Traité des grains, ch. n
gent, du xvi^ au xviii^ siècle. Dutot^ s'enquit de limportance des salaires donnés aux manouvriers des campagnes en 1735; puis il la compara avec celle que révélaient les documents contemporains de la Renaissance ; le résultat de ses recherches se traduisit de la manière suivante :
Provinces. Prix des journées 2.
Champagne 0 fr. 75 0 fr. 97 pour un homme.
— 0 fr. 375 0 fr. 375 pour une femme.
Auvergne 0 fr. 375 0 fr. 65 en été,
— 0 fr. 249 0 fr. 32 en hiver.
Dans son réquisitoire, pour l'enregistrement de TÉdit du mois de juillet 1764, sur la liberté d'exporter les céréales. La Chalotais fils, avocat général au Parlement de Bretagne, se plaignit, avec amertume, de l'augmentation « considérable » qu'avaient subie les salaires, gages et marchandises.^ depuis un siècle, quoique le blé, suivant lui, eût éprouvé une « grande diminution de valeur, dans le même laps de temps », ce qui était exagéré, si l'on retranche du tableau des mercuriales ^ les chiffres afférents aux années les plus calamiteuses du règne de Louis XIV.
D'ailleurs, si le prix des marchandises s'était élevé, comme le reconnaissait l'inconsolable magistrat, quoi de plus naturel qu'une augmentation corrélative des salaires et gages?
Reste à savoir si le renchérissement de la maind'œuvre avait été en rapport avec celui des choses nécessaires à là vie.
\. Réflexions sur le commerce et les finances.
2. Chiffres ramenés à la valeur mooétaire actuelle, avec le pouvoir relatif de l'argent, aux deux époques comparées.
En 1739. Orry, Contrôleur général des finances, fixa le prix de journée à payer aux corvéables sur le pied de 10 à 12 sols pour les manœuvres, 15 à 16 sols pour « les plus forts ouvriers » ^ (des campagnes), ce qui donnait, aux uns, 0 fr. 54 à 0 fr. 65, aux autres 0 fr. 80 à 0 fr. 87 en monnaie actuelle, abstraction faite du pouvoir de l'argent.
Trente-huit ans après, sur la demande de Necker, toujours en vue de la corvée des grands chemins, les Intendants des provinces firent connaître, à la fois, le prix commun du pain et celui des journées d'ouvriers ruraux gagnant les plus faibles salaires ^ ; il résulte de leurs rapports que le pain se payait, alors, de 1 sol 1/2 à 2 sols 1/2, la livre-poids, et la journée d'un manœuvre de 10 à 20 sols, en moyenne vraie 15 sols; c'est-à-dire que le maximum de 1739, année de cherté, était devenu le taux commun de 1777, dans lequel ne se trouvaient pas comprises les prestations alimentaires, que les Intendants portaient à 3 livres de pain, représentant, à peu près , aux cours actuels, 0 fr. 50; de sorte que le salaire normal de 1777 correspondait réellement à 2 fr. (avec le pouvoir relatif des espèces) -j- 0 fr. 50 = 2 fr. 50, soit une augmentation des 2/3 sur l'estimation donnée, par Vauban, à la fin du xvii^ siècle, à supposer que les chiffres du grand ingénieur comprissent (ce qui est incertain) tous les éléments de rémunération.
Il convient d'ajouter, pour prévenir une objection admissible, en principe, que les administrateurs des provinces, sous l'ancien régime, n'étaient point optimistes; ainsi l'Intendant de la généralité de Soissons,
4. Lettre circulaire du 21 mai 1739, Bibliothèque nationale, manuscrits français n^ 8378.
2. ViGNOx, Éludes historiques sur V administration des voies publiques en France.
dans sa réponse à Necker, estimait à 16 sols la journée d'un manœuvre, tandis qu'en 1775, à la Société d'agriculture de la même généralité, on la calculait sur le pied de 20 sols ^
Dès 1761, le ministre Bertin avait constaté l'amélioration des salaires ^.
M. de Chazerac, Intendant d'Auvergne et homme très éclairé, déposait dans le même sens, dix ans plus tard ^ ; la thèse contraire était seulement soutenue par deux de ses collègues qu'effrayait la liberté d'exporter les grains, parce qu'ils prétendaient qu'en relevant la valeur des céréales, on avait disposé les grands cultivateurs à substituer de l'argent aux denrées jusque-là servies, comme rétribution du travail agricole^, ce qui manquait d'exactitude, car les documents antérieurs et postérieurs à 1771 attestent la remise simultanée d'espèces et de prestations en nature.
Les salaires industriels avaient été améliorés, aussi, en proportion du prix de la vie; mais un budget d'artisan, à cette époque, ne comprenait pas les mêmes éléments de dépenses qu'aujourd'hui ^.