‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 14 sur 146 · Notre-Dame-de-Lorette · texte numérisé non relu

Notre-Dame-de-Lorette

Quels souvenirs douloureux aujourd'hui !

A Pierre Boissie, rédacteur du journal E.rcelsior :

Mon cher confrère. Malade et fort languissant

depuis environ trois mois, je suis confus de ne pouvoir répondre qu'en peu de lignes à la longue lettre que vous avez eu l'obligeance de m'écrire. Je n'ai pas été dupe de l'étrange farce du plagiat allemand. Une traduction en allemand de mon poème Lamentation de l'Épée, puis restitution intégrale en français n'étant pas possible, on était forcé de supposer absurdement que la prétendue brochure avait été publiée à Leipzig en langue française. Ayant d'autres énigmes à résoudre et doué du sens des affaires, ce qui est surabondamment démontré par mon choix de la vie érémitique, je n'ai voulu voir dans cet incident qu'une occasion offerte par la Providence d'annoncer mon prochain livre aux lecteurs du Mercure de France, et voilà tout. 11 faut bien que je me fasse un peu de réclame à moi-même, puisque nul ne marche.

Je ne reproche pas à messieurs les journalistes de m'ignorer. Je les accuse de vouloir m'ignorer, ce qui est fort différent et parfaitement ignoble surtout s'il s'agit de tuer de misère et de chagrin un artiste jugé supérieur.

Encore une l'ois je vous remercie, en vous priant, s'il vous arrivait de m'écrire encore, de m'épargner le « cher maître », protocole injurieux que je n'ai mérité par aucune turpitude littéraire.

A midi, bonne lettre de Baumann toujours affligé de pessimisme. Il se réjouit de connaître par moi l'abbé Cornuau et le frère Dacion.

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