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Chapitre VII

• Indulffence de la Portioncule. — Sa concession par Jésus-Christ. — Sa confirmation par le Pape, — Le. Sauveur en détermine le jour.

— Le. Pape la fait pttblier par sept àvêqties. — Les anciens documents. — L'époqii" de la concession de l'Indulgence. — Merveilles. — Nottvelles faveurs accordées par le Saint-S'ége à la Portioncule.

Il faut placer à cette époque un des événements les plus mémorables de l'histoire de la Portioncule, événement qui a contribué beaucoup à en faire un des sanctuaires les plus illustres du monde. Un jour saint François, prosterné dans sa petite cabane pria Dieu avec larmes, d'avoir pitié des pauvres pécheurs, dont le malheureux état l'attristait profondément. Il fut alors averti par des anges que Notre-Seigneur et sa sainte Mère l'attendaient dans la petite église. Saint

François s'y r-endit .aussitôt -et eut la consolation d'obtenir ie Jésus lui même le ;privilôge suivant: Quiconque rentrerait dans la cliapelte dte la Portion cule, gag-ner^ît ^une indulgence plenière, c'està-dire, la rémission des peines temporelles ou de la satisfaction due à la Justice divine, lorsque le péché a été pardonné et la peine éternelle due au péché remise par le sacrement de Pénitence.

Pour faire connaître au lecteur les détails de ce touchant épisode, nous reproduisons dans son antique simplicité la lettre de Conrad, évoque d'Assise, adressée à tous les chrétiens du monde, l'année 1335. Cette lettre est loin d'être le document le plus ancien de l'histoire de l'Indulgence de la Portioncule, appelée aussi le Pardon d'Âssise^ mais elle a l'avantage d'en donner un récit plus complet de ce fait historique. Elle est du reste rédigée d'après les documents authentiques que Conrad avait sous la main.

« Lorsque le bienheureux François eut réparé l'église de Sainte-Marie-des-Anges, il y établit sa demeure, à cause de la grande dévotion qu'il avait pour la Reine des Anges. Il passait son temps dans une continuelle oraison. Une nuit, tandis qu'il priait avec la plus. grande ferveur, il lui fut révélé que notice Seigneur Jésus-Christ et sa Mère la Vierge-Marie l'attendaient dans l'antique chapelle avec une multitude d'anges. Le

.1) Cette lettre se conervait dans les archives du Couvent de Saiiit-François à Assise. Les BoUandistes en ont fait faire une copie authentiquée par le notaire public, Biaise Epifarii, et l'ont publiée dans. les Acta Saactoraim,'4iQctobDec(^nsaledia,Pars.m).

saiat se leva aussitôt et, rempli de joie, entra dans l'église avec uae grande dévotion et dans le plus profond respect. A la vue de Notre Seigneur Jésus-Christ entouré d'une multitude d'anges, il se prosterna à terre .devant le Christ ,et sa glorieuse Mère. Le Seigneur dit alors à son serviteur: François, demande ce qui te plaira pour le salut des hommes, parce que tu as été donné comme un flambeau au monde et un soutien à l'Eglise terrestre. Saint François se tenait prosterné la face contre terre, et comme ravi hors de lui-même. Ayant enfin repris courage, il dit: Très-Saint Père et Souverain Seigneur, moi pauvre et misrrable pécheur, je vous supplie de daigner concéder au genre humain la grâce suivante: Accordez à quiconque viendra en ce lieu et entrera dans cette église, le pardon et l'indulgence de tous les péchés qu'il aura confessés à un prêtre et pour lesquels il aura reçu la pénitence. Je supplie la bienheureuse Marie votre Mère et l'Avocate du genre humain de daigner appuyer ma requête et d'intercéder pour moi auprès de votre très clémente Majesté. Alors la Reine des Anges, accédant humblement à la prière du bienheureux François, se mit à supplier son Fils, en lui disant: Dieu Très-Haut et Tout- Puissant, je supplie votre Divinité et je demande humblement que votre Majesté daigne exaucer la prière du Frère François, votre serviteur. La Divine Majesté répondit aussitôt: Ce que vous demiamdez Frère François est bien grand, mais vous êtes digne de iaveurs plus ^andes encore.

J'exauce donc votre humble supplique; cependant, il faut que vous alliez trouver mon Vicaire, le Souverain Pontife Honorius III, à Pérouse, et que vous lui demandiez de ma part la dite Indulgence. Le bienheureux François se levant de bonne heure le lendemain, appela Frère Massé de Marignan et se présenta avec lui au Pape. Saint- Père, lui dit-il, il y a quelque temps j'ai réparé une église en l'honneur de la Vierge, la Mère du Christ. Je supplie votre Sainteté d'attacher à cette église une indulgence sans offrande, le jour anniversaire de sa consécration. Le Pape répondit qu'il ne convenait pas d'accorder cette laveur, parce que celui qui veut une Indulgence doit la mériter par une bonne oeuvre : mammi apponendo adjutricem. i^ Et combien d'années d'indulgence voulez-vous que j'y attache? Sera-ce un an ou voulez-vous trois ans? — Le Pape reprit : Voulez-vous que j'accorde six ans ou sept ans ? — Le bienheureux François n'était pas satisfait et dit : Seigneur Pape, qu'est-èe que cela! — Le Pape lui dit alors: Que voulez-vous donc que je fasse pour vous? — Saint Père, répondit François, qu'il plaise à votre Sainteté de me donner non pas des années, mais des âmes. — De quelle manière voulez-vous des âmes? répliqua

1) On n'accordait pas d'indulgenco sans oWigation de faire des oeuvres de charité ou d'autres bonnes oeuvres. Les offrandes étaient employées pour soutenir les Croisades, ou pour la construction ou réparation des églises. Dans ce dernier cas elles prenaient le nom de manus adjutrices. ( Michel de Médina. De indulgentia, Venise 1536).

le Pape. Le saint répondit: A cause des faveurs que Dieu a accordées à ce lieu, je veux qu'il plaise à votre Sainteté que quiconque viendra dans cette église avec le coeur contrit, après s'être confessé, et avoir reçu l'absolution d'un prêtre selon qu'il sera nécessaire, soit absous dans le ciel et sur la terre de la peine et de la coulpe de tous les péchés qu'il a commis, depuis le jour de son baptême jusqu'au jour et à l'heure de son entrée dans cette église. Je désire de plus qu'il n'ait pas d'autres conditions à remplir. Le Pape lui répondit: François, vous me demandez quelque chose de bien grand, et ce n'est pas la coutume de la Curie romaine d'accorder une telle indulgence: — Sainteté, reprit Saint François, ce que je vous demande, je ne vous le demande pas en mon nom, mais au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui m'envoie à vous. Le Pape répondit : Et moi, je consens qu'il en soit ainsi. Je veux que vous l'ayez, je veux que vous l'ayez, je veux que vous l'ayez. Que cela soit fait au nom du Seigneur. Dès que les cardinaux eurent entendu ces paroles, ils prièrent le Pape de révoquer cette Indulgence, alléguant qu'elle serait préjudiciable à la Terre- Sainte — Le Pape répondit: je ne révoquerai pas ce que j'ai promis. — Considérez, Sainteté, répliquèrent-ils, qu'en accordant une pareille faveur, vous ruinez l'indulgence pour laquelle on va en Terre-Sainte, et l'on n'estimera plus celle de Saint-Pierre et Saint-Paul. — Nous la lui avons donnée et concédée, répondit le Souverain-Pontife, et nous ne pouvons ni ne devons défaire ce

i|m est' fait Les cardinaux insistèrent .- Restreignez-la au moins' autant que vous le pouvez. A quoi le Pape répondit : Nous la modifierons demanière à ce qu''elle ne s'étende qu'à un jouT naturel. Il- fl't ensuite venir saint François et luf dit : Nous VOUS' accordons que quiconque entrera dans- cette église après une bonne' confession et Je coeur contrit, soit absous de la peine et de la Gouipe- et nous voulons que cette concession vaille à perpétuité, mais seulement pour un jour naturel' chaque année à partir des' premières Vêpres y comprise la nuit, jusqu'aux secondes Vêpres dvc lendemain. Après cette réponse, François' fit sa révérence et sortit dti palais. Le Pape le voyant partir, le rappela et Tui dit: liomme simple-, oir allez~vous ?• Quelle attestation emportez- vous- dî& cette concession ? — Saint Père, répondit François, votre parole' me suffit. Si c'est l'oeuvre d*e Dieu, il aura soin de la manifester. Je' ne veux' point d'autre document que la bienheureuse Vier-^ ge Marie, comme la charte de- la concession, Jésus-Christ, le notaire, et les anges les témoins. Le bienheureux Fi^ançois quitta le Pape après l'a-eoncessibn de l'indulgence et partit de Pérouse" pour retourner à Assise. A mi-chemin, a un endroit appelé' Gollci il entra avec son compagnon dans une- léproserie, pour s'y reposer et dermir un peu. A son réveil, il entendit une voix d\i ciel qui lui dit: François, sachez que l'indulgence qui vient" de vous' être- accordée sur- la terre, a* été confirmée au ciel'. Après avoir fini son oraison, il appela son compagnon: Frère Massé, je vous

dis- de la part de Bien, que rindulgence qui m*a été' concédée par le Souverain Pontife- a été ra^tiflée au ciel. Jusqu'ici,, le jour de Tindulgence n'a été déterminé ni par Dieu ni par le Pape'. Mais- un jour, au mois de janvier, pendant que le bienheureux François était en prière dans sa cellule située dans le jardin près de Teglise de Sainte-Marie, i^ voici qu'à minuit le démon vint à lui et lui adressa ces insidieuses paroles: François, pourquoi veux-tu mourir avant le temps? Ignores-tu que le sommeil est absolument nécessaire au corps? A quoi bon faire tout cela? Est-ce que je ne t'ai pas déjà dit, dans l'église appelée Qiiatre-Chapelles dans le Comté de Todi, que- tu es- jeune encore et que tu auras tout le temps de faire pénitence pour tes péchés? Pourquoi done te tuer par les veilles et les prières ? Aussitôt le bienheureux François se dépouilla de ses vêtements, pénétra dans le bois à travers une haie touffue et épineuse, et se roula dans les ronces et les épines en s'écriant : Il vaut infiniment mieux pour moi partager la Passion de notre Seigneur, que suivre les flatteries de l'ennemi. Après que son corps fut tout ensanglanté, il se vit entouré d'une lumière fort brillante. Des roses blanches et rouges, d'une merveilleuse beauté, apparurent tout autour de lui. Auprès de l'église, il aperçut en même temps unemul-

- 1) Cette cellule ou cabane existe encore. Saiat Bonaventur© fit coastruire pardessus une petite diapelle. Auprès de cette chapelle se trouve le jardin des Rosiers miraculeux (Voir II partie ch. — I).

titude d'anges. Les esprits célestes dirent au bienheureux François : Venez vite auprès du Sauveur et de sa sainte Mère, qui vous attendent dans l'église. Se voyant tout d'un coup revêtu d'un habit blanc, François se leva, prit douze roses blanches et douze rouges et se dirigea vers le sanctuaire. Il lui semblait que le chemin par où il passait était jonché de draperies de soie. 2)

Il entra dans la chapelle avec un profond respect et déposa les roses sur l'autel. Il aperçut alors Notre Seigneur Jésus-Christ et sa Mère entourés d'un grand nombre d'esprits célestes. Le Sauveur adressa la parole au bienheureux François en ces termes: François, pourquoi ne donnestu pas à ma Mère les présents que tu dois lui faire? Comprenant qu'il s'agissait des âmes qui devaient être sauvées par l'indulgence de cette église, le saint répondit: Très Saint Père et Seigneur du ciel et de la terre, daignez ,par votre grande miséricorde fixer le jour, auquel je pourrai lui offrir ces dons, et que la Bienheureuse Vierge votre Mère et l'Avocate du genre humain intercède pour moi. La Divine Majesté déclara alors, que quiconque visiterait la chapelle depuis les premières vêpres du premier août, jusqu'aux vêpres du jour suivant, avec le coeur contrit et

1) La fresque attribuée à Giunta Pisano, en 1240 ou a Capaana et recopiée par Tibério. d'Assise, daas la chapelle des Roses représente saint François revêtu d'une sorte de chape ou d'un long manteau blanc.

2) Ce chemin est désigné par les fidèles sous le nom de chemin des Anges.

après avoir confessé les péchés dont il se rappellerait aurait la rémission de tous les péchés commis depuis le jour du baptême jusqu'au jour et à l'heure de son entrée dans l'église. Le bienheureux François dit alors : Très-Saint Père, que faut-il faire pour que les hommes en aient connaissance et y ajoutent foi? — François, répondit le Seigneur, cela se. fera par ma grâce; cependant va à Rome, auprès de mon Vicaire et priele de publier cette faveur comme il le jugera à propos. — Saint François répliqua: Mais comment votre Vicaire ajoutera-t-il foi à mes paroles et croira-t-il un pauvre pécheur comme moi? — Le Seigneur dit au bienheureux François: Prends avec toi, comme témoins, quelques uns de tes compagnons qui ont entendu mes paroles, et apporte à mon Vicaire les roses blanches et rouges que tu as cueillies en ce mois de janvier dans le bois. Toute cette conversation fut entendue par Frère Pierre de Catane, Frère Rufin Scifl, Frère Bernard de Quintavalle et Frère Massé de Marignan et d'autres compagnons, qui se trouvaient dans leurs cellules près de la chapelle. Saint François prit trois roses rouges et trois blanches en l'honneur de la très-sainte et indivisible Trinité et il le fit sous les yeux de la Majesté divine et de sa Mère. Les anges se mirent ensuite à entonner le Te Deum laudamus.

Le matin, le bienhereux François alla trouver trois de ses compagnons et leur dit : Tenez-vous prêts à partir avec moi pour Rome. Il leur ordonna de garder le silence sur tout ce qu'ils

avaient entendu. Ces trois compagnons furent Pierre de Catane, Bernard de Quintavalle et Â.nge de Rieti. Ils entreprirent tous ensemble le voya^ge à Rome. « Sitôt qu'ils furent arrivés dans ., cette ville, ils dirigèrent leurs pas vers l'église de Latran et y trouvèrent le Pape Honorius, successeur d'Innocent et Vicaire de Jésus-Christ. Le bienheureux François s'approcha, de lui avec ses pieux compagnons et lui fit connaître tout ce que nous avions dit ci-dessiivS. Ses paroles furent confirmées par le témoignage des trois Frères, et des six roses. Le Pape dit ensuite : Votre récit est vraiment merveilleux, et montre plutôt l'oeuvre de Dieu que celle des hommes. Nous reconnaissons la véracité de votre témoignage. Cependant nous en parlerons à nos Frères les cardinaux et nous demanderons, leur avis, en conseil secret, pour délibérer ensuite sur ce qu'il y aura à faire. Il ordonna à saint François de revenir le lendemain. Le jour suivant François se présenta de bonne heure devant le Pape et lui dit: Digne Vicaire du Christ, accomplissez dans cette aiafaire la volonté du Roi du ciel et celle de sa Mère, à laquelle est dédiée l'église de Sainte- Marie-des-Anges. — Frère François, répondit le Saint Père, parlez devant tous mes Frères les cardinaux et faites leur connaître quelle est la volonté du Roi du ciel et de sa Mère, quoique vous et vos Frères vous l'ayiez déjà dit une fois. Le bienheureux François répondit: Sa volonté est, que depuis les vêpres du premier jour du mois d'août, quiconque entrera dans l'église de

Sainte^Marie-des-Anges ou de la Portionciile près d'Assise, obtienne la rémission de tous les péchés commis depuis son baptême, et qu'il aura confessés à un prêtre avec un coeur contrit et humilié, et pour lesquels il aura été absous et reçu la pénitence. Le Pape répondit: Frère François, vous demandez une chose bien grande, mais puisque le Roi du ciel, Notre-Seigneur Jésus- Christ, a exaucé votre prière sur les instances de la bienheureuse Marie toujours Vierge, nous écrirons aux évêques d'Assise, de Péroiise, de Todi, de Fcl gno, de Spolète, de Nocera et de Gubbio, afin qu'ils se réunissent auprès de Sainte-Mariedes-Anges le premier jour d'août, et publient devant les fidèles l'indulgence que vous désirez. Après avoir reçu les lettres papales, le bienheureux François et ses compagnons se rendirent chez les évêques désignés, et leur présentèrent les lettres du Souverain-Pontife. François décida avec eux que tous se réuniraient à Notre Dame des Anges le premier des calendes d'août. Il fit faire une estrade ou tribune en bois, sur laquelle il monta avec les sept évêques. Une grande multitude de personnes s'étaient réunies autour de la chaire. Le bienheureux François dit alors aux évêques : Qui d'entre vous s'adressera au peuple, pour prêcher et annoncer le Pardon ?

Après s'être concertés entre eux, iis lui dirent:

1) Quelques poutres de cette chaire sont conservées dans la cabane de saint François dans la chapelle des Roses. — Bartoll délia Rossa i325.

Frère François, d'après la teneur des lettres papales, nous devons suivre votre volonté. Quoique je n'en sois pas digne, répondit François, néanmoins je veux dire quelques paroles et prêcher à ces gens; j'annoncerai, selon l'ordre du Roi du ciel, l'indulgence obtenue par l'intercession de sa Mère, et vous, selon l'ordre du Souverain- Pontife son Vicaire, vous me soutiendrez de votre autorité, et vous l'annoncerez avec moi. Saint François se leva et se mit a prêcher avec tant d'onction, qu'on croyait entendre plutôt un Ange du ciel qu'un homme de la terre. Le sermon fini, il annonça l'indulgence, en ces termes : Quiconque viendra à cette église de Sainte -Marie-des- Anges et y entrera à partir des vêpres du premier des Calendes d'août, jusqu'aux vêpres du lendemain, pendant la nuit, comme pendant le jour, obtiendra quant à la peine et quant à la coulpe la rémission de tous les péchés, connus ou oubliés, commis depuis le baptême jusqu'à ce jour, s'il s'est confessé et s'il a reçu la pénitence d'un prêtre. Il ajouta que cette indulgence aura lieu chaque année à perpétuité. Les évêques crurent que saint François n'avait reçu du Pape qu'une indulgence de sept ou dix ans, selon la coutume de la curie romaine. Ils s'émurent donc en entendant ces dernières paroles François, dirent-ils, bien que le Pape nous ait ordonné de suivre votre volonté, il ne désire cependant pas, que nous la suivions en ce qui n'est pas convenable; pour cela, nous allons annoncer cette indulgence pour dix ans seulement. François leur répondit; Mes

Pères et Messeigneurs, jai fait ce que je devais faire selon Tordre du Roi du ciel : quant à vous, que Jésus-Christ et sa Mère vous fassent connaître votre dévoir. Alors Tévêque d'Assise se leva pour déclarer que l'indulgence était accordée pour dix ans. Mais il plut à Dieu qu'il dît, non ce qu'il avait l'intention de dire, mais littéralement ce que saint François lui-même avait annoncé.

Les autres évêques en furent formalisés, croyant qu'il l'avait fait à dessein par amour pour l'église de Sainte-Marie-des-Anges située dans son diocèse, et qu'en conséquence il se séparait de leur sentiment. L'évêque de Pérouse se leva pour reprendre François et l'évêque d'Assise, et annoncer l'indulgence pour dix ans seulement. Mais comme dit le prophète, il n'y a ni science, ni puissance, ni conseil contre Dieu ; bien contrairement à son intention, mais conformément à la volonté du Christ et de sa Mère, il ne blâma ni saint François ni l'évêque d'Assise : il les loua au contraire ainsi que leurs paroles, et, bref, il dit et affirma de l'indulgence ce que les deux premiers en avaient dit et affirmé, sans qu'il lui fut possible de faire autrement. L'évêque de Foligno, celui de Spoléte et enfin les trois autres s'adressèrent successivement au peuple, tous bien résolus de corriger les assertions précédentes, mais disant toujours comme saint François : que l'indulgence éimi accordée Si perpétuité.» Ici suit une longue liste des principaux personnages de la vallée de Spolète, présents à cette publication, et qui en

ont rendu témoignage. Voici comment révêqûe d'Assise termine sa lettre : « Tout cela a été rapporté par des Frères, d'une vertu et d'une sainteté à toute épreuve; savoir Frère Pierre de Catane, autrefois Vicaire du saint; Frère Léon, compagnon et confesseur de saint François ; il l'a entendu de sa propre bouche. Frère Oddo d'Aquasparta et Frère Marin qui l'ont entendu de la bouche du Frère Massé lequel avait accompagné saint François auprès du Pape Honorius à Pérouse. Je ne me propose pas d'écrire ■les témoignages, les relations et les attestations qui ont été rédigées sous forme juridique par les témoins ; je me contenterai de donner ici le témoignage que Pierre Zalfanus, qui assista à la consécration de l'église de Notre-Dame-des-Ânges, a déposé en présence du Fr. Ange Ministre de cette Province, du Frèi'e Bartoli de Pérouse et d'autres Frères de la Portioncule : il déclara avoir 'entendu saint François prêcher en présence des évêques. Le saint avait un papier en main et disait : « Je veux vous envoyer tous en paradis ; je vous annonce une indulgence que j'ai obtenue de la bouche du Souverain Pontife, et vous tous qui êtes venus aujourd'hui, et tous ceux qui viendront annuellemeut en ce jour, avec un coeur bien disposé et bien contrit, vous gagnerez une indulgence de tous vos péchés. Je l'ai voulue pour huit jours ; mais je n'ai pu l'obtenir que pour un jour. » Le lendemain de la publicalion de cette 'Célèbre indulgence, le 2 août, les sept évêques procédèrent solennellement à la consécration de

la petite église de la Portionciile, dans laquelle, comme saint François le disait au Pape Honorius, Dieu avait opéré de si grandes choses: Plus tard l'autel ayant été démoli, quand on pratiqua une porte au fond du sanctuaire, le Pape Innocent IV voulut lui même faire solennellement la nouvelle consécration de la Chapelle, 1' année 1253. Nous pouvons donc dire avec Tévêque Spader que cette église, quoique petite, n'était pas moins une glorieuse Basilique. Du reste, il n'y a pas de doute que le titre de Basilique ait été donné à la Chapelle de la Portioncule, dès les premières années. Déjà Frère Bernard de Besse, le secrétaire de saint Bonaventure l'avait désignée sous ce nom. Voici ses paroles : Dans la troisième année de sa conversion, François commença le nouvel Ordre des Frères-Mineurs dans la Basilique de la sainte Mère de Dieu, toujours Vierge, Marie des Anges. 2)

Les premiers biographe de saint François n'ont rien dit de cette célèbre Indulgence. Les historiens de l'Ordre ont expliqué ce silence en disant que dans ces temps de croisade, la prudence les obligea à ne pas lui donner une trop grande publicité, car elle aurait pu détourner les chrétiens d'aller combattre contre les infldèles. En effet d'après les lettre de l'évêque Conrad et une autre de Thiébant, également évêque d'Assise,

1) Wadding.

2) Bernard «îe Besse, raaniuscrit de Tmin, V. Panfllo da Mavgliaao, Storia Compendiosa.

écrite en 1310, les cardinaux manifestaient au Pape leurs craintes que les chrétiens renonceraient à gagner les indulgences de Terre-Sainte aux prix d'immenses sacrifices, s'ils pouvaient obtenir les même faveurs en se rendant simplement à la Portioncule. De plus, en 1245 le concile de Lyon défendit d'empêcher ou de retarder de quelque manière que ce soit la guerre sainte ou la croisade, à laquelle les hommes se sentaient entraînés principalement par l'espoir de satisfaire à Dieu pour leurs péchés et d'obtenir la rémission entière des peines dues à leurs fautes, par le moyen des indulgences, i) Un autre motif allégué par les historiens pour justifier leur silence, est le respect que les premiers biographes avaient pour la volonté du saint Patriarche qui refusait tout document de la part du Pape, ne voulant d'autre notaire que le Christ, d'autre charte que la Sainte-Vierge et d'autres témoins que les anges. Il désirait laisser à Jésus-Christ lui-même le soin de manifester et de publier son oeuvre. En effet, lorsque le Pape Martin IV, qui régna de 1281 a 1285, offrit à Mathieu, Cardinal d'Aquasparta, un diplôme pour confirmer l'indulgence de la Poi't^aincule, le cardinal le refusa en disant : « Saint François ne voulait pas de diplômes pour cette indulgence, quoiqu'ils lui fussent offerts; voilà pourquoi je n'en veux pas non plus. » Le Pape l'en félicita. 2) Une raison plus forte, à notre

1} Concile de Lyon, Canon XVIII Sur les Croisades.

2; Bartoli délia Rossa. Liber indulgentiae S.M. Angelorum.1325.

avis, explique ce silence. Aucun des premiers biographes n'a écrit la vie complète de saint François. Tous ont omis des fait très importants de la vie du saint fondateur, parce qu'ils ne cherchaient qu'à se compléter l'un l'autre. Or d'après Mathias Grouwels, Bernardi, un notable d'Assise, avait déjà écrit l'histoire de l'indulgence de la Portioncule l'an 1230, c'est à dire quatre ans après la mort de saint François. D'ailleurs François Bartoli, écrivant en 1325 un traité sur le même sujet, dit qu'il a recueilli ces faits dans les légendes anciennes et modernes, i)

Or ces légendes, que Bartoli appellent anciennesj ont été nécessairement écrites par des contemporains de saint François. Du reste on possède encore des pièces authentiques et notariées, par les quelles des religieux, des prêtres et des laïques certifient ou bien d'avoir assisté à la publication de l'Indulgence par saint François, ou bien d'avoir entendu raconter ces merveilles de la bouche des compagnons du saint. Un notable d'Assise, Pierre Zalfanus, atteste en 1277 avoir assisté à la publication du Pardon. Le bienheureux Benoit d'Arezzo et Frère René M^-ianus déclarent l' avoir appris du Frère Mi .6 leur compagnon. Le bienheureux Jean de l'Alverne rend le même témoignage, à la même époque.

Le bienheureux François de Fabriano déclare l'avoir entendu de la bouche du Frère Léon eu

1) Lo manuscrit se conservait dans le Couvent de Saint François à Assise.

1266, lorsqu'il se trouvait à la Portioncule le 2 août, étant encore séculier. La bienheureuse Angèle de Foligno raconte elle-même la vision qu'elle avait eu sur le seuil de la Portioncule lorsqu'elle s'y rendait pour gagner l'Indulgence; enfin en 1310 l'évoque d'Assise, Thiébaut Oiïreduci, rappelle dans sa lettre comme un fait de notoriété publique, que chaque année le 2 août accouraient de nombreux pèlerins à la Portioncule, parmi les quels on remarquait des patriarches, des cardinaux, et des évêques. Il ajoute que le Pape Boniface VIII y avait envoyé en 1294 ses nonces, pour prêcher en son nom l'Indulgence de la Portioncule. Déjà avant le Pape Boniface VIII, d'autres Papes comme Alexandre IV et Martin IV et après lui les Papes Clément V, Jean XXII, Benoit XI, Sixte IV, Léon X, Paul V et Urbain VIII reconnurent cette Indulgence et la confirmèrent par leurs déclarations.

Au quatorzième siècle, sainte Brigitte, passant la nuit en prière dans la chapelle de la Portioncule, le 2 août, dit au Seigneur: « Je suis troublée intérieurement de ce que certains prétendent que ces indulgences ont été inventées par saint François. » « Ma fille, répondit le Sauveur, le mensonge n'habite pas dans la demeure de la vérité et l'ardente charité .... Mon ami avait en lui la vérité et ce qu'il a dit est vrai. A la vue de la tiédeur des hommes envers Dieu et de leur soif des biens terrestres, il me demanda une marque de mon amour, pour éteindre en eux le feu de la cupidité et allumer celui de la charité. - La

marque que je lui ai donnée, moi qui suis l'amour, fut que ceux qui viendraient dans sa demeure pauvres et dépourvus, seraient remplis de mes •bénédictions et recevraient la rémission entière de leurs péchés, i)

Tant de raisons ont pormis à Bourdalouo, le plus grave de prédicateurs, de prononcer les paroles suivantes du haut de la chaire : « Je prétends que de toutes les indulgences, celle de Notre-Dame-des- Anges est une des plus assurées et des plus authentiques qu'il y ait dans l'Eglise. »2>

En quelle année Dieu accorda-t-il cette célèbre' Indulgence? — Wadding, et après lui presque tous les historiens, disent que saint François se rendit à Pérouse auprès d'Honorius III l'an 1221 et à Rome pour la détermination du jour de cette Indulgence l'an 1223. Bien que les anciens documents n'indiquent pas l'année de cet événement, nous avons néanmoins assez de faits certains pour en préciser la date.

D'après ces documents. Frère Pierre de Catane accompagna saint François à Rome, pour la seconde confirmation de l'Indulgence. Or Pierre de •Catane mourut le 10 mars 1221, comme l'atteste clairement l' épitaphe placée au-dessus de son tombeau près de la sainte chapelle. 3) L'antique

1) Sainte Brigitte, révélations, extrav. ch. XC. Les révélations de cette sainte ont été examinées et confirmées au concils de Bâle.

2) Sermon pour la fête de N.-^D. des Anges.

3) Octave Spader, croyant que Pierre de Catane avait accompagné saint trançois à Rome Tan 1223, voulut concilier l'iuscrip-

bréviaire, autrefois à l'usage de saint François, indique la même date pour la mort du Frère Pierre, i) D'ailleurs Wadding lui-même dit que Pierre de Catane mourut en 1221, sans s'apercevoir de sa contradiction en disant que l'an 1223 il accompagna le séraphique Père a Rome. Le même annaliste ajoute qu'après avoir examiné avec soin tous les registres du Pape Honorius III, il acquit la conviction que le Pape ne se trouvait â Pérouse que Tan 1216 et au mois d'octobre de l'an 1221. Pierre de Catane étant déjà mort depuis six mois quand Honorius III se trouva pour la seconde fois à Pérouse, la concession du Pardon n'a donc pu avoir lieu que l'an 1216. En effet Innocent III mourut à Pérouse le 16 juillet 1216 et deux jours après, les cardinaux élurent Honorius III, qui fut ensuite sacré le 24 du même mois.

tion de Tépitaphe avec cette date. L'ouvrier, dit-il a mal placé les chiffres; au lieu de lire: f ANN. DNI. M.GGXXI. VF ID'MARTII, Tan du Seigneur mil deux cent vingt et un, sixième des ides de mars, il faut lire ANN. DNI. M.CGXXIV. II.D. MATH, Tan du Seigneur mil deux cent viagt-quatre deuxième jour de mars. Les BoUaiidistes, sans examiner Tinscription, ont suivi l'interprétation de Spader, quant à la mort de Pierre de Catane. Mais quiconque lira cette inscription, trouvera l'explication de Spader impossible ; car, comme le remarque le Père Pamphile de Magliàno 1.° au dessus du VI se trouve un petit o, ce qui veut dire absolument 5(?a?to. g." le signe d'abbréviation gothique sur la lettre D signifie us et fait avec le I idus et ne peut signifier JI die. Cette abbréviation est répétée avec le même sens, en cl'autres endroits de l'épitaphe. 3." Après les chiffres XXl il y a un point bien marqué. Il faut donc en conclure que l'ouvrier a sculpté ces lettres avec beaucoup de soin. Cette épitaphe remonte au temps de saint François.

1) Papini Storia di S. Francesco, adp. n. IX. — Ce bréviairo est coaservé au couvent de Sainte-Claire à Assise,

Au commemement de septembre, le Pape quitta Pérouse pour aller résider à Rome, i) C'est donc un fait qui n'admet plus de doute que l'indulgence du Pardon a été accordiée par Jésus-Christ et confermée par le Pape l'an 1216, entre le 24 juillet et le mois de septembre, 2)

Les anciens documents disent de plus qu'au mois de janvier, Jésus-Christ fixa le jour de l'Indulgence au 2 août. Pieracina Pieri de Florence, traduisant en italien la lettre de Conrad l'an 1390, dit que cette seconde confirmation de la part du Christ eut lieu au mois de janvier de la même année que la première, c'est-à-dire dans l'intervalle d'une année, comme le contexte le rend manifeste. 3) Dans son apologie de l'Indulgence de la Portioncule, le savant Père Bonelli de Ca~ vallese soutint d'abord l'opinion de Wadding. Mais après avoir mûrement étudié cette question, il confessa son erreur et écrivit dans le Prologue aux oeuvres de saint Bonaventure : « Il est hors de doute que l'Indulgence de la Portioncule fut concédée par Honorius III à Pérouse l'an 1216 et que le jour en fut déterminé à Rome en 1217

1) Bollandistes. A S.S. 4 Octob.

2) Bartoli (Lib. Ind. S. Maria Ang. ) dit que saint François a obtenu cette indulgence peu d'années après s'être converti à Dieu et après avoir réparé Téglise de la Portioncule.

3) Dans les BuUaires on trouve que les bulles et les brefs du Pape Honorius III sont datés de Rome apud Sanchim Peirum à partir des premiers jours de septembre 1216 jusqu'à la fln de l'année. Mais à partir du 2janvier i217 ils sont datés du Latran. ( Guasti, Basilica di S. M. degli Angoli.) Saint François se rendi en effet au Latran pour se présenter au Pape.

et que sa pablication eut lieu le V^ août de la inênie année. »

On est donc autorisé à croire que saint François eut pendant dix ans la consolation de voir' les chrétiens accourir à la Portioncule pour obtenir de Dieu pardon et miséricorde. La vision prophétique dont parlent les premiers biographes reçut son accomplissement. « Un pieux Frère, étant - >encore séculier, dit Thomas de Côlano, eut une vision près de l'église de la Portioncule. Il aperçut une multitude innombrable d' hommes frappés <l'une déplorable cécité. Ils étaient tous rangés autour de l'église, le visage tourné vers le ciel et les genoux en terre et d'une voix suppliante et les mains levées vers le ciel, ils conjuraient Dieu d'avoir pitié d'eux et de leur ouvrir les yeux. Tout à coup une grande lumière, descendant du ciel, se répandit sur tous ces aveugles, et leur rendit la vue et la santé demandées avec tant d'instances. » 2) Le bienheureux Egide avait bien

1) Papiiii et Paraphile de Magliano soutieanent la même chose. Le Bienheureux François de P'abriaiio dit dans son attestation « L'an 1?16, le 2 août, fut consacréo l'église de Sainte- Marie-des-Anges par sept évoques. Le Pape Honorius III y attacha une Indulgence de la peine et de la coulpe et le bienheureux François l'annonça au peuple en présence des sept évêques •de la part de Jésus-Ghrist, de sa Très-sainte Mère et du Pape. »

(A. S.S. 4 oct Anal par III). Il y a ici un anachronisme, car au inois de janvier de l'an 1216 Honorius n'était pas encore Pape. Mais ce témoignage montre que l'indulgence fut publiée bien avant la mort de Pierre de Gatane. Le Dienlieureux voulut sans doute dire que Tan 12i6 commencèrent les événements relatifs: -à cette Indulgence.

2) Vie II ch. XIU. — S. Bonaventure, Leg. maj. ch. II.

raison de dire : « Si grandes et si nombreuses sont les grâces qu'on obtient à la Portioncule, que si le monde le savait, le monde entier y accourrait. » 1)

Jésus Christ a déclaré à saint François, qu'il se chargerait lui-même de manifester son oeuvre en temps opportun. L'évêque Conrad dit en effet dans sa lettre : « Le Seigneur lui-même glorifie, exalte et propage cette Indulgence presque chaque année, par des prodiges et des miracles. » Nous ne pouvons pas raconter dans ce petit volume les faits merveilleux qui sont arrivés â l'occasion de cette Indulgence ; nous nous bornerons à citer le prodige suivant, emprunté à Bartoli. « L'an 1303 pendant qu'une foule de pèlerins se pressaient autour de la sainte chapelle le 2 août, on entendit un bruit semblable à celui du tonnerre, et à la vue de tous les assistants une colombe blanche comme la neige fit cinq fois le tour de la chapelle et disparut. En même temps le P. Conrad de Offida 2) de sainte mémoire, vit la sainte Vierge assise au sommet de la chapelle, tenant l'Enfant Jésus dans les bras. Jésus leva sa petite main et bénit le peuple. » 3) Par suite de ces prodiges les pèlerins affluèrent de plus en plus à la Portioncule. Déjà le bienheureux Jean de l'Alverne ra« conte que de son temps il en venait une foule

1) p. Ridolphe, F. Min. Con.

2) Ce religieux a été béatifié par la sainte Eglise.

3) Voir partie II ch. I. § I. Jacques des Oddi raconte dans la Franceschina qu'en 1460 un jeune homme vit aussi le divin Enfa-it bénir trois fois le peuple.

innombrable. En 1309, il entendit la confession d'un homme âgé de plus de cent ans qui était Tenu à pied à la Portioncule des environs de Pérouse. Admirant son zèle et sa piété, le bienheureux lui demanda après la confession comment à son âge il avait osé entreprendre un trajet si pénible. « Mon Révérend Père, répondit la vieillard, si je ne pouvais venir à pied, je me fesais transporter en ce lieu, pour ne pas perdre les fruits d'un si grand jour. » Sur les instances du bienheureux Jean, qui désira connaître le motif d'une telle dévotion, le veillard lui dit : « J'étais présent lorsque saint François, logeant chez mon père selon sa coutume, lui raconta qu'il allait à Pérouse pour demander au Pape la confirmation de l'Indulgence, obtenue de Notre Seigneur. Depuis ce temps là, je n'ai pas manqué de venir chaque année à la Portioncule le jour du Pardon et je n'y manquerai jamais. » *)

La ferveur de ce bon vieillard était alors commune aux chrétiens de cette époque de foi. Quiconque y venait une fois, retournait l'année suivante avec de nouveaux compagnons. Leur nombre augmenta tellement qu'il y eut parfois jusqu'à deux cent mille personnes réunies autour de la chapelle de la Portioncule. Frère Barnabe de Sienne, le compagnon de saint Bernardin de Sienne, dit, en parlant des pèlerins qui venaient à Sainte-Marie-des- Anges le 2 août : « Voyant cette innombrable multitude de peuple, je me

1) Wadding, 1309.

demandais si vraiment il se trouvait tant de monde dans toute l'Italie. »

Durant quatre siècles, le sanctuaire de la Portioncule fat le seul au monde qui jouit du merveilleux privilège du Pardon. Mais le Pape Grégoire XV, voulant empêcher le trop grand encombrement à la Portioncule et désirant offrir, les avantages de cette Indulgence à un plus grand nombre de personnes, concéda cette faveur à toutes les églises des Frères Mineurs de la Régulière et de la Stricte Observance, par une bulle du 4 juillet 1622. Le 12 octobre suivant il fit la même concession aux églises des Frères Mineurs Capucins. Enfin en 1643 le 13 janvier, le Pape Urbain VIII étendit ce privilège aux églises des Tertiaires Réguliers. Mais cette Indulgence n'a été accordée à ces diverses églises qu'aux conditions ordinaires, i)

1) Quoique riudulgence accordée aux autres églises franciscaines soit la même quaut à l'eflet que celle de la Poittoncule, elle on diffère cependant quant à l'origine et quaut aux conditions exigées pour la gagner. l.*> Celle de la Portioncule a été concédée par Jésus-Christ lui-même; l'autre a été accordée par les Souverains Pontifes .'.*' A la Portioncule il suffit de s'être confessé et de passer par la chapelle le coeur contrit, tàadisque dans les autres églises sont requises la confession, la conmiunion et certaines prières faites à Tintention du Saint-Père, chaque foia qu'on y entre. 3.* A la Portioncule l'Indulgence n'est jamais suspendue durant lo Jubilé et peut se gagner soit pour les vivants soit pour les défunts, (buUo d'Innocent XII, 21 août 1699); tandis que dans les autres églises on ne peut la gagner que pour les défunts. (Ferrari) 4." Il e^'t certain que l'Indulgence accordée aux autres églises ne peut pas s'appliquer aux personnes absoutes; ce qui n'est pas certain pour la Portioncule. De graves auteurs comme Barthélémy de Pise (Co-iform. 8) "Wadding (1223}

Bien que lé nombre' des pèlerins aït dinrinuê par suite de ces concessions' et; disons le aussi, par suite du refroidissement de l'a ferveur primitive, néanmoins chaque année un très grand nombre de fidèles accourent à Sainte-Marie-des-Anges pour gagner le Pardon. Vers la fin du mois de juillet, on voit sur toutes les routes des troupes d'hommes et de femmes, d'enfants et de vieillards qui s'acheminent vers la Portioncule, priant, chantant, ou se racontant les merveilles de ce lieu béni. Dès qu'ils ont atteint le seuil de la Basilique, ils poussent le cri enthousiaste d'Evviva Maria,, se jettent à terre et baisent le sol, heureux d'être arrivés au terme de leur pèlerinage. Les trois premiers j,ours sont consacrés à la préparation à l'a grande fête ; chaque année a lieu un Triduum solennel pour aider les fidèles par la prière et la parole de Dieu à puiser le plus avantageusement possible dans ces sources de grâces.

Pendant ce temp& plus de trente confesseurs sont occupés à purifier les âmes au tribunal de la Pénitence. Lorsqu^ enfin le premier août, après midi, la cloche donne le signal que l'heure sainte est. venue, les portes dé la sainte chapelle s'ouvrent et les pèlerins,, poussant un nouveau cri ûŒpviva Maria j se- précipitent- vers le sanctuaire.

et Reiflfenstuel (Theol. Mor. Tract. 12 Disp. 5) disent qu^elIe peut s'appliquer aux personnes empêchées de se rendre â là Portioncule si, elles sont d'ailleurs bien disposées.

1) Bartolî dit dans son Histoire de l'Indulgence que déjà de son temps ( 1325 } c'était Tusage de prêcher en plusieui langues, les sept jours qui précédaient la fête du Pardon.

Ils entrent par une porte et sortent par l'autre^ en saluant simplement l'autel, et cette procession en masse compacte dure jusqu'au lendemain au soir. Il est impossible de n'être pas ému à la vue de cette multitude de fidèles, qui par leurs prières,, leurs chants et leurs invocations témoignent chacun à sa m inière, leur amour et leur reconnaissance envers Dieu et sa très sainte Mère. Le' chrétien en contemplant ce spectacle bénit Dieu dans son coeur et lui rend de sincères actions de grâces d'avoir bien voulu, sur les instances de saint François, établir un tribunal perpétuel de pardon et de miséricorde dans ce vénérable sanctuaire.

Sur la demande de l'empereur Léopold, de Charles II roi d'Espagne, de la reine Marie- Anne d'Autriche, d'Eléonore duchesse de Lorraine et reine de Pologne et du Grand-Duc de Toscane^ le Pape Innocent XII concéda en 1695 une indulgence plénière, chaque jour à perpétuité, à quiconque visiterait la Basilique de Notre-Dame des Anges, en remplissant les conditions ordinairement prescrites. Le Pape a accordé cette nouvelle faveur, pour augmenter, dit-il, dans le coeur des fidèles l'amour pour ce lieu sacré, et pour les engager de plus en plus à visiter le Berceau de l'Ordre séraphique qui est une source continuelle de grâces et de bénédictions. La Basilique a été en outre enrichie de neuf autels privilégiés, auxquels on peut gagner une indulgence plénière pour les défunts, en faveur desquels on célèbrele saint sacrifice de la messe.

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