‹ La poule aux œufs d'orChapitre 22 sur 31 · LA COL'LK · texte numérisé non relu

LA COL'LK

ui) gîi;îi(! iioiiihic i.ic duels, jiunais peul-èlie il it!' siN'lail iiioK.lré 1'.' proNocaiciif ; cA, iors(ju'il liiaii j'cfiéo iui le (jislolci, c'était toujours, ilisail-il, pour une. c:'. use pure, noble ot sainte. Oii n'a pas oublie que le vicomie Caisail sonner bien haut ciansson langage les mots criionneur et de devoir. Mais, en dépit de toutes ces protestations chevaleresques, le vicomte n'en était pas moins un jeune homme à bonnes fortunes, un aimable et brillant séducteur, qui ne s'adressait loulefois qu'aux veuves et aux femmes libres : le mariage élailpour lui chose sacrée, surtout lorsqu'il s'agissait d'un ami.

— Ce pauvre vicomte de Thorigny, il est un peu bégueule! disait-on parfois au Jockey- Club. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir mangé sojtl ou iiiiiî cent mille francs!

Pins lar.lje caruclèpe de ce jeune homme

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étrange et presque inexplicable se développera clans le sévènemenls qui vonl suivre.

En sortant (Je chez madame Diivercourt , le vicomte s'élança dans son tilbury , et courut aux bureaux du journal. Menaces, prières, promesses d''argentiil n'épargna rien pour découvrir le nom du rédacteur mystérieux ; mais tous ses efforts demeurèrent stériles. Deux ou trois journalistes qui se trouvaient au bureau^ lui jurèrent que cet article injurieux, qui n'était pas signé , avait paru sans l'aveu de |)ersonne ; c'était quebjue chose d'incompréhensible; il fallait que les compositeurs et le prote eussent été gagnés à force d'argent. Dès lors, M. deTliorigny, ne doutant plus que ces insultes auoiiym.-s no fussent. l'ouvra. -o du m;ir(|uisd(j Pons, s;j rcn lit ciiiîz lu; à i i hài,^ , et \ouiui avoir uneexplicalio:!.

Le marquis de Pons, qui n'était pas d'uue

humeur très patiente, reçut le vicomte assez mal; il lui répondit dédaigneusement qu'il n'avait décompte à rendre à personne, qu'il était seul juge de ses faits et gestes , qu'il se trouvait parfaitement libre de louer ou de critiquer dans un journal, comme de siffler ou d'applaudir au théâtre.

— Mais il ne s'agit dans de cette occasion ni de louange ni de critique, monsieur le marquis, dit le vicomte avec amertume : il s'agit d'une attaque lâche et perfide, d'une calomnie monstrueuse!

Là-dessus , querelle et défi , rendez-vous donné de part et d'autre. Le lendemain M. de Pons avait un coupd'épée qui lui traversaitla cuisse, et le vicomte était revenu triomphant chez Madame Duvercourl.

H serait difficile de peindre l'enthousiasme el l'admiration de la vieille femme. Elle serrait

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dans so.<i bras et couvrait de baisers et de caresses le vainqueur abasourdi, qui cherchait vainement à fuir ces embrassements convulsifs, ces longues et fatigantes étreintes. Madame Duvercourt , dans le paroxisme de son déh're, prit une vieille couronne de roses artificielles et la posa tout à coup sur la' tête du vicomte.

Cette fois, le gentilhomme eut peine à déguiser son dépit: ie ridicule était la chose qu'il craignait le plus au monde, devant Flora surtout.

Celle-ci ne savait comment exprimer sa reconnaissance ; elle admirait le ^courage et le sang-froid du vicomte ; pour la première fois peut-être, elle faisait à lui une attention sérieuse. Jusqu'alors elle avait été prévenue involontairement contre ce jeune homme; et tout ce qu'elle avait d'antipathie instinctive

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pour le marquis de Pons avait rejailli sur le \icornte. Mais enfin elle se trouvait injuste; elle brûlait de réparer ses torts, et quand elle pensail à la manière héroïque dont le vicomte avait pris sa défense, à ce duel contre un ennenii terrible renommé pour son adresse, elle se disait que le vicomte de Thorigny n'était pas un homme comme un autre, mais une nature d'élite, d'exception. Et puis elle commençait à s^ipercevoir quece jeune homme étaitparfaitemenl tourné, d'une suprême élégance, et qu'il y avait bien que!(iue gloire sans doute à l'avoir pour chevalier. Tout en faisant ces réflexions elle demeurait silencieuse, pleine de rêverie, et, par moments, reportant sa pensée sur Gustave, elle ne pouvait s'empêcher de faire, Ciiticces deux jeunes gens, une comparaison (jui n'élail pas à l'avantage du poète. Certes, celui-ci était un beau garçon, grand, svêlte et d'une merveilleuse éloquence lors-

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qu'une passion forle i'ins*;irriit ; mois ii n'aviiit pasconuiie le vicomte celle facilité d'élocuiion, celle aisance de manières que donne l'usage du monde; il ne parlait jamais que de choses sérieuses, poésie, liltéralure, histoire ; il n'était au fait derion : courses de chevaux, clubs, excenlriciléâ fashionables, tout cela n'élait point son affaire, non plus que toutes ces autres vanités mondaines dont les femmes ont souvent l'air de faire fi, mais qui les préoccupentsinguliérementdansleursoiitude rêveuse; car même pour les plus sages d'entre elles, les héros de ces frivolités sont des types de grâce et de bon go fit.

Et voici comme se parlait Flora, tout en regardant à la dérobée le vicomte : « C'est bien quelque chose sans doute que le génie, l'éloquence, la réputation littéraire; mais ce n'est point assez pour un homme'... Non, ce n'est

point assez de couvrir de gloire la femme qu'il aime, il faut encore qu'il puisse la défendre... Gustave, lui, tout chevaleresque, toutcourageux qu^ilpeut être, n'imposera jamais à un ennemi audacieux : il n'a jamais manié l'épée... Et pourtant on ne peut voir un plus noble jeune homme! quel dévouement! quelle âme! Comme il serait mort volontiers pour moi !... Mais il serait mort, voilà tout, mort sans me venger!...

— Eh bien ! eh bien I disait madame Duvercourt, étonnée du silence et delà distraction de sa fille. A quoi rêves-tu donc? lu es là comme un terne...

— Moi, maman? Ah! c'est vrai... Je suis encore toute bouleversée... Tant d'émotions dans un seul jour?.. . Et dire que j'ai été cause d'un duel, que mon noble et généreux défenseur a manqué de périr pour moi !

— Oh ! mademoiselle, s'écria chaleureuse-

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mont le viconilo, certes, je ne désire pas la mort ! et quand on vous connaît c'est un bonheur de vivre! Mais franchement, je n'eusse pas été à plaindre de mourir pour une si belle cause.

— Entendez-vous ça? s'écria madame Duvercourt enthousiasmée et toute prêle à pleurer d'admiration. En v'ià un que j'oserai appeler un héros ! Comme nous sommes heureuses d'avoir un protecteur chiqué comme ça! Maintenant je suis bien sûre que le marquis et les autres ne s'y frotteront plus... ça leur bouchera le becl...

— Vous pouvez être tranquille, dit le vicomte : je ne vous laisserai jamais insulter ! D'ailleurs, je crois que la leçon est assez rude! on ne recommencera plus.

— Ah! dit tristement Flora. Qui sait?... J'ai de fâcheux pressentiments... il me semble que

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j'ai trop facilcniint réussi jusq.i'à co jour!... Mes snccès vont pâlir. Oui, j'ai des rivales, des emieuses pt'"il-clre ; ei elles vonts'ameuler conlre moi pour me perdre!

— Quelle étrange iraaginalion, mademoiselle! Que pourraient toui<"s les cabales, les criailleiies, contre un talent comme le vôtre! Soyez tranquille, si nous êtes attaquée, vous serez chaudement défendue, elj'ose,moi, vous prédire un succès toujours croissant. D'abord, nous allons faire en sorte, malgré le marquis et les autres, que voire engagement suit doublé à l'Opéra. On vous exploite, el c'est infâme de ne pas vous donner davantage. •

— Oui, c'est infâme, parole d'honneur! dit madame Duvercourt. Ce misérable directeur, s'il pouvait nous arracher le pain de la bouche, il le ferait ! Et c'est pourtant le gosier d«

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ma fillo qui lui fait bouillir son pot-aii-reii, à ce \ieiix ladre !

Peiidariicelle conversation, Flora, qui s'occupait fortjjeu d'argent et d'inlérêls inalériols, s'égarait dans une foule de pensées vagues et mélancoIi(jues. Par moment elle tournait les yeux vers le vicomte, et quand leurs regards se rencontraient, elle rougissait tremblante et confuse. Le vicomte semblait aussi fort ému; mais son émotion n'était visible que pour Flora : madame Duvercourl le croyait exclusivement occupé d'elle-même, el elle lui faisait toutes sortes de cajoleries.

Enfin le vicomte sortit pour aller, disait-il, se ménager quelque appui auprès de certains journaux influents. Madame Duvercourl était dans une joie inexprimable; elle se u)3tlout

de suite à faire un éloge fastueux du vicomte : elle blâmait Flora d'être si froide pour lui, de

n« pas être plus avenante.

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— Tu ne sais donc pas, petite, que c'est un pmli superbe? Que toutes les marquises et les duchesses, oui, toutes, seront jalouses de toi? Tu quilteraisbienvilele théâtre: moi, d'abord, j'en ai par-dessus la tête! Je n'ose plus me fourrer dans ces coulisses, où il n'y a que des butors et des insolents : Maman Duvercourt, par ci; maman Duvercourt, par là!... Toujours des expressions grossières; jamais un salut respectueux!... Ah ! cabotins , \ous en verrez de fameuses ! et nous vous éclabousserons bientôt avec nos équipages!

UIV PARTI SUPEl^BE.

Quelques semaines se passèrent. Le vicomte était toujours très-assidu auprès de Flora, et chaque jour il croyait faire des progrès dans son cœur. Quant à la vieille , elle était folle de lui. C'était plus que de l'adora-

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lion, c'était du fclichisme. ISéanmoins, lorsque Gustave était présent , Flora semblait n'èlre plus la même pour le vicomle; elle tournait moins souvent les yeux de son côté, et lui j)arlait d'un ton plus cérémonieux. Le vicomte ne s'alarmait pas de ce changement : il croyait que la présence de Gustave en était la seule cause, et il trouvait bon que Flora cachât encore ses sentiments devant un étranger. Mais, en revanciie, Flora était pour Gustave d'une amabilité charmante, d'une tendresse vive et j)rofon(le. Cha(jue Ibis qu'il venait, elle semblait rayonner de bonheur ; jauiais peut être la présence de Gustave ne lui avait été plus douce, plus nécessaire.

Le \i(:omle n'était pas jaloux de Gustave; il se croyait lelleujent su|)érieur à lui , qu'il ne pouvait s'inquiéter de si peu! Sans doute, Flora avait à le ujénager; c'était un ami utile

dans l'occasion, un yrand poèt^, qui pouvait lui composer des rôles, elc... Mais si le vicomle avait taiH de sécurité, Gustave ne la partageait pas cà reiidioit du vicomte; il le voyait avec peine et déiiajice iinpatronisé dans la maison. On ne faisuit rien sans consulter, M. deTliorigny, c'était un oracle; et par moments, le pauvre Gustave était d'une tristesse mortelle; ses paupières se gonflaient de larmes; puis le soir, rentré dans sa mansarde , il réfléchissait mûrement et iiuissait par se trouver d'une jalousie ridicule et puérile : n'étaitil pas tout naturel et tout simple qu'on Ht au vicomte un graciciiv accueil? ,Ii avaii pris le parti de Flora les armes à la main; il avait risqué sa vie pour elle; et lui, Gustave, était nicsijuin dans sa ju.jiisie, dans sa déiiance. Bailleurs, unei'oulc ue circonstances, [jlus ou moins insigniiiantes, lui faisaienl com^irendre qu'il était aimé, et que les soins, la déférence

témoignée au vicomte n'étaient que de la reconnaissance. Peu à peu, il se laissa convaincre que M. de Thorigny n'était pas un rival sérieux; que dailieurs il n'épouserait jamais Flora: « Le seul obstacle que j'aie à rencontrer, pensait Gustave, c'est l'opposition de la mère, parce que jen'ai pas de fortune. Mais je veux gagner de l'argent, et puis obtenir de si magnifiques succès, que mon nom vaille celui d'un vicomte ou d'un marquis!... i> Encouragé par son espérance, il se mit à travailler avec plus de zèle, avec plus de verve; et, en moins detrois semaines, sa tragédie impatiamment attendue par le théâtife Français était complètement terminée. La conjuration de Catilina fut accueillie avec enthousiasme et mise sur-le-champ à l'étude. Aubo'ut d'un mois, la foule encombrait les abords du théâtre Français; on se pressait, on se battait aux portes. Les stalies d'orchestre se payaient cinquante francs, et n'en pouvait avoir qui.vou-

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lail. Ce fut un magnifique triomphej les applaudissements éclataient avec frénésie : jamais peut-être depuis Corneille on n'avait entendu, sur las cène française, ces larges et nerveuses périodes, cette dialectique Yive et pressée, ce bon sens admirable enfermé dans chaque vers. Et puis quelle touche forte et hardie ! quelles pensées ! quelle âme ! quel style ! On criait partout dans la salle : c'est Corneille ! c'est

Corneille', avec plus de jeunesse et d'éclat !.. Les journalistes eux-mêmes , cette race envieuse ou blasée, ne pouvaient se défendre de partager l'admiration générale; et, malgré quelques jalouses rumeurs, il était facile de voir que les éloges de la presse seraient unanimes. En effet, le lendemain, c'était un concert de louanges hyperboliques : les Vêpres Siciliennes elles-mêmes n'avaient pas obtenu tant dMionneur; et, parmi toutes ces voix qui s'élèvent du journalisme, il n'y en avait que deux

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à peine (jui venaienl troubler la gloire du triomphaleur. Encore ces dialribes boursouflées d'injures, d'envie el d'injustice, équivalaient presque à un éloge. Bientôt Gustave apprit de quelle main partaient ces dards empoisonnés 5 mais sa victoire ne fut pas moins grande et complète. Tous les salons se disputaient le jeune et célèbre auteur ; le ministère lui donnait une pension; il obtenait le ruban de la Légion d'Honneur. Ce fut dans toute la France un écho d'enthousiasme; la pièce imprimée se vendit à un nombre prodigieux d'exemplaires; et bientôt Gustave eut devant lui une trentaine de mille francs. Flora était plus heureuse du triomphe de Gustave que de ses propres triomphes. Madame Duvercourt elle-même était éblouie , et elle calculait sur ses doigts que Gustave n'aurait qu'à faire douze pièces pareilles chaque année pour gagner 600,000 francs.

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g^ — Eii ! eh ! pensait-elle alors, le paru ne serait pas mauvais... il y a desécus... Oui, mais ça n'est pas marquis ni vicomte, par malheur! Madame Vaîory , ça ne résonne pas du tout !

Le vicomte s'aperçut de l'effet prodigieux que le succès de Gustave avait produit sur la mère et la fille; et, en homme habile , il se garda biende montrer de l'opposition ; mais il avait beau faire, c'est avec peine qu'il dissimulait son chagrin, son dépit. Néanmoins, il attendait tout des circonstances; il se prometlait bien de prendre sa revanche. L'occasion ne tarda pas à s'offrir,

Tandis que Gustave poursuivaitlecoursjde son triomphe poétique, il reçut une lettre de son père toute radieuse : « Mon cher eniant , lui disait ie bonhomme, je coîumenco ii croire que lu as bien fait de ne pas rosier à la ferme. Ta chère maman et moi nous sommes enchan-

tés, et nous t'attendons pour le faire fête. Tu ne peux t'imaginer comme ta Conjuration de Catilina réussit chez nous! on s'arrache les journaux; on fait dans tout ledépariement doslectures publi(jues de ta pièce ; bref, on te ménage une réception magnifique Ta pauvre maman, qui est simple comme bonjour, ne comprenait pas d'abord ta position , et elle répétait sans cesse avec des soupirs : La gloire sans argent est une viande creuse ! , Mais depuis qu'elle a vu et palpé des preuves sonnantes de ton génie, elle est changée du tout au tout ; elle parle de Catilina du malin au soir , et vous bénit tous les deux.

« Mais à propos, je ne te parlais pas du principal : joubliais de te dire qu'on a représenté la pièce à Clermont , et que la salle entière a failli crouler sous les trépignements, sous les acclamations. Tu n'as que des partisans et des adorateurs, voire même des adoratrices.

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parmilesquelles mademoiselle Juliette Bonval est sans contredit la plus ardente... Tu te rappelles bien Juliette, qui est presque notre voisine, cette jolie brune aux yeux bleus , qui a toujours eu une imagination si vive? Autrefois, quand vous étiez petits, vous jouiez ensemble, vous étiez comme frère et sœur; et je t'assure que si tu as oublié Juliette, elle se souvient de toi malgré l'absence de trois ans qu'elle a faite avec sa famille. Il n'y a pas plus de six semaines qu'ils sont revenus des colonies. Maintenant Juliette est un parti superbe, 20,000 livres de rente au moins. Le père a fait à la Guadeloupe de si heureuses spéculations, qu'il a quadruplé sa fortune en moins de trois ans. Je te parle d'argent , mon ami ;^ mais je sais que cela ne te suffit point et que tu es très désintéressé Par bonheur, tu t'intéresses un peu plus à une charmante figure, à une taille svelte et fine, à des yeux d'une

douceur d'ange; et quand lu sauras ce que je vais te dire et ce que je t« réservais pour la bonne bouche, je parie bien que lu ne vas pas rester vingt- quatre heures de plus à Paris, et que nous allons te voir. Oui, mon cher enfant, Juliette est folle de toi; elle était si émue pendant la représentation de la pièce, qu'elle a failli s'évanouir au milieu des applaudissements : elle ne faisait que parler de Gustave, et rappeler maintes circonstances de votre première jeunesse.Etjuge de ma surprise, lorsque, deux jours après, son père est venu me parler franchement^ en bon voisin. Voici ce qu'il m'a dit; je me rappelle ses expressions : « Pardieu compère, je n'irai pas par trente-six chemins; je suis|iin bcnimie tout rond, moi!... Ma fille est parlailement disposée pour voire Gustave : or, j'ai quelque raison de croire que M. Gustave a bien quelque goût pour Juliette. Bref, le dernier triomphe de \otre fils à fait tourner

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tête à la pauvre chère enfanl... Ma foi I je ne veux pas qu'elle soit malheureuse. Je donne 400,000 francs à ma fille en la mariant; quant à votre fils, je le dispense d'apporter un soude dot : son talent me suffit; et s'il veut devenir mon gendre, pardieu ! qu'il vienne, je lui tendrai les bras. »

« ïu sens bien, mon ami , que je suis trop bon père, et trop raisonnable, je crois, pour n'avoir pas accueilli avec empressement une pareille ouverture. J'ai seulement dit que j'allais t'en faire part et que je ne doutais pas que lu ne fusses le plus heureux des hommes. Viens donc; viens donc, je t'attends, et Juliette meurt d'impatience. »

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