‹ La porte de félicité: romanChapitre 16 sur 34 · MAISON GALANTE · texte numérisé non relu

MAISON GALANTE

veauté bizarre qui l'avait séduit perdit tant soit peu de son charme. Mais Zekkié s'était attachée à lui et hii oll'rait, sans cesse, ses lèvres pourpres et sa joliesse enfantine.

Pour lui seul elle inventait des pas prestigieux et des mesures nouvelles, pour lui seul elle épandait sur ses épaules le manteau fauve de ses cheveux et glissait des fleurs à sa ceinture.

Il la regardait, tandis que d'autres jeunes filles, aux grands yeux sombres, à la poitrine libre sous une chemise de gaze lui apportaient, dans un coquetier de filigrane d'argent, une petite tasse de café trouble.

Sur une planche, au fond de la pièce, étaient rangés des narghilehs en cristal taillé, en acier damasquiné, en argent enrichi de corail et de turquoises. Quelques fumeurs étaient ivres, ayant bu une trop grande quantité de mastic. C'étaient des gaillards aux moustaches hérissées, au teint de cigares de la Havane, aux grands yeux d'émail et de jaïet. Ils caressaient les filles, quMIs tenaient presque nues sur leurs genoux, et leur adressaient des propos féroces qu'elles écoutaient sans s'émouvoir.

L^ncertaine clarté des lampes ébauchait, dans la fumée épaisse dont la pièce était emplie, d'étranges silhouettes de momies qui semblaient exhumées de quelque tombeau égyptien.

Zekkié, après avoir essayé ses pas les plus voluptueux, revenait auprès du médecin.

— Pourquoi es-tu triste?...

Il ne répondait pas, trop perdu dans ses pensées, n'ayant point entendu, sans doute; et elle demandait encore :

— T'ai-je déplu?...

Il se réveillait et l'enveloppait d'un regard bienveillant.

— Mais non, mignonne, tu ne m'as point déplu.

— Alors, c'est que lu as du chagrin?...

— Peut-être.

— Oh! dis-moi ce qui le fait souffrir?...

— A quoi bon, tu ne pourrais rien pour moi.

— Est-ce que l'on sait... Raconte toujours. Mais il Téloignait doucement.

— Danse encore, cela me distraira.

— Je suis fatiguée.

— Alors, viens te reposer; je te donnerai des friandises, des bracelets d'argent, des colliers, des agrafes... Quels sont les bijoux que tu préfères?...

Boudeuse, elle gardait le silence.

— Tu n'es point contente?

— Non.

— Pourquoi?...

— Parce que tu me traites en petite fille gourmande et coquette.

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