‹ La population, les causes de ses progrès et les obstacles qui en arrêtent l'essorChapitre 28 sur 67 · DE LA RACE · texte numérisé non relu

DE LA RACE

Position de la question : de la part qu'il faut prétendument faire à la fécondité des races dans l'accroissement de la population. — Race teutone et race latine. — Fécondité comparée de la race allemande et de la race italienne — La race française, sa fécondité au Canada et en Algérie. ■ — En France, différence de fécondité d'après les départements.

Il ne s'agit pas de reclierclier ici les pays qui ont la natalité la plus forte, ou dont la population augmente le plus rapidement ; mais bien de poser cette question plus intéressante : l'accroissement plus ou moins rapide de la population tient-il à la race ? Si c'est à la race que doit être attribué l'accroissement plus ou moins lent ou rapide de la population, il est clair que le phénomène est fatal. Si, au contraire, il est démontré que la race n'a pas l'importance que certains auteurs lui attribuent dans la fécondité, il sera démontré une fois de plus que le ralentissement du mouvement de la population française doit être attribué à des causes volontaires.

La question étudiée ici diffère de celle que nous étudiions à la fin du précédent chapitre. C'était la suivante : la fécondité de la race se modifie-t-elle avec les modifications sociales ? Ici nous allons recherclier " si la fécondité diffère d'après les races n .

On entend dire souvent que les Aryas blonds sont plus féconds que les Aryas bruns ; on oppose l'accroissement rapide de la race teutone à l'accroissement si lent, croit-on, des nations latines — et de la population française en particulier.

L'expansion de la race allemande est incontestable. " Les Allemands, dit M. Leroy-Beaulieu, colonisent l'Europe par voie d'infiltration ; ils s'insinuent en Hongrie, en Pologne, dans le Banat, en Roumanie, en Turquie, et ils formeront dans un siècle une agglomération de 150 millions d'habitants au cœur de notre continent \ n

Les démographes ne peuvent d'ailleurs que constater le fait. Que l'on compare la population de l'Allemagne, en 1800, en 1850, en 1875, en 1890 : ses progrès sont saisissants. Une remarquable étude de M. Ch. Grad, député protestataire de Colmar au Reischtag, décédé en 1890 — publiée dans la Bévue des Deux Mondes de 1886 — signalait les grands, les énormes avantages que l'Allemagne tire de la fécondité de ses familles. Si vraiment la race française était moins prolifique que les autres, il n'y

1 De la colonisation chez les peuples modernes, p. 303.

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aurait qu'un remède à la situation, et un remède bien insuffisant : il faudrait favoriser de toutes façons l'immigration et les mariages mixtes, afin de transformer la race. Mais l'infécondité ^ relative des races latines n'est ni démontrée, ni vraie. C'est ainsi qu'en Italie les familles de dix à douze enfants sont fréquentes dans toutes les classes. L'excédent total annuel des naissances sur les décès y est de 300 à 350,000, bien qu'à cause de l'émigration la population n'augmente pas effectivement chaque année de ce chiffre. Néanmoins, de 1871 à 1889, la population de l'Italie a augmenté de plus de 3 1/2 millions d'âmes, chiffre qui a bien son importance. Tandis qu'en France l'excédent annuel des naissances sur les décès est de 26 seulement pour 10,000 habitants, il atteint 110 en Allemagne et 101 en Italie '.

La faible différence entre les deux derniers chiffres s'explique aisément par la différence de salubrité des deux climats. Aussi peut-on en conclure, avec l'auteur à qui nous empruntons ces chiffres si démonstratifs, que la population de l'Italie est de celles qui sont appelées à déborder sur les autres parties du monde '\

1 Nous parlons de rinfécondité physiologique et non de la faible natalité de fait.

2 Moyenne des quatre années antérieures à 1889.

3 L'Italie a des colonies nombreuses et généralement riches dans le bassin de la Méditerranée. D'après VAnnuario statistico pour

Quant à la race française, en raison de l'expansion qu'elle a prise au Canada et en Algérie, et aussi en raison de la différence énorme de l'excédent des naissances sur les décès, selon qu'on les étudie pour les divers départements français, nous croyons pouvoir dire que ses vertus prolifiques ne sont point (potentiellement) inférieures à celles des autres races.

Vers 1635, il j avait au Canada 2,500 colons français, en 1665, 13,000. Le nombre des françaiscanadiens est de 63,000 en 1759, et de 120,000 en 1791 ; de 525,000 vers 1820 ou 1825. En 1890, il est de plus de 2,000,000 ! « Notre population se double tous les vingt-huit ans — disait récemment à la Société d'économie sociale, M. l'abbé Casgrain, un franco-canadien — dans un siècle, nous serons aussi peuplés que la France de Louis XIV. Nous serons alors la France américaine \

La race française a donc pris au Canada un magnifique développement dû uniquement à la forte natalité de ses familles. Les familles de 20 enfants n'y sont pas rares. Au Canada, les familles ont 10, d'autres disent 12 enfants en moyenne. Rien d'étonnant dès lors, si la population s'accroît malgré la

1887-1888, il y avait 34,000 Italiens en Algérie, 1 1,000 en Tunisie, 16,000 en Egypte ; d'autres groupes encore se sont formés en Syrie, en Albanie, à Smyrne, à Constantinople. — Cl. Jannet, Correspondant, 25 juillet 1889.

1 Séance du 28 janvier 1890. V. Réforme sociale, 16 février 1890, p. 253.

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