AUX OEUFS DOR
tout qu'elle soit en humeur de retourner chez elle à pied... les rues sont fort glissantes. Il y aurait vraiment de l'imprudence, permetlez-moi de vous le dire, presque de la folie, à vous en aller à pied par ce temps, à pareille heure!...
— N'importe, monsieur le marquis, répondit sèchement Flora; je veux être folle tout à mon aise... C'est une idée comme une autre... D'ailleurs je vous répèle que j'ai une migraine affreuse! le grand air la dissipera. .
En parlant ainsi , Flora tournait la lêle à droite et à gauche ; elle cherchait sa mère, et, la croyant encore sous le vestibule, elle ne pouvait s'expliquer un semblable retard.
— Vous cherchez madame Duvercourt ? dit Je marquis avec un sourire de joie sardonique. Elle vous attend.
— Ma mère ? où donc peut-elle être ?
— Mais à deux pas de nous, mademoiselle...
104 LA POILE
Tenez, vous pouvez IVnlenHre
En effet, nne voix aigre et discordante appelait Flora : c'était madame Duvercourt, qui, devinant à ce retard quelque refus ou quelque indécision de sa fille, commençait à s'impatienter fort.
— Eh bien! eli bien! les autres! criait-elle en passant la tête par la portière , arrive-t-on ? Je gèle!...
—Vous entendez, maden)oiselie, dit le marquis. Je vous en conjure, permettez-moi de vous reconduire, ou du moins laissez-moi dire à mon domestique de vous faire avancer un fiacre...
— Monsieur, encore une fois, je vous remercie, je n'ai besoin de rien... Je veux marcher. Je vais dire à ma mère que je souffre... elle sait que la voiture me fait mal; elle consentira sans peine à ce que je lui demande...
— Voyons donc, là-bas ! reprit madame Du-
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vercourt, en agitant la portière, aura-t-on bientôt fini de me faire droguer?
— Pardon, maman, pardon, dit Flora en s'avançant près de la voiture; je ne suis pas très à mon aise... je voudrais faire un peu d'exercice. Je t'en prie, retournons à pied...
— A pied, ma chère! es-tu folle? est-ce que tu as bu? dit madame Duvercourt, saisie d'élonnement. Allons, monte, et vile!... Monsieur le marquis va se fâcher à la lin.
Mais Flora ne fit pas un mouvement.
— Ah ça î est-ce que tu es sourde, que tu restes là comme un terne? poursuivit madame Duvercourt, d'une voix plus aigre; lu vas t'enrhumer et perdre ton sol... Vite donc, vite !...
— Maman, je t'en supplie, fais ce que je désire... Il faut que je marche, que je prenne l'air... sans quoi je ne fermerais pas Toeil de toute la nuit, et demain je ne pourrais pas chanter au concert...
— Que je l'y voie ! Ne pas chanter ! dit avec autant d'effroi que de colère Madame Duvcrcourt : elle avait déjà reçu un billet de cinq cents francs jiour le concert qui devait avoir lieu le lendemain dans les salons d'Erard.
Le marquis ne disait pas une parole , mais, bien persuadé que la mère triompherait de la fille, ilallendait avec persévérance qu'il plût à Flora de monter en voiture.
— Ecoule, maman, dit Flora, d'un ion ferme et résoin ; je le jure que si lu me refuses une chose aussi juste, aussi simple, je ne chanterai pas demain.
Madame Duvercourt, sérieusement effrayée, ne crut pas devoir opposer une plus longue résistance au caprice de Flora : le billet de cinq cents francs lui tenait trop au cœur. Elle se résigna donc à descendre de voilure en grommelant; mais furieuse et désappointée, elle se promit bien de prendre sa revanche et de
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faire payer cher <i Flora co triomphe d'un moment.
— Iliim! hum ! lil-elle en élernuant avec colère. Ayez donc des filles, ruinez-vous donc pour elles... Oui, ruinez-vous donc pour les éduquer et leur faire apprendre la musique! elles vous récompensent drôlement... Patauger dans la neige, dans la boue, comme une marchande de pommes! En v'Ià de l'élégance!.. On a beau avoirdes socques, ça ne suffit pas... Faudrait des bottes à l'écuyère !
— Allons^ un peu de courage, ma chère Madame Duvercourl, dit le marquis avec une affectation de bonne humeur. Il ne voulait pas avoir l'air trop contrarié ; et, faisant de nécessité vertu, il se promettait, à partlui, d'avoir aussi sa revanche.
— Il ne s'agit pas d'avoir du courage, dit en grognant Madame Duvercourt; il faudrait avoirdes sabots. Voyez donc c'te mare...
108 LA POlfLE •
— Bah ! Madame Duvercoiirl, les irolloii s sont secs ; je me charge, moi, de vous faire arriver au logis sans une lûche de boueà votre robe.
— Je crois bien, répondit Madame Duvercourt, en se retroussant jusqu'au milieu des mollels. On s'arrange pour la robe... Mais les bas! Des bas lonl blancs d'hier...
Pendant celte étrange conversation et ces débals de famille, Yalory se tenait à quelque dislance, comme par discrétion : il attendait avec une fébrile impatience qu'on se remîl en marche; son cœur battait violemment, des frissons parcouraient son corps. Celte brusque et singulière résolution de Flora ne pouvait manquer de le surprendre; et des idées pleines de joie cl de trouble, lui traversaient l'esprit.
— Oh ! |>cnsail-il avec délire, si c'était... Mais non, je suis fou !
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Enfin la cantatrice voulut prendre le bras de sa mère : mais celle-ci, la repoussant avec un peu de rudesse, lui dit :
— Donnez le bras à monsieur le poète , mam'selle , puisqu'il est assez bon pour se charger de vous. Moi, je marche derrière.
— Et je serai votre cavalier, Madame Duvercourt , ajouta le marquis d'un air câlin, en présentant son bras à la vieille.
~ Ce n'est pas de refus, jeune homme trop galant, répondit-elle en le regardant d'un air attendri. En voilà un gentilhomme, un vrai chevalier français! Au lieu de s'en aller dans sa bonne voiture, il trotte à pattes au milieu de la boue pour accompagner le ses^we.' Bravo! bravissimo! vous avez trouvé le chemin de mon cœur!...
— Et c'est un chemin beaucoup plus agréable que celui-ci, j'en conviens, répliqua le
marquis avec un sourire des plusaimables, tout en grinçant des dents.
— Oh ! qu'on a bien raison de dire qu'il n'y a que les grands seigneurs pour être honnêtes, s'écria Madame Duvercourt enthousiasmée.
En avant, marchons! En route, les autres!
Flora n'avait pas attendu l'ordre maternel pour se mettre en marche.
Gustave lui donnait le bras , et frissonnait sans trouver une parole à dire.
Madame Duvercourt, elle, ne tarissait pas dans son éloquence, et prodiguait au marquis un luxe de remerciements et d'éloges qu'elle avait l'art d'exprimer le plus grotesquement du monde. Mais au milieu de tout ce verbiage, elle suivait fort diplomati(iuement son idée, et préparait les choses avec une certaine adresse...
Toul-à-coup le marquis pousse un éclat de rire mal étouffé : mais, pour dissimuler autant
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que possible cet accès d'hilarité impertinente, il toussa bruyamment.
— Youlez-vous un peu de sucre d'orge? dit Madame Duvercourt, en s'arrêlant pour fouiller dans sa poche. C'est fameux pour ierhume'-
— Merci , merci , Madame Duvercourt, ce n'est rien.
On se trouvait alors à quelques pas de la maison ; Flora venait de frapper à la porte cochère.
— Ainsi donc, Monsieur le marquis, n'oubliez pas de venir demain, dit Madame Duvercourt. Nous causerons en famille Nous
arrangerons tout... Moi, d'abord, je vous aime déjà comme une vraie maman. Ça ne fera que croître et embellir! Bonsoir, bonsoir... Tenezvous les pieds chauds... et la gorge aussi. Vous avez là du rhume... Tenez, mon cher marquis, fourrez-moi un bas de laine dans voire cravate, et vous m'en direz de fières nouvelles
demain matin! La laine, ça pousseàlapeau...
La porte venait de s'ouvrir : Flora dit quelques mots de remerciement à Valory; puis elle disparut lestement sous le vestibule, comme pour éviter les salutations et l'adieu du marquis.
Quelques moments après , le marquis de Pons et Gustave montaient ensemble dans l'équipage qui les avait suivis au pas.
•'AMOUR ET Li: TRAVAIL
Gustave ne voulut pas (|ue le marquis de Pons le reconduisît tout à fait.
— Il est déjà tard , monsieur le marquis, dit-il; je ne souffrirai pas (jue vous vous dérangiez ainsi de votre chemin.
.1 14 LA POCLE
— Bah! bah! c'esi un plaisir pour moi, mon cher monsieur Gustave. Je n'ai pas tous les jo'jrs celle bonne fortune , et je suis ravi (l'en profiter : la conversation d'un homme comme vous est si agréable!
— Vous allachez Irop d'importance à mon peu de mérite, monsieur le marquis.
— Non, non , en vérité, je vous estime autant que je vous aime; et si vous le permettez, je serais fort heureux de cultiver votre connaissance.
Il y eut encore quelques phrases de politesse banale échangées entre eux; puis. Gustave insista si vivement pour descendre de voiture, que le marquis de Pons, craignant de lui déplaire, fit arrêter enfin. Gustave donnait le même prétexte que Flora. Il avait la tête brûlante et lourde à force de travail, et jamais il ne rentrait chez lui, le soir, sans faire une promenade, à pied, d'une heure ou deux.
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Il fut de nouveau convenu que le marquis passerait dans la matinée chez Gustave pour le présenter au grand compositeur.
Enfin les deux jeunes gens se séparèrent.
Gustave était impatient d'être seul;il voulait donner un libre cours à ses pensées; un torrent de feu boudlonnait dans son cerveau; il avait le délire et la joie au cœur, A peine rentré chez lui, Gustave s'écria , dans un transport d'enthousiasme :
— Oh ! qu'elle est belle ! Non jamais rien d'aussi enchanteur, d'aussi poétique!... Quel regard! Quelle voix douce et charmante! C'est un ange ! Oh ! c'est plus encore, c'est la femme qu'à rêvée mon cœur!..
Et il marchait dans sa chambre avec agitation.
— Oui, jfc le sens bien, elle ne sortira jamais de ma pensée!.. Je l'aime! oh ! je n'aime plus qu'elle au monde !.. C'est maintenant
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que j'aspire au succès, au liioniphe, à la forlune! Je voudrais toul lui donner! Je voudrais lui faire uneauréolede gloire!..
Mais soudain il s'inlerrompaitavec unairde profonde tristesse.
— Misérable fou ! murmura -t-il ; est-ce que je suis digne seulement de baiser la trace de ses pas?.. Elle, si rayonnante, si belle, si majestueuse, environnéed'hommages et d'adoration!..Elle rira de mon incroyable démence, et je n'aurai quesapilié..ou plulôt son mépris! , Malheureux ! malheureux !
H tomba découragé , dans un fauteuil; puis, le front dans ses mains, il demeura longtemps immobile et silencieux.
Cependant, la nuit était fort avancée. De temps à autre, on entendait le timbre des horloges qui sonnait lugubrement les heures ; et le vent de la nuit, el le roulement sourd dos voitures qui passaient au loin sur les pavés
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couverts de neige. C'était un mélange de bruits mornes, tristes et confus.
Enfin, après quelques heures de muette rêverie, Gustave s'enveloppa dans son manteau, et, se jetant à demi vêtu sur son lit, il essaya de s'endormir. Ses yeux étaient lourds, sa tête brûlante, et le sommeil ne venait pas : il y avait trop de flamme et de tumulte dans l'imagination de ce jeune homme ! Jusqu'au matin, il s'agita fiévreusement dans une douloureuse insomnie.
Le jour commençait à peine. Quelques rayons de lumière blafarde, tombant sur les toits chargés de neige, se glissaient dans la mansarde de Gustave. Il se lève brusquement, se rhabille à la hâte, et sort de la maison. Les rues étaient presque désertes encore : de distance en distance, quelques rares passants qui cheminaient la tête basse, les mains dans leurs poches, tout grelottants. Le froid n'était pas
moins vif que la veille, et les charrettes se traînaient lourdement sur la neige épaisse et durcie.
Gustave était sorti sans but, sansdesseinj il voulait seulement distraire son agitation morale parle mouvement et la marche; sa poitrine oppressée, haletante, avaitbesoin du grand air, et il sentait avec délices la brise âpre et glaciale lui souffler au visage et rafraîchir ses tempes bouillonnantes.
Pendant plusieurs heures Gustave se promena au hasardjmarchant d'un pas rapide et convulsif, sans reprendre haleine, sans même savoir le nom des rues qu'il traversait. Par moments il entendait murmurer autour de lui des imprécations et des blasphèmes : c'étaient les gens qu'il avait heurtés sur sa route, et qui le prenaient pour un fou.
Enfin Gustave, doublant tout à coup le pas, et comme frappé d^une idée soudaine, se diri-
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gea vers la maison où demeuraient madame Duvercourtetsa fdie. Les croisées de l'appartement n'étaient pas ouvertes encore : Gustave, pâle, frissonnant, les yeux fixés sur les fenêtres de la chambre à coucher de Flora , passait et repassait continuellement devant la porte cochère.
A chaque instant il regardait sa montre , et croyait toujours voir l'aiguille à la même place.
— Mon Dieu, murmura-t-il avec angoisse, le temps ne marche pas aujourd'hui ! chaque heure est un siècle î.. Si j'entrais !.. mais non, je ne puis me présenter encore !.. Elle est à peine levée sans doute ! On ne me recevrait pas !.a
Et frémissant d'impatience, il continuait à marcher de long en large sans détourner ses yeux des croisées ou de la porte-cochére ,
comme un garde du commerce qui guette sa proie.
— A qui donc en veut-il, cet original qui fait sentinelle? se demandait depuis quelques instants le portier de la maison : il était sorti pour casser la glace du trottoir et balayer le ruisseau, et il n'avait pas tardé à s'apercevoir des allées et venues de Gustave,
Par bonheur celui-ci remarqua l'inquiète attention du portier, et craignant de s'attirer quelque discussion ridicule , il s'éloigna un peu.
— Vraiment, je perds la tête! se dit-il en doublant le pas. J'osabiie que M. de Pons m'a donné rendei-vous; c'est à peu près l'heure ! Courons.
Il monta dans un cabriolet et se fit reconduire chez lui. Mais il était trop tard: lemarquis de Ponsvenait de sortir.
Gustave retourna dans sa chambre pour
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faire un peu de toileltc. Ensuite, couinie la matinée n'était pas encore assez avancée pour rendre visite à une dame, il essaya de lire quelques pages de Virgile, afiade remettre le calme dans ses idées. Mais un nuage flottait dans ses yeux, une vapeur confuse voilait son esprit ; il ne voyait rien, il ne comprenait rien l Parfois le brouillard semblait se déchirer, et des lettres de flamme apparaissaient sur le livre: ces lettres formaient un nom , le nom de Flora.
— Non, je ne puis lire! s'écria-t-il,en fermant tout-à-coup son Virgile, et le jetant au milieu de de la chambre. N'essayons plus! c'est inutile!
LTV MARIAGE MANQUE.
Gustave redescendit précipitamment. En moins d'un quart d'heure, bien que la distance fût longue, il se trolivait devant la maison de Flora. Maintenant sa visite ne pouvait plus sembler extraordinaire: la manière toute gra-
cieuse dont Flora l'avait engagé la veille à venir, devait le rassurer complètement. Peutêtre, néanmoins s'empressait-il beaucoup trop, pour les convenances, de mettre à profit l'aimable invitation de Flora, qui certes ne devait point s'attendre à une si prompte visite. Toutes ces réflexions et bien d'autres encore préoccupaient singulièrement Gustave, qui n'osait franchir le seuil de la porte cochère. Il allait et venait, plein d'hésitation et d'incertitude, comme quelques heures auparavant. Son cœur battait avec une force inouïe, les artères s'agitaient dans ses tempes; une sueur tour à tour froide et brûlante baignait son front.
A la fin, s'armant d'une résolution ferme et courageuse, il entra.
— Monsieur, qui demandez-vous? cria rudement le portier en lui barrant presque le passage.
Il avait reconnu dans Gustave l'individu qui
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s'était promené si longtemps le matin devant la porte cochère.
— Madame Duvercourt balbutia Gustave.
— Il n'y a personne, répondit le cerbère en fronçant le sourcil.
— - Ces dames sontdonc sorties de bien bonne heure? reprit Gustave d'une voix émue.
— Peut-être oui, peut-être non, répliqua insolemment le portier. Je n'ai pas l'habitude de conter aux étrangers ce que font mes locataires.
— Ayez au moins l'obligeance de me dire à quelle heure ces dames rentreront probablement.
- — Elles ne m'ont pas fait de confidence, ces dames, repartit le concierge d'un ton brutal. Mais d'abord qui êtes-vous, monsieur? Vous qui avez l'air de monter la garde devant ma porte?...
Il y avait tant d'impertinence et de grossièreté dans la manière dont cette question était faite, que Valory, malgré sa douceur habituelle, fut au moment d'administrer à ce drôle une sévère correction à coups de canne 5 mais craignant le scandale et le bruit, il lâcha de se contenir, et répondit au portier d'un ton ferme et digne, en lui présentant sa carte :
— Je suis M. Gustave Valory. Vous remettrez cette carte à madame Duvercourt.
Ce nom de Valory eut un effet magique.
— Quoi ! Monsieur , c'est vous... venez, monsieur Gustave Valory ! Il fallait donc le dire tout de suite.
Et le concierge , tout à l'heure si insolent , devint souple,honnèle et presque mielleux. Il ôia bien vite son bonnet gras, et fit à Gustave un salut des plus humbles et des plus respectueux.
— Montez , monsieur , montez , s'il vous
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plaît, dit-il en courant ouvrir la porte vitrée qui fermait le vestibule. Au premier au-dessus de l'entresol... La grande porte en face. Bien des excuses^ monsieur... Erreur n'est pas faute... une autrefois, j'aurai l'honneur de reconnaître monsieur.
Mais le portier haranguait en pure perte : Gustave sonnait déjà.
Un flot d'idées confuses towrbillonnaitdans sa tête; il était si ému, si profondément agité, qu'il se repentait presque d'avoir sonné tout de suite , sans prendre quelques instans pour se remettre.
Cependant laporte ne s'ouvrait pas. Gustave sonna plus fort ; mais personne ne bougeait dans l'intérieur de l'appartement.
Soudain il crut entendre dans une pièce voisine comme le bruit d'une altercation et deux voix irritées, l'une forte et mâle, l'autre criarde et perçante. Puis, avant qu'il eût pu
saisir quelques paroles distinctes, la porte de l'appartement s'ouvrit a\ec force, et Gustave se trouva en face du marquis de Pons.
Celui-ci était pâle de colère ; mais il riait : c'était un rire plein de fureur et d'amertume.
— Allez, monsieur le marquis, c'est abominable! disait une voix tour à tour perçante etrauque. Vous devriez être honteux... pour un marquis! ^
— Vous êtes folle , archifolle ! repartit de Pons, avec un éclat de rire plus sardonique ; je vous souhaite bien du plaisir.
— Et moi, je ne vous en souhaite pas, surtout avec ma fille! s'écria madame Duvercourt, au comble de l'exaspération. Je vous en prie, ne revenez plus chez nous... vous trouveriez visage de bois !
— Portière! murmura sourdement le marquis, dont les yeux étincelérent tout-à-coup.
Gustave, ne pouvant comprendre une scène
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pareille, demeurait immobile d'étonnement près de la porte. Ce fut alors seulement que M. de Pons reconnut Valory.
— Ah! vous voilà, mon cher monsieur Gustave? dit-il, d'un ton aimable et dégagé, comme s'il ne se fût rien passé d'extraordinaire. Je suis enchanté de vous trouver... je retournais précisément chez vous.
Gustave balbutia quelques mots d'excuses: opîto rencontre, dans une pareille occasion, le contrariait singulièrement.
— Venez donc, je vous prie, faire un tour avec moi, dit le marquis, en lui prenant le bras, j'ai beaucoup de choses, et de fort importantes, à vous dire.
Madame Duvercourt, aveuglée par la colère, n'avait pas vu sans doute Gustave, car à peine le marquis était-il sur le palier, qu'elle avait refermé la porte avec violence.
Gustave, un peu décontenancé, crut devoir
remettre sa visite à un autre moment; et curieux de savoir ce qui venait de se passer, tremblant de l'apprendre, il suivit le marquis de Pons.