‹ La Portioncule [microform]Chapitre 7 sur 25 · SB · texte numérisé non relu

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Hélèrent vers 'le nord, tatidisque François et Egîd^ "se -rendirent dans les Ma:rches d'Âncône. Mais 'Cette première mission fitt très cowrte ; les nou- 'veanx prédicateurs ne tardèrent pas à^^retotirner à la 'PortionGU'le, i) où ils eurent la consolation ide trouver trois autres habitants d'Assise, qni «demandèrent à être reçus dans l'Ordre : C'étaient ■Sabatin, 'Morrco et Jean délia Capella.

Fïère Sabatin n'a guère laissé de'souvenir dans î'Mstoire. Morico, surnommé le Petite est le jeune îiomme qui le premier s'était attaché à saint 'François. 2) Jean , surnommé Va^jella ou detla Ûaioella parcequ'il se complaisait à porter un 'C*hapea,n, devint le Judas du nouveau collège apo- -Stolique. Cliargè, comme l'Apôtre infidèle, de poiiTvoir aux besoins des Frères par le moyen ides aumônes, Jean s'attacha peu à peu aux biens Xle ce monde et perdit l'esprit de pauvreté. Le ^aïnt l'en réprimandait souvent et lui prédisait 'une affreuse maladie, suivie d'une fin malheureuse, s'il persévérait dans ses fautes. Mais Jean

1) Trois Compagnons ch. IX.

2) Thomas de Célano parle d'un jeune homme puer qui s'est oint à saint François avant Bernard de Quintavalle. Gomme le

Tiiemarqueiït les Bollandistes, Thomas a classé ce jeune !hommo -parmi lez six ,premiers compagnons.; or ce ne peut être qilô Tkforico. En effet l'Anonyme de Pérouse le nomme Morico-le-Petit et à la Portioncule dans la chapelle où saint François est mort. Spasna, un élevé du Pérugin, représenta le Frère Morico sous les traits -d'un jeune 'homme de 14 'ans. On a souvent confondu 'CQ ■P'i'ère Morico aviec un autre du même nom, qui, saivaut •S.Bouaveirture,-0iïtrïidansirOrdr6 enl21?, apt^s avoir été gu&ifi miraculeusement au moyen de .pain trempé dans l'huile de l'a lampe de la Portioncule.

était incorrig'ible. Bientôt il fut atteint de la lèpre ; n'ayant pas la force de supporter cette dure épreuve, il quitta la Portionculc et dans un accès de désespoir le malheureux se pendit.

Après la première mission, saint François priait un jour dans la chapelle de la Portioncule, l'àme remplie de tristesse au souvenir des années qu'il avait mal employées. Il répétait souvent ces paroles : Mon Dieu, ayez pitié de moi pauvre pécheur. Tout à coup son âme fut inondée d'une joie ineffable ; il se sentit intimement convaincu que tous ses péchés lui étaient remis et qu'il vivait dans une parfaite amitié avec Dieu. Cette lumière intérieure fut suivie d'un ravissement, pendant lequel Dieu lui dévoila tout l'avenir de son Ordre. Au sortir de cette extase, rayonnant de son innocence baptismale restituée et rempli des promesses divines, il vint trouver ses disciples et leur dit : « Courage, mes chers Enfants, réjouissez vous dans le Seigneur ! Que votre petit nombre ne vous attriste pas; que ma simplicité et la vôtre ne vous alarment point; Dieu m'a révélé que par sa bénédiction, il nous fera croître en nombre et nous disséminera jusqu'aux extrémités du monde. Ce que j'ai vu, je voudrais le taire; mais je suis obligé par charité de tous on parler, pour votre encouragement. J'ai vu une grande multitude, venant à nous pour prendre 1^ même halïÀi et mener notre genre de vie. 11 me semble encore entendre le bruit de ceux qui

1) Bernard de Besse M. S. — Chronique des XXIV Généraxix.

vont- et viennent pour exécuter les ordres de l'obéissance; j'ai vu les chemins remplis d'hommes qui marchaient vers ce lieu en toute hâte. Les Français viennent, les Espagnols s'empressent, les Anglais Ôt les Allemands accourent : toutes les nations s'ébranlent. » Ces paroles remplirent les pauvres Frères de joie et de consolation. Nous verrons plus loin avec quelle exactitude s'est réalisée cette prophétie, qui par son lyrique enthousiasme rappelle celle du Prophète Isaïe sur l'établissement de l'Eglise.

Sur ces entrefaites arrivait un septième disciple, Philippe-le-Long. Brûlant du désir de sauver des âmes, François résolut de les envoyer une seconde fois dans le monde, prêcher la pénitence par la parole et l'exemple : « Allez, mes chers Enfants, leur dit-il, allez deux à deux vers les diverses parties du monde et annoncez aux hommes la paix et la pénitence pour la rémission des péchés. Soyez patients dans la tribulation et soyez assurés que Dieu accomplira en vous ses desseins et ses promesses. Répondez humblement à qui vous interroge ; bénissez celui qui vous persécute ; remerciez ceux qui vous offensent et vous calomnient, car c'est à ce prix que le Royaume du Ciel vous est promis. » Tous reçurent cet ordre avec une vive allégresse. Ils se prosternèrent aux pieds de leur saint Fondateur qui les embrassa, l'un après l'autre en disant à cha-

1) Thomas de Célano, Vie I p. I ch. X — Trois Gompagaons, cil. X.

cun d'eux : « Mettez toute votre sollicitude dans le Seigneur, et il vous nourrira. » *) Après avoir reçu une dernière bénédiction, ils quittèrent la Portioncule et se dirigèrent deux à deux vers les villes et les campagnes, comme autant d'anges de paix et de salut.

Cette seconde mission ne fut guère plus longue que la première. Le tendre Père éprouva bientôt un vif désir de revoir ses Enfants réunis. Comme il n'avait aucun moyen de leur communiquer sa volonté, il s'adressa à Dieu par une fervente prière. Tous retournèrent aussitôt sur leurs pas, sans avoir reçu aucun avis, et arrivèrent ensemble à leur grande admiration 2) au petit convent de Sainte-Marie-des-Anges. 3) il est impossible d'exprimer la joie qu'éprouvèrent le Maître et les disciples de se retrouvrer d'une façon si merveilleuse dans leur humble retraite. Cette consolation leur fit bien vite oublier les mauvais traitements qu'ils avaient subis. En outre ils eurent la consolation d'embrasser quatre nouN^eaux compagnons que les Frères avaient amenés avec eux : Jean de S. Costanzo, Barbare, Bernard de Vigilante de Vida et Ange Tancrède de Rieti. François lui-même avait fait la conquête de ce dernier. Durant cette mission, le saint Patriarche était allé jusqu'à Rieti. En traversant les rues de cette ville, il aperçut un brillant che-

1) Thgmas de Célano, Vie I p. I ch. X — Trois Compagnons, ch. X.

2) S. Bonaventure, Lég. Miy. ch. III.

3) Trois Compagnons, ch. XI.

42 'r valief; qù'ilnë connaissait pas, mais dont la vocatioïi. lui fut divinement révélée: « Frère Ange, liiii dit'il, il ya assez longtemps que vous portez le baudrier, l'épée et les éperons; il faut main-, tenant que vous ayiez pour baudrier une corde, pour épée la croix du Christ et pour éperons la poussière des chemins. Suivez-moi et je ferai de VOUS" un' soldat de Jésus-Christ. » Ces paroles produisirent un effet si merveilleux sur Ange de Tancrède, qu'il quitta sur-le-champ ses armes et son riche uniforme pour revêtir l'humble habit des- Frères-Mineurs et s'enrôler sous la bannière de. la Pauvreté évangélique,

Voyant sa famille augmenter en nombre, le saint Patriarche jugea le moment venu de pre-

1) Ce fait est tiré de l'Opuscule des actions de saint François dans la vallée de Riéti. Wadding croit que Fr. Ange de Riéti lui-même est l'auteur de cet opuscule et dit que la conversion du Fr. Ange eut lieu dm'ant le voyage que saint rançois fit à Rome, avec ses onze compagnons. Mais aucun des premiers historiens lie raconte que le saint ait passé par Riéti pour se rendre à Rome ; cette ville était tout à fait en dohors de son chemin, et le but unique de saint François était al.irs d'arriver directement à Rome. Déplus les Trois Compagnons et l'Anonyme de Pérouse disent qne le Pape fit donner la tonsure à saint François et à ses onze compagnons... voulant que tous les douze fussent clercs : ( ch. XII ) Cela prouve que saint François n'avait alors que onze compagnons et que le Fr. Sylvestre, prêtre, n'était pas du nombre. Celui-ci devint le douzième disciple après le retour de saint François à Assise. Ange de Riéti, qui est classé par tous les historiens au nombre des douze premiers compagnons, est done le onzième, et a été reçu dans l'Ordre avant le départ de saint Françoisr. pour Rômo. L'Appendice qui a été ajoutée à la Légende des Trois Compagnons probablement au commencement du XIV°' siècle donne à Ange de Riéti le onzième, rangi C'est- aussi l'opi- Bion des Bollandistes.

scrire une règle de vie à ses disciples, et de faire approuver son Ordre par le Souverain Pontife. Il se mit en prière et, à l'ombre du sanctuaire de Marie, il écrivit une Règle, composée principalement de sentences de l'Evangile, i)

Les Frères reçurent cette Règle comme dictée par Dieu lui-même et tous ensemble quittèrent leur chère retraite de la Portioncule, et allèrent à Rome pour demander au Pape Innocent III, l'approbation do leur Institut. Thomas de Célano dit, que saint François en en composant la Tlègle écrivit ces paroles : Et sint minores j qu'ils soient les mineurs ( ou les derniers ; ) et aussitôt il s'écria : « Oui, je veux que cette fraternité soit appelée l'Ordre des Frères-Mineurs. 2)

1) Suivant les premiers biographes cette Règle était courte. Ce n'est donc pas celle qne Wadding donne comme la première. Celle que cite le célèbre annaliste est au contraire presque doux fois plus longue que la Règle définitive. La Règle dont parle ici Wadding est l'avant dernière qne le saint fondateur coraprosa en 1219; elle contient d'ailleurs les décisions piises au chapitre général de l'an 1219, au sujet des ministres provinciaux, des chapitres etc. Les premiers biographes disent que saint François composa plusieurs Règles, outre celle qu'il donna dôflniti» vement à ses Frères.

2) Vie 1 p. I ch. XV.

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