Vendredi de Pâques
Messe à 7 heures avec Jeanne et Marguerite Levesque, puis séance chez le coiffeur pour me débarrasser de mon abondante chevelure.
Lettre des Levaux, très malheureux en Russie, où la vie matérielle est d'une cherté infinie. Ils ne savent pas encore si l'appel militaire en Belgique ne les forcera pas à revenir et comment?
Lettre de Jeanne Boussac nous apprenant la mort de sa mère, mardi dans l'après-midi à l'heure probable où Jeanne, en course aux Halles et entrée à Saint-Eustache, s'était sentie poussée irrésistiblement à offrir une messe pour les âmes des défunts.
A Termier :
Mon très cher ami, à l'instant, Jeanne Boussae m'apprend votre malheur et celui de tous les vôtres. Je sais trop l'inutilité, le néant des mots en pareil cas. Cependant, un chrétien, même très médiocre, peut avoir, en présence de Dieu et avec une profonde humilité, quelque chose à dire à son ami, à son frère, surtout s'il a lui-même connu la souffrance. Ne pensez-vous pas qu'il y a, dans cette grande peine qui vous accable, peut-être un principe de consolation surnaturelle? Le mal qui affligeait Mme Termier depuis tant d'années n'était presque pas explicable humainement. En réalité, et cela était bien visible pour quelques-uns, elle avait reçu la mission de souffrir et portait le fardeau de plusieurs qui n'auraient pas eu son courage. Jamais de plaintes, songez-y. Elle avait évidemment, tout accepté sachant peut-être ce que valait, pour les autres, son acceptation. Dieu qui aimait cette âme d'une dilection
toute particulière a pu l'en instruire, car on ne sait pas ce qui se passe mystérieusement dans les âmes silencieuses et résignées. Votre fille demande nos prières. Le mardi de Pâques, à l'heure même, peutêtre à la minute probable de cette fin si douce, ma femme qui chérissait Mme Termier, se trouvant à Saint-Eustache devant l'autel célèbre des Ames du Purgatoire, se sentit poussée irrésistiblement à secourir d'une messe l'une d'entre elles, quelle qu'elle fût, qui pouvait avoir besoin de secours en cet instant. Elle comprend aujourd'hui cet. avertissement. Ce fait qui ne doit pas être isolé vous avertit, vousmême, de la sollicitude divine à l'égard de celle que vous pleurez, en vous invitant à croire que tout est à espérer d'une si consolante mort.
Je vous embrasse, cher ami, avec une tendresse plus grande et une compassion toute chrétienne.