CHAPITRE V
PROGRÈS DE l'hygiène ET DES SCIENCES MÉDICALES
Mortalité générale, infantile, des femmes en couches. — L'hygiène des grandes agglomérations. Épidémies. — L'habitation ouvrière. — L'alimentation et la falsification des denrées.
L'une des conséquences de l'accroissement de la population a été de favoriser le progrès des sciences. Il n'en est guère qui aient fait des progrès plus réels en ce siècle que celles qui s'appliquent à assurer la bonne santé de l'homme, à la conserver, et, si elle a subi quelque atteinte, à la rétablir.
D'autre part, le progrès moderne a amené les agglomérations de nos grandes villes, et la vie à l'usine : la vie, en nombre de cas, se présente donc dans les conditions les moins hygiéniques, et certaines situations semblent déjouer les efforts des hygiénistes et des philanthropes.
Néanmoins, la civilisation agit favorablement sur le mouvement des décès, considéré dans son ensem-
ble. La durée de la vie moyenne s'est accrue, et surtout la mortalité infantile et celle des femmes en couclies a été très considérablement réduite. Ce sont là d'heureux résultats, car c'est parmi les enfants en bas âge que la mort fait le plus de victimes. C'est pour cette raison qu'en maints pays l'accroissement de la population n'est pas ce qu'on pourrait augurer à considérer leur forte natalité.
En France, la mortalité infantile est faible : c'est avec la Belgique et les Pays-Bas l'un des pays où elle est la plus faible. Dans ces trois contrées, le quart des enfants meurt avant 5 ans. Ce chiffre paraît considérable ; mais en Allemagne le tiers des enfants meurt avant cet âge (Prusse : 316 pour 1,000 — Saxe : 373 — Bavière : 393). En France, le chiffre des décès d'enfants est bien inférieur : 251 pour 1,000 seulement. Près de la moitié des enfants, en Russie, meurent avant l'âge de 5 ans. Les pays les plus féconds sont donc ceux qui perdent le plus d'enfants. Mais il ne faut conclure au delà ; malgré leur grande mortalité infantile, les pays de forte natalité voient croître leur population rapidement.
Au point de vue de la propagation de l'espèce, il n'est pas de vie plus précieuse que celle de la femme en âge de conception. Or, la vie de la femme est gravement exposée à chaque parturition. Ici la science médicale a fait des progrès qui tiennent du prodige : tandis qu'en 1856, la mortalité des femmes en couches à la Maternité de Paris était de 10 p. c,
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en 1884, sur près de mille femmes entrées à la Maternité, il n'y a eu qu'un seul décès. C'est l'introduction de la méthode antiseptique qui a produit en obstétrique ces résultats signalés.
Un fait caractéristique de notre civilisation, celui des grandes agglomérations, appelle toute l'attention de l'hygiéniste.
Nous avons vu ailleurs que la tendance à s'établir dans les villes influait défavorablement sur le mouvement de la population. La population mariable s'y marie en moindre proportion, la natalité par conséquent y est moindre. La population y est de moins bonne qualité, si l'on peut ainsi dire. A Paris, la constitution physique de la population laisse énormément à désirer : en 1882, 5,799 conscrits seulement y ont été admis sur 14,365. Un vaste champ d'investigations et d'améliorations possibles est ouvert à l'hygiéniste, car c'est dans les villes que les épidémies font proportionnellement le plus de ravages, surtout dans les quartiers pauvres.
L'amélioration de l'hygiène de l'habitation est au point de vue de la prophylaxie des maladies épidémiques une question d'intérêt général. En Angleterre, l'attention des pouvoirs publics s^est portée vers ce grand objet. On y est assez tenté de résoudre la question comme Alexandre a dénoué le nœud gordien : certaines administrations municipales ont fait démolir, par mesure d'hygiène, des quartiers entiers de maisons insalubres. Le moyen est peut-être radical :
il se justifie par raison de philanthropie bien entendue, et par l'intérêt capital qu'a la nation à ce que les citoyens soient bien portants et vigoureux — et dès lors à ne pas laisser s'étioler les jeunes générations dans des logements anti-hygiéniques. Mais il est bien évident que pareille mesure suppose le développement antérieur des constructions à bon marché salubres. On sait ce que l'initiative privée à réalisé en Angleterre dans cet ordre d'idées, grâce aux Building societies. En Belgique, la loi du 9 août 1889 a eu pour but d'amener la création de sociétés pour la construction d'habitations ouvrières. Les résultats obtenus par cette loi sont déjà considérables. Modifiée une première fois, elle sera revisée bientôt à nouveau, MM. Beernaert et de Smet de Nayer s'ingéniant à étendre son action bienfaisante, et voulant tenir compte de tous les desiderata suggérés par l'expérience.
L'hygiène de l'alimentation a été influencée diversement par le progrès scientifique.
En cette matière, la presse a une haute et salutaire mission à remplir : celle de vulgariser la connaissance des moyens de constater la corruption ou la falsification des denrées alimentaires, et des précautions qui assurent l'immunité contre les intoxications : ainsi la nécessité de faire cuire le lait des animaux qui pourraient être atteints de tuberculose, et en général le lait fourni par tous les laitiers.