Inslitules, lib. I""-, tit. IX, % i
Puis, par des inscriptions commémoralives, on honorait les femmes qui n'avaient eu qu'un mari : conjiigi piae inclytae unwirael »
En quel mépris était tombé le mariage, lors de l'avènement du christianisme, les lois d'Auguste contre le célibat le disent assez; d'après Juvénal, la durée d'un ménage, de son temps, ne dépassait guère celle d'un consulat ^, c'est-à-dire une année.
Le divorce ne servit donc, dans la société antique, ni à préserver la pureté des mœurs, ni à accroître la population, qui, au contraire, alla en diminuant.
Néanmoins, il « fut, de tous les désordres du paganisme, celui qui résista, le plus longtemps, à l'influence de la religion chrétienne ». Pour en déraciner l'habitude, chez les grands, « toute l'autorité des chefs de l'Église » devint nécessaire 2.
Encore l'Église grecque, par une singulière glose, crut-elle découvrir, dans la réprobation évangélique du divorce, une réserve pour le cas d'adultère.
Né d'une réaction avec tendances païennes ^, lepro-
estantisme restaura la faculté de rompre le mariage,
sans s'arrêter aux scrupules des chrétiens d'Orient,
qu'admit cependant l'anglicanisme, à dater du règne
d'Elisabeth.
Or, à la fin du xviii® siècle, Portalis ne craignait
4. Satire VI, vers 239; Sic, Sénèque, De beneficiis, lib. III, ch. xiii. — Martial dit, également, que les femmes « épousaient pour divorcer et divorçaient pour épouser ». [Epigr., lib. IX, ép. 79). — Consulter aussi la belle étude de M. l'abbé Reynaud, intitulée : La civilisation païenne et la famille. L'auteur retrace l'état où le divorce avait plongé la famille, en Grèce et à Rome.
De Bonald, Discours du 26 décembre 1815 à la Chambre des députés.
3. Comme tout le mouvement philosophique, littéraire et artistique xvi^ siècle, d'où procéda la Réforme de Zwingle, Luther et Calvin. La lecture des livres écrits par les maîtres de la nouvelle doctrine, démontre aussi avec quelle complaisance on s'appuyait sur l'Ancien Testament, plutôt que sur rÉvangile, pour toutes les questions de morale.
point dédire, au Conseil des Anciens : « Si, en Angleterre, en Suisse, en Allemagne, la loi permet le divorce, V opinion le flétrit ' . »
En Angleterre, notamment, « le divorce était devenu si abusif que, quoique les frais d'un pareil acte... soient énormes, cependant l'abondance de Tor et la corruption des mœurs rendaient les adultères et les divorces si fréquents qu'en 1779 ils excitèrent la sollicitude du Parlement et qu'il y eut des avis... pour abolir entièrement le divorce. On se contenta, cependant, d'y mettre de nouvelles entraves ^ ».
Dans le même pays, peu d'années avant la chute du premier Empire, « l'évêque de Rochester, répondant à lordMulgrave, avança que, sur 10 demandes en divorce, pour cause d'adultère, car on ne divorce pas, en Angleterre, pour d'autres motifs, il y en avait 9 où le séducteur était convenu, d'avance, avec le mari de lui
fournir des preuves de l'infidélité de sa femme
L'épreuve d'une acclimatation du divorce, dans la société moderne d'Europe, était donc faite, lorsque les philosophes matérialistes du xviii® siècle, imbus des idées antiques, prônèrent à l'envi les mérites du mariage sous condition résolutoire ^. Or, en voulant imiter le passé, on ne lui empruntait que les abus d'un principe, car, « chez les anciens, et particulièrement chez les Romains, le divorce était un châtiment... Les Romains se vengeaient de leurs femmes
i. Rapport du 1*^" complémentaire an V.
2. Malemlle, Rapport à la Cour de Cassation sur le titre du Code civil concernant le mariage.