Nous sommes en pleine crise de misère
22. — J'ai peur de sortir ce matin, tant ma faiblesse est grande. Ma tristesse ne l'est pas moins et ce n'est pas ce que le facteur m'apporte qui peut la dissiper. Une lettre insignifiante, accompagnée d'un article immonde de Tailhade qui semble devenu enragé. Son cas effrayant est d'un démoniaque. Il ne peut plus écrire un livre sans grincer contre Dieu et les Sacrements de l'Église, cela dans un style de perruquier impie, tout simplement. Cette fois, il injurie les femmes, épouses, mères ou filles des soldats, lesquelles, d'après lui, se prostituent au confessionnal, pendant que les combattants exposent leur vie. La trique d'un poilu exaspéré me paraît la seule réponse à ce misérable.
Fabriqué un nouveau chapitre. Je m'admire de pouvoir travailler toujours, étant si malade. Jeanne part pour le Mont-de-Piété.
23. — On attendait aujourd'hui les Maritain et les Van der Meer. On s'en réjouissait à l'avance. Une lettre de Véra nous apprend
qu'ils ne viendront pas. Commencement pénible de la journée.
Le soir, tristesse mortelle. Je n'ai eu que très rarement la sensation d'un délaissement aussi douloureux, aussi complet.
Si Dieu nous abandonnait pourtant ! Mais est-ce possible, alors qu'il m'a donné visiblement tout ce qui m'est nécessaire pour écrire à sa Gloire?