‹ La poule aux œufs d'orChapitre 16 sur 31 · C LA POU.E · texte numérisé non relu

C LA POU.E

veux vous faire une coulidence; je parie que vous êies â deux mille lieues de soupçonner ce que je vais vous dire... Eh bien! moi, moi, qui, Dieu merci ! connais le monde, qui ne suis pas au berceau, j'ai pris la fuite... oui, comme un lâche, comme un niais, pour ne pas devenir fou!...

— Je ne vous comprends pas... balbutia Gustave avec un tressaillement.

— Eh! je le crois bien, mon Dieu! je ne me comprends pas moi-même! Je veux donc vous dire que je sentais mon cœur s*en aller tout doucement, s'en aller vers cet ange dont vous savez le nom... Sur Thonneur, je n'y tenais plus 1

— Quoi! monsieur le marquis... dit Gustave avec embarras, vous auriez eu cette faiblesse?... unj homme... comme vous? Pardonnez-moi, je vous croyais moins jeune !...

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— Eh! Eh ! Eh! Je le suis toujours un peu, mon cher! Mais c'est égal, vous voyez que la raison a le dessus... Oh ! parbleu, je n'ai pas voulu succomber; et je vous jure bien que j'aurai de la force... J'ai réfléchi... Certaines choses, qui autrefois auraient pu me séduire, ne sont plus, maintenant, possibles!... Je suis l'aîné de ma famille; je suis esclave de mon nom, de mon rang; et vous concevez-bien, n'est-ce pas ?. . . Il est inutile que je m'explique davantage... En outre, depuis trop longtemps je connais mademoiselle Flora Duvercourt, et je sais parfaitement que ce n'est pas une femme avec laquelle on pourrait engager une liaison banale et sans conséquence...

— En effet, monsieur le marquis, dit Gustave solennellement, mademoiselle Duvercourt mérite à tous égards la considération et le respect! Je vous estime trop pour vous croire

un instant capable d'agir, envers cette jeune personne , autrement qu'en homme d'honneur...

— Certes, mon cher monsieur de Valory.

Mais je ne voudrais pas non plus qu'un autre ■vînt s'emparer de ma position... Oh! je ne vous fë cache pas, je serais cruellement mortifié, et je me repentirais presque de ma délicatesse, qui ne serait plus alors qn'une niaiserie!... Vous savez tout l'intérêt que je porte à Flora Duvercourl?.. j'ai fait jusqu'ici tous mes efforts pour lui être utile : c'est moi qui l'ai mise en relief dans le monde musical. Je l'ai fait engager à l'Opéra; j'ai trouvé le moyen de lui avoir des rôles magnifiques; et si vous la connaissez maintenant, si vous travaillez pour elle, vous, notre grand poëte ! c'est à moi seul qu'elle en est redevable.

— J'en conviens, dit Gustave avec étonne-

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ment, car il ne savait pas et ne pouvait comprendre ce qui se passait dans l'âme du marquis de Pons. Mais pourquoi ce langage? vous n'avez pas, je suppose, à vous plaindre de mademoiselle Duvercourl? Elle ignore ce que c'est que l'ingratitude...

— Je l'espère, monsieur Gustave, interrompit sèchement le marquis de Pons. Mais, à vrai dire, les apparences sont maintenant contre elle!...

— Comment donc? Veuillez vous expliquer....

— C'est inutile... Et d'ailleurs, je suis peutêtre injuste. Je veux bien croire qu'elle n'est pour rien dans certaines choses qui m'ont cruellement blessé... Sa mère est une étrange créature, grossière, mal élevée , affreusement

héléroclite... Et je ne dois pas en vouloir à Flora, jusqu'à plus ample explication, de Taccueii bizarre qu'il a plu à madame Duvercourt de me faire un matin...

— Oui, je me rappelle, dit Gustave avec contrainie : c'était une scène fort désagréable... pour moi-même, je vous assure ! Et je n'ai jamais su le motif d'une pareille altercation...

— Ah ! jamais? Véritablement ?

— Jamais. Madame Duvercourt voulait tout me dire ; mais sa fille l'en a empêchée.

— Eh bien ! je n'aurai pas cette réserve, moi. Soyez tranquille, mon cher monsieur Gustave : vous saurez tout dans les plus minutieux détails, et bientôt... Quanta présent, tout ce que je vous demande, c'est de venir faire ensemble un tour de promenade; et puis, nous irons chez Flora...

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— Très volontiers , dit Gustave. Mois ne serait-il pas (l'abord plus convenable que nous fissions prévenir ces dames de votre arrivée?

— Non, non, pas du tout, au contraire. D'ailleurs , je veux éviter les explications pour le moment... Si je voyais Flora seul, ou madame Duvercourt, je pourrais me plaindre un peu trop rudement, peut-être! Mieux vaut que l'entrevue ait lieu en votre présence: vous serez, vous Gustave, un maintien de part et d'autre, un médiateur...

— Mais encore , m'apprendrez-vous quel mystère...

— Oui, mais plus tard... Tenez, tout-àriieure en nous promenant... Qu'il me suffise de vous dire, mon cher monsieur, continua le marquis d'un air sombre, que je pourrais me trouver l'ace à face chez Flora Duvercourt

avec un homme qui lot ou tard sentira mon épée ! . .

— Que \eut-il dire?... pensa Gustave. Cet homme, serait-ce le vicomte de Thorigny ? En vérité, mon cher monsieur de Pons, reprit-il avec un sourire forcé, vous êtes avec moi d'un mystérieux!... C'est étrange, mais vous ne vous exprimez qu'à la manière des sibylles...

— Vous dites-là plus vrai que vous ne pensez peut-être! Répondit de Pons en fronçant le sourcil. Et bien que je ne sois ni prophète, ni sibylle, je pourrais vous prédire certaines choses qui certainement arriveront avant qu'il soit peu ! . . .

— De mieux en mieux, sur ma parole! repartit Gustave.

En même temps, il prit son chapeau , et sortit de la chambre avec le marquis.

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