‹ La populationChapitre 75 sur 127 · Richesse des nations, liv. I^"", ch. viii · texte numérisé non relu

Richesse des nations, liv. I^"", ch. viii

une expérience élémentaire suffit pour s'en convaincre. Sans doute, les animaux ne peuvent se reproduire qu'à la condition d'entretenir leurs forces par des aliments ; mais il n'existe pas, chez eux, d'autre équilibre, entre l'instinct de la reproduction et celui de la conservation ; c'est ce qui faisait dire à Ortès : « Les générations des hommes sont limitées par les hommes, celles des brutes par la force ^ »

Il faut donc écarter, comme manquant de base, la règle inflexible qui subordonne l'essor delà natalité à l'étendue des subsistances.

Le seul fait que révèle la statistique consiste dans une corrélation de la baisse subite et sensible des céréales avec l'amoindrissement du nombre et de la fécondité des mariages ; mais cet effet restrictif survient par d'autres causes, telles que les guerres ou épidémies; de telle sorte qu'à tout prendre, la seule loi qu'on soit en droit d'énoncer, et qu'indique le bon sens, peut se traduire ainsi : « Les fléaux calamiteux ont pour conséquence de resserrer les limites normales d'accroissement de la population, au moyen des mariages et naissances. »

La réciproque n'est pas vraie. Les années satisfaisantes, au triple point de vue de l'état nosologique, de la paix publique et de productions abondantes, ne déterminent pas un relèvement nécessaire de la nuptialité et de la fécondité ^ ; s'il en était autrement, on pourrait dire que l'essaimage augmente avec les ressources de chaque famille; or, il y a unanimité, pour reconnaître qu'une telle proposition reçoit des faits observés un démenti cruel.

\. Réflexions sur la jiopulation (1790).

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