‹ La populationChapitre 93 sur 127 · Études et relevés, etc · texte numérisé non relu

Études et relevés, etc

3. « Les mouvements populaires les plus sanglants, ceux qui ont éclaté en 1792 et dans les années suivantes. n'o7it pas empêché la population de s'accroître, dansées années héroïques et terribles, p/us rapidement que dans les années de paix intérieure dont la France a joui généralement, depuis la chute du premier Empire. » (Bertueau, Les lois de la population.)

Et ailleurs :

€ Il faut bien que, depuis la Révolution française, les causes qui arrêtaient, jadis, les progrès de la population aient disparu, pour la plupart... il est incontestable que la Révolution a été, sinon la cause

Si un gain plus fort avait été réalisé, on le constaterait depuis le Consulat, tandis que les chiffres fournis par les registres de l'état civil, pour le commencement du XIX'' siècle, sont identiques à ceux de la période antérieure, dont les résultats se ressentirent de circonstances défavorables :

1782-17841... 424 naissances légitimes pour 100 mariages 1801-1805 — — — —

A dater de 1806, en groupant les données par périodes décennales, Tamoindrissement est continu, et Ton descend, pour les temps le plus rapprochés (1891-1898), à 270 naissances pour 100 mariages!

Dans les autres contrées européennes, on Fa vu, il y a des oscillations, qui sont l'indice de luttes contre les éléments restrictifs.

D'où vient que, seule, la France soit descendue, sans résistance, au dernier rang des nations, pour la fécondité? C'est, d'abord, semble-t-il, qu'elle a le triste privilège des révolutions périodiques, accomplies par les gouvernants ou les gouvernés. En effet, les secousses violentes imprimées à l'esprit public ont ébranlé, ruiné les traditions, fait perdre les longs espoirs, déconcerté les initiatives hardies, quoique honnêtes, mais subordonnées à la sûreté du lendemain;

efficiente, du moins le point de départ d'une ère nouvelle, celle des progrès de la richesse et de la population... » [Id).

Peut-être trouvera-t-on ce lyrisme assez inconciliable avec l'aveu ci-après : « laissons de côté l'ancien régime, puisqu'il est démontré que la population française, malgré tous ses malheurs, s'est accrue plus vite que les autres jusqu'au jour delà Révolution. »

Si la France tenait la tête des nations, avant 1789, et se laissa dépasser, depuis, comment sa population aurait-elle pu, cependant augmenter « plus rapidement » ?

\. Depuis 4785, nous l'avons dit, les états, sur le mouvement de la population, sont incomplets; toutefois, en effectuant le calcul avec les éléments partiels conservés, on trouve comme moyenne, de 1785 à 1787, 445 naissances légitimes pour 100 mariages.

elles ont substitué des personnalités remuantes aux mérites, donné des exemples désastreux de favoritisme et d'arbitraire ^ .

En outre, l'impunité est devenue un droit, pour une foule de délinquants. Le sens moral a été perverti, chez tous ceux qui, en grand nombre, jugent des principes par les applications qu'ils reçoivent et des vertus par les récompenses qu'elles obtiennent.

Puis, avec les gouvernements instables, la vénalité des offices a cédé la place au trafic des consciences, qui ne vaut pas mieux.

Or, on Ta vu plus haut : la fécondité s'attache à la moralité ; perdre Tune, c'est ruiner l'autre.

Nous venons d'évoquer, de nouveau, le souvenir de la vénalité des charges de judicature et de finances, l'une des plus grandes plaies de la France, du XVI® au xviii^ siècle inclusivement; elle eut pour résultat d'amener un déclassement social ; dès le règne de Louis XIII, on constatait, dans le commerce, l'ambition d'avoir des fils assis sur les sièges de la magistrature ; ce sentiment se généralisa, avec le temps ; d'Aguesseau, dans sa V Mercuriale (1693), s'attriste du « besoin de s'élever », qu'il appelle « le caractère dominant des mœurs » de son époque, et gémit d' « un soulèvement universel de tous les hommes contre leur condition », la plupart d'entre eux « méprisant leur état et le rendant méprisable. Toujours occupés de ce qu'ils veulent être et jamais de ce qu'ils sont, pleins de vastes projets : le seul qui leur échappe est de vivre contents de leur sort. »

l.M. Bertheau, op. cit., reconnaît « que, depuis un siècle, le peuple français a été quelque peu abandonné à lui-même, qu'il n'a pas été réellement gouverné »; que « l'instabilité gouvernementale » a été funeste.

Sur quoi M. Levasseur *, après avoir cité le passage précédent, fait ces réflexions :

« La rhétorique emportait, probablement, le Chancelier par delà les bornes de la vérité... En tout cas, son exagération même est un avertissement, pour ceux qui, aujourd'hui, se laissent emporter, à leur tour, et opposent, ôdius des tableaux de fantaisie, Vordre et le calme du « bon vieux temps » à Tinquiète mobilité des esprits de notre siècle. Sans doute, une société démocratique, dont l'organisation sociale est fondée sur le double principe de l'égalité et de la liberté et où lesplus hautes perspectives sont ouvertes a tous, comporte plus de changements, dans la condition des personnes et dans la fortune des familles... ; mais le fond de la nature humaine reste toujours le même et, partout, les hommes, à moins d'être retenus de force dans l'immobilité^ s'ingénient à améliorer leur sort et se trompent, parfois, dans leur ambition. »

Il semble ressortir de ces railleuses observations que, dans tous les temps et sous tous les régimes, l'homme se débat, fait des efforts désespérés, pour conquérir de plus nobles destinées, mais qu'il n'atteint son but qu'avec la démocratie. Cette description ne court-elle pas le risque d'être qualifiée de « tableau fantaisiste »? Si des déceptions attendent, «parfois », ceux qui souhaitent une autre situation, pourquoi s'applaudir de facilités factices et propres à répandre les rêves de bonheur, puis les réveils pénibles dont ils sont suivis, dans la plupart des cas? Est-il raisonnable et pratique de prononcer les grands mots d' « égalité » et d'accessibilité aux emplois ou honneurs, quand la nature refuse aux uns les dons qu'elle ac-

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