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Chapitre IV

Nouveaux disciples. — Instriictions de saint François à ses Frères. — La prière. — Le char de feu. — Le silence. — La discrétion de saint François. — L'amour de la pauvreté. — Apparition de Jésus- Christ.

Dès que François fut définitivement établi à la Portioncule, le nombre de ses disciples augmenta rapidement. Parmi ceux qui accoururent les premiers sous la houlette de ce bon pasttjur, quelques uns ont obtenu une place spéciale dans son • coeur et ont laissé un souvenir plus vivant dans l'histoire. Tel fut le Frère Léon de Viterbe, le candide Léon que saint François appelait dans sa tendresse la pecorella di Dio la petite brebis du bon Dieu. Le saint en fit son confident et jusqu'à sa mort il lui ouvrit sa conscience et lui manifesta tous les secrets de son coeur. Frère Léon connaissait donc mieux qu'aucun autre les

mystères de la vie surnatiirelle de son bien-aiiué Père. Aussi, fut-il chargé de rédiger avec le Frère Ange de Rieti et le Frère Ruffln la Vie de saint François. Frère Ruffln, que nous venons <le nommer, descendait de la noble famille des :Scifi, alliée par le sang à la famille de sainte Claire. Doué d'une rare modestie et d'une patience à toute épreuve, il atteignit en peu de temps les sommets de la perfection. Saint François disait un jour à ses compagnons : « Sachez mes Frères, que l'àme du Frère Ruffln, comme Dieu me l'a révélé, est une des trois les plus -saintes qu'il y ait au monde ; je n'hésite pas de l'appeler un saint, puisque son âme est déjà canonisée au ciel. » ^^

Après lui, vient le Frère Massé natif de Marignan. 11 joignait à d'éminentes vertus le talent de parler de Dieu avec éloquence et onction. Au petit couvent de la Portioncule, où il était employé pendant quelque temps à la fois comme cuisinier et portier, il excitait l'admiration de saint François lui-même par sa douce amabilité. Signalons 'enfin le Frère Junipôre qui poussait •jusqu'à la passion l'amour des humiliations et la pratique de la simplicité évangélique. Le bienheureux Père, devinant le fond de vertu qui l'animait, disait, en faisant allusion à som luniperus qui veut dire genévrier : « PlCit au Ciel que nous eussions une forêt de pareils genévriers » ; et sainte Claire, qui avait pour lui une

1) Vita Fr. Ruffiai in Ghron. XXIV Génér.

affection dé soeur, l'appelait à cause de sa simplicité « le joujou du bon Dieu. » *) Le saint Patriarche reçut à cette époque un grand nombre d'autres disciples au couvent de la Portioncule. Jusqu'en l'année 1219 il s'était réservé exclusivement le droit d'admettre les postulants dans l'Ordre et il les faisait passer tous par la Portioncule pour les former à la vie religieuse. 2)

Arrêtons nous un instant pour jeter un coup d'oeil dans l'intérieur du cénacle franciscain. La pieuse solitude de Sainte-Marie-des-Anges a pour l'historieu comme pour l'àme pieuse un attrait tout spécial. Elle rapelle les jours les plus heureux de la Thébaïde au temps des Antoine et des Pacôme. Ce que l'histoire nous rapporte fait voir clairement que la Portioncule a été chaque jour le théâtre de quelque nouveau prodige ou de quelqu'acte de vertu, dont l'héroïsme devait causer l'admiration des anges.

Se voyant entouré d'hommes héroïques, tout remplis du désir, d'atteindre les sommets de la perfection chrétienne, le saint Fondateur cherchait avec une sollicitude toute paternelle à développer en eux l'amour de Dieu, avec l'amour de la pauvreté et de l'humilité. Il leur enseignait à faire de l'oraison leur exercice principal ; mais il désirait qu'ils s'appliquassent plus spécialement à l'oraison mentale, surtout à la méditation de la Passion de Notre-Seigneur. Cependant en ce

1) Vita S. Glm-aecy XXyu in aupp. oper» S. Bon.

2) Spéculum vitae: ohi Yltl.

temps là, dit Thomas de Célano, les Frères disaient à leur Père de leur enseigner à prier; car dans leur simplicité, ils ne savaient pas encore réciter l'office ecclésiastique. François leur dit alors : Lorsque vous prierez vous direz le Pater noster ; puis : Nous vous adorons, ô Christ, dans toutes les églises qui sont dans le monde entier et nous vous bénissons, de ce que par votre sainte Croix vous avez racheté le monde. 2) Les Frères, en parfaits disciples, s'efforçaient de mettre en pratique les conseils de leur Maître et tâchaient même de prévenir les pensées et les désirs de leur Père.

Ils étaient tellement animés du leu de l'Esprit- Saint, qu'ils chantaient le Pater noster d'une voix suppliante non seulement aux heures déterminées, mais encore en tout autre temps ; car la sollicitude de cette terre ou les soins de cette vie ne les préoccupait guère. Un soir le bienheureux Père s'absenta. Vers minuit, pendant que les uns dormaient et que les autres priaient en silence, un char de feu d'une admirable splendeur entra tout d'un coup par la porte de la maison et fit trois fois le tour de l'habitation. Sur le

1) Jean K mt dit que saint François leur enseignait à saluer d'abord la sainte Vierge par un Aoe Maria, la Vierge étant la médiatrice auprès du Christ, comme le Christ est le médiateur auprès du Père.

2) Thomas de Célano parle de cette méthode de prier, après le retour de S. François à la Portioncule. S. Bonaventure en parle pendant que les Frères étaient à Rivo-Torto. Les Trois Compagnons disent que S. François l'a enseignée à la Portioncule avant de se reiidre à Romo. C'est l'avis des BoUandistes,

char était un grand globe, qui avait l'aspect du soleil et qui transformait la nuit en jour. Ceux qui veillaient en furent très surpris et ceux qui dormaient furent réveillés en sursaut et saisis de frayeur; la lumière était si vive qu'ils se trouvaient éclairés au dedans comme au dehors. S'étant réunis, et se regardant les uns les autres, ils se emandèrent ce que pouvait signifier cette merveille, et en môme temps ils s'apperçurent à leur grande surprise que la conscience des uns était clairement manifestée aux autres. Ils comprirent enfin que la source de cette brillante lumière était l'àme de leur bien aimé Père, qui par sa bonté et sa tendre sollicitude pour ses Enfants, leur avait obtenu de Dieu la grâce d'un tel prodige. Ils avaient du reste expérimenté en bien des circonstances que les secrets de leurs coeurs n'étaient pas cachés à leur Père. »

Par ce trait nous voyons que 1;js disciples de saint François ne trouvaient pas le jour assez long pour louer le Seigneur; ils priaient encore à une heure avancée dans la nuit. Les Trois Compagnons et l'Anonyme de Pérouse ajoutent

1) Thomas de Célano Vie I p. I ch. XVH et XVIII.

Le premier biographe Thomas do Célano et le second Jean de Céprano disent que ce miracle est arrivé à la Portioncule. S. Bonaventure dit qu'il est arrivé à Rivo-Torto. Mais S Boaavonture doit s'être trompé quant au lieu. Il dit lui-même que le char entra par la porte de la maison et qu'il fit trois fois le tour de l'intérieur de Thabitation ; déplus les Frères se réunirent pour se consulter. Or d'aprè" les quatre premiers biographes la hutte de Rivo-Torto était si étroite que les douze Frères pouvaient à peine s'asseoir ou se coucher.

qu'ils avaient la coutume de se lever à minuit pour vaquer à la prière, suivant la parole du Prophète : Je me lèverai au milieu de la nuit pour chanter tes gloires, ô Seigneur. Afin de favoriser la piété et le reuceillement, le saint fondateur insistait beaucoup sur l'observation du silence et prescrivait à ses disciples des règles charmantes par leur sagesse et leur simplicité. « A Sainte- Marie de la Portioncule, dit Thomas de Célano, l'homme de Dieu, sachant que le fruit de l'oraison se perd par les conversations inutiles, ordonna le remède suivant contre ce défaut : Le Frère qui aura dit des paroles oiseuses, sera tenu d'en faire desuite sa coulpe et pour chaque parole il dira un Pater nosf-er. S'il fait la coulpe de son propre gré, il dira le Pater pour lui-même. Mais s'il est repris par un autre je veux qu'il le dise pour celui qui l'aura corrigé. » ^Frère Junipôre réussit à garder un silence absolu pendant six mois entiers. Voici la pieuse et ingénieuse méthode qu'il employait : Le premier jour il se proposait de s'abstenir de paroles inutiles en l'honneur du Père, le second en l'honneur du Fils et le troisième en l'honneur du Saint-Esprit. Le quatrième jour il garda le silence par amour pour la sainte Vierge, le cinquième par dévotion envers les anges, le sixième en l'honneur de quelque Saint qu'il voulait en qq jour vénérer d'une manière «péciale et ainsi de suite. 2)

1) Thomas de Célano, Viôllp. III ch. XCV.

2) Wadding, an i210.

Smnt François avait l'abiitiide de se retirer tout seul ùms le petit bois qui se trouvait près de la ctepelle de la Portioncule ou dans sa cabajae, i> lorsqu'il voulait se livrer à la prière. « Il cher- 'Cbait toujours quelque lieu écarté, dit Thomas do Oélano, afin que non seulement son esprit mais, aussi son corps pût se porter vers Dieu, car ses ravissements étaient fréquents. 2) Quand il revenait ^e la prière qui, on peut le dire, le transformait eit un homme nouveau, il s'efforçait de dissimuler les faveurs célestes dont il avait joui, pour no pas ■perdre le fruit de ses communications divines.

Un jour l'évèque d'Assise vint à la Portioncule selon sa coutume pour le visiter. Entrant dans le- -couvent, il alla tout ctroit à la cellule du saint sans se faire annoncer et enire'ouvrit la porte. Mais à ce moment il vit le bienheureux Patriarche absorba •dans la prière. Aussitôt il fut saisi d'un tremblement de nerfs; ses membres se raidirent et il ^perdit la parole. Au môme instant il fut vivement repoussé au dehors par la volonté divine qui ne permettait pas qu'on troublât les célestes jouis- ^sances de cette âme séraphique. L'évèque, stupéfait, se rendit auprès des rehgieux ■et lorsqu'il voulut faire ses excuses il retrouva la parole. 3>

Au milieu de ses visions et de ses extases, le •tendre coeur de François se portait sans cesse -vers ses disciples pour subvenir à leurs besoins^

1) Anoyme de Pérouse.

2) Thomas de Célano, Vie Jl ^. III ch. -XXXYIII.

3) Idem ch. XLII et XLin.

spirituels et corporels ; il connaissait d'ailleurs par intuition les pensées et les sentiments qu'ils n'osaient lui manifester. Parmi les jeunes religieux se trouvait un Frère nommé Richard, qui malgré l'éclat de sa naissance occupait un des derniers emplois dans la communauté. Ce bon Frère désirait anlemment l'aifection du saint. Mais en même temps il avait l'imagination travaillée par la triste pensée que saint François ne l'aimait pas. Cette idée le tourmentait d'autant plus que tous ceux, croyait-il dans sa simplicité, qui étaient chéris par le saint, étaient aimés de Dieu et qu'au contraire tous ceux que saint François n'aimait pas, méritaient d'encourir l'éternelle colère du Seigneur. Par surcroit de malheur, le pauvre Frère n'osait manifester à personne ses noires appréhensions. Mais un jour qu'il passait par hasard devant la cellule de saint François, le bon Père interrompit aussitôt son oraison et l'appela en disant : « FigliuolOj iMon fils chéri, que cette pensée ne t'afflige pas, car je t'aime bien ; sache que tu es même du nombre de ceux que j'aime le plus. Viens donc me trouver quand tu voudras et ouvre-moi ton coeur comme à ton ami 1) Il est plus facile de s'imaginer que d'exprimer l'étonnement du Fr. Richard, en entendant une interpellation aussi paternelle qu'inattendue. Sa tentation avait disparu pour toujours. Plusieurs autres traits de ce genre montrent avec quelle tendresse saint François aimait les siens.

1) Thomas dé Célano Vie I ch. XVHI.

Autant il était dur et rigoureux envers lui-même autant il était doux et indulgent envers les autres. Thomas de Célano nous en fournit une preuve bien convaincante. Nous n'osons reproduire son récit qu'en le traduisant mot à mot : « Le vaillant champion du Christ, dit-il, ne ménageait jamais son corps; il le soumettait à toutes les rigueurs possibles, tant en actes qu'en paroles, comme s'il ne lui appartenait pas. Quiconque voudrait raconter une à une les souffrances que le saint a endurées, dépasserait les expressions et les récits des légendes apostoliques, qui rapportent les souffrances des Saints. De même aussi toute sa première école se livrait à de si grandes austérités, qu'on aurait cru commettre une faute, en faisant quelque chose qui ne servit à entretenir la vie spirituelle. Aussi par suite des cercles de fer dont ces religieux se ceignaient le corps, des cilîces dont ils se revêtaient, des veilles prolongées et des jeûnes continuels par lesquels ils s'épuisaient, ils auraient succombé plus d'une fois si la rigueur de leurs macérations n'avait été tempérée par les sages conseils et la discrétion •de leur Maître. Une nuit, pendant que tout le monde .dormait, un des compagnons se mit à crier : « Frères, je me meurs de faim ! » Aussitôt le bon pasteur se leva et se hâta d'administrer les secours nécessaires à sa brebis mourante. Il fit lever tout le monde et ordonna qu'on dressât la table, sur laquelle ne figuraient que des fruits de la terre et de l'eau à la place du vin, comme cela arrivait souvent. Saint François

se mit à manger et invita tous les autres à eu faire autant, par charité, afin que le pauvre Frère ïie se laissât pas vaincre par la fausse honte. Après que tous eurent pris un peu de nourriture au nom du Seigneur, le bon Père, désirant mettre la perfection à cet acte de charité, leur ût un long discours sur la vertu de discrétion. Il dit d'abord qu'il faut offrir à Dieu des holo- •caustes avec du sel et recommanda vivement à tous de conserver leurs forces au service du Seigneur. Il ajouta de pi as que refuser au corps ■d'une manière indiscrète la nourriture nécessaire,, n'est pas un moindre péché, que de lui accorder le superflu par gourmandise. « Sachez, mes très 'Chers Frères, dit-il en finissant, que ce que j'ai fait en mangeant, je l'ai fait par prudence et non par inclination ; la charité fraternelle le voulait ainsi. Que ce soit donc la charité et non l'acte de manger qui vous serve d'exemple; la première sert l'esprit, tandisque l'autre sert le corps. » *) L'amour de la pauvreté était ce qu'il recommandait le plus ardemment à ses disciples. C'était comme la vertu mère autour de la quelle il groupait toutes les autres ; c'est sur elle qu'il basait, tout l'édifice de son Ordre. Il exhortait tous les Frères à aller demander l' aumône de port© en porte dans les villes et lesTillages voisins du petit COU' vent. Lui-même leur en doaaait l'exemplia,, e» «liant quêter,, antant que ses oct^ttpaitions le Hî perncuetitâilent Dams le» pcenm^s tefSKpS;, que^kiueB

i)' Thomas dB Célaîio, Vï& H p. I «h. XIV et ICV.

11113 éprouvaient encore de la répugnance d'aller ainsi mendier, parceque souvent ils recueillaient plus d'humiliations que d'aumônes. Pour les encourager, saint François leur dit un jour : « Mes très chers Enfants, le Fils de Dieu était bien plus noble que nous et néanmoins il s'est fait pauvre da,ns ce monde par amour pour nous. Puisque nous avons choisi la voie de la pauvreté par amour pour lui, ne rougissons pas d'aller demander l'aumône. Rougir de l'héritage céleste, ne convient nullement aux héritiers du Roj^aurne des cieux. Je vous dis que beaucoup de nobles et de savants entreront dans notre Ordre et se croiront honorés de demander l'aumône par amour pour Dieu. Vous donc qui êtes les premiers, réjouissez-vous et soyez pleins d'alL'^gresse ; ne trouvez pas pénible de pratiquer les actes que vous devez laisser en exemple à ces saints personnages. » Une autrefois il leur dit: « Dieu a donné les Frères Mineurs au monde en ces derniers temps, afin que les élus puissent pratiquer en leur faveur, ce qui les glorifiera aux yeux du Souverain-Juge, qui leur dira : Ce que vous avez fait à l'un de mes Frères mineurs vous l'avez fait à moi-même. »> 2) Le bon Père avait toujours une parole d'encouragement pour ceux qui se prêtaient de bon coeur à cet office. Etant un j,our en prière dans sa cellule, il entendit au loin un. religieux qui chantait avec un joyeux

d) Thomas de Célaaa Vie II p. III ch. XX.

-2) Idem. ch. XVIII.

entrain. Le saint sortit de sa cellule pour se rendre compte du motif de cette allégresse. Reconnaissant un Frère quêteur, qui revenait d'Assise avec sa besace lourdement chargée, il courut audevant de lui, baisa les épaules qui portaient les aumônes et prenant sur lui le fardeau, il se hâta de rentrer au couvent. A peine arrivé sur le seuil, il s'écria en présence de tous : « Béni soit ce bon Frère qui va à la quête avec promptitude, demande l'aumône avec humilité et retourne avec allégresse. » ^)

Dans une autre circonstance il se rencontra un Frère, qui était loin de mériter ces éloges. Il priait peu, ne travaillait pas du tout et refusa d'aller à la quête ; cependant à table il mangeait poar deux. Saint François, sachant qu'il n'avait pas de vocation religieuse, lui dit un jour: « Va-t-en, Frère Mouche, car tu ne veux que t'engraisser de la sueur de tes Frères et rester oisif dans l'oeuvre du S.eigneur, comme l'abeille fainéante, qui refuse d'aider ses compagnes dans leur travail et qui la première veut manger de leur miel. » 2)

Avec l'amour de la pauvreté, François inspirait encore à ses Frères un grand amour pour les pauvres. Il voulait qu'ils aimassent particulièrement les lépreux, bannis en quelque sorte de la société. Les Frères devaient aller tour à tour dans la léproserie voisine de la Portioncule, rendre à ces infortunés les plus vils offices, avec

1) Thomas de Célano Vie II ch. XXII.

i) Idem ch. XXI.

autant d'humilité que de charité. Lui-même faisait ses délices de se trouver avec les lépreux, pour les consoler, les servir et souvent pour les guérir en baisant leurs plaies.

C'est ainsi que le sôraphique Père préparait ses disciples à la conquête des âmes. Il semble qu'au commencement le saint avait destiné tous les Frères à la prédication ; mais lorsque la petite troupe commença à devenir une armée, i\ employa chacun d'eux aux fonctions pour lesquelles il montrait* le plus d'aptitude. Pendant que les uns étaient envoj^és en mission, les autres étaient chargés de fonder ou d'administrer les couvents; quelques uns devaient s'adonner plus spécialement à la vie contemplative, d'autres à la vie active, au soin des malades en particulier.

François se décida de nouveau à envoyer ses disciples dans le monde pour travailler au salut du prochain. Bien que parfaitement instruit des dispositions intérieures de ses religieux, il voulut encore se rendre compte par lui-même de leurs aptitudes pour la prédication. Il les assembla donc, et commanda d'abord à Bernard de Quintavallo de parler sur lés mystères de la religion. Celui-ci obéit sur-le-champ, et dit des choses fort belles. Pierre de Catane reçut à son tour l'ordre d'exposer les grandeurs divines, ce qu'il fit aussi aisément et aussi savamment qu'un homme consommé dans l'art de la prédication. Un troisième fut » appelé à exhorter l'auditoire à fuir le péché et à pratiquer la vertu ; il prêcha avec beaucoup do feu et d'onction. Bref, tous traitèrent leur sujet

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que Jésus-Christ apparut, .au . miUeUî d'eux ^,Qus ,]a r forme, d'un - beau jeuEe.' homme, . .donua , à; ..chacun irenrparticulier sa,. bénédiction av.ec .une.ine.ffaWe " 'bonté,: et* disparut* Gette i sur.preaajnte..,app.ariti.Qn .'•;les -remplit- tous d'admiration., Fr.an,ço.is.,,en. proiîjta •ipoui?'. leur;. adresser, un .n^çiignifique. discours,, d^iPS :tf lequel 1 il les; engagea, à j^emercier, Dieu,.. d'ay,o,ir 1 : daignèuépandre des'trésorsicélôstea .par la boucjie f^ d'hommes i simples! et, ignoraHts> :et d'avoir. choisi •''- des -prédicateurs vilsi et iHiéprisabJes pour. . s.auycr .':1e: m onde, afin.que.; nul..newS%.gloxifle,;qu!en .-Xliçu n iet que tous reconnaissent quc-lui seuj: est .l^ovig-ine

de tout bien, i)

: Le' lendemainj, il (partç^gea. l'Italie entre- ses dit-.sciples et les. envoya, dans .toutes,, les .dirQctiQjis ri annoncer; la ^parole- divine. Il prit avec :. lui ,Fr^e .! • Sylvestre; nsoni .'douzième .compagnon., et; le... pr^f'^mier .'prêtre <.de' l'Ordre,. et. ;se réser.va .la .Toscape , pour, être , moins; élgignéf.de. SainterMa.ciç^des- , Anges.

. Depuis, le commencement du. mois d'octobr.erjie -, l'an 1211 jusqu'au printemps.de l'année suiYa»,te, • l'homme' .de' Diei; parcourait; toute. la Xoscane^ Il - prêcha à PérousG> àCortope, à .Ar.e:?zo, àElorejQce, ■'*• à Pise et dans .bien d'autres / local itps.,, faigaI^t.^par- 1 . tout d-admirablesr: conversions, et fondan^t partout f'. ,des' ioouvents. < Les .«autres .JRrQres,,., dispersés,. dans

les diverses provinces de, l'Italie, U'avaUlaienit de leur côté avec le même zèle et le même succès; Durant ses courses apostoliques, François avait toujours devant les yeux et dans le coeur sa chère ^orùt)ncule; il. M tardait d'y retouriieiî pp5\ir ti:aiYaUJ[eiî 4 la sanctification des, nouveaux Frères, que- lui et ses compagnons y avaient enyo^és.. Parmi: oe.3. nouvelles, recrues se, trouvaient Ççè^e Huipble. de Pérous©, Frère Benoit d'Arezzoj Frère Jean Parent-, célèbre jurisconsulte de Floçei^ce, Fv^e. Pi^.rre: de, S^ GejEoigaano,, plus tard ejarttyrisé au. Maroc, Frère Ange- ou Agnell© et Frère- Albert, les- deux de Pise. Citons aussi' un ^i3i,t.rç. j.eiiij.e. religieux qui. a. joué un, grand rôle dans. rOrdiiei séraphique : c'est Frère Elîe, né' à l^evi^lio çrès; d'Assise. 0' C'était uji. borame d'e g,i;a.fl^ds talents,. et.attssi. longtemps que saint FEam.oois véciit^ Frère fî lie ftit- un exceltent religieux?.' feès. attaché, à; spn, bien.aii»é;Pèrei,iIsut,gagpep §0Pj a.fetiQ»j. son, estime et; saj: confiancô. Miaia auprès la- mert du- Saint; auquel' il' succéda en- quarlii^: de. Ministre Général,, il. se. relâcha. tellement (|e" 15e8prit.derpau;vçretéy qu!il. ne- mit) plus' de bornes à son; luxe- et-à sa prodigalité;, il devint un tyran ppi}.ff 1q^. Skaipt(^ir.elÀgie.uîC; qui eurent, 1er malheur de lui déplaire, et après avoir été excommunié deux fois par le Pape, il mourut en dehors de

i) Affô, Vie du Fr.Eiie.Qt. Angolli Ilist. du couv. d'Assise, prouvent qu'Elie est né à'Beyi^05„Jacques des Oddis, Franceschina, le nomme en effet Elle d$^Beoiglio. D'autres le nomment Fr. Elle d'Assise. Il est mort à Gortone, c'est pour cela que certains historiens l'appellent Elle de Cortone.

rOrdre, mais non sans avoir demandé pardon à Dieu 1).

1) Selon tous les historiens du XIIP siècle, Frère Elle fut un bon religieux jusqu'à la mort de saint François. Ils ont toujours eu soin de rapporter les blâmes que le saint infligea à certains religieux, comme à Jean de Stracchia et à Pierre de Catane, pour avoir dérogé à l'esprit de pauvreté. Mais ils ne font pas la mœndre allusion à la tendance qu'on reproclia depuis au Frère Elie, d'avoir voulu reformer l'esprit de la Règle ; au contraire, ils parlent toujours de lui avec éloge. Rien ne permet d» croire non plus que le saint Patriarche ait prévu, et encore moins prédit, qu'Elie tomberait dans le relâchement. En 1217 il le nomma provincial de Toscane; en 1221 à la mort de Pierre de Catane il en fit son Vicaire Général, et avant de mourir il le désigna comme son successeur, à la grande joie de tous les religieux. Thomas Eccleston et Salimbene dévoilent tout ce qu'il y eut d'odieux dans la conduite du Frère Elie après la mort de saint François; mais avant ce temps ils n'ont aucun reproche à lui faire ; son relâchement commença avec la construction de la Basilique de S. François à Assise. Frère Ubertin de Casale, qui finit en 1305 son ouvrage Arbor vitae, raconte le premier que Fr. Elie voulait introduire l'abstinence absolue, qu'il portait un bel habit, qu'il voulait empêcher le saint fondateur de prescrire dans sa Règle la stricte pauvreté et tant d'autres traits que les Fiorelti ont popularisés depuis. Mais Frère Ubertin ne cite aucune autorité à l'appui de ses assertions. Il se contente do dire qu'il les à copiées d'un livre, sans se donner la peine d'en nommer le titre ou l'auteur. Les historiens postérieurs ont trop facilemente ajouté ibi à son témoignage suspect, contraire à tous les historiens antérieurs. Le lecteur devinera aisément combien, par ce seul point, l'histoire de saint François change d' aspect ! ,

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