccine, les facilités croissantes de transport, d'échange, le remplacement de l'activité animale par des moteurs mécaniques, qui épargnent

le temps, la fatigue et transforment les matières premières avec des avantages notables sur le prix de revient antérieur.

Ce n'est pas, ici, le lieu d'analyser les polémiques engagées, au sujet du système de Jenner. On peut, seulement, faire remarquer deux choses :

1° Dans le tableau de survivance des jeunes gens soumis à la loi du recrutement militaire, la baisse survenue, à dater de 1806, dans la proportion entre les naissances et les contingents d'assujettis, coïncide avec l'introduction de la vaccine ;

2" L'amoindrissement de mortalité survenu au xix^ siècle, ne ressort avec éclat qu'autant que Ton compare les décès à la population, car, en les rapprochant des naissances, le gain est faible sinon problématique ; par cela seul qu'il y a excédent des naissances sur les décès, le rapport de ceux-ci au nombre des habitants doit tendre à baisser. Or, quand on cherche à se rendre compte de la mortalité infantile, un autre procédé est mis en usage, et il n'existe pas de motif pour l'écarter, afin d'avoir la mesure de la perte qu'éprouve la société sur un groupe déterminé d'individus. Laplace a dit, avec raison \ « qu'à égalité de naissances y le pays le plus peuplé est celui où l'on \>it le plus longtemps »; en d'autres termes, où ceux qui viennent au monde possèdent la chance de vivre jusqu'à l'âge le plus éle^>é, c'est-à-dire, en définitive, où la i>ie probable l'emporte sur celle d'autres contrées.

Mais ce raisonnement inattaquable ne justifie en rien la relation établie entre tous les phénomènes démographiques et l'importance absolue de la popu-

i. Mémoires de l'Académie des sciences (1T83).

lation, car on se leurre ainsi à plaisir, et cela ne dispense pas de calculer, sur 100 sujets nés dans le cours d'une année, combien ont survécu, à un âge déterminé, ce qui est le vrai moyen de reconnaître quelle prise offrent à la mort les vivants classés en catégories, depuis la première enfance jusqu'à l'extrême vieillesse.

En résumé, si l'on combine les chiffres qui représentent respectivement :

1° La mortalité infantile;

2° La vitalité, jusqu'à 20 ans révolus, il paraît évident que la vaccine a beaucoup restreint le nombre des victimes en bas âge succombant à la variole, mais que ce sauvetage partiel n'a pas empêché une décroissance manifeste, dans la quotité des jeunes gens qui parviennent à l'âge de 20 ans ; d'où les adversaires de la vaccine ont tiré cette conclusion forcée : « les choses se passent comme si l'insertion du virus jennérien avait pour résultat d'affaiblir le tempérament et de le faire évoluer, en prédisposant à certaines maladies chroniques ».

Il n'existe aucune corrélation entre le nombre proportionnel de sujets vaccinés, après leur naissance, et celui des survivants à un âge déterminé.

Ainsi, la France est la contrée d'Europe où l'on vaccine le moins de nouveau-nés; là, aussi, on rencontre le moins d'habitants de 10 à 30 ans ; pour les gens de 31 à 50 ans, le rang de notre pays se relève; enfin, nul, relativement, n'a, autant que lui, d'individus de 51 ans et au-dessus ^.

La facilité des communications et la rapidité des transports ont permis de mieux répartir les substances

1. Luigi Perozzo, ingénieur, Délia composizione délia i>opnlazione per sesso, etc., in Italia, Francia, etc.

alimentaires, principalement les céréales. Or, l'expérience dispose à penser :

1° Que le renchérissement sensible du blé augmente le nombre des décès ^ ;

2*^ Que, sur 1.000 enfants de familles présumées « riches », 886 survivent à 20 ans, alors que, sur 1.000 enfants de familles réputées « pauvres », il en existe seulement 566 au même âge ^.

Bien entendu, la seconde proposition appelle des réserves, car il faudrait établir, au préalable, une démarcation, toujours très délicate, entre V aisance, la gêne et \d. pauvreté; néanmoins, sans avoir « le fétichisme du chiffre », on peut admettre, avec le bon sens, que l'approvisionnement régulier d'un pays, en denrées alimentaires, influe, d'une manière favorable, sur le taux de la mortalité.

A ce point de vue, le contraste n'est pas aussi saisissant qu'on le croit, entre le xix^ siècle et les époques antérieures. Villiaumé ^ cite le témoignage de Vauban \ d'après lequel « près de la dixième partie du peuple » était « réduite à la mendicité » et mendiait « réellement ». Mais il convient de remarquer que Vauban écrivait après la guerre ruineuse de la seconde coalition (1688) et les disettes de 1692, 1693, 1694; que ses calculs affectent une précision mathématique qu'on ne pourrait obtenir, même de nos jours ^; qu'enfin il y a des motifs sérieux pour croire à une exagération, causée par le désir d'émouvoir le gouvernement et

i. GuiLLARD, op. cit. (abondance de preuves).

2. Villiaumé, Nouveau Traité d'économie politique (ISiil); référence à Caster, qui avait opéré avec les registres de l'état civil, à Berlin.

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