Le cadre naturel
A la fin de l’Ancien Régime, la Province du Lyonnais réunissait trois territoires au passé historique différent : le Lyonnais proprement dit, le Beaujolais et le Forez. En 1789, lors de la refonte administrative de la France, la Province du Lyonnais devint, en conservant ses limites, le Département de Rhôneet-Loire, dont le chef-lieu était Lyon, les autres villes principales Saint-Etienne, Montbrison, Roanne, Feurs, Villefranche et Tarare.
L'existence de ce département fut fort brève. En 1793, à la suite de l’insurrection de Lyon et dans le but de diminuer l'influence de cette ville, qui ne devait plus être connue à l’avenir, par ordre de la Convention Nationale, que sous le nom de « Commune Affranchie », le Département de Rhône-et- Loire fut scindé en deux parties : ce qui correspondait à l’ancien Forez devint le Département de la Loire, tandis que le Lyonnais et le Beaujolais formèrent le Département du Rhône.
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Les limites du Rhône n’ont depuis lors, varié qu'une seule fois : en 1854, par suite de l’annexion du canton de Villeurbanne qui faisait partie antérieurement du Département de l’Isère.
Le Rhône, dont la superficie ne dépasse pas 285.600 hectares, est, après la Seine, le plus petit des départements français. S'allongeant du nord au sud, il est borné à l’est par la Saône et le Rhône, au delà duquel s'étendent cependant une bonne partie de la ville de Lyon et tout le canton de Villeurbanne ; à l’ouest, il est séparé du département de la Loire dans toute sa longueur par les monts qui séparent le Bassin hydrographique de la Loire du Bassin du Rhône, sans que la ligne de partage des eaux coïncide rigoureusement avec la limite administrative entre les deux départements. Deux cantons, ceux de Thizy et d’Amplepuis, font partie du Bassin hydrographique de la Loire et se rapprochent du reste plus de la région roannaise que de la région lyonnaise par leurs affinités naturelles.
Par suite de son relief accidenté, le sol du département ne se prête pas, dans sa plus grande étendue, à la culture mécanisée et organisée en grandes exploitations, comme on en voit dans les plaines du nord de la France. Les exploitations agricoles sont petites ou moyennes et consacrées aux cultures variées telles qu'on les pratique dans les régions voisines du Sud-Est ou du Massif-Central (blé, avoine, betteraves, pommes de terre, luzerne et plantes fourragères, prairies pour l'élevage, forêts dans les monts du Lyonnais et du Beaujolais). La fertilité moyenne
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du sol a toujours été assez médiocre et le rendement moyen des superficies emblavées ne dépasse guère de nos jours 15 quintaux à l’hectare (statistique agricole de 1925).
L'exposition heureuse des monts qui dominent la vailée de la Saône et du Rhône, de Belleville à Condrieu, est favorable à la culture de la vigne. Les coteaux compris entre Poleymieux et Saint-Cyr sont, dit-on, le terrain où les Romains plantèrent les premières vignes des Gaules, et c’est là l’origine de la dénomination du Mont d'Or. Depuis plusieurs siècles la vigne est l’élément le plus riche de l’agriculture du Beaujolais ; elle fournit divers crus locaux appréciables et un cru de grande réputation, le Beaujolais, dont le marché a une importance économique notable.
Mais, au total et malgré la fertilité du terroir dans la vallée de la Saône et dans les cantons du Sud, les ressources agricoles du département sont relativement modestes et il se classerait, sous ce rapport, dans un rang médiocre parmi les départements français.
Ce n’est pas non plus dans la constitution de son sous-sol que le département du Rhône a pu trouver un élément de prospérité économique. A la différence de la plupart des grands départements industriels de la France (Nord, Pas-de-Calais, Meurthe-et- Moselle, Saône-et-Loire, Loire, etc), dont le développement économique a subi une impulsion déterminante du fait de la présence de gisements houillers et métallifères, le Rhône est fort mal doté de ce côté :
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à peine peut-on signaler l'exploitation des pyrites de Saint-Bel, des traces de houille à Sainte-Foy-Largentière. Du moins le département renferme-t-il de belles carrières de pierre à bâtir (Couzon, Saint-Fortunat, Mont-d’Or), et de marbres (Thizy, porphyres des montagnes de Tarare).
Il, — La ville de Lyon
Peu favorisée, somme toute, quant aux richesses naturelles de son sol, notre région a reçu de la nature une large compensation qui consiste dans la situation géographique de sa capitale.
Le confluent du Rhône et de la Saône est un de ces lieux prédestinés par la nature pour devenir des centres d’échanges et de civilisation, véritable plaque tournante orientée à la fois vers les régions les plus diverses, assise entre le Massif Central et les Alpes, commandant les communications entre le Midi méditerranéen, d’une part, et, d’autre part. les plaines du Nord de la France et la vallée du Rhin à travers la Bourgogne et la Franche-Comté.
« Par vocation, par tradition, a écrit Vidal de La Blache, Lyon est un grand marché, un centre de négoce et de capitaux. Son originalité est dans les multiples attaches qui lient son développement à celui des contrées voisines. Les racines de sa prospérité sont complexes ; elles tiennent avec d’autant plus de solidité. C’est une cité régionale qui, pour la contrée qui gravite autour d'elle, est la ville par <
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excellence ; mais c’est aussi une cité européenne. La Méditerranée eut sa part dans la précoce fortune de cet emporium, mais la principale part en revint aux Alpes.
« Sur la périphérie extérieure des Alpes, des bords de la Seine à ceux du Danube, s'étend une bande de contrées vers lesquelles affluent les routes d'Europe. A distance encore, mais à portée des passages, combinant les avantages de la plaine avec la surveillance des cols internationaux, une brillante ceinture de villes a grandi : villes de commerce, de relations lointaines, d’entreprises, sur lesquelles l’art a souvent jeté son auréole. »
Fondée l’an 711 de Rome pour servir de retraite aux habitants de Vienne chassés par les Allobroges, Lyon devint dès son origine le principal quartier des légions, le marché de soixante nations commerçantes et le point de départ des quatre grandes voies ouvertes par Agrippa d’après les ordres d’Auguste, dont l’une allait aux Pyrénées par les Cévennes, l'Auvergne et l’Aquitaine, l’autre au Rhin, une troisième à la Manche par le Beauvaisis et la Picardie ; une quatrième à la Méditerranée par la Gaule Narbonnaïise.
Au Moyen-Age, Lyon attire par ses foires les marchands de Suisse, d'Allemagne et d'Italie : « C’est un lieu de rencontre de peuples, une de ces villes que la chrétienté du Moyen-Age aimait à choisir pour ses assises ‘œcuméniques » (Vidal de la Blache). Des familles opulentes et industrieuses, fuyant au xIr et au xv° siècle les troubles qui désolaient lItalie lui apportèrent des capitaux et des arts. Au xw siècle,
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Lyon était ainsi devenu un important entrepôt de soieries étrangères dont la vente provoquait un exode de capitaux français. Les Rois de France, hostiles à ces sorties de numéraires, voulurent remédier à cet état de choses en établissant une industrie de la soie sur le sol national; les Lyonnais s’y refusèrent d’abord èt c’est à Tours que s’établit la première fabrique française de soieries ; ce n’est qu'après de longues hésitations et voyant le succès de la fabrique de Tours, que les Consuls lyonnais se rendirent à la raison. Ils obtinrent de François I la charte de fondation de la Fabrique lyonnaise le 2 septembre 1536.
Intimement liée aux fastes de l’Ancien Régime, la Fabrique lyonnaise vit sa prospérité s’accroître d’année en année; en même temps la ville de Lyon s’agrandissait et se développait. Au xvur siècle, Perrache « porte le confluent du Rhône et de la Saône à douze cents toises plus loin que ne l’avait mis la nature ». Morand, au nord, lie la ville aux Brotteaux par un pont. La population de la ville dépassait à la fin de l'Ancien Régime le chiffre de cent vingt mille habitants, quand la Révolution vint porter un coup très dur à son développement. Il n’est pas dans nos plans d'examiner la vie de Lyon et de la Région avant et pendant la Révolution de 1789 ; aussi bien allons-nous passer dès maintenant à l'examen de l’état du Département au lendemain de la Révolution.
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Ill, — L'état du département au lendemain de la Révolution
Au lendemain de la Révolution, le Premier Consul chargea le Ministre de l’Intérieur Chaptal de réclamer aux Préfets un inventaire exact de la situation de leurs départements.
Le Préfet du Rhône, le citoyen Verninac, qui devait peu de temps après être nommé ambassadeur à Berne, dressa un tableau qui nous fournit les meilleurs renseignements sur l’état économique et la population du Département à cette époque. Il ressort de ce document que l’activité du département se partageait à peu près également entre l’agriculture, d’une part, l’industrie et le commerce, d’autre part.
Ressources agricoles. — Les ressources agricoles du département sont déjà insuffisantes pour sa consommation. La récolte en grains fournit aux besoins d’un tiers de l’année ; le peuple des campagnes fait alors sa principale nourriture de la pomme de terre ou « truffe », dont la culture, introduite depuis peu, s’est très rapidement développée. Une des principales ressources du Département est l’exportation des vins : les vins rouges (Côtes Rôties, Lachassagne, Juliénas, Blacé, Millery, Sainte-Foy) vont à Paris ; les vins blancs de Condrieu vont à l’étranger.
Quoique le développement des prairies artificielles, depuis le milieu du xvur siècle, ait fait quadrupler le nombre des bestiaux, le fourrage produit dans le Département est insuffisant pour la consommation