CHAPITRE II
Saint François et la Portisncule.
[P ARMI les pieux fidèles que l’on re- ” trouvait les plus assidus à Sainte- :
Marie-des-Anges vers l’année 1175, chacun pouvait remarquer une jeune femme dont la douce physionomie française s’assombrissait parois sous l’impulsion d’une prière ardente et calme tout à la fois.
C'était dame Pica, épouse de Pierre Bernardone, riche marchand d’ Assise. Sem-
rt
blable à Anne, mère de Samuel, elle
venait, dans l’amertume de son âme et dans la fermeté de sa confiance, mêler ses larmes et ses prières aux pieds de la divine Mère, afin d'obtenir l'honneur de la maternité. Sept ans s'étaient écoulés depuis son mariage et son cœur n'avait pu présenter à sou époux l: gage de son affection.
Ses vœux furent exaucés, et le 26 septembre 1182, d’après la tradition, elle donnait le jour à son premier-né, qui devait devenir célèbre dans tout le monde sous le nom de François.
Cette brochure n’a pas pour but de retracer ni même d’esquisser la vie de saint François d’Assise. Il suffira d’indiquer briè-"ement l'attachement du Saint à ce sanctuaire et les faveurs signalées qu'il y reçut.
L'un des premiers soins de la pieuse Pica pour son enfant ‘fut de lui inspirer une tendre piété envers Marie. Ses visites
Se
à le ‘“auvre chapelle étaient aussi fréquentes que par le passé. Elle avait soin de se faire accompagner du jeune François, L'enfant s’éprit d’un grand amour pour ce sanctuaire de Marie ; il aima toujours à diriger ses pas vers Saint-Mariedes-Anges, même au mi’.eu des plaisirs frivoles de sa jeuncsse.
Arriver à l’âge de vingt-cinq ans, François dit adieu au monde et à tontes ses séductions, Afin de répondre à ce qu'il croyait être la volonté de Dieu, il restaura trois églises des environs d’Assise. Il entreprit courageusement la réparation de Sainte-Marie-des-Anges ; comme il avait déjà abandonné tous ses biens il n’hesita pas à aller mendier de porte en porte les aumônes qui lui étaient nécessaires. Il se mit lui-même au travail, aidant les ouvriers, transportant les matériaux sur ses épaules et maniant le ciseau et la truelle.
En 1208, la Portioncule était restaurée ; les Bénédictins du Mont-Soubase er re-
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prirent possession et la confièrent à un prêtre d'Assise qui devait y célébrer le le saint sacrifice: de temps en temps. Dès lors François fixa sa demeure près du sanctuaire, s’y livrant aux exercices de la pénitence et de la prière, en: attendant que Dieu lui manifestât ses volontés d’une manière plus décisive.
Ce moment arriva ; c'était le 24 février 1209, fête de l’apôtre saint Mathias. Assistant à la messe à la Portisncule, il est fre ppé par ces paroles de l'Evangile :
‘’ Allez et prêchez...Ne portez ni ot, ni £rgent, ni aucune monnaie dans votre bourse, ni sac, ni deux vêtements, ni souliers, ni bâton. ”’ (Matt., x, 7.)
‘‘ Voilà ce que je veux, s’écrie-t-il, voilà ce que je cherche, voilà ce que je brûle
de faire ! ”’ Et aussitôt il jette sa bourse, : son bâton e: ses chaussures ; il se revêt
d’une grossière tunique et se ceint les
reins d’une grusse corde.
C’est à ce jour et en ce lieu qu’il faut
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fixer la fondation de l'Ordre des Frères Mineurs.” C’est là que moins de deux mois après il reçut ses deux premiers disciples. 11 n’abandonna la Portioncule comme lieu de sa résidence habituelle que lorsque le nonbre de ses disciples fut devenu: trop considérable ; et encore ne l’abandonna-t-il que pour très peu de temps. 11 devait y revenir pon ‘y fixer définitivement, après y avoir fait construire un pauvre couvent.
A ja fin du mois de mai, François était à Rome avec ses onze premiers COtIpagnons et obtenait du Pape Innocent II l'approbation verbale de sa Règle. À son retour à Assise, comprenant la nécessité d’avoir une habitation régulière pour son institut naissant et une église où il pourait célébrer: l'office divin, il pensa À demander la chapelle de la Portioncule avec ses dépendances ee.
Ilalla en faire la demande à l’Abbé des Bénédictins du Moït-Soubase, qui
accorda la requête avec la plus grande bienveillarce, mais à conditinn : ;, Nous
vous concédons, bor Frère. ce que vous
demandez, mai: n: svoulons que la Portioncule soit tou). chef et mére de votre Ordre. ,, La <. ession était trop gracieuse et la cond " répondait trov bien aux sentimeuts 4. François pour ne pas lui plaire. Frasçois accepta avec reconnaissance : mañs comr ! ne voulait rien posséder, il refusa de rcewmoir ce don d’une manière abselue et - engaga spontauément à envoyer tous les ans à l’abbaye un panier “ petits E# ons, comme pour se reconnaivre à pers étuité débiteur des Bénédictins, | L'affaire étant concis % ces bons religieux, François, par un -entiment de délicatesse, s’empressa é aller trouver Île prêtre pieux qui avait desservi la chapelle jusque-là, pour lui faire part de la donation dont il venait d’être favorisé. Celuici se réjouit grandement à cette nouvelle.
Il était heureux de voir ce sanctuaire, objet de ses prédilections, devenir lieu de prières d’une communauté aussi fer-
vente. Il félicita François et ses Frères du
bonheur qui leur était accordé d’habiter un lieu favorisé de la protection de la Reine du ciel et des manifestations angéliques. Puis, afin sans doute de les encourager, il fit venir un laboureur des environs de la Portioncule qui raconta avoir souvent entendu des mélodies célestes sortir de la chapelle et #7 une
brillante lumière resplendi. à travu:s les
fenêtres pendant la nuit.
I1 serait difficile de redire la joie du Saint, La nuit suivante, :1 reste en prière devant l'autel, lorsque vers minuit la chapelle est soudain illuminée d’une lumière éclatante. Le Sauveur et sa divine Mère apparaissent au-dessus de l'autel, entourés d’une multitude d’Anges, et regardent leur humble serviteur avec bonté. Frençois, encouragé par ce
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regard bienveillant, prie en ces termes :
Seigneur, Roi des cieux et Rédempteur du monde, et vous, Reine des chœurs célestes, d’où vous vient une telle condescendance et affection pour ce lieu, que vous daigniez descendre du haut des cieux sur cet humble autel? ” Jésus répoudit : ‘‘ Je suis venu pour fiancer ce lieu à ma Mère. ’’ Et la vision disparut.
En fallait-il davantage pour attacher à tout jamais le cœur de François à ce sanctuaire ? Il l’aima toujours tendrement plus que toute autre église dans le monde. La sainte Vierge lui révéla qu'’ellemême l’aimait d’une affection spéciale entre toutes les églises. élevées en son honneur. Cet attachement de François à la Portioncule ne fit que grandir avec les années, par suite surtout des grâces signalées qu’il y reçut. Absent, il pensait à son cher sanctuaire; semblable au
prophète Daniel, il se tournait dans sa
direction chaque jour pour prier. Il se
sentait comme exilé quand il en était
éloigné, et c'était toujours avec un bonheur nouveau qu’il y revenait après ses courses apostoliques. se . J1serait trop long de relater dans le détail tous les prodiges et toutes les œuvres, de.piété et de pénitence dont ce sanctuaire fut témoin de la part de saint François et de ses compagnons. Citons seulement quelques faits principaux.
Le deuxième Ordre fondé par notre Saint devait avoir, comme le Premier, son berceau à l’ombre de Sainte-Mariedes-Anges. En 1212, Claire, jeune fille noble et vertueuse d'Assise, touchée par les exemples et par les prédications de François, voulut marcher sur les traces de cet illustre pénitent et consacrer à Dieu sa virginité dans la pratique de -la plus stricte pauvreté. La 18 mars, dimanche des Rameaux, fut choisi à cet effet.
Un peu avant minuit, cette jeune fille de dix-huit ans se présentait à la Portioncu-
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le, accompagnée d’une parente discrète.
Elle fut reçue par les Frères portant des torches allumées. À genoux devant l’autel elle se dépouilla des vaines parures du siècle ; François lui coupa les cheveux, la revêtit d'une tunique grossière avec une corde pour ceinture et lui imposa un voile noir.
La nouvelle épouse du Christ fut envoyée d’abord dans un couvent de Bénédictines, puis à Saint-Damien, où elle fut bientôt rejointe par ses deux sœurs et ‘sa mère, puis par une multitude de jeunes vierges désireuses comme elle d’embrasser: la vie pénitente. Telle fut l’origine du deuxième Ordre ou des Pauvres Clarisses.
Cette même année 1212 vit accourir les Frères des divers points de l'Italie pour le premier chapitre général. Il eut lieu à l’ombre de la Portioncule. Les historiens ne nous ont conservé aucune ordonnance particulière portée dans cette
réunion. Le saint fondateur se contenta d’expliquer la Règle à suivre ; il encouragea ses Frères et leur traça leur ligne de conduite dans le monde : il modéra les austérités d’un grand nombre et reprit avec douceur les quelques abus qui tendaient à se glisser parmi les siens.
Ces' Chapitres généraux se tinrent ainsi deux fois par an, l’un à la Pentecôte et l’autre à la fête de saint Michel.
Celui de ces chapitres qui est resté le {| plus célèbre dans les annales de l'Ordre se tint le lundi de la Pentecôte, 26 mai | 1219. Cinq mille religieux y accoururent | de toutes les parties du inonde. L'exi- | guité du couvent se refusant à abriter | une telle multitude, force fut d'élever des | cabanes de nattes de jonc et de paille dans la campagne environnante, ce qui | valut à cette assemblée le titre de Chapitre | des Naites. : |
Le Cardinal Ugolin, l’ami et le protecteur du Saint et qui devint Pape sous le
mere pad images ont ec ademnt
se nom de Grégoire IX, vint le présider.
Il fut reçu processionnellement par les Frères ; il célébra la messe, pendant 1aquelle François chanta l’évangile, en sa qualité de diasre. En visitant cette assembléé des Frères distribués par petits groupes, le saint pontife ne put retenir son admiration : ,, C’est vraiment le camp de Dieu ! ”’
Saint François, ayant appris les imprudences d’un grand nombre dars la ‘pratique d’une austérité indiscrète, se fit apporter tous les instruments de pénitence, dont on fit un grand monceau. Puis il fit de sages remontrances pour faire comprendre que la vie des Mineurs ne devait ‘pas se consumer uniquement dans ces pratiques rigoursuses, mais. qu'ils devaient se ménager pour les laieurs apostoliques.
Saint Dominique, l’illustre fondateur des Frères Prêcheurs, l’ami de saint F-ançois, était aussi présent. Gran le fut
son admiration à la vue de la ferveur de tous ces religieux ;. mais elle s’accrut bien davantage en voyant leur abandon absolu à la divine Providenc Voyant leur dénument complet de toutes choses, ileut la tentation de taxer d’imprudence la pauvreté rigoureuse imposée. par son saint äini. Il fut bien vite détrompé, quand il vit affluer de toutes les villes environnantes des personnes de:toutes les conditions apportant d’abondantes provisions pour cette armée de pauvres.
La tradition veut. que l'une des décisions les plus importantes de cette assemblée ordonna la célébration d’une messe en l'honneur de la Conception immaculée de la sainte Vierge chaque samedi dans tous les couvents de l'Ordre.
A partir de cette .rnée, les chapitres généraux ne se tinrent que tous les trois ans,
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