UN APLOMB DE MARQUIS
Après une longue promenade entremêlée de causeries, qui avaient laissé pour Gustave les projets du marquis dans la même obscurité, ils s'étaient l'un etTaulre acheminés vers la demeure de Flora. En entrant, le marquis
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essaya de prendre une contenance ferme et assurée; mais à peine eut-il aperçu Flora, qu'il devint pâle comme la mort : il y avait tant de mépris et d'indignation dans les regards de cette jeune fille, innocente et pure, et cruellement' offensée^ que le marquis ne put soutenir ce foudroyant coup-d'œil.
— Vous, ici? Vous monsieur! ditFlora, la tête haute, les yeux brillants, les narines gonflées. Je ne veux pas vous recevoir ! Sortez !...
Et, comme le marquis, au comble de l'exaspération, s'emportait à de violentes menaces, Flora s'élança vers la porte, et sortit de l'appartement.
— Monsieur, dit-elle d'une voix forte et vibrante, sortez, ou j'appelle !
Gustave restait saisi de surprise.
— Au nom du ciel, que faites-vous? disait-
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il en prenant les mains de Flora. Du calme, je vous en conjure ! . . . Vous ne reconnaissez donc pas monsieur le marquis de Pons?
— Oh! oui, je le reconnais! dit amèrement Flora, et je veux qu'il sorte, à l'instant même!., ou bien c'est vous, monsieur Gustave, c'est vous qui le ferez sortir ! Vous êtes un homme de cœur, et vous devez aide et protection à une femme qu'on outrage !...
— Oui, sans doute, aide et protection ! dit Gustave profondément ému. Et je ne demande qu'à vous prouver mon estime, mon dévouement! Oui, rien ne m'arrêterait, pas même la mort !... Mais où donc est votre ennemi, mademoiselle? Où donc est l'homme qui vous outrage? Car, franchement^ monsieur le marquis n'a pas, aujourd'hui du moins, n'a pas un tort à se reprocher envers vous...
— Oh! monsieur Gustave, si vous saviez!...
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Elle s'interrompit tout à coup; elle était blanche de colère.
— Mais dites, Flora, dites, je vous en conjure!... reprit Gustave d'un ton suppliant. M. le marquis de Pons est-il donc si coupable à votre égard ? Vous êtes irritée contre lui, je le sais... Mais au moins ne reculez pas devant une explication... Peut être i'a-t-on calomnié à vos yeux... Peut-être...
— Non, personne ne l'a calomnié... mais c'est un lâche! Ce n'est pas un homme d'honneur !
— Mademoiselle, répliqua le marquis, les dents serrées, prenez garde ! Je ne suis pas d'humeur patiente ! Les injures ne glissent pas sur moi!... Vous avez beau être une femme, prenez garde!
— Oh! monsieur le marquis, je ne vous
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crains pas ! IN'ai-je point ici quelqu'un pour me défendre! Gustave, n'est-ce pas je puis compter sur vous?
— Gustave i murmura sourdement le marquis.
— Oh! oui, Flora^ oui! dit chaicureusement Valory. Je suis votre défenseur, votre frère, et toujours, et partout!... Dites un mot, et ma vie, mon sang vous appartiennent!... Mais,parpilié, du calme!... Ne vous laissez pas aveugler par la colère 1... Tout à l'heure encore M. de Pons me parlait de vous. Il me parlait de vous en ami respectueux et dévoué...
— Oh! mensonge! mensonge! Hypocrisie!..
C'est un ami, dites-vous? Non, c'estun ennemi lâche et mortel!... Je ne veux pas le voir, je ne veux pas !
La porte de l'appartement donnant sur l'es-
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calier élait ouverte; le bruit dci celte altercation (Jevait s'entendrejusfjue sous le vestibule. Déjà plusieurs domestiques ei le portier, inquiets et curieux, avaient monté quelques marches; et, se penchant en dehors de la balustrade, ils renversaient la tête afin de voir cequi se passait aux étages supérieurs. Heureusement pour le marquis de Pons, madame Duvercourt était celle fois réellement absente; mais, tremblant qu'attirée par ce bruit, elle ne vînt et ne fit une horrible esclandre, il préféra sortir de lappartement, et dit à Gustave :
— Mon ami, venez!... Elle est folle!
Mais Gustave ne bougea point : peut-être même n'avait-il pas entendu les dernières paroles du marquis; et^ plein de surprise et d'inquiétude , il ne détachait pas ses regards de Flora qui , pâle et frissonnante , sembla tout- «î-coup perdre s*es forces, et tomba sans mouvement dans les bras de Valorv.
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— Gustave ! murmura-l-elle d'une voix éteinte, restez...
— Eh ! venez donc, mon cher ! cria le marquis avec impatience, en frappant du piedj c'est de la comédie , c'est du drame , c'est de l'opéra , c'est tout ce que vous voudrez... excepté un évanouissement !
— Vous êtes bien dur, monsieur le marrt"i<:' répondit Gustave avec amertume. Voyez, voyez ! . . .
En effet, la pauvre Flora avait perdu entièrement connaissance ; elle était comme morte entre les bras de Gustave et d'une femme de chambre qui venait d'accourir.
— Parbleu ! monsieur de Valory, s'écria de Pons ironiquement , pour un poète qui se pique de savoir, comme vous, tous les secrets du cœur humain, vous êtes bien novice l
— Monsieur , dit fièrement Gustave , vos plaisanteries ne sont pas de saison !
— Ah I vraiment, monsieur Gustave ! Je vous gêne, n'est-ce pas? Voilà ce que vous voulez dire?
— Peut-être, Monsieur, peut-être... Mais, permeltez-moi , je vous en conjure, de cesser la conversation... Mademoiselle Duvercourt est fort mal, et c'est d'elle seulement quUl faut s'occuper...
— Oui, oui, je comprends : vous et Thorigny vous êtes fort bien ensemble... Aujourd'hui l'un, demain l'autre... C'est bien! c'est bien!... C'est fort honorable !
— Monsieur! Monsieur ! dit Gustave, transporté d'indignation , vous êtes un calomniateur !
— Ah!
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Et le marquis, déjà sur l'escalier, s'élançait (lenouveau vers rappartement,quand la femme de chambre, qui avait les manières brusques et décidées à la façon de madame Duvercourt, poussa rudement la porte et la ferma au verrou. Le marquis, furieux, mais comprenant bien qu'une plus longuerésislancedesa part ne serait que burlesque, descendit précipitamment l'escalier.
— Oh! je me vengerai! murmura-t-il, et bientôt !... Je me vengerai de tous deux I... de tous trois! Mais elle d'abord!., c'est elle que je veux perdre! Le poète ensuite... Il sera toujours temps.