Op. cit., t. PS p
corde aux autres ; quand le nombre des positions briguées est sans rapport avec celui des personnes qui en postulent l'attribution; quand, enfin, les idées politiques priment les mérites intellectuels, les connaissances acquises, les services rendus? Ce n'est pas tout. Améliorer son sort n'implique, en aucune manière, la nécessité de « changer » sa condition sociale, de s'élever dans la hiérarchie des classes, que la démocratie ne supprime point : un fermier, un marchand ou industriel, peut s'enrichir beaucoup, gagner une grande influence, tout en gardant sa profession.
Au contraire, il arrive souvent qu'en désertant la carrière paternelle ouverte devant lui, un homme tourne le dos à la fortune.
Pas plus que Frédéric Bastiat, lorsqu'il écrivit sa célèbre étude intitulée : Baccalauréat et socialisme^ d'Aguesseau n'est tombé dans « l'exagération », l'emphase ou le ridicule, pour avoir déploré le trouble corrélatif à l'état instable d'une foule de gens; dès lors, c'est se méprendre que de voir, dans le langage du célèbre Chancelier, autre chose qu'une inquiétude fondée sur les symptômes précurseurs, à ses yeux, d'une subversion devant ruiner « l'ordre » de la société et « le calme » des existences individuelles. « La rhétorique » entraîne, ici, l'esprit cultivé que charment la mobilité et le manque d'équilibre, déclarés, à tort, inhérents à la démocratie, et là gît une erreur funeste, car, avec le temps, les excitations, que reçoit le désir de « s'élever » plus ou moins, enlèvent à la saine activité des éléments déjà trop restreints et initient mal beaucoup d'individus aux devoirs de chefs de famille.
Ainsi, en dehors des causes morales, considérées comme réagissant sur le développement de la popula-
lion, mais qui ne sont point particulières à la France, celle-ci est tombée au-dessous des autres nations européennes, sous le rapport de la fécondité, par la réunion de quatre circonstances :
l'' La désorganisation systématique de la famille;
2° Les entraves à l'activité individuelle et l'excès des impôts;
3° L'insécurité progressive du lendemain ;
4° Le déclassement social élevé à la hauteur d'une institution.
Ce sont là des facteurs qui, considérés isolément, ont une influence nocive, mais dont la réunion, a fortiori, contrarie, d'une manière désastreuse, l'action bienfaisante des lois morales, économiques et sociales. On peut, dès lors, tirer du résultat produit des conséquences applicables à tous les peuples ; c'est pourquoi il a paru opportun d'insister sur Fexistence, le rapport et la gravité des faits recueillis, afm d'en dégager un enseignement expérimental dont l'avenir soit à même de profiter.