LES AMANTS SE RETROUVENT
honneurs. Je' veux te donner la première place clans mon harem et le combler de présents. Quels que soient tes souhaits, je les réaliserai.
— Oh I mon maître, je ne désire rien... que la santé.
— Tu souffres donc toujours?...
— Oui, dit-elle d'une voix faible et je voudrais consulter le ihabih.
— Demain, tu le verras.
— Demain... que tu es bon !
A l'idée de revoir Michacl, tout son être avait frémi, et. dans un grand élan de reconnaissance, elle avait porté <à SCS lèvres la main du vieux maître.
Maintenant, l'amant tant désiré était à son chevet et se taisait, presque aussi tremblant qu'elle.
Pour le recevoir, elle avait mis des fleurs dans ses cheveux ; son visage pâle était plus attirant encore, les veilles et les tristesses lui ayant donné une expression plus intense; et rien n'égalait le charme de ses grands yeux verts dont l'iris semblait remuer des algues et de l'or.
Certes, le médecin avait préparé un beau discours pour rassurer Mourad, mais ses paroles et ses pensées se figèrent à la vue du changement qui s'était opéré dans cette jeune créature qu'il avait tenue palpitante dans ses bras, deux mois auparavant.
— Comment la trouves-tu? demanda le vieux maître.
172 LA rORTE DE FÉLICITÉ
Michaël la trouvait délicieusement jolie, mais il se garda bien de faire cette réponse comprometlanle.
— Cette jeune femme a besoin d'une surveillance attentive et, si vous voulez m'y autoriser, je recommencerai mes visites.
— Oh ! mon bon ami, soigne-la bien!... Un enfant, un fils, peut-être, va combler l'unique désir de ma vieillesse !... Fais que rien ne vienne compromeltre cet heureux événement!...
— J'y lâcherai.
Aïché pensait qu'elle allait revivre l'adorable roman de son amour, et une immense émotion noyait son àme. Ce que Michaël lut en ses yeux d'espoir, de pardon, de regret et de tendresse lui aurait permis de subir les plus cruels supplices.
— Je suis bien dolente encore, dit-elle; mais il me semble que je vais mieux.
Un (lot de douces larmes coupa sa phrase. Le médecin se pencha sur elle, prit une de ses mains, comme pour s'assurer qu'elle n'avait pas de fièvre, et, tendrement, accentua la pression de ses doigts.
Aïché pleurait toujours; Mourad, fort ému, la laissait faire pensant que les femmes, ces êtres inférieurs, ont parfois besoin d'une détente nerveuse, et, qu'après la pluie, le soleil est meilleur. Il sortit avec le médecin qui [)romellail de revenir bicnlùt.