‹ La poste anecdotique et pittoresqueChapitre 10 sur 18 · UNE BOITE AUX LETTRES EN PLEINE MER · texte numérisé non relu

UNE BOITE AUX LETTRES EN PLEINE MER

Nous empruntons au plus spirituel, au plus infatigable de nos chroniqueurs, à celui qui a le plus contribué, dans ces derniers temps, à la vulgarisation des idées utiles, la description du plus singulier établissement de poste qui soit au monde.

Nous laissons la parole à M. Léo Lespès (Timothée Trim).

« Quand nous recevons, dit-il , la lettre d’un parent, d’un ami, nous oublions les travaux consécutifs qui nous permettent de correspondre à de si grandes distances.

oc Les chemins de fer n’ont pas été faits en un jour....

« C’est à Cyrus que l’on doit les premières postes régulières....

MÉLANGES

« Il exigea des chevaux de poste la vitesse du vol des grues, et il fit construire des chars à quatre roues, pour transporter les dépê • ches de jour et de nuit.

« Mais voici que les journaux nous initient à un nouveau moyen de correspondance.

« La poste aux lettres en mer 1 . . .

« Il existe, depuis plusieurs années, un bureau de poste en pleine mer, que ne surveille et ne dirige aucun agent, et dont le service se fait pourtant avec régularité.

« Ce bureau de poste est établi sur un des promontoires les plus avancés en mer de la pointe méridionale extrême de l’Amérique (Patagonie), ayant en face la Terre de Feu, et situé, par conséquent, vers le milieu du célèbre détroit de Magellan.

‘ « Près du port Famine, sur une saillie de

—ri-

roche bizarrement découpée, s’élève, presque baigné dans ]a mer Magellanique, un poteau ayant une hauteur de quelques mètres, carré et fortement enfoncé dans l’anfractuosité du rocher. Comme désignation plus précise, ce poteau se découvre après que l’on a doublé les caps Monmouth , Valentyn, Isidore.

« Sur le milieu du poteau sont barbouillés en rouge ces deux mots : Posl-O/jicey et au-dessous est suspendu ^ par une chaînette en fer, un baril de moyenne grandeur, dont le couvercle, pourvu d’une charnière, peut être ouvert ou fermé librement, car il n’y a ni serrure ni cadenas.

« Ce baril est le bureau de poste des deux grands Océans, et voici comment fonctionne le service du Post~Office.

« Les navires passant dans le détroit de Magellan et se rendant à destination des pays situés dans l’océan Pacifique, déta-

MÉLANGES

chent vers le bureau de poste une embarcation montée par un officier du bord. Cet officier est porteur de lettres destinées au port de mer d’où il est parti, au Havre, à Bordeaux ou à Marseille, par exemple. U dépose dans le baril le paquet contenant sa correspondance, et prend les lettres ou paquets se trouvant dans ledit baril , déposés là par un navire venu de Bocéan Pacifique, et qu’il emporte à son bord.

« Le paquet de lettres, d^osé par cet officier dans le baril, sera plus tard recueilli par un navire se rendant en France, comme lui-même a recueilli les lettres destinées aux contrées baignée par l’océan Pacifique, sur lesquelles il se dirige , et, de cette façon, sans qu’il soit besoin d’autres mains que celles de l’officier, qui prend et qui dépose dans* le baril les lettres et les paquets. Ce Post-Office sert de bureau de correspondance internationale entre les deux mondes, cor-

respondance la plus respectée, la plus inviolable qui existe, et qui se fait par un échange tacite de procédés mis en pratique par les marins naviguant sous n’importe quel pavillon.

« C’est une touchante pensée que celle qui a présidé à l’établissement de cette poste.

« Sans voiture, sans facteur, sans préposé, le marin, perdu dans les mers lointaines, peut écrire à sa famille ;

« Déposer sa lettre dans cette boîte autour de laquelle mugissent les vaguefe,

« Et se souvenir de la, terre natale.

« Les montagnes de glace peuvent s’élever ; les mers polaires ont beau faire tempête, les ouragans peuvent couvrir tout bruit de leur voix terrible :

« La civilisation est plus forte que tous ces éléments destructeurs.

« Et la feuille de papier, déposée dans le bureau de poste voisin du port de Famine,

MÉLANGES

« Dans la cavité de ce poteau inébranlable au milieu de la tourmente,

« Ira redire à l’Europe les souffrances, le courage et la foi de nos intrépides ma-

Le service des postes en Piémont commença à être constitué vers l’année 1 561 .

Avant cette époque, il était exécuté aux frais I des communes ou des particuliers autorisés I par l’État à prélever sur les lettres transportées une taxe qui variait suivant le service rendu.

Dans quelques contrées, ce service était exécuté par abonnement à prix ferme, ainsi qu’il résulte d’un contrat, en date du 1" janvier 1557, par lequel l’illustre Jean François

Bertrulle, notaire de Piperagno, avait donné pour quatre ans aux sieurs Georges de Mediolano et François Muratory du village de la Trinité, le service de la poste de Coni pour le prix de 30 écus d’or du Soleil.

Emmanuel-Philibert fut le premier de»

ducs de Savoie qui tourna son esprit vers cette branche importante de l’administration, en nommant par lettres patentes du 10 janvier 1561, maître général des postes, on certain Messer Scaramuccia on Scara> muzza du mont Cassia de la Marche d’Ancône.

Les revenus des postes forent cédés à ce maître général moyennant on tribut annuel de 700 écuS; réduit ensuite à 500, et variable enfin suivant l'importance de ce»

mêmes revenus.

Plus tard, les maîtres généraux des postes changèrent leur titre contre celui de général des postes et on y ajouta celui d’amiral du

PÔ et d’autres fleuves royaux, afin qu’ils veillassent à ce que ces fleuves, comme voies de communication, fussent toujours tenus propres et navigables.

Les divers règlements qui ont paru de 1 561 à 1 600 se rapportent plus particulièrement à la poste aux chevaux.

Des privilèges nombreux furent accordés aux maîtres de poste : exemption du logement militaire, exemption des charges personnelles, de monture et d’autres impôts, et des hypothèques, avec faculté d’avoir et de porter les armes octroyées et permises aux officiers de cavalerie.

Tous ces privilèges étaient concédés dans le but de fortifier l’établissement de la poste aux chevaux. Ce qui y contribua surtout, ce fut sans aucun doute la parenté des ducs de Savoie avec les difierentes cours de l’Europe, et aussi, la position géographique du pays qui le rendait intermédiaire naturel des

courriers qui voyageaient toutes les semaines, soit entre Lyon et Rome, empruntant la voie de Pont de Beauvoisin, Novalaise, Suze, Turin, Alexandrie, Gênes, soit entre Venise et Lyon, passant par Milan, Novare et Verceil.

Avant le dix-septième siècle, il n’est pas question du transport des lettres particulières. C’est seulement dans un édit de Charles-Emmanuel I", en date du 1 0 mars 1604, que l’on commence à parler de la poste privée : cet édit, lequel défend aux cochers, piétons et voituriers de distribuer aucune lettre, à titre gratuit ou autre, et enjoint aux gouverneurs de faire arrêter tous les courriers étrangers, piétons, et tous autres, porteurs de lettres ou dépêches non munis d’un passe-port signé du général des postes.

Semblables prohibitions sont confirmées dans un ordre de Charles -Emmanuel en

1616, de la régente Christine, en 164f, et dans un dernier de Charles-Ëmmairael H, en lôAQ'.

En 1690, il fut conclu à Carignan, le ; 30 juillet, nne première convention de poste

avec les sieurs Théophile Thélnsson et Isaac Guiguier de Genève pour la transmission des correspondances du nord de l'Europe à travers la vallée d’Aoste, durant l’occupatioiï de la Savoie par une partie de l’armée française. Après la paix dS Turin, une seconde convention futconclue avec laFrance en 1 696.

En 1697, le duc Victor-Amédée II réunit aox Finances le produit des postes qui jusqu’alors avait été le bénéfice des généraux des postes. Le marquis Philippe-Jacinthe Gonlery de Cavaglie, dernier général des postes, reçut à titre de rachat une pension annuelle et viagère de 12000 livres, réduite après sa mort en une rente annuelle de 3000 faite à ses héritiers.

Les postes furent alors administrées par un directeur particulier de 1697 à 1709, et sous sa surveillance elles furent afferméës pour 6 ans à une société de Fran^^ais; elles passèrent ensuite, pour 6 autres années, entre les mains des sieurs Antoine .Olivier et Marcel Gamba, qui firent d’actives tentatives pour obtenir l’établisEement d’un bureau de poste piémontais à Rome, sur le modèle de celui que la France et l'Espagne y possédaient déjà.

Cette concession paraît avoir rencontré de sérieux obstacles, car ce ne fut qu 'après la paix du 1 1 avril 1 736 que celte faveur put être obtenue. Ce bureau subsista à Rome jusqu’en 1798.

Un service de poste fut également établi entre le Piémont et Genève en 1720 et ne fut supprimé que vers la fin du siècle.

En 1710, les postes cessèrent d’être affer-

mées, et furent directement administrées par le gouvernement.

' Une vaste réforme fut apportée alors dans ce service par deux édits du roi Victor- Amédée II, l’un, en date du 12 août 1T18, .

le second, en date du 14 janvier 1720.

La taxe des lettres simples variait de 5 à 1 5 centimes, suivant la distance parcourue; cette taxe nous paraît minime, mais il faut se rappeler qu’au temps où elle était appliquée, l’argent représentait une valeur bien supérieure à celle d’aujourd’hui.

Les bureaux de poste existant alors en deçà des montagnes étaient au nombre de 42, et le personnel des employés se composait de 39 individus dont 22 attaches à la direction de Turin, 13 répartis dans les directions secondaires de Nice, Alexandrie, Novare, Aroua, Borgomanero, Casai, Tortone et Verceil, et 5 dans les bureaux de Rome et Genève.

LES POSTES EN PIÉMONT. ü8l

En 1 773, en raison du développement que prenait le service des postes, et pour faire disparaître des abus manifestes, un contrôleur fut nommé sous la dépendance immédiate du ministre des affaires étrangères et reçut la mission de veiller à la conservation des droits royaux, de faire exécuter les règlements, et de signaler les contrevenants.

Quelques années plus tard, le Piémont ayant fait partie des départements français, les ordonnances émanant du nouveau gouvernement remplacèrent celles qui régissaient l’ancienne administration, et elles continuèrent d’être observées jusqu’à l’année 1818.

C’est en effet le 12 août de cette année que des lettres patentes royales créèrent une direction générale, sous la dépendance du ministre des affaires étrangères, et commencèrent une véritable réforme dans cette ad-

tninistralion des postes qui allait enfin se trouver constituée.

Depuis cette époque, le Piémont a fait dos progrès rapides et sérieux.

En meme temps qu’il adoptait la taxe uni.

forme, le pays introduisait l’usage des timbres-poste pour l’affranchissement des lettres, avec cette différence toutefois que l’on n’y créait pas une taxe de faveur pour l’affranchissement, comme cela a lieu en Angleterre, en Belgique, en . France et en Aller magne; il est juste de faire remarquer qü’aucun État en Europe n’a adopté une taxe ussi modique que le Piémont Le service des postes institué, pour ainsi dire, en vue de la commodité exclusive des particuliers, ne rapporte qu’un faible bénéfice à l'administration, qui en retire à peine la somme nécessaire à couvrir les dépenses de l’exercice.

Aux considérations qui précèdent, il ne

LES POSTES EN PIÉMONT. 283 sera pas sans intérêt d’ajouter quelques mots sur l’organisation actuelle de l’administration des postes italiennes (1861).

L’administration des postes embrasse actuellement toutes les provinces du royaume, et se divise en administration centrale et en administration provinciale.

La haute direction et la surveillance des diverses parties du service sont attribuées à l’administration centrée qui relève du mi nistère des travaux sous le titre de direction générale.

L’administration provinciale se compose, de :

Directions divisionnaires 11

— locales 103

Bureaux principaux 258

— secondaires 1 337

— de distribution 498

Total 2 205

Les directions divisionnaires exercent leur

autorité sur tous les établissements poste de leurs divisions respectives.

On n’emploie dans les directions divisionnaires et locales et dans les bureaux principaux que des agents de choix.

Les bureaux secondaires et les bureaux de distributions sont dirigés par des employés auxquels leur admission ne donne pas le droit de parcourir l’échelle de tous les grades. ♦ .

Ils jouissent d’appointements basés sur le produit du bureau dont ils sont titulaires. , Auprès des directions locales les plus importantes, se trouve un bureau d’inspection chargé de veiller à ce que les intérêts de l’administration soient scrupuleusement protégés.

Le nombre des employés de l’administration est de 8499, répartis ainsi qu’il suit :

Administration centrale 76

— provinciale 1 708

Commis titulaires des bureaux secondaires. 1 337

Suppléants 1 337

Commis-adjoints des bureaux principaux. . 45

Distributeurs 496

Facteurs 580

Facteurs ruraux 1050

Garçons de bureau 410

Courriers ‘ 216

Maîtres de poste 244

Postillons 1 000

Le transport des dépêches s’effectue soit par les voies ferrées, soit par les voitures, soit à cheval ou à pied.

Les communes lês plus importantes reçoivent et expédient journellement leurs correspondances ; celles qui sont situées sur les lignes de chemins de fer sont servies deux fois, ou plus souvent, par jour, au moyen de bureaux ambulants.

Le premier bureau ambulant établi en

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