‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 142 sur 146 · Commencé et fort avancé un nouveau chapitre · texte numérisé non relu

Commencé et fort avancé un nouveau chapitre

10. — Messe à 7 heures, seul. Est-ce l'effet d'une prodigieuse illusion? Il me semble que cette étrange messe de requiem n'a pas été dite. L'offertoire et la consécration m'ont paru inconcevablement supprimés. J'étais pourtant en possession de mes facultés et fort attentif. Je n'y comprends rien. L'officiant était le vieux missionnaire qui fonctionne ici comme vicaire.

11. — A4 heures, visite d'Edouard Souberbielle au moment où je commençais mon chapitre sur les Nouveaux riches.

Un peu après, c'est Muls. Il a reçu de van Haastert tous les documents nécessaires pour un travail qu'il veut faire sur moi : Léon Bloy en Hollande, où il raconterait les polémiques

furieuses dont je suis l'objet dans ce pays.

Pierre, Auric et Elisabeth viennent bientôt après. Cette dernière forcée de veiller sur son père malade repartira ce soir.

Après dîner, séance de lecture. L'auditoire est heureusement vibrant, mais ma fatigue est extrême.

On se sépare à l'heure ordinaire.

12. — Lettre d'un inconnu sous-diacre, qui me remercie du bien que je lui ai fait; il m'apprend qu'ayant été « sur le chemin d'une abjuration, prêt à trahir sa foi et son vœu de sousdiacre pour passer à l'hérésie », la lecture de mes livres l'aida à vaincre la tentation. C'est la lecture du Journal d'un converti de Pierre qui l'a décidé à m'écrire.

Continué mon chapitre, mais avec quelle peine ! Le temps est horrible. Pluie glacée toute la journée. J'y renonce bientôt et je descends faire un peu de feu, notre premier feu. J'ai, comme hier soir, un peu de fièvre et je crains de tomber malade.

13. — Saint Edouard. Je n'ose pas sortir ce matin. Je suis vraiment trop misérable.

Lettre au greffier de la justice de paix,

l'informant de mon impuissance à payer notre terme d'octobre. C'est Karl Boës lui-même qui m'a conseillé cet expédient.

Lettre du Dr Lamoureux, mon visiteur du 15 septembre. Il m'annonce gracieusement un secours que je suis impatient de voir venir. C'est ici la misère complète.

Après-midi, arrivée du secours, 50 francs.

Essai de travail. Impuissance et fatigue. La petite fièvre d'hier et d'avant-hier continue et s'aggrave. Que me faudra-t-il souffrir encore?

On a pu cependant organiser une toute petite fête pour accueillir Edouard qui revient ce soir. Quelques fleurs, un bel exemplaire du Salut par les Juifs, quelques images. Notre ami est très sensible à cette attention.

Mais je ne peux rester. La fièvre me force à me coucher, presque aussitôt après un repas des plus légers.

14. Dimanche. — Messe à 8 heures avec Jeanne, malgré la fièvre.

Lettre d'une amie envoyant 100 francs.

Lorsqu'une provision de bois, venue avanthier, aura été payée 65 francs, il nous restera peu de chose.

Il y a un changement dans le miracle de notre vie. Autrefois, des secours importants nous arrivaient en temps utile, aujourd'hui, de faibles secours se font attendre avec angoisse.

Décidément, j'ai la grippe. En souffrant beaucoup je tâche de continuer le chapitre commencé sans pouvoir le finir.

Pas de visiteurs. Madeleine et Edouard ont fait une promenade au bois de Verrières.

Il s'en va après 6 heures, devant dîner à Paris avec son père qui paraît fixé là pour quelque temps par son service militaire.

Ce soir encore je me couche de bonne heure, me sentant fort malade.

15. Lundi. — Pas de sortie. Je manque de force et de courage. Lettre très importante de Vallette. Il m'envoie le compte que je lui avais demandé et c'est une belle surprise pour moi. Je me croyais perdu de dettes au Mercure. Mais tout a changé depuis des années, la plupart de mes livres s'étant bien vendus. Actuellement, je ne dois plus que 380 fr. 85 qui, retranchés de 550 francs qui vont m'ètre dus pour les 4e et 5e éditions de l'Exégèse, tome I, me laissent créancier de 169 fr. 15, que Vallette a l'intention vraiment amicale de

m'envoyer ce matin même, après quoi, dit-il, nous serons absolument quittes. Dieu qui semblait s'être éloigné revient vers nous.

Théophile Briant a envoyé du beurre de Bretagne à Jeanne.

La journée, sans autre incident, est assez douloureuse pour moi, et ce soir il a fallu me coucher aussitôt après dîner, comme hier et avant-hier.

Cependant, j'ai pu finir mon chapitre.

16. Mardi. — Pas de sortie. Je suis brisé. Copié le chapitre sur les Nouveaux riches.

Après quoi je descends grelotter au coin du feu. Et il en est ainsi jusqu'au soir. Ma souffrance est grande.

Après-midi, l'argent de Vallette arrive.

Jeanne a été chez le médecin. Elle rapporte des pilules très efficaces, paraît-il, contre la fièvre, ou plutôt contre la grippe.

Je ne mange plus. L'appétit me manque. Il faudrait tout changer en moi.

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