Éléments de la philosophie de l'esprit humain
de l'atmosphère ' ». Il n'échet de rechercher si le mouvement de la population peut être soumis à des lois qui ne seraient pas « constantes » ; tout ce qu'on doit dire, c'est qu'une expérience incontestable prouve que des causes très complexes président au développement, à la force de résistance des habitants d'un pays déterminé; d'où il suit qu'on n'a rempli qu'une tâche incomplète, quoique utile, en démontrant l'action d'une de ces causes, puisqu'il y a concours d'influences et qu'une ventilation, ayant pour objet de mesurer la puissance des effets respectivement produits, suppose des moyens d'analyse dont la découverte et l'emploi paraissent fort problématiques.
Deux exemples montrent combien il est aisé, en pareille matière, de s'abuser sur les conséquences d'une vérité entrevue. « Il ne faut jamais, déclare Jean Bodin, craindre qu'il y ait trop de sujets, de citoyens, vu qu'il n'y a richesse que d'hommes'-^. »
Sans doute, l'homme est un instrument de richesse ; mais on peut paralyser son activité, et, dès qu'il est mis hors d'état d'utiliser ses forces et talents, la « richesse » due à l'usage de ses facultés ou de ses bras se trouve suspendue.
« La population, dit Arthur Young, ne devient utile que par V emploi. Trouvez cet emploi, et elle se
i. Essai d'histoire universelle. On est en droit de se demander si l'illustre philosophe rangeait parmi les « phénomènes » ou parmi les « nouménes » les résultats numériques d'où il crut légitime de tirer des lois? En effet, d'après sa théorie sur la distinction entre ce qu'on perçoit et ce qui est, il n'y a pas certitude qu'une loi existe, quand elle n'a été attestée que par suite d'impressions extérieures; or, les relevés faits sur des registres sont des opérations matérielles traduisant ce qu'on croit savoir; il faut donc admettre la croyance, comme moyen de connaître, et c'est précisément là une proposition que repousse Kant, véritable initiateur du positivisme.