Bulletin de rinstitut international de statistique
teint jamais la perfection prescrite par la loi morale, il reste, d'ordinaire y au-dessus du niveau où tendent à le faire descendre les fausses doctrines môme consacrées officiellement.
Un illustre Romain s'écriait : « Que sont les lois sans les mœurs? » On pourrait dire, tout aussi bien : « Comment les mœurs s'épureraient-elles, quand les lois favorisent la corruption? »
C'est la même pensée qu'exprimait Portalis, en disant : « Quand les abus ne sont que l'ouvrage des passions, ils peuvent être corrigés par les lois; mais, quand ils sont l'ouvrage des lois, le mal est incurable , parce qiCil est dans le remède même. »
En résumé, le divorce n'a été, ni un stimulant pour le mariage, ni une menace capable de prévenir l'inconduite, les sévices ou les querelles.
Mais il faut aller plus loin : eût-il pour effet d'accroître la nuptialité que ce ne serait pas là un motif de nature à justifier le principe de dissolution volontaire des ménages contractés, dans les formes régulières, car l'institution du mariage a pour but dominant de former et perpétuer la famille, et si, d'avance, celleci est exposée à la désorganisation, elle n'existe plus avec son caractère fixe et son utilité sociale, c'est-à-dire avec son fondement nécessaire et son résultat fécond. Sans doute, dans beaucoup de cas, le mariage évite ou fait cesser des scandales, des écueils; mais, quand les conjoints négligent leurs devoirs, trouvent trop pesant le fardeau qu'ils ont assumé, s'efforcent de l'alléger ou même de le rejeter entièrement, les bienfaits de l'union conjugale sont détruits, l'objet de la famille n'est plus rempli, et la population se ressent, d'une manière fatale, d'un état de choses qui substitue l'empire des passions à celui de la loi morale.
Cette loi morale, il faut le reconnaître, les peuples sauvages nen ont qu'une vague notion, qui ne va pas jusqu'à leur inculquer l'idée de la monogamie et des exemples de conduite adonner aux enfants. Ici encore l'expérience prouve, d'une façon irréfragable, la métamorphose opérée, dans les individus, dès qu'ils connaissent le Décalogue et se soumettent aux commandements par lui édictés : toutes les forces, jusque-là mises au service d'instincts grossiers, féroces, obéissent docilement, désormais, à la voix delà vérité \
Il y a là un contrôle sûr et remarquable du besoin, pour l'homme, d'être gouverné par des règles supérieures, permanentes et universelles, afin d'assurer l'équilibre entre les exigences, mal discernées, de notre nature physique, et les devoirs, mal connus, de notre nature morale. Or, sans cet équilibre, l'égoïsme, contenu avec peine, en tout état de cause, l'emporte constamment sur les meilleurs instincts et oppose un obstacle infranchissable à la saine constitution de la famille.