L ETREINTE DANGEREUSE
sur le visage des amants n'aurait pu traliir Tentrelien qu'ils venaient d'avoir.
Mourad. après sa visite à Aïehé, fit donc son kief avec la même sérénité que les autres jours, en songeant au bambin inespéré qui lui tombait du ciel, alors que, toute sa vie. il avait inutilement peiné pour satisfaire aux lois du Koran et se présenter dans le Paradis de Mahomet accompagné d'une honnête progéniture.
Intrigue de Harem.
En vérité, Ikmel jouait de malheur, car, chaque fois qu'elle s'approchait de son observatoire, Aïché, seule avec ses esclaves, écoutait leur gazouillis puéril ou se faisait lire quelque poème nouveau. Mais, accablée sous le poids d'une invincible préoccupation, la favorite ne parvenait qu'à grand'peine à prêter un peu d'attention aux fantaisies littéraires qu'on lui soumettait. Parfois, lorsque la lectrice l'interrogeait sur ses opinions poétiques, la bizarre incohérence de ses réponses s'accordait si peu avec les questions qui lui étaient posées, que toutes trois se mettaient à rire.
Une seule chose eut le pouvoir d'intéresser la jeune femme, de la tirer, pour un instant, de l'espèce d'atonie mentale dans laquelle elle était plongée. Ce fut lorsque Elmass lui demanda :
— Quand le thabib doit-il revenir?...
— Je ne sais, Mourad a trouvé que je n'avais plus besoin de son office pour le moment.
— Ah! voilà donc ce qui te préoccupe?,.. Une rougeur légère estompa le visage d'Aïché.
— Oui, ces visites de Michaël m'ont fait tant de • bien qu'on veut les supprimer!...
Cette fois, Ikmel, derrière la cloison, avait entendu.
La réponse semblait singulière, et la khanoun, qui, jamais n'avait soupçonné le médecin, entrevit une lueur dans les ténèbres où elle se débattait.
— Il faut patienter encore, disait Elmass, en caressant sa maîtresse, le moment est proche où Michaël sera bien forcé de revenir
« Le moment est proche ». Que faut-il comprendre? se demandait Ikmel, pleine de trouble et d'espoir,
— Tu sais, reprit Naïmé, qu'il sera nécessaire de te plaindre de maux imaginaires, si tu veux attendrir Mourad,
— Je me plaindrai.
— Il faudra prendre un air dolent et le laisser porter par nous,
— Oh ! je suis encore très faible, vous le savez bien.
— Peut-être même pourrais-tu simuler une défaillance.
— Le mensonge me répugne.
— Alors, tu ne reverras pas ton cher Michaël !