‹ La populationChapitre 115 sur 127 · ÉMIGRATION ET IMMIGRATION · texte numérisé non relu

ÉMIGRATION ET IMMIGRATION

discerner oh elle se dirige et comment on assure remploi de l'activité, au lieu de destination.

Faute de prévoyance, de renseignements ou de ressources, une foule d'individus ont éprouvé de graves mécomptes, perdu la vie, la santé ou la fortune, en voulant tenter des entreprises dans le succès desquelles ils plaçaient les plus fortes espérances.

Au XIX® siècle, l'accélération et la commodité des moyens de transport ont étendu le mouvement d'émigration des pays réputés pauvres vers ceux qu'on croit plus propices, sinon à l'enrichissement, du moins à l'emploi rémunérateur des forces physiques.

Il a été fait des relevés intéressants, qui montrent l'inégale tendance des divers peuples à émigrer ^

L'économie sociale ne se borne point à reconnaître, chez les émigrants, la quantité : elle examine aussi la qualité, comme aptitude, endurance et valeur morale.

A l'époque de la Régence, on eut l'idée de débarrasser la Métropole des mendiants et vagabonds, par une sorte de transportation en masse aux colonies françaises ^ ; l'essai fut de courte durée : il avait été déplorable ^.

Depuis lors, l'Angleterre a renouvelé, avec certaines précautions, cette tentative, qui n'eut pas, toutefois, pour effet de métamorphoser la population expédiée au loin.

Vers la fin du xix® siècle, en fondant un empire colonial, le gouvernement français se montra peu

\ . Bulletin de l'Institut international de statistique, sonnées 1886-1900 ; tableaux trop développés pour être reproduits dans le présent ouvrage.

^2. Déclarations des 8 janvier et 1-2 mars 1719.

3, Déclaration du IT^aoûl lT!2-2.

judicieux, dans le choix d'une foule de candidats qui se sentaient impropres à remplir des fonctions publiques, sur le continent, et désireux de les exercer sans être soumis au contrôle incessant de l'opinion ; il en est résulté, à l'égard des indigènes, des dispositions sourdement hostiles et une misère plus grande; à l'égard des contribuables de notre pays, un surcroît de charges ou un amoindrissement de revenus non suivi d'avantages compensatoires.

On doit considérer, dans les échanges nombreux de personnes, l'influence que le milieu ambiant subit ou exerce. Lorsque l'arrivée d'étrangers est successive et lente, ou bien lorsqu'un peuple jeune et impatient de grandir encourage l'affluence des étrangers, afin de hâter le développement de la culture terrienne et de la production manufacturière, l'esprit et les mœurs du pays peuvent avoir une action réelle et durable sur les immigrants; mais, si le mouvement d'attraction est vif et continu, ou bien s'il a pour cause des offres de travail qui n'ont pas été agréées par des habitants autochtones, les éléments introduits résistent à l'assimilation.

Toutefois, l'expérience prouve que, sans s'attacher aucunement, ni aux institutions, ni aux familles du lieu où ils gagnent leur subsistance, les nouveaux venus sont dans le cas d'emprunter très vite les coutumes mauvaises qu'ils voient régner autour d'eux; si, au contraire, le régime de vie en honneur est sérieux, austère, on garde les usages pratiqués dans l'adolescence.

De même, si une population est saine d'idées, elle prête peu d'attention au séjour des étrangers. Quand la corruption s'infiltre, elle amène une satiété du genre de vie qu'on mène et une tendance à imiter ce qui se

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