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Chapitre III

Approbation de la Règle. — François s'arrête à Orte et à Rivo-Torto. — Retour à la Por^ tioncule qu'il obtient des Bénédictins. — Le prè~ tre Mozzangoli. — Apparition de Jésus et de la sainte Vierge. — Révélations.

Les humbles pèlerins voyagèrent pieds-nus, sans bourse et sans bâton, ne se nourissant que du pain de la charité et ne s'entretenant que de la gloire de Dieu et de la sanctification des âmes.

Arrivé à Rome vers la fin du mois de mai 1209,0 François eut la bonne fortune d'y rencontrer son sympathique ami et protecteur, Guido, évêque d'Assise, qui le recommanda à Jean Colonna de saint-Paul cardinal-évèque de Sabine. Grâce à cette protection, François triompha des hésita-

1) Les BoUandistes, Âcta S. S. 4 Cet. — Muratori, Ânnali d' Italia aiino 1209. — Cristofani, Storie d' Assisi, I. 22.

tions du Pape et des cardinaux qui n'osaient pas d'abord approuver un Ordre dont la pauvreté était si absolue. Innocent III confirma la Règle de vive voix et promit sa protection au Pauvre d'Assise.

Comblé de joie de voir son Ordre protégé par le Pape, le saint Fondateur quitta Rome avec ses onze compagnons et se dirigea vers Assise. Il s'arrêta quinze jours près de la ville d'Orte et de là, au lieu de se rendre dans sa première demeure, il vint s'établir à Rivo-Torto. 2) Voici comment les Trois Compagnons racontent ce fait: « Le -bienheureux Père s'arrêta aussi avec ses Enfants dans un endroit qu'on appelle Rivo- Torto, où se trouvait une hutte abandonnée et si étroite qu'ils avaient à peine de la place pour s'asseoir ou prendre leur repos. » ^) François n'y resta que fort peu de temps.. 4) Le seul motif que

i) Thomas de Célano Vie I p. I cli. XIV.

2) Pendant que saint François se trouvait à Rivo-Torto l'empereur Othon IV, passait devant la cabane se reiîdant à Rome pour être sacré et com'onné empereur. Or d'après les Bollandistos, (Act S. S. 4 Cet.), l'Aquila Sueva, — et Murâtori, ( Ann. d' Ital. ) il a été couronné au mois de septembre ou octobre 1209.

3) Trois f^ompagnons, ch. Xllf.

4) Jean de Cepràno dit : mox reliquit istud tugurium. — ciistofahi, Storie d'Assisi I 24. dit la même chose.

Depuis quelques siècles les historiens oht répété que s^int François s'était' établi priiBitivement à Rivo-Tort et y avait reçu ses premiers compagnons. Or, dé tous l'es historiens du XIIP siècle, aucim ne mentionne Rtvo-Torto aviant le retour de saint François de Rome. Au contraire, tous ceux qui parlent de sa première demeure, nomment la Portioncule. Que saint François fonda son Ordre à la Portioncyle, qu'il s'j établit avec ses onze premiers compagnons, qu'il y écrivit sa première Règle et qu'il

les premiers biographes donnent pour expliquer le départ de Rivo-Torto, est que les Frères furent ennuyés par un paysan, qui vint un jour y installer son âne. Jean Kant dit que ce paysan proféra certaines paroles comme s'il voulait dire : Ces Frères aussi veulent avoir plusieurs maisons. 1) François retourna alors avec ses discipies à Sainte-Marie-des-Anges. Mais laissons ici la parole à saint Bonaventure, qui semble se complaire à exalter les gloires de la Portioncule : « C'est à la Portioncule, dit-il, que prévenu par la grâce d'en haut, saint François, le pasteur du petit troupeau, conduisit ses douze Frères, afin que dans ce lieu béni où l'Ordre des Frères- Mineurs avait pris son origine par les mérites de la Mère de Dieu, il prit aussi son accroissement sous la protection de cette divine Mère. » 2)

Le saint Patriarche n'avait encore acquis nul droit sur la Portioncule, elle était toujours la propriété des moines du Mont-Subasio. Cependant il désirait avoir définitivement une demeure fixe pour sa famille, avec une petite chapelle pour pouvoir prier et assister à l'auguste sacrifice de la messe. Mais n'osant pas tout d'abord demander le vénérable sanctuaire de la Portioncule, l'hum-

partit do là pour se rendre à Rome, ce sont là autant de faits Listoriqnes, qui, suivaiat les BoUandistos, ne peuvent plus ôtro ■contestés'- aujnrd'hui.

1) Poème de >*. François,

2) Leg. Maj. ch. IV. D'après les- premiersi biographes saint François retourna à la Portioncule- avant de ravoir; obtenue des Bénçdiieifclns. Wàdding' dit qu'il- 1» re»çut au «orameneement de Tan 1210.

ble François alla trouver l'évêque d'Assise et le pria d'affecter une chapelle au service de sa famille religieuse, avec une pauvre maison. Le bon évêque n'avait, à son grand regret, aucune chapelle dont il pouvait disposer. François se rendit alors chez les Bénédictins du Mont-Subasio et adressa la même demande au Père Abbé. Par la volonté et l'inspiration de Dieu l'Abbé acquiesça promptement à sa demande et lui concéda toute la Portioncule, c'est-à-dire la chapelle de la Reine des anges, les vieilles constructions qui s'y trouvaient, ainsique le petit terrain qui l'environnait. 2) Le généreux fils de saint Benoit mit pourtant une condition à ces largesses : « Nous vous concédons, bon Frère, lui dit-il, ce que vous demandez, mais nous voulons que la Portioncule soit toujours Chef et Mère de votre Ordre ; Caput et Mater omnium vestrum. » 3) Le bonheur de François fut au comble. Jamais donation ne pouvait lui être plus agréable et il n'eut aucune difficulté à promettre que sa chère Portioncule serait toujours Chef et Mère de son Ordre, vu que déjà, par le fait elle en était le berceau.

Le pauvre François ne voulait rien posséder en propre ; c'est pour cela qu'il s'engagea spontanément à envoyer tous les ans aux Religieux

1) s. Bonaventure, Leg. Maj. ch. IV. — - Trois Compagnons ch. XIII.

2) Trois Compagnons ch. XIV.

3) Alvaro Pelago et Bartoli délia Rossa, Hist. crit. Indul. Port. Les deux habitaient la Portioncule en 1307 ( Papini, Notizie sicure.) — Barthélémy de Pise, idem.

du Mont-Subasio un petit panier de poissons, plus encore pour se proclamer leur tributaire et leur débiteur que pour leur exprimer sa profonde gratitude. Après avoir rendu grâces au Seigneur et remercié les Bénédictins, François s'empressa de retourner à la Portioncule pour annoncer à ses Frères l'aumône qui venait d'être faite à leur Dame la Pauvreté. C'est elle en effet qui avait obtenu de Dieu que ce serait sous les auspices de la Reine des anges, que leur Ordre reçût cet admirable accroissement, révélé au saint fondateur dans cette même chapelle, peu de mois auparavant.

François, qui toute sa vie ne démentit jamais la courtoisie de sa jeunesse, se rendit avec le même empressement chez lé prêtre Mozzangoli d'Assise, chapelain de la Portioncule. Il l'informa de la faveur que les Bénédictins venaient d'accorder à sa petite communauté. Connaissant l'attachement du pieux prêtre à ce béni sanctuaire, il essaya de l'exhorter à ne point entraver la bonté de ses bienfaiteurs et à permettre aux Frères de rester les paisibles possesseurs du sanctuaire. La vraie piété n'est jamais jalouse. Le bon prêtre n'eut pas plus tôt entendu cette nouvelle, qu'il embrassât le serviteur de Dieu ; il lui répéta que son plus grand bonheur était de voir la bienheureuse Vierge Marie honorée par un choeur de pieux et fidèles serviteurs, qui chanteraient sans cesse ses louanges avec celles de son divin Fils. .S' adressant ensuite aux Frères, il les félicita d'être

1) Wadding.

devenus les heureux tenanciers « de la sainte maison de Dieu, si chère à Marie, si fréquentée par les anges et tant favorisée par les concerts célestes. » Soit qu'il jugeât nécessaire de recommander ce sanctuaire aux soins et à la vénéra-

■ lion de saint François et de ses compagnons, soit qu'il crut devoir prouver la sincérité de ses

' félicitations, il .fit venir sur-le-champ un laboureur qui demeurait dans le voisinage de la Por-

- tioncule. A- son arrivée il lui' ordonna de répéter èri la présence du saint ce qu'il avait déjà raconté en plusieurs autres circonstances. Sur cette injonction, le paysan répondit modestement que souvent pendant la nuit il avait entendu une mélodie divine sortir de la chapelle de la Por-

■ tibncule et vu une brillante lumière resplendir; à travers ses fenêtres.

François retourna à Sain te-Marie-des- Anges, vivement touché delà bonté du pieux ecclésiastique, mais plus encore des 'choses merveilleuses qu'il venait d'entendre. Il fut si heureux de cette acquisition qu'il résolut dé passer la nuit dans la-'chapellé même. Dieu voulait le rendre témoin de merveilles plus grandes encore. Vers minuit, ■pendant quô le saint était en prière, la chapelle fût =sou'dain illuminée d'une lumière éclatante. Au dessus de l'autel apparurent Jésus etMarieavec iiiie •'multitude d'esprits célestes. Le divin Sauveur ^et^ sa'M'ète contemplaient leur serviteur avec b<5nté. Ge regard, si bienveillant' ranima le courage de François ; après avoir adoré Notre Seigneur et salué la Vierge Marie, il leur adressa

ces paroles: « Très saint Seigneur Roi des deux et Rédempteur du monde et vous Reine des choeurs, célestes, d'où vous vient une telle condescendance et affection pour ce lieu, que vous daigniez descendre du haut des cieux sur cet humble autel ? » Jésus lui répondit : « Je suis venu pour fiancer ce lieu à ma Mère. » Après quelques autres révélations, l'apparition disparut.

François resta longtemps comme en extase ; Le matin venu, il dit à ses Frères dans un transport de joie et d'allégresse : « Véritablement c'est ici un lieu saint, qui devrait être habité plutôt par des anges que par des hommes. Tant que je le pourrai, je n'en sortirai pas; Il sera pour moi et pour les miens un monument éternel de la bonté divine. » 2)

Thomas de Célano complète ce merveilleux récit par les paroles suivantes : « Le bienheureux Père disait savoir par révélation divine que la B. Vierge Marie aimait ce sanctuaire d'une affection spéciale, entre toutes les églises élevées en son honneur dans le monde entier » et il ajoute « c'est pour cela surtout que le saint chérissait la Portioncule plus que tous les autres lieux du monde. » 3)

Ainsi, par une suite de dispositions providentielles quelques ermites de l'Orient élèvent \&

1) Bartoli, Hist. crit. de Ind. Port. ( 13?5 ) — D'après "\Va "'ding lésus dit « le suis venu avec ma Mère pour fiancer toi et les tiens à ce lieu de p'*édilection et à ce sanctuaire qui nous est cher. »-

2) Wadding, an 1210, m. 28 et 29. •— Bartliélémy do Pise.

3) Vie II p. I ch. XII. — Trois Compagnons ch.'xil.

petit sanctuaire de la Portioncule à la Reine des | anges. Le Patriarche des moines de l'Occident le reconstruit ; la mère de saint François y obtient ' son fils qui plus tard relève l'édifice sacré de ses ruines. Dans ce même sanctuaire, Jésus, par une parole de l'Evangile, révèle à François sa vocation divine, lui fait fonder un Ordre nouveau et lui manifeste l'avenir de sa famille religieuse. C'est là que sous l'inspiration de Dieu est écrite la première Règle ; c'est là qu'est le berceau de la famille sérapliique ; Chef et Mère de l'Ordre franciscain, i) Sur ce sanctuaire, s'élève, comme sur un monument solide l'admirable structure de l'Ordre des Frères-Mineurs. » 2) Mais la plus belle gloire et le plus noble privilège de la Portioncule est d'être spécialement chère à la Reine des anges entre tous les sanctuaires dédiés à sa gloire dans l'univers entier.

1) Ce titre a toujours été maintenu par l'Eglise. Plus tard quelques Papes donnèrent par privilège le même titre à la Basilique de Saint- François, construite après la mort du sèraphique Père sur la colline d'Enfer, où par humilité il voulut être enterré. Le Pape Benoit XIII s'exprime ainsi dans sa Bulle Qui paceni loquitur. « La Basilique de la Bienheureuse Vierge Marie de la Portioncule près d'Assise, où le sèraphique Patriarche a commencé son Institut, doit être reconnue par tous les î^'rères- Mineurs, comme Mère de TOrdre, par raison d'origine de l'Ordre même; comme aussi la Basilique d'Assise doit être reconnue pour Mère à cause du Corps du saint Fondateur. »

2) Thomas de Célano Vie H p. I ch. Xll.

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