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Chapitre VIII

Chapitre de Van 1217. — Partage de VEu^ rox)e en Provinces. — Choix de Paris. — Car-^ dinal-Protecteur. — Une tentation. — Amour de la nature. — La brebis. — Le corbeau,. — Nouvelles constructions. — Chapitre des nattes. — Multiplication des pains.

A la Pentecôte de l'année 1217 avait lieu un autre chapitre qui contribua beaucoup à l'extension de l'Ordre dans le monde. Dans ce chapitre saint François établit des Ministres Provinciaux

1) AVadding dit que les Ministres Provinciaux furent nommés dans le chapitre de l'an 1216. Les Bollandistes assurent qu'on noipma les Ministres Provinc'aux en 12i9. Ils s'appuyent sur lo texte des Trois Compagnons qui disent : « Onze ans après quô la Religion avait commencé . . . furent élus les Ministres Provinciaux. » Les Bollandistes ont cru que les Trois Compagnons voulaient dire : onze ans après que saint François eut fondé son Ordre dans la chapelle de la Portioncule, en 1209. Mais la Chroniq e des XXIV Généraux, paraphrasant en quelque sorte le

qui furent assignés aux diverses contrées de l'Europe: Elle fut envoyé en Toscane, B(inoit>d'Arezzo ^ans ;lôs Marches, Jean de Stracchia en 'Lombardie, Augustin dans la Terre du ^Labour, 'Daniel dans le Calabre, -un autre dans la 'Fouille, Bernard de Quintavalle en Espagne, Jean de Parme en Allemagne avec 60 religieux, Jean Bonelli de Florence dans la Gaule-Narbonnaise. Saint François se réserva la France proprement dite, c'està-dire Paris et les provinces environnantes, ainsi que la Gaule-Belgique. Outre l'affection naturelle qu'il avait pour ce pays dont il se plaisait à parler la langue, il aimait encore la France parcequ'elle avait une grande dévotion envers la divine Eucharistie-; c'était la un bien vif attrait pour son ardente piété envers l'Homme-Dieu.

« François, dit Thomas de Célano, était transporté d'amour pour le sacrement du Corps du Christ, en considérant l'immense charité et condescendance du Sauveur dans l'Eucharistie. Pour tout chrétien c'était mépriser Jésus, pensa-t-il, que de ne pas assister chaque jour au moins une fois au saint sacrifice de la messe, s'il en avait roccasiou. Il communiait fréquemment et avec

texte des Trois Compagnons dit: L'an 1217, onze ans après le commencement de l'Ordre, en comptant depuis la eonversionde sa-in't -François . . . forent 'assignées les Provinces e^ élus les Winistpes. iLa Chronique de 'Saxe -dit -la même chose. Se basairt sur 'un îtexte mal interprété, les Bollandistes ont commis pflttsiears erreurs touchant la chronologie 'd«s chapitres -et des ftiits qui 's'.y -rapportent.

■1) GonitpaiTementlà l'assertion de'Wadfling, le poavoir-de Teeo voir lâes 'nov-ioes -ne fut (accordé *aux 'Provinciaux gii'en i!2l9.

12.7 tant de ferveur, qu'il inspirait la plus ardente dévotion à ceux qui l'environnaient. C'est pour cela qu'il aimait la France, parceque la France aimait le Corps du Seigneur, et il désirait y mourir, parcequ'elle avait un profond respect pour les choses saintes. »

Après avoir animé tous ses disciples par son zèle, il se mit en route pour son cher pays de France et passa par Florence où se trouvait en ce moment le Cardinal Ugolini, 2) en qualité de légat apostolique. .Saint François et le cardinal, dit Thomas Célano, n'étaient pas encore unis par l'amitié ; mais la renommée de la sainteté de leur vie était pour eux le lien d'une mutuelle et affectueuse bienveillance. Du reste le bienheureux François avait la coutume de saluer les évoques et les prêtres, en entrant dans une ville ou dans un pays ; et lorsqu'il apprit qu'un Prélat si éminent se trouvait à Florence, il voulut lui offrir ses hommages. » 3) Le cardinal le dissuada de se rendre en France, alléguant divers motifs pour lui prouver que sa présence était encore nécessaire en Itahe, afin de maintenir l'oeuvre qu'il avait commencée. Les raisons du cardinal décidèrent le saint à renoncer à son voyage. Il retourna à Sainte-Marie-des- Anges, et envoya en

1) Thomas de Célano — Vie II, p. III ch. CXXIX.

'2) Le Bullaire Romain (G. Coquelines, Edit rom..l740) contifiat un iref par lequel le Cardinal Ugolini fut nommé légat <]e la a-oscaae; le bref est daté du 23 janvier 12i7. — La Chronique desXXrV Généraux dit en effet que saint 'François vit le tîardinal à Florence, Tan 1217.

.3) .Thomas Jie Célano — (Vie.I, p. I ch. XXVU).

France à sa place, Frère Pacifique, le roi des vers, avec Ange et Albert de Pise. « Le saint voyait bien des loups qui cherchaient à nuire à son petit troupeau, continue le premier biographe, et il prévoyait que parmi ses propres Enfants pourraient surgir des sujets de discorde, comme cela arrive soavent, même parmi les élus. Cette pensée préoccupait l'homme de Dieu, lorsqu'une nuit, pendant qu'il dormait, il eût une vision. Il vit une poule noire, semblable à une colombe domestique, avec les pattes et les jambes toutes couverlCo plumes. Elle avait d'innombrables poussins qui se pressaient autour de leur mère, mais sans pouvoir tous se réfugier sous ses ailes. A son réveil il se mit à méditer ce qu'il avait vu et interpréta lui-même cette vi.ion. « La poule c'est moi, dit-il, qui suis petit de taille et noir par nature; j'ai besoin, pour me garder du péché? d'imiter la simplicité de la colombe, qui prend son essor vers le ciel d'autant plus facilement qu'elle touche moins rarement la terre. Les poussins ce sont les Frères, qui ont augmenté en nombre et en grâce; mais la puissance de François ne suffit pas pour les protéger contre les attaques des hommes et les contradictions des méchants. J'irai donc les recommander à la sainte Eglise Romaine, dont la puissante verge châtie les méchants, et permet aux enfants de Dieu de jouir d'une pleine liberté pour assurer leur salut éternel. » Peu après cette vision il se rendit à

1) Trois Compagnons — ch. XV — D'après les Trois Compa-

, 129 Rome et pria le Pape Honorius de luû accorder un Cardinal pour Protecteur de son Ordre. » Le Cardinal Jean de saint Paul qui en toutes circonstances avait chaudement défendu ou recommandé saint François et ses disciples était déjà mort; mais Dieu, disent les Trois Compagnons, avait inspiré au Cardinal Ugolini, évêque d'Ostie, d'aimer, de défendre et de nourrir le bienheureux François et ses Frères.

^ Sur la demande de saint François et d'Ugolini .ui-rtfême, ce dernier devint le premier Cardinal- Protecteur de l'Ordre, nommé par le Saint-Siège. François s'attacha au cardinal comme un fils s'attache à son père, et le cardinal aima François et ses Enfants avec une tendresse de mère. La sollicitude pour ses pupilles s'étendait à tout; il assistait aux chapitres et prenait leur parti en toute occasion. Il se plaisait à vivre au milieu d'eux dans l'humble couvent de la Portioncule. Voici un trait qui r^^vèle la vertu de ce saint et illustre personnage. Il 'vint un jour à Sainte Marie des Anges, à l'occasion d'un chapitre, avec un grand nombre de nobles et de clercs. Voyant comment les Frères dormaient sur la dure, n'ayant d'autre lit que la terre nue, il se mit à pleurer à chaudes larmes en présence de tous et s'écria : « Voyez donc l'austérité de ces pauvres Frères! Qu'eu sera-t-il de nous autres malheureux, qui vivons dans les superfluités ! » Tous les asgnons saint François avait cette vision quelques années avant de demander un Cardinal Protecteur,

1) Thomas de Célaao — Vie I, par. 1 ch. XVI.

sistants fareiit attendris. Cet évoque d' 0,sli(?i ajoute Thomas de CJlano, ùd plus tard élevé sur le trône pontifical, sous le nom de Grégoire IX et continua à .assister le bienheureux Père Jusqu'à ce qu'il rendit son âme à Dieu, 'comme un agréable holocauste. Oh! entrailles de charité! Elevé à une si. haute dignité, il se plaignait de n'avoir pas de vertu, quand sa vertu était plus éminente que son trône.

L'année 1218 se passa entre le séjour que saint François fit à Sainte-Marie-des-Anges et plusieurs courses apostoliques dans les provinces voisines. A cette époque, il fut délivré d'une longue et violente tentation. Thomas de Célano se contente de dire, que par la permission divine le saint fut pendant plusieurs années tourmenté d'une tentation d'esprit. Marc de Lisbonne ajoute que c'était une profonde mélancolie qui lui faisait trouver du dégoût en toutes choses, jusque dans l'oraison. -)

Se trouvant un jour dans sa pauvre cellule à Notre-Dame-des- Anges, il fit tous ses efforts pour surmonter cette tentation, en recourant aux prières, aux larmes et aux macérations. Il entendit alors une voix céleste qui lui dit: « François si tu avais de la foi comme un grain de sénevé, tu dirais à cette montagne de se transporter ailleurs, et elle se transporterait ailleurs. » — « Seigneur quelle est cette montagne, répondit le saint? » La même

1) Thomas de iCélano — Vie II, p. III ch. IX.

2) Thomas de Célaao, Idem. —"Marc de Lisbonne LiY.'I,.p. 12,

voix lui dit: « C'est ta tentation. » François s'écria alors en gémissant : « Qu'il soit fait, Seigneur, comme vous l'avez dit: » Dans le môme moment, la tentation cessa et il jouit de nouveau de la paix intérieure. Dieu sut bien compenser ensuite, par des joies spirituelles, les pénibles épreuves que saint Franç.ois avait si noblement supportées. « Qui pourrait exprimer la douceur dont il se sentait inondé, en contemplant dans les créatures la sagesse, la puissance et la bonté de Dieu. Il embrassait avec une ineffable tendresse tou j les êtres créés, leur parlait du Seigneur et les invitait à publier sa gloire. Il s'abstenait d'éteindre les lampes ou les ciorges, ne voulant pas que sa main fit disparaître la lumière, image de la splendeur du ciel. Au jardinier il commandait de ne pas bêcher les abords du jardin, afin qu'en son temps la verdure du gazon et la beauté des fleurs rappelassent la beauté infinie du divin Créateur. Il voulait qu'on cultivât des plantes odoriférantes, qui nous rappellent la suavité éternelle. Il recueillait les vermisseaux dans les chemins et les déposait à l'écart, pourqu'ils ne fussent pas écrasés sous les pieds des passants. Pendant l'hiver il faisait donner du miel et du vin aux abeilles, pour qu'ils ne mourussent pas de faim. A tous les êtres animés il donnait le nom de frère et do soeur; mais il affectionnait surtout les animau^c doux et paisibles. » 2) Du reste toute la nature

1) Thomas de Celano — Vie II, p. III ch. LVIII. i) Thomas de Célaiio — Vie II, par. III ch. CI.

semblait lui être soumise. A la Portioncule, il y avait sur un figuier près de la cellule du ser-^ viteur de Dieu, une cigale occupée à chanter. Une fois il étendit sa main et l'appela en disant: « Viens, ma soeur cigale, viens à moi. » Celle-ci, comme si elle avait .eu l'usage de la raison, vint aussitôt se placer sur sa main. « Chante à présent, ma soeur cigale, les louanges de Dieu ton Créateur, chante joyeusement. » Aussitôt elle se mit à chanter et ne s'arrêta point, que le saint ne lui eut commandé de retourner sur son figuier où elle resta l'espace de huit jours. En sortant de sa cellule le saint la touchait souvent de sa main et lui disait de chanter, ce qu'elle faisait chaque fois sur-le-champ. Un jour il dit â ses compagnons : « Il est temps de donner à notre soeur la cigale la permission de s'en aller ; elle nous a assez réjouis de ses chants. » Il la congédia donc et elle ne se montra plus en ce lieu. Inutile de dire combien les Frères, témoins de ce prodige, en étaient émerveillés, i)

Saint Bonaventure nous raconte un autre trait de l'affection de saint François pour les animaux et de son pouvoir sur eux. « Une fois, dit-il, à Sainte-Marie-des-Anges, on offrit à l'homme de Dieu une brebis. Il la reçut avec reconnaissance à cause de la simplicité et de rinnocence naturelle à cet animal. Il l'avertit d'être attentive à louer Dieu et de s'abstenir de toute offense envers les Frères. La brebis, comme si elle eut compris la tendra

1) Thomas de Gélano — Vie II, p. III ch. GVII.

piété qui animait le saint, se conformait avec la plus grande exactitude à ses avis. Quand elle entendait chanter les Frères au choeur, elle entrait d'elle-même à l'église, fléchissait les genoux et se mettait à bêler devant l'autel de la Vierge, Mère de l'Agneau sans tache, s'éfforçant de lui offrir ainsi ses salutations. A la messe, lorsqu'on élevait le très saint Corps de Jésus-Christ, elle se prosternait profondément, comme pour accuser par son respect les hommes sans dévotion et inviter en même temps les coeurs pieux à révérer avec le plus profond respect ce Sacrement d'amour.

La chronique des XXIV Généraux rapporte une histoire bien plus merveilleuse : c'est celle du fameux corbeau de la Portioncule. Bien que les naturalistes nous vantent la sagacité des corbeaux et leur facilité à s'apprivoiser, celui de la Por-, tioncule surpasse cependant tous ses congénères.

Le corbeau de saint François partageait les exercices des religieux. Il allait au choeur avec eux, se rendait au réfectoire au temps des repas, et comme il voyait les Frères se laver les mains avant de manger, lui se lavait le bec. 11 apprit aussi à parler et à comprendre d'une certaine manière ce qu'on lui disait. Le saint Patriarche lui commanda un jour au réfectoire d'aller à l'infirmerie pour servir les malades et leur procurer ce dont ils avaient besoin. Le corbeau obéit aussitôt. Lorsqu'il manquait quelque chose

1) Légende Maj. ch. YHI.

aux malades, il allait à Assise, accompagné du Frère commissionnaire. Il entrait dans les maisons des riches et leur demandait l'aumône, et certes on ne la lui refusait jamais. Fréquemment il allait quêter au palais de l'évêque, et une fois entre autres, il le rencontra pendant qu'il pontifiait à V église. Comme V évêque lui répondit qu'il ne pouvait rien lui donner en ce moment, maître corbeau lui enleva la mitre et la porta chez le boucher, à qui il la consigna en gage afin d'obtenir de la viande pour deux malades. Ce même corbeau demandait un jour l'aumône à un gentilhomme, et comme celui-ci lui répondit par un refus, le corbeau lui donna un solide coup de bec dans la jambe, qui était découverte à cause de la chaleur. Le quêteur vindicatif en fut quitte pour un bon coup de /oàton. Le corbeau ne rit rien de plus alors. Mais un jour qu'il rencontra sur la route ce même gentilhomme à cheval, le corbeau se souvint de . la bastonnade. Il se mit à voltiger autour de lui et finit par lui enlever son chapeau qu'il alla déposer triomphalement sur le sommet d'un arbre. Le gentilhomme dut descendre de cheval et se résigner bon gré mal gré à grimper sur l'arbre, pour reprendre son chapeau. Le corbeau n'était pas encore satisfait. Voyant que le cheval restait seul sur la route, il le tourmenta si bien à coups de bec qu'il le forçât à prendre la fuite. A la mort de saint François, le fidèle corbeau fut tellement attristé, qu'il tomba malade et refusa toute nourriture. Il se rendit un jour dans l'église de

Saint-Georges où le saint était enseveli, et peu de temps après il mourut près du tombeau de son bien aimé maître. Saint François prêchait la parole de Dieu à toutes les créatures et toutjs les créatures lui parlaient de Dieu, et l'innondaient de paix et de consolation. Les plus petites choses lui servaient d'échelle, dit son premier biographe, pour s'élever jusqu'au trône du Tout- Puissant. La suave mélodie spirituelle, ajoutet-il, résonnant dans son âme, se traduisait au dehors par des sons français et le murmure des divins secrets que son oreille saisissait lurtivement, se manifestait à l'extérieur par des jubilations françaises. Souvent, comme jo l'ai vu de mes propres yeux, il ramassait un morceau de boi^, le mettait sur le bras gauche et prenait dans la main droite un archet plié avec un fil. Puis il raclait son morceau de bois avec l'archet absolument comme il l'aurait fait avec un violon; il accompagnait ses gestes et ses mouvements, en chantant les louanges du Seigneur en langue française. Le plus souvent ces accents de joie se terminaient par des larmes et cette jubilation se transformait en gémissements au souvenir de la Passion du Christ. Ensuite il poussait de profonds soupirs, pleurait amèrement et, oubliant ce qu'il tenait entre les mains, il se sentait ravi en extase et se tenait suspendu dans les airs. 2) Quelque temps avant l'ouverture du Chapitre

1) Chronique des XXIV Généraux, M. S. fol 43.

2) Thomas de Côlano, Vie II, p. III, ch. LVII.

général de Tannée 1219, François se rendit de nouveau sur le mont Alverne et de là il alla prêcher dans diverses localités où il fonda plusieurs couvents. Pendant son absence les habitants d'Assise construisirent en toute hâte une grande maison près de la Portioncule, afin que les Frères qui viendraient à ce chapitre trouvassent au moins un abri. Lorsque saint François revint à Sainte-Marie-des- Anges pour faire les préparatifs du chapitre, il fut fort surpris d'y voir le nouvel édifice et à la vue de sa grandeur, il fut vivement affligé. Transporté d'un saint zèle, il monte sur le toit, arrache les tuiles et les briques et les lance sur le sol. En môme temps il invite ses Frères à démolir avec lui cette construction si peu conforme à la sainte pauvreté. Il l'aurait eiïectivement détruite de fond en comble, si des gentilshommes d'Assise, qui se trouvaient alors présents, ne l'en eussent empêché, en disant que cette maison n'appartenait pas aux Frères, mais bien à la commune d'Assise, i)

Les habitants, ajoutaient-ils, l'avaient construite, parce qii'ils ne pouvaient voir sans se déshonorer eux-mêmes les religieux obligés de passer la nuit en plein-air. Sur cette remarque, François descendit en prononçant ces paroles : Si c'est là votre maison, je la laisse et n'y toucherai pas ; mais ni moi ni mes Frères, nous ne nous en occuperons jamais ; prenez en soin vous-mêmes. » Il fut ensuite arrêté par une délibération, que les

1) Thomas Gélano Vie II, p. III, ch. III.

magistrats d'Assise l'entretiendraient et en feraient les réparations, tout en la laissant à l'usage des Frères, i)

Le 26 mai de l'année 1219 fut un grand jour dans l'histoire de la Portioncule, qui devint le théâtre d'un des principaux et des plus importants chapitres de l'Ordre. C'était le lundi de la Pentecôte. 2) Les Frères arrivés de toutes les parties du monde, s'j' trouvèrent réunis au nombre de cinq mille. 8) Le couvent de la Portioncule ne pouvant abriter cette multitude de religieux, malgré sa nouvelle construction, on dressa dans la campagne environnante des cabanes faites de nattes de jonc et de paille ; ce qui a fait surnommer ce chapitre, le chapitre des nattes. Le cardinal Ugolini vint présider cette assemblée en qualité de Cardinal Protecteur. Lorsqu'il fut près 'do Sainte-Marie, tous les Frères allèrent processionnellement à sa recontre. Aussitôt que le cardinal les aperçut, il descendit de cheval et se rendit à pied dans la petite église, par respect et vénération pour les religieux. 11 leur adressa ensuite un discours et chanta solennellement la Messe, tandis que saint François chanta l'Evangile, ^) en qualité de diacre. Le cardinal visita ensuite les rangs des soldats de Jésus-Christ. Il les trouva

1) Wadding an 121P.

i;) Les BoUandistes A. S.'?. 4 Gel.'

3) Saint Bonavontiire Lég. maj. ch. IV — Thomas Ecclestoa donno le même chiffre d'après le Frôro Martin do Barton, qui avait assisté au chapitre.

i) Les trois compagnons ch. XIV.

.assemblés ipar groupes, ne s'entretenaiit que des choses divines, de leur salut et de celui du prochain. A cette vue le pieux cardinal, les yeux baignés de larmes, dit aux nobles et aux clercs ^qui l'avaient suivi : « En vérité, voioi le camp du Seigneur. » François ;fit à ses Frères une ■exhortation en formel de sentences courtes et enflammées dont l'histoire nous a conservées. quelques unes. « iLe plaisir est court, dit-il, la>peine est éternelle; les souffrances sont légères, la gloire est infinie; beaucoup sont appelés ; ipeu sont élus; ;tous recevront ce qu'ils auront mérité. » i) Sachant que beaucoup d'entre eux s'étaient livrés à des mortifications excessives, il ordonna à tous d'apporter leurs cottes de mailles, leurs ceintures de fer et autres instruments de macération. Tous obéireiit .sur-le-champ, et l'on vit tout un monceau d'instruments de pénitence inventés par une ingénieuse ferveur. Le saint rappela de nouveau à ses enfants une conduite plus discrète et plus conforme à la fin d'un Ordre voué à la pénitence il est vrai, mais destiné en même temps aux labeurs apostoliques. 2) i\ leur recommanda aussi sa chère 'pauvreté comme la pierre fondamentale de l'Ordre et les exhorta à ne recevoir ni église, ni maison ;qui ne fut conforme à cette vertu. 3)

1) Thomas de Celauo dit quo ces paroles furent prononcées par saint François comme un modèle de prédication' que doit l'aire un Frère savant dans un chapitre où il y a des' Frères savants — Vie II, p. III — Barthélémy de Pise dit que saint François les prononça dans ce chapitre.

2) Wadding 1219.

3} On n'a pas toujours pu suivre :ses intentions. A la Portion-

,130 Enfin il les exhorta à ne jamais s'inquiéter clo ce .qui concerne le corps et leur répéta cette parole du Psalmiste, qui lui était familière: « Charge le Sqigneur du soin de ta vie, et Uii-Riême te nourrira. »

iCes paroles avaient bien été sa propre règle de conduite ; car il n'avait fait aucune provision pour cette multitude de - personnes. Saint Dominique, qui par amitié pour notre saint était venu à cette assemblée avec sept compagnons, craignit qu'il n'y eut dans cette confiance un excès voisin de la présomption. Mais il chc\ngea bientôt de senr timent, lorsqu'il vit affluer de toutes les villes et de tous les hameaux environnants des chevaliers et des paysans, qui apportaient aux pauvres.de JDieu les provisions nécessaires pour tout le temps

cille, par oxoniple, lo Pape Nicolas IV ordonna la construction, .d'une grande éghso et saint Pie V ordonna plus tard celle delà basilique actuelle, voulant qu'il vont un monument digne de la sainteté do ce lieu. Saint honavcnture faisait déjà remarquer qu'une nombreuse communauté, chaigéo do différents exercices, a besoin de maisons proportionnées. Aussi saint Bernardin dp Sieinio, lo bienheureux IJornardin do Feltro et d'autres saints religieux ont cru devoir construire le couvent actuel.

1) Lo P. Echard, ainialisto de l'Ordre des Krères Prêcheurs, a raison do dire contre les Bollandistes et Wadding que saint Dominique no so trouvait jamais à Pôrouso avec saint François .et le cardinal Ugolini on l2i9, quand celui-ci les engagea à. permettre à leurs Frères d'être élevés aux dignités ecclésiastiques. ( De Script. — 0. P. ) Thomas de Colano dit que le cardinal L goliui leur fit cette proposition à Rome et qu'à cette môme occason saint Dominique demanda t\ saint Fiançois sa corde et lui exprima son désir d' entrer dans 1' Ordre des Frères Mineurs avec tous ses religieux (Vie II, p. IH ch. LXXXVll) Mais le P. Kchard a tort contre Wadding et les Bollandistes de nier que saiiit Dominique so soit trouvé à la Portloiicule en 121&.

que dura le chapitre, i) Une des décisions les plus remarquables, prises à cette occasion, fut la célébration chaque sam'edi, dans tous les couvents de l'Ordre, d'une messe en l'honneur de l'Imma- Culée-Conception de la sainte Vierge. 2)

Il appartenait à la Portioncule d'engendrer de nouvelles phalanges de hérauts de Marie, qui iraient dans l'univers entier proclamer, défendre et propager ce glorieux privilège de la Mère de Jésus. 3)

Le chapitre s'occupa aussi de l'oeuvre importante des missions. Le Trois Compagnons disent que beaucoup de religieux avaient à se plaindre des mauvais traitements qu'ils avaient endurés en divers pays, notamment en Allemagne et en Hongrie, où ils ne pouvaient se soustraire que par la fuite aux insultes et aux supplices ; car, ne pouvant produire aucune lettre authentique pour prouver l'approbation de leur Institut par le Saint-Siège, on les avait suspectés d'hérésie. « Lorsque le cardinal Ugolini apprit ces détails, disent les Trois Compagnons, il appela saint François, le conduisit auprès du Pape Honorius 4) successeur d'Innocent III, et fit solennellement confir-

1) Thomas de Célano, Vie I, p. HI ch. XVII, S. Boiiav. Leg. Maj. ch. IV.^

2) Barthélémy de Pise et Wadding.

3) Au chapitre de Pise, sO mai t2G3, saint Bonaventure fit un décret en vertu duquel fut iustituée dans l'Ordre la fête do rimmaculée Conception de la B. V. Marie. ( Oeuvres de S. Bonaventure, édition de Quaracchi, tome I, proleg., page LXIIF, note 3).

4) Honorius III se trouvait alors à Viterbe.

mer par une Bulle, Ta nouvelle Règle composée par saint François et enseignée par le Christ. Dans cette règle fut prolongé le terme des chapitres, pour éviter la fatigue des Frères qui demeuraient dans des pays éloignés. » Saint François écrivit de son côté trois lettres, 2; qu'il adressa l'une aux ecclésiastiques, l'autre aux magistrats et la troisième aux Frères-Mineurs. Le Cardinal Protecteur et d'autres cardinaux y joignirent des lettres de recommandation et l'on se hâta de faire un grand nombre de copies de la, bulle du Pape et de ces lettres. Les Ministres furent tous maintenus dans leur charge, à l'exception de Bernard de Quintavalle, Ministre de la Province d'Espagne, qui fut remplacé par Jean Parent. On créa une nouvelle Province dans la Roumanie ou la Grèce avec Frère Luc comme Ministre. Personne ne fut envoyé en Allemagne; on se contenta d'assigner quelques missionnaires à la Hongrie. 3)

Saint François s'était réservé la Syrie et l'Egypte. Il ne tarda pas à partir avec le Frère Illuminé de Rieti 4) et le Frère Léonard d'As-

ie Chap. XVI Cette Régie est la p^^nultiôme en 23 chapitres, que par erreur Wadding a publié comme étant la première. La bulle est datée du 11 juin 1^19. (Sbaraglia, Bullarium Franclscanum ). — S. Antonin Chron. D'après les Trois Compagnons, saint François accorda en même temps à tous les Ministres la faculté de recevoir dos postulants dans l'Ordre (ch. XVI).

2) Opuscula s. rraacisci p. I, ep. XVI — Wadding, an 12.9,

3) Los Frères-Mineurs ne furent envoyés on Aiiglotorre qu'ea 1224. (Thomas Eccleston).

4) Saint Bonaveilture Ch. VII.

sise. 1) Tandis qu'il se décid'ait à portei' l'Evati-gile aux mahoraétatis de TOriént, il perniettait à six de ses relig-ieux d'aller rânnoncér aux ma-lioihétans de rOccident. Fi^ère Vital, Frère BérâM^ d'e Carbio très instruit dans la langue arabe,- Frère Pierre et Frère Othon, prêtres, se rendirent au Maroc avec Adjute et Accurse, deux Frères laïques. Frère Vital fut rétenu en Espagne par' la maladie ; mais les cinq a'utrës ari*ivérent jusqu'au M'aroc, où ils eurent le bonheur de recevoir la couronne du martjTe, le 16 janvier 1220. Bernard de Besse raconte qu'après un chapit'i^G* général, ïa Portioncuie ftit témoin du miracle do la multiplication des pains. Quoiqu'il ne dise pas après quel ^chapitre ce miracle eut lieu, nous cro;yons cependant pouvoir le raconter ici. Frère' Monald et trente autres religieux s'arrêtèrent

1) Thomas de Célano Vie H, p. H ch. III,

Wadding rapporte d'après les historiographes du XIV siècle que Frère Èlie était Vicaire généi'al durant le séjour de saint François en Orient et cherchait à introduire toutes sortes; d'innovations au détriment de la pauvreté; mais aucun des histol'iens du XIIF siècle ne dit que Frère Elie ait cessé d'être Ministre de la Toscane pour devenir Vicaire général en 1219 — An contraire sainte Agnès, qui fut envoyée à l^loronce on 1219, fit prier saint François d'engager Frère' Eiie à là visiter plus souvent, pour l'aider de ses conseils dans l'administration du couvent; Rien non plus ne fait supposer que Frère Pierre de Catane ait' été déposé ou se soit démis' de sa chai'ge et qu'il ait accompaghè' saint François en Orient, Les' faits graves qui sont imputés à' Èlie n'ont été raccontès en premier lieu qu'en 1305' par Ubértiii de Casale, qui ne cite aucune autorité à l'appui, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire. Le témoignage suspect du Fr. Ùbertin tie peut prévaloir contre celui de tous les historiens' qui l'ont précédé.

encore quoique tempç à Sainte-Maric-des-Anges après le chapitre. Un jour les religieux étaient dépourvus de provisions, lorsqu'ils allaient se mettre à table.

Le bienhereux François ne trouvait absolument que trois pains pour les trente et un religieux et les autres Frères do la Portioncule, Il bénit ces trois pains, les distribua aux Frères et lorsque tous furent rassasiés, il restait encore une corbeille de fragments.

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