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Principe de population, conclusions

centuer son sentiment, il reproduit, avec satisfaction, une lettre de Ch. Dunoyer, où celui-ci maintient l'abominable langage qui lui avait valu de terribles objurgations; « la morale des casuistes, dit-il, est une morale à rebours de toute morale et de tout bon sens, car ce que veulent le bon sens et la morale, ce n'est sûrement pas tant qu'on s'abstienne de faire des actes çains que de faire des actes nuisibles K.. ».

Pour donner le change sur l'intention qui dicta VEssaiy la masse des approbateurs a prétendu qu'il s'agissait, seulement, de détourner les pauvres gens d'accroître encore leur misère, au prorata du nombre d'enfants qu'ils engendreraient. Mais, en maiiitenant son principe de moral restraint^ pour faire prévaloir la « force supérieure de la vertu », Malthus ajoute expressément : « Le devoir, à cet égard, dépend de la situation », phrase qu'on tenterait, inutilement, d'expliquer en ce sens qu'il faut avoir une quantité de rejetons proportionnel à ses revenus, car nous avons vu que l'auteur trouve légitime qu'un homme ne veuille pas déchoir ; quoique étant riche, il serait donc en droit de restreindre, volontairement, sa progéniture, afin de conserver les avantages actuels qu'il possède.

Aussi piètre théologien que mauvais moraliste, Malthus ose, cependant, se défendre d'une révolte contre le précepte : Crescite et multiplicamini ; après avoir induit des obstacles « actuels », qui contiennent la

1. Mémoire à consulter, sur quelques-unes des questions principales que la Révolution de Juillet a fait naître.

Si, avant d'écrire une chose comme celle qu'on vient de rappeler, Dunoyer avait pris la peine d'étudier son sujet, au point de vue médical, la science lui eût appris que les actes « vains i- sont essentiellement « nuisibles » aux femmes et provoquent, chez celles-ci, des inflammations locales, souvent suivies de maladies graves.

population dans certaines bornes, que « cet ordre est une loi de nature et qu'il faut s'y soumettre », il s'exprime ainsi :

« Tous les commandements positifs donnés à rhomme par son Créateur, sont subordonnés aux lois de la nature dont il est Tauteur. La raison et la religion ne nous permettent pas d'espérer que ces lois soient changées y pour rendre plus facile l'exécution de quelque commandement particulier . »

C'est ce passage que Dunoyer aurait dû stigmatiser, comme introductif d'une « morale de casuiste », dans le plus mauvais sens du mot; il y a d'autant plus lieu de flétrir de telles subtilités que, tout en insistant longuement sur le moral restraint et son caractère obligatoire, qui aurait, en sa faveur, « la raison, la nature, la res>élation (?) », Malthus, à l'exemple de Ponce-Pilate, se lave les mains des résultats secrets qu'aura sa doctrine : « Le mieux, dit-il, avec de feints scrupules, est de ne point nous mêler de diriger les

consciences, à cet égard en le rendant (Thomme)

responsable devant Dieu du bien ou du mal qu'il aura fait ; je serais fâché d obtenir plus » .

Il ressort de cet exposé que, sans s'arrêter à la valeur morale des moyens conseillés, Malthus a poursuivi un but subversif, en préconisant légoïsme :

1° Par l'énumération complaisante des épreuves auxquelles s'expose le père d'une nombreuse famille ;

2° Par la définition étrange de la vertu, qui, loin de pousser l'homme au sacrifice, le porterait à lui tourner le dos.

Comme J.-J. Rousseau, c'est dans les prémisses et les phrases incidentes qu'on doit combattre Malthus, sous peine de se voir entraîné dans l'engrenage des raisonnements.

Les Allemands sont restés sourds à ces paroles de Roscher : « Celui qui met au monde un enfant, sachant qu'il n'a pas de quoi le nourrir, commet un crime contre la société, et commet un crime, plus grave encore, contre l'enfant ^ »

On pourrait rétorquer facilement cette proposition cruelle, sous son apparence philanthropique, et dire : « La société, qui sait qu'un enfant est mis au monde, sans que les parents aient de quoi le nourrir, et qui le délaisse, commet un crime de lèse-humanité et un homicide envers l'enfant. »

Si le sol terrestre ne pouvait alimenter tous les habitants du globe, de telle sorte qu'il fallût limiter le nombre des bouches, on concevrait le grief formulé ; mais le Créateur ne s'est point contredit dans ses œuvres : il a fourni des éléments nutritifs en assez grande abondance pour suffire aux besoins de l'espèce humaine librement développée^ : c'est à celle-ci de les répartir selon l'état d'avancement des connaissances acquises et des moyens de transport, sans jamais oublier le précepte du Décalogue : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Qu'on appelle ce sentiment solidarité^ altruisme ou charité (terme qui traduit, d'une manière plus directe et plus nette, la pensée divine), toujours est-il qu'il constitue un devoir auquel ne saurait se soustraire aucun individu ; quand les uns manquent du nécessaire et les autres regorgent >du superflu, l'équilibre voulu

\. Principes d'économie nationale.

2. Conf. EvERETT, Nouvelles idées de la pojndation, en France et dans les autres États de l'Europe; l'auteur dit que « le grand ordonnateur du banquet (de la vie) a eu soin que les nouveaux convives fussent annoncés longtemps d'avance, afin que tout fût prêt pour les recevoir et que les vivres ne manquassent point ». Moiieau, op. cit., ne voit, non plus, d'autres limites au peuplement que celles de la terre.

par la Providence reçoit une grave atteinte; mais il faut s'en prendre aux contempteurs du Décalogue et non à ceux qui obéissent à la loi de propagation du genre humain. Les époux qui, volontairement, restreignent leur postérité ne font point acte de prévoyance, mais de violation d'une loi naturelle : la fécondité est le plus précieux des trésors, et l'homme est responsable du non-emploi ou du gaspillage des richesses dont Dieu l'a rendu dépositaire.

Les goûts d'ambition, daventures, de lucre et de jouissances ont fait envisager, de plus en plus, les devoirs sociaux et la prolificité comme des charges qu'il importait d'alléger, en proportion de la défaillance qu'on éprouvait à la pensée de les supporter. "^ Ce relâchement des mœurs a été consécutif à la perte des croyances ; quoi d'étonnant, dans une pareille corrélation? S'il ne se rencontre que le néant, au delà de notre vie terrestre, les efforts de l'homme, pour atteindre le bonheur, doivent consister dans le nombre, l'étendue et l'intensité des jouissances matérielles, mais aux risques et périls de ceux qui compromettent honneur, avoir et santé, pour se procurer des plaisirs dangereux.

Dans ces conditions, c'est se livrer^ comme Pénélope, à un vain travail que de signaler, par voie expérimentale, les écueils de la débauche et des excès de tous genres, lorsqu'en même temps on propage des notions matérialistes. « Non, non, il ne suffira pas d'enseigner scientifiquement à l'enfant les désordres qui résultent de l'ivrognerie et de l'alcoolisme. Il faut en supprimer les causes morales et, pour cela, ramener l'influence religieuse dans les familles ^ »

i. Adolphe GuiLLOT, L'alcoolisme.

Au lieu de suivre d'aussi sages conseils, inspirés par une longue pratique, les maîtres de la philosophie contemporaine développent des idées qui, pour n'être pas nouvelles, ne perdent rien de leurs effets nuisibles ; tantôt « la révélation sociale » est substituée à la révélation divine ^ ; tantôt on affirme que « l'homme se croit libre » comme l'enfant^; tantôt « l'idée du droit... transformée et interprétée » engendre le sentiment du « droit relatif, consécutif à l'action sociale, et devient un simple fait dépendant de l'opinion et des mœurs ^ » .

Or, il est évident que ce dernier terme est compris par l'auteur cité, dans le sens oi^i l'expliquait, jadis, J.-B. Say :

« Par le mot mœurs, dit le célèbre économiste, il faut entendre, outre les relations honnêtes et régulières des deux sexes », « les habitudes constantes d'une personne ou d'une nation, dans ce qui regarde la conduite de la vie » . « La morale est la science des mœurs ^ » , et non pas celle des devoirs !

C'est logique, sans doute : quand on nie la Providence de Dieu, la liberté et la responsabilité de l'homme, le devoir n'est plus qu'un mot sans signifi-

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