Dimanche. — A de la Laurencie
Très cher ami, Votre lettre venue ce matin, 1er dimanche de l'Avent, m'a un peu bouleversé.
Nunc propior est noslra sains, dit l'Église en ce jour. Vous étiez donc désigné pour me procurer en une manière l'accomplissement de cette parole...
... Dès le commencement de ce mois de novembre qui leur appartient, j'avais supplié les chères âmes des morts de me protéger comme elles peuvent le faire en échange du secours que je me sentais capable de leur donner par la communion quotidienne et la récitation amoureuse de leur office. Vendredi 26, une messe était dite par un humble prêtre pour celle que vous savez. Je n'ai donc pas été très surpris de l'inspiration que vous avez eue, mais seulement pénétré de l'émotion la plus vive. Je pense, mon ami, que vous serez heureux de savoir que je suis délivré, par vous, d'un poids très lourd. Que pourrais-je dire de plus, à vous qui savez que le Surnaturel est tout pour moi et que ma vie n'a pas d'autre fondement que la confiance en Dieu? Parce que vous aurez été un privilégié de la Douleur, vous serez un privilégié de la compassion divine, et je demande à Celui qui va naître sur la paille des animaux de porter, sur vous et les vôtres, son plus doux regard.
29. — Envoyé à Pellizzari un exemplaire du Salut par les Juifs avec ceci :
Liber involulus... Scriplus inlus cl foris... scriptse
in en lamenlaliones et carmen el rcr.
Décembre.
1. — Lettre touchante d'André Dupont qui va partir sur le front. Il est très doucement résigné et, en cas de mort, nous recommande sa femme.
A Dupont :
Mon cher André, Vos deux dernières lettres, celle venue aujourd'hui et celle reçue le 19 octobre, à laquelle j'ai répondu le même jour, m'ont été extrêmement douces. Je vous vois résigné à tout, plus peut-être que je ne le serais moi-même, si mon âge et le pitoyable état de ma guenille ne s'opposaient pas à toute velléité guerrière.
Je voudrais cependant ajouter quelque chose à la paix de votre âme en vous disant comme je le pense que vous serez très particulièrement et très amoureusement protégé.
Je me persuade que ceux qui m'aiment et qui ont eu compassion de moi seront traités avec une grande douceur et auront part, quelles que puissent être leurs infidélités antérieures, à la sorte de vie surnaturelle que Dieu prépare en ce monde aux chères âmps qu'il veut y garder.
II est possible que même dans le froid, la boue et l'angoisse physique, la détresse du cœur que vous redoutez vous soit épargnée. J'ai éprouvé cela, il y a quarante-cinq ans, lorsque j'étais en présence de ces mêmes ennemis diaboliques. Dans les pires moments, et lorsque le désespoir semblait tout proche, Visitation soudaine d'une vague de paixintérieure, abolition immédiate et merveilleuse de toute crainte, de toute tristesse et renouvellement instantané de la vigueur corporelle. Après tant d'années, j'ai le souvenir précis de ces bouffées de consolation délicieuse. Vous éprouverez cela, mou cher André, et il vous sera bien facile de l'obtenir. A ceux qui ont fuit d'avance le sacrifice de leur vie, Dieu demande si peu, pas même la réalité de ce sacrifice, et vous savez si bien ce qu'il faut lui dire. Ici. nous vous recommandons avec une entière confiance à Celle qu'on n'invoque pas en vain, et j'espère très fermement revoir en vous non une victime de cette guerre abominable, mais un homme devenu plus fort et dont l'épreuve aura superbement agrandi le cœur.
Je vous crie donc de toutes mes forces patience et confiance. Dieu et sa Mère savent que j'ai besoin de vous et, ne fût-ce que pour moi, ils vous garderont.
7. — Ail heures et demie, arrivée de Pierre devant déjeuner avec Vifies et Auric.
Échecs en les attendant.
A leur arrivée, midi et demi, déjeuner impur-
tant, à la fin duquel je suis forcé de prendre du repos.
Nos convives en profitent pour aller visiter notre nouvelle demeure et reviennent charmés, amenant Martineau rencontré en chemin.
Vines et Madeleine font de la musique. Départ de Pierre à 3 heures.
Départ de Vifies et de Martineau à 4 heures. Auric, seul, reste et nous le gardons pour dîner.
A 6 heures et demie, lettre enfin de Raugel de qui nous ne savions rien depuis longtemps.
Il est toujours en traitement à Montpellier, mais plusieurs mois de convalescence seront encore nécessaires. Il a beaucoup souffert, mais sa résignation est parfaite.
Départ d'Auric vers 10 heures. Nous l'aimons déjà beaucoup.