‹ La populationChapitre 68 sur 127 · SÏISSMILCH, JlSTI, SONNENFELS, Op. Cit · texte numérisé non relu

SÏISSMILCH, JlSTI, SONNENFELS, Op. Cit

4. Anonyme, Doléances d'un gentitliomme du diocèse d'Osnabrûck. o. WiENUOLD, De l'excès de population dans l'Europe centrale.

G. Voir chap. v.

94 LA POPU'iATION.

De 1741 à 1755 43 enfants pour 10 mariages

Il y en avait eu, de 1671 à 1675, 50 ^ Maret, médecin à Dijon et l'un des premiers inoculateurs, affirmait le caractère grave et général du phénomène, dont il n'hésitait point à imputer la cause directe aux ravages opérés par les systèmes corrupteurs ^.

La restriction génésique fut donc le résultat, soit d'excès, soit de calculs dus au relâchement des mœurs déterminé par de funestes excitations. « Néanmoins, l'espoir de ramener au respect de la loi morale n'est pas encore ravi, tant que la conscience se rend compte de son assujettissement aux instincts, aux besoins grossiers. Au contraire, tout est perdu, quand on en vient à prétendre raisonner, réhabiliter, glorifier les passions... ^.» C'est pourquoi il faut regarder comme une calamité sociale la publication, au terme du xvin^ siècle, de l'écrit dans lequel, en affectant une allure scientifique et austère, Malthus érigea en doctrine ( moral restraint] le « règlement » de la fécondité, car, à sa suite, tous les économistes de marque honnirent l'abandon au vœu de la nature.

La preuve éclatante des résultats produits par le précepte de Malthus^ se trouve dans ce qui s'est passé

1. Mémoires de l'Académie des sciences ; la proportion constatée justice la moyenne générale de 5 1/2 que nous avons admise, pour la même époque, dans la France entière (voir chap. V).

2. Mémoire dans lequel on cherche à déterminer l'influence que les mœurs des Français ont eue sur leur santé (4772). L'auteur entre dans des détails qu'on ne saurait reproduire, ici, et auxquels font allusion ces vers du poète Dorât :

« ... de jeunes Romains, notre dernier espoir, a De mollesse hébétés et vieillis par les vices. »

3. Vévolution et les trois formes de la féodalité^ par l'auteur du présent livre.

4. Essai sur le principe de population (1798);* y ont adhéré :

En France : J.-B. Say, Joseph Garnier, Desnoyers, Villermé, Rossi,

en Angleterre, lorsque Fécole dite « néo-malthusienne » entreprit d'accoutumer la petite bourgeoisie aux manœuvres abortives usitées en France *, et que des disciples éminents du pasteur écossais admettaient, encourageaient, comme étant l'application de la maxime fondamentale du maître.

L'accusation de condamner ce système, sans le connaître, est trop banale pour qu'il ne devienne pas nécessaire de le décrire à grands traits.

D'après V Essai suj- le principe de population^ la nature aurait été « économe de place et d'aliments », ce qui fit tenir à l'auteur, en 1798, ce langage qu'il tâcha de faire oublier, ensuite, sans le contredire, quant au fond : « L'homme qui naît dans un monde déjà occupé, si sa famille n'a pas les moyens de le nourrir ou 5/ la société n'a pas besoin de son tj^avail, cet homme n'a pas le moindre droit à réclamer une portion quelconque de nourriture, et il est réellement de trop sur la terre. Au grand banquet de la nature, il n'y a point de couvert mis pour lui : la Nature lui commande de s'en aller. »

Ce n'est point là autre chose que la « sélection » et « la lutte pour la vie » soutenues par Darwin. Très

Bastiat, de Puynode, G. de Molinari, MM. Emile Levasseur, Paul Leroy- Beaulieu; en Angleteyre ; Ricardo, James et Stuart-Mill, Mac CuUocli, Ghalmers, Ebanhton; en Suisse : de Sismondi; en Allemagne : Hege- \Yisch, Winkelblech, Rosclier, Kautsky, Rùmelin, Wagner.

Nous examinerons à la section II la théorie de Malthus, en tant qu'elle repose sur des principes économiques.

1. Sur les origines et l'action de celte école, en Angleterre, consulter l'étude très impartiale de M. Pierre Mille, dans la Revue des Deux- Mondes (15 décembre 1891).

En parlant des causes volontaires d'infécondité, M. La Loggia dit qu'elles sont présentées, par « une nombreuse école scientifique, comme l'unique remède au mal social... Le néo-malthusianisme, en particulier, s'est répandu avec une grande rapidité, dans les États européens, au plus haut point en France. » {Giornali degli economistiy 1893.)

logique, d'ailleurs, avec ses prémisses, Malthus repousse le principe de l'assistance des pauvres.

Comment éviter « la tendance constante qui se manifeste, dans tous les êtres ç^wa/its^ à accroître leur espèce plus que ne le comporte la quantité de nourriture qui est à leur portée » ? L'homme échappe-t-il à la loi commune qui pèse sur le règne animal? Non : il est « sollicité par le même instinct » que les bêtes et, néanmoins, « se sent arrêté par la voix de la raison, qui lui inspire la crainte d'avoir des enfants aux besoins desquels il ne pourra point pourvoir ; s'il cède à cette juste crainte, c'est souvent aux dépens de la vertu ».

Ainsi, un conflit existe entre « la raison » et « la vertu ».

Encore est-il nécessaire de connaître les excuses qu'on fait valoir, pour permettre que la lutte tourne au sacrifice de la moralité.

Or, voici les motifs qui déterminent, par une « juste crainte », l'homme à user de « l'obstacle préventif » :

1° Vue des familles nombreuses; obligation de partager avec ses enfants des ressources « qui n'excèdent guelfe la mesure de ses moyens » (il faudrait dire : de ses exigences) ;

2° Perte de « son rang » et d' « habitudes qui lui sont chères » ;

3° Accomplissement d' « un travail plus pénible » ; recours à « des entreprises plus difficiles » ;

4° « Impossibilité de procurer à ses enfants les avantages d'éducation dont il a pu jouir lui-même » ;

5° Perspective d'efforts insuffisants pour préserver sa progéniture de la misère « et du mépris qui ma?'che à sa suite » ;

6"* Renonciation à V indépendance.

Malthus ne se dissimule pas ce qu'ont d'odieux, de criminel, les moyens mis en œuvre, pour éluder la conception d'enfants :

« Quand cette contrainte engendre le vice, les maux qui en sont la suite frappent tous les regards. Le dérèglement des mœurs, porté au point dempécher la naissance des enfants, semble avilir la nature humaine et lui ravir sa dignité »... « le libertinage, les passions contraires au vœu de la nature, la violation du lit nuptial, en y joignant tous les artifices employés pour cacher les suites des liaisons criminelles ou irrégulières, sont des obstacles préventifs qui appartiennent manifestement à la classe des vices ».

Cela n'empêche pas l'auteur de recommander le moral restraint, sous la forme de mariages tardifs, avant lesquels on devra rester chaste et pendant lesquels il faudra se montrer circonspect, tout en ayant une attitude « strictement morale ».

Mais, que convient-il d'entendre par une conduite « morale »? C'est, ici, peut-être, qu'éclate le mieux le caractère repréhensible du malthusianisme.

« La vertu consiste à tirer ^ des matériaux dont Dieu nous a confié l'emploi, la plus grande somme de bonheur. Or, les penchants qu'il a mis en nous sont bons par eux-mêmes ; et ce n'est que par les suites qu'on peut ici distinguer l'usage de l'abus. »

Après une telle définition, tout commentaire devient superflu, et l'on conçoit que des partisans du célèbre pasteur aient logiquement déchiré le voile dont le maître couvrait sa pensée. D'après Joseph Garnier. « la non-limitation préventive du nombre des enfants est contraire à l'intérêt des familles et des sociétés, conséquemment à la morale ^ » ; et, pour mieux ac-

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