Saint François d'Assise
Messe à 8 heures, tous ensemble excepté Véronique. Achèvement et mise au net du long chapitre sur Barbusse.
Réponse à Elisabeth de Groux qui vient de m'écrire :
Ma chère filleule, Madeleine a oublié de te dire que je mourais du chagrin de ne plus te voir. Sa conscience ne lui a pas permis de t'épouvanter de ce mensonge qui aurait pu te donner des ailes pour accourir. Mais, enfin, tu m'as écrit, et ta lettre me ranime assez pour qu'il me soit possible de te répondre quelques lignes.
Je vois d'abord que les occasions d'allégresse
ne foisonnent pas rue Ghaptal. Ici non plus, et je me demande ce qui va suivre pour les uns et pour les autres. Je vois ensuite que la durée de ton absence est incertaine et qu'il est impossible de prévoir ton retour avec précision. Tristesse par-dessus les autres tristesses.
Nous avons eu depuis ton départ le très consolant séjour de notre amie de Tarbes, qui nous était visiblement envoyée, car nous avions a passer un furieux torrent. Mais elle s'en va ce soir et c'est une amertume extrême. Il me faut travailler malgré tout. Je ne dois pas oublier que je suis condamné aux galères du sublime à perpétuité. Le terrible livre commencé dans l'angoisse, continué dans la tribulation, il faut l'achever. Après celui-là un autre. On n'échappe pas à son destin. Cependant, je voudrais bien te revoir. Je crains tant pour toi la gale contagieuse des poètes et des fées ! Viens nous voir au plus tôt, ma petite Elisabeth.
Après-midi, très tard, visite des Bisson.
Nous revoyons avec plaisir ces bonnes gens. Bisson a apporté quelques dessins ou esquisses de tableaux qui me donnent de son talent une idée avantageuse. Il espère trouver des portraits.
J'ai lu mon nouveau chapitre qui est trouvé admirable. La fin a été écrite ce matin, l'idée m'en étant venue à la messe et c'est, je crois, une de mes meilleures pages.