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Cependant l’Angleterre, servie par ses relations maritimes avec l’Extrême-Orient, avait monopolisé peu à peu, au profit de Londres, l'importation des soies des Indes, de la Chine et du Japon, dont le marché fut ouvert aux négociants européens à partir de 1859. C’est de Londres que Lyon était tributaire pendant toute la première moitié du xix° siècle pour toutes les soies asiatiques dont l'emploi se généralise de plus en plus et qui entrent d’autant plus largement dans la consommation que, à partir de 1854, les récoltes européennes, décimées par les maladies des vers à soie, vont s’amenuiser de plus en plus. C’est devant ce danger que les marchands de soie lyonnais réagirent rapidement en organisant des relations directes entre la France et l’Extrême-Orient par la création des services réguliers des Messageries Maritimes entre Marseille et la Chine et le Japon. Ce service fut créé en 1864 et très rapidement la primauté du marché de Londres dut le céder à celui de Lyon favorisé encore par l’ouverture du canal de Suez. Les livraisons effectuées par les Docks de Londres n’atteignent plus, au début du xx° siècle, que 6 à 7.000 balles annuellement, alors qu’elles avaient dépassé 90.000 balles en 1864. Lyon devint pour de nombreuses années la métropole mondiale du commerce de la soie.
2° LA POLITIQUE DE LIBRE ÉCHANGE INAUGURÉE EN 1860 CONSACRE LA PROSPÉRITÉ DE LA FABRIQUE LYONNAISE.
Le traité de commerce de 1860, avec l’Angleterre, est une date capitale pour l’histoire de la soierie lyon-
naise, puisqu'il ouvre en franchise aux exportations françaises de soieries le marché britannique. Ce traité, qui devait amener la ruine de l'industrie anglaise naissante de la soierie, fut pour la soïerie lyonnaise le signal d’une prospérité jusque-là inconnue ; il marquaïit la fin d’une crise très dure, résultant de la fermeture du marché américain par suite de la guerre de Sécession. L’excédent des exportations sur les importations pour les tissus de soie passe en France de 270 millions en 1852 à 420 millions en 1869, dont 300 millions pour la région de Lyon. De 40 millions en 1855, les exportations lyonnaises de soieries à destination du Royaume-Uni passent à 130 millions en 1865, aussi le nombre des métiers de la région lyonnaise s’élève-t-il à 120.000 en 1866, ayant presque doublé en moins de 20 années.
Lyon va devenir un très important centre de capitaux et l'emploi de ces capitaux va tout d’abord aller à l’industrialisation de la région. Le deuxième Empire est une période de large expansion financière et industrielle et l’essor des industries autres que la soierie se poursuivra activement pendant cette période. Il en résultera une accentuation du mouvement de concentration dans les villes ou leur banlieue.
Il. — L'accroissement de la population du Rhône de 1856 à 1876
Malgré les pertes en vies humaines dues à la guerre de 1870-1871, le Département du Rhône s’accroîtra largement au cours des vingt années qui séparent le
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recensement de 1856 de celui de 1876, passant de 626.000 à 705.000 habitants. L’accroissement se fera surtout au profit de l’arrondissement de Lyon qui passera de 460.000 à 530.000 habitants (Ville de Lyon : 292.000 habitants en 1856, 342.000 en 1876). L’arrondissement de Villefranche ne gagne que 4.000 âmes (166.000 en 1856, 175.000 en 1876) ; il atteint son maximum et décroîtra à partir de 1876 sous l’influence des mêmes facteurs qui ont causé l’exode rural dans la France entière. La dépopulation de l'arrondissement de Villefranche aurait commencé plus tôt, n’eût été l’élément ralentisseur de lexode rural que constitue, à partir de 1840, l’émigration des métiers dans les campagnes. Commencée sous la Restauration, accélérée après les émeutes de 1831 et de 1834, cette émigration prit des proportions très considérables sous le Second Empire, à la suite de la crise amenée par les maladies du ver à soie et la fermeture du marché américain.
HI. — La situation de la classe ouvrière à Lyon sous le Second Empire
L'organisation du travail demeure encore, en soierie, assez semblable à ce qu’elle était sous l’Ancien Régime : le marchand-fabricant fait tisser à façon par des maîtres tisseurs chefs d'ateliers qui travaillent dans de petits ateliers sur des métiers leur appartenant, aidés de membres de leur famille et de compagnons ou apprentis. Il faut de 2 à 3 personnes
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pour assurer la marche d’un métier à bras (les métiers mécaniques n’étaient encore que fort peu répandus). Les maîtres tisseurs gagnent, selon l’importance de leurs affaires, entre 314.000 pour les plus gros et 1.000 à 1.100 par an pour les plus modestes. La situation des compagnons est beaucoup plus modeste ; leur salaire varie de 1 à 2 francs pour ceux qui travaillent en uni, jusqu’à 4 et 4 fr. 50 pour les tullistes. La plupart ne gagnent pas plus de 450 francs par an en moyenne. Ce sont en général des célibataires vivant en garni et travaillant jusqu’à 13 heures par jour.
Quant aux ouvriers des corporations autres que la soierie, leur nombre croît chaque jour et ils constituent déjà en 1860 la majeure partie du prolétariat urbain. Ils bénéficient de salaires allant de 3,50 à 5 francs pour les ouvriers qualifiés et de 2 à 3 francs pour les manœuvres, salaires toujours supérieurs à ceux de la soierie. Ils ont un travail presque toujours assuré et le chômage est très rare en dehors de la fabrique. Ils habitent surtout les nouveaux quartiers de l'Est. La population de la Guillotière augmente de 28.000 âmes de 1851 à 1856.
En 1861, Lyon est déjà une ville de plus de 318.000 habitants, dont chaque quartier affecte une physionomie originale. Les quartiers qui s'étendent de la place des Terreaux au cours du Midi et qui constituent les 1” et 2 arrondissements urbains sont otcupés par la « classe nombreuse des fabricants et des marchands en gros et en détail » ; c’est là qu’est le. centre de la vie élégante et que se trouvent les cafés
et les grands magasins. La rive droite de la Saône groupe autour du Palais de Justice les gens de loi, avocats, avoués, etc. La Croix-Rousse est habitée presque exclusivement par les canuts dont nous avons noté plus haut le genre de vie.
L'un des aspects les plus intéressants de l'œuvre du Second Empire, est le plan d’urbanisme du Préfet Vaïsse qui va transformer complètement la ville et lembellir par le percement des rues de la République et de l’'Hôtel-de-Ville, là où il n’y avait auparavant qu'un entassement désordonné de vieilles bâtisses du xvI° siècle ; des quais seront construits sur les bords du Rhône et de la Saône et dorénavant les quartiers de Vaise et de la rive gauche du Rhône seront défendus contre le retour de ces inondations qui avaient été si désastreuses en 1825 et en 1840. Enfin, la construction de la gare de Perrache va être entreprise après de longues discussions relatives à son emplacement. On peut reprocher à celui qui fut choisi d’avoir séparé du reste de la ville l’extrémité de la presqu'île où furent du reste relégués les prisons et les industries bruyantes ou insalubres.
Parmi les autres villes du Département, Tarare bénéficiera d’une prospérité tout à fait remarquable à cette époque, par suite de la grande vogue des tulles et mousselines ; la population de la ville dépassera en 1866 le chiffre de 15.000 âmes, ce qui devait constituer l’apogée de son développement.
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