RARES
comme on le soutient, ni plus pâles que les habitants des autres grandes villes qui travaillent renfermés ; leurs chairs ne sont pas plus molles, leurs membres plus souvent grêles, bouffis, ni leurs corps plus souvent déformés. Je ne nie pas cependant qu’il n’en fût ainsi autrefois, à une époque où les canuts étaient bien plus mal logés et plus mal nourris qu’ils ne le sont actuellement. Mais en 1835 et jusque dans lété de 1836 (je ne les ai pas vus dans le fort de la crise commerciale qui commençait alors), malgré toutes les assertions contraires, leur santé laissait peu à désirer, surtout si l’on a égard à ce que leur profession n’exigeant point des individus robustes, beaucoup d'hommes, qui ne peuvent être forgerons, charpentiers, ouvriers des ports, etc, se font tisseurs de soie.
Leurs salaires. — Il est peu de sujets, remarque Villermé, sur lesquels il soit aussi difficile de se faire une opinion que sur les salaires payés par la fabrique de Lyon et sur leurs rapports avec le prix des choses nécessaires à la vie. Un ouvrier compagnon gagne en moyenne 2 francs par jour ; un chef d’atelier, suivant le nombre de métiers qu’il possède, de 5 à 8 fr., frais déduits.
Beaucoup d’habitants de Lyon, et parmi eux des mères de famille, m'ont affirmé, écrit-il, qu’un homme seul peut vivre très aisément dans cette ville, s’il a de l’ordre et ne fait aucune dépense inutile, avec un revenu de 40 sous par jour.
De tous mes renseignements, il résulte que dans les temps ordinaires, les ouvriers-maîtres ou chefs
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d'atelier de la fabrique de Lyon et les compagnons, qui gagnent le plus, peuvent seuls faire des épargnes, et que les compagnons qui fabriquent les étoffes unies légères, vivent à grand’peine. Mais la confection de ces dernières étoffes n’exigeant pas l’emploi d’une certaine force physique, elles sont presque toujours fabriquées par des femmes, dont les besoins, et par conséquent les dépenses, sont moindres que ceux des hommes. D’un autre côté, la plus grande partie de ces ouvrières étant filles ou épouses des chefs d’atelier, elles ajoutent leurs gains à ceux plus ou moins forts de leurs parents ou de leurs maris.
Leur nourriture. — En aïlant chez les ouvriers en soierie aux heures des repas, j’ai pu voir de quoi ils se composaient. C’était :
Au déjeuner : de pain assez blanc et généralement de très bonne qualité, seul pour le compagnon, et souvent assaisonné d’un morceau de fromage pour le chef d’atelier et sa femme. Celle-ci déjeunait quelquefois avec du café au lait.
Au diner : de la soupe, tantôt grasse, tantôt maigre ; presque tous les jours de la viande de boucherie, avec des légumes et des pommes de terre, ou bien une salade ; le tout paraissant bien préparé, d’un aspect, d’une odeur à réveiller l’appétit, et servi dans une vaisselle de faïence ou de terre peu recherchée, mais porpre, et sur une table ordinairement nue, mais qui quelquefois était aussi couverte d’une nappe. Enfin, il y avait du vin pour toute la famille, moins les compagnons ; le maître en boit régulièrement