‹ La porte de félicité: romanChapitre 28 sur 34 · LES MASSACRES · texte numérisé non relu

LES MASSACRES

ajoutait-elle, avait fidèlement accompli sa mission; elle l'avait embrassée et lui avait fait don d'un bracelet d'or en reconnaissance de ses bons offices.

Michaël tournait et retournait le billet. Il était bien de l'écriture de sa maîtresse; pourquoi aurait-il douté?... Aïché, certainement, avait vu la fillette et lui avait remis la réponse attendue.

— Firouz, demanda-t-il, à l'homme qui le soignait, de qui tiens-tu cette lettre?...

— D'une jeune fille qui est repartie presque aussitôt.

— Elle ne t'a point dit son nom?... Pourquoi ne l'as-tu pas fait entrer?...

— Parce qu'elle avait hâte de se cacher, redoutant les massacres.

— N'est-ce point la petite Zekkié qui est venue l'autre jour?..,

— Peut-être bien ; mais, comme la personne était voilée, je n'ai pu la reconnaître.

Le médecin songea que la fillette avait cherché à dissimuler ses traits sous le yachmak des musulmanes pour circuler plus aisément, et il demeura sans inquiétude sur le sort de sa protégée.

Les quatre Kadines.

Au harem de Mourad, voici ce qui s'était accompli, tandis que la petite Zekivié reprenait lentement connaissance dans le réduit obscur où on l'avait jetée.

Ikmel, ayant appelé une de ses nouvelles esclaves, l'avait chargée de remettre à la favorite la lettre du thaj)ib.

— Tu donneras cette lettre à Aïché Hanem. Si elle t'interroge, tu diras que tu le nommes Zekkié et que tu viens de la part du médecin.

— Oui, maîtresse, fit l'esclave docile.

— Tu as bien compris?... C'est le thabib qui t'envoie.

— Oui, maîtresse.

— Tu diras que tu as l'ait diligence, car il attend la réponse...

— Oui, maîtresse.

— Aïché Hanem te remettra cette réponse que tu m'apporteras sur l'heure.

— Tes ordres seront exécutés avec empressement et fidélité.

Ikmel laissa retomber sur l'esclave la lourde portière de soie et un cruel sourire crispa ses lèvres.

11 ressortait de tout ce qu'elle avait appris une chose infiniment claire. C'est que, toujours, la favorite avait trompé Mourad et qu'elle méritait les plus grands châtiments. Les pressentiments, les espérances de la khanoun prenaient un corps ; les faits se coordonnaient si bien, qu'elle n'eût osé souhaiter une revanche plus entière. Assurément, cette fille avait envoûté le pacha pour l'amener à un semblable aveuglément. C'était une esclave, une misérable, une aventurière suivant, dans les faubourgs de Stamboul, les vagabonds qui pillent les passants et les tuent au besoin... Excessivement jolie, adroite et fine, beaucoup plus séduisante que ses semblables, elle vivait avec les chefs... Au moral, c'était la dernière des créatures! Et Ikmel tordait ses beaux bras, secouait sur ses épaules sa lourde chevelure.

« Ah ! poursuivait-elle, tandis que Fatma, Rouchen et Nourmahal l'écoutaient en silence, c'est dans la boue des quartiers de prostitution qu'elle fut un soir achetée par Mourad... Des maisons avaient été incendiées, des

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