L'ÉTREINTE DANGEREUSE
qu'en ce monde on appelle la joie de vivre. Nous étions jeunes, nous étions éperdument épris l'un de l'autre, et nous possédions une liberté relative. Heureux dans le passé, par nos premiers et charmants souvenirs. heureux dans le présent par d'enivrantes réalités, il ne nous manquait que la sécurité de l'avenir.
— Ah ! mon cher amant ! un jour tout cela s'est écroulé comme s'écroule un édifice dont on a ébranlé les fondations ; tout cela s'est évanoui comme s'évanouissent, aux premières clartés de l'aube, ces trompeuses vapeurs qui, dans les demi-teintes du crépuscule revêtent des formes exquises et rassurantes.
Les jeunes gens s'arrêtaient pour se couvrir de baisers brûlants et de caresses.
— Aïché, reprenait Michaël, quelle étrange prescience de l'avenir existe donc en ton âme, pour que tu nraies annoncé tant de déceptions et de douleurs ! Je veux croire, encore, qu'aucun de tes sombres présages ne se réalisera...
— Une divination mystérieuse m'avertit que nous courons à notre perte.
— Non, non. il ne faut point écouter l'esprit du mal qui se plaît à torturer les âmes.
— Pourquoi, mon cher aimé, ne veux -tu pas entendre ma prière?... Pourquoi ne fuirions-nous pas tous les deux pour aller cacher noire amour dans
quelque ville d'Europe où nous serions à l'abri des fureurs de Mourad?...
— Le puis-je, en ce moment?... Je ne suis pas assez riche. Il faudrait me créer une situation nouvelle, ce serait long et difficile ; je veux, mon adorée, l'éviter la gêne qui suivrait notre exil.
— Attendons encore, puisqu'il le faut... Mais, si je ne puis te revoir, au moins, écris-moi.
— T'écrire?...
Il songea immédiatement à la proposition de la petite danseuse, et son cœur s'emplit de joie.
— Oui, dit-il, je t'('>crirai. J'ai même trouvé une messagère.
— Qui donc ?
— Une fillette, nommé Zekkié, qui t'apportera des étoffes brodées et te remettra une lettre.
— Quel bonheur! mon cher anuint, nous pourrons donc nous dire tout ce que notre cœur renferme de tendresse, et la séparation nous paraîtra moins longue !...
A ce moment, un léger bruit se produisit derrière la cloison. Michaël qui était loin, cependant, de soupçonner la ruse de la khanoun, s'éloigna vivement d'Aïché.
Un silence plana, et, lorsque Mourad, peu de temps après, fit son entrée dans la chambre de la favorite, rien