‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 52 sur 146 · A l'abbé Petit · texte numérisé non relu

A l'abbé Petit

J'ai lu votre lettre avec stupeur. Avez-vous donc uublié votre recommandation ancienne déjà?... Vous allez jusqu'à m'écrire que je vous ai « offensé par excès de délicatesse amicale ». Êtes-vous dans

De

votre bon sens? Oui, c'est vrai, j'ai craint d'attirer sur vous les foudres épiscopales, non sans raison. Dernièrement, un très digne prêtre qui m'aime beaucoup et qui est, il est vrai, fort timide, ayant laissé traîner, par inadvertance, un de mes livres dans la sacristie d'une église où il n'est que vicaire, fut obligé de se défendre et n'obtint d'échapper à des coups de crosse que sur sa promesse de travailler à ma conversion ! Vous ne paraissez pas savoir, cher ami, à quel point je suis la bête noire de l'autorité ecclésiastique. Vous dites m'aimer jusqu'à « ambitionner d'être jeté aux bêtes avec moi ». Pensezvous que je sois incapable de retour? J'ai cette idée, exprimée souvent, que vous êtes le seul prêtre assez intelligent et assez courageux pour me suivre partout. Et cela sans aucune exception. Il est naturel que je vous chérisse en conséquence. Je suis donc parfaitement décidé à vous nommer à l'avenir et les occasions ne manqueront pas. Mais, malheureux, que deviendriez-vous si, par exemple, j'exprimais de tels sentiments dans la dédicace imprimée d'un futur livre? Y avez-vous pensé? Dans ce cas vous seriez jeté aux bêtes tout seul, mon supplice étant ajourné, non par le manque d'animaux féroces, mais par la crainte salutaire que ceux-ci pourraient avoir de mes griffes ou de mes crocs. Et je me trouverais absurdement privé de l'ami le plus précieux. Enfin, je veux espérer une lettre plus raisonnable et je l'attends avec l'impatience de la plus généreuse amitié en comptant bien que Notre-Seigneur et sa Mère voudront vous épargner, ne fût-ce que par compassion pour nmi.

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